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Carlos Castaneda - 1968 - L'herbe du diable et la petite fumée

Carlos Castaneda - 1968 - L'herbe du diable et la petite fumée

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ui me donnait envie de me frotter aux arbres, de soulever

des choses. Il me semble que j’aurais pu défoncer un arbre
en fonçant dedans tête baissée.
Nous n’avons plus rien dit, et nous sommes restés assis
sous la véranda. Don Juan s’endormait. Il dodelinait de la

tête. Puis il a allongé les jambes, et il s’est étendu sur le sol
les mains sous la nuque. Il s’est endormi. Je me suis levé
et je suis allé derrière la maison. Là, j’ai dépensé mon surcroît
d’énergie à nettoyer l’enclos de tout ce qui s’y était accumulé.
Je me souvenais qu’un jour il m’avait dit qu’il aimerait bien
que je l’aide à le faire.
Quand il s’est réveillé et qu’il est venu me voir, j’étais déjà
beaucoup plus détendu.
Nous nous sommes assis pour manger, et au cours du repas,
il m’a demandé trois fois comment je me sentais. C’était très
exceptionnel chez lui, si bien que je lui ai demandé : « Et
pourquoi cela vous inquiète-t-il, don Juan ? Vous attendiez-
vous à ce que j’aie une mauvaise réaction après avoir bu ce
jus ? »
Il a ri. Il se conduisait, me semblait-il, comme un enfant
taquin qui a monté une bonne farce et qui vient de temps
en temps voir comment cela marche. Toujours en riant, il
a dit :
– Vous n’avez pas l’air malade. Et tout à l’heure, vous
m’avez même parlé sèchement.
– Certainement pas, don Juan. Je ne me rappelle pas du
tout vous avoir parlé de la sorte.
J’ai dit cela très sérieusement, car de fait je ne me souvenais
pas d’avoir éprouvé de l’agacement à son égard.
– Vous vous êtes emporté pour sa défense, a-t-il ajouté.
– La défense de qui ?
– De l’herbe du diable. On aurait déjà dit un amant.
J’allais vigoureusement protester, mais je me suis dominé.
– Je ne m’étais pas rendu compte que je l’avais défendue.
– Evidemment. Vous ne vous rappelez pas ce que vous

avez dit, naturellement ?
– Non, je dois l’admettre.
– Vous voyez bien. L’herbe du diable est comme ça. Elle
s’insinue comme une femme. On ne s’en rend même pas
compte. On se sent bien, fort, c’est tout ce qui semble compter.
On sent ses muscles se gonfler, les poings vous démangent,

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