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Carlos Castaneda - 1968 - L'herbe du diable et la petite fumée

Carlos Castaneda - 1968 - L'herbe du diable et la petite fumée

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ufflé dans le tuyau plusieurs fois. Je l’ai vu remettre la pipe dans son étui. Je suivais ses
gestes avec beaucoup d’intérêt.
Sa pipe une fois nettoyée, il l’a rangée, et il est resté à me regarder. C’est alors que j’ai senti
que mon corps était tout engourdi, et comme imprégné de ce menthol. J’avais le visage
paralysé, et mal dans les mâchoires. Je ne pouvais pas garder ma bouche fermée, sans pour
cela le moindre écoulement de salive. La bouche me brûlait et cependant je n’avais pas soif.
J’ai ressenti dans toute la tête une chaleur anormale, qui produisait la même impression qu’un
froid intense. Ma respiration me mettait les narines à vif et me déchirait la lèvre supérieure à
chaque fois que je respirais, sans sensation de brûlure, plutôt comme un morceau de glace.
Don Juan s’était assis à ma droite, et l’on aurait dit qu’il retenait à grand peine l’étui à pipe
contre le sol. J’avais les mains lourdes, les bras ballants, et ils tiraient mes épaules en avant.
J’avais la goutte au nez. Je me suis essuyé avec le dos de la main, et cela m’a emporté la
lèvre. Je me suis essuyé le visage, et toute la chair a été emportée. Je fondais. J’avais vraiment
l’impression que ma chair fondait. J’ai sauté sur mes pieds, j’ai essayé de me cramponner à
quelque chose – n’importe quoi – pour me retenir. J’éprouvais une terreur inconnue. J’ai essayé
de me retenir au poteau que don Juan avait enfoncé au milieu de sa chambre. Je suis resté là
un moment, puis je me suis retourné pour le regarder : don Juan était toujours assis au même
endroit, la pipe à la main, à me regarder.
J’avais le souffle brûlant (ou glacé ?), j’étouffais. J’ai incliné la tête en avant pour pouvoir
l’appuyer au poteau, mais j’ai dû le manquer, et ma tête a continué à partir vers l’avant au-delà
de l’endroit où se trouait ce poteau. Je me suis arrêté alors que j’étais presque sur le sol. Je me
suis redressé. Le poteau était bien là devant moi. A nouveau, j’ai essayé d’y appuyer ma tête.
Je m’efforçais de me contrôler en gardant les yeux ouverts, en m’inclinant vers l’avant jusqu’à
toucher le poteau du front. Il était à quelques centimètres de mes yeux, mais en approchant la
tête, j’ai eu la bizarre impression que je passais à travers ce poteau.
J’essayais désespérément de trouver une explication rationnelle : était-ce mes yeux qui
changeaient les distances, et le poteau était-il à trois mètres de moi, alors que je le croyais

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