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Résumé

"Acide sulfurique" évoque une émission de téléréalité s'intitulant "Concentration". Il


s'agit d'une émission fondée sur le principe des camps de concentration allemands
pendant la Seconde Guerre mondiale. Des hommes et des femmes sont enlevés dans la
rue arbitrairement, puis faits prisonniers. Ils vivent dans un camp, dans des conditions
inhumaines (insalubrité, malnutrition, déshumanisation) et sont soumis aux ordres de
kapos, recrutés par les organisateurs de l'émission pour leur manque de subtilité. Les
prisonniers travaillent dur toute la journée à la création d'un tunnel inutile. Toutes les
paroles, tous les faits et gestes sont filmés par des caméras afin de divertir des milliers
de téléspectateurs. On suit en particulier quelques personnages: Pannonique (CKZ114),
son camarade, ancien professeur d'histoire et amoureux plein d'admiration, EPJ327,
mais également la kapo Zdena, sensible elle aussi à la beauté de Pannonique. Cette
dernière est une figure de la résistance. Elle prendra des risques face aux caméras et
partagera les carrés de chocolat donnés discrètement par Zedna avec ses camarades.
Les organisateurs de ce jeu sont présents, mais restent anonymes. Même logique pour
les téléspectateurs qui, à plus d'un titre, feront l'émission dont aucun personnage ne
ressort (tous les matins, deux des prisonniers les faibles sont exécutés en direct). Enfin,
la presse est très représentée : différentes voix s'élèvent pour informer d'abord,
s'étonner ensuite puis franchement condamner sans que cela ne change quoi que ce
soit à l'audience. Quand celle-ci stagnera, les organisateurs auront l'idée de faire voter
le public. Celui-ci est chargé d'éliminer deux candidats chaque jour. Face aux attentes
d'ordre sexuel de Zdena, Pannonique trouve quelques subterfuges et parvient
finalement à la convaincre d'agir héroïquement en sauvant la totalité des prisonners. La
kapo intervient in extremis et menace de faire exploser les lieux grâce à un mélange
concocté savamment à partir d'acide sulfurique. C'est à ce prix que le jeu cesse et que
Zdena recouvre son humanité.

Analyse:

Les problèmes éthiques (moraux) : la personne humaine. Les prisonniers ont la


particularité de ne pas porter de prénom mais un numéro-matricule (lettres et chiffres).
Cela contribue à les déshumaniser davantage. Ignorer leur prénom permet aux kapos
d'agir avec eux avec plus de violence, sans compassion, sans relations humaines. " Le
prénom est la clé de la personne."Pour retrouver un peu de cette humanité perdue, la
figure de proue de ce jeu, Pannonique propose un mode singulier de communication.
Bien que certains protagonistes aient le même âge, le voussoiement leur permet en
effet de garder une forme de respect. Cela distingue aussi les rapports entretenus entre
les prisonniers de ceux qu'ils peuvent avoir avec les kapos.

Les niveaux de responsabilité : Quand les organisateurs décident de faire participer les
téléspectateurs en leur offrant la possibilité d'élire les condamnés du jour, le niveau de
responsabilité des téléspectateurs change. Un vote sanctionne donc les prisonniers
désignés. C'est l'interactivité qui permet de faire remonter l'audience. Le spectateur
n'est alors plus seulement complice mais acteur de l'horreur. La participation anonyme
minimise la conscience qu'il a d'y être pour quelque chose ; pourtant le rôle des
téléspectateurs est désormais indéniable.

Les médias sont pour une bonne part complices de ce phénomène. Ils relayent
l'information et estiment de cette manière exercer leur rôle : informer. La surenchère
des titres sur une même information montre la logique concurrentielle qui les domine.
C'est une même recherche du scoop qui favorise l'audience de l'émission. Même quand
les médias décident de ne plus se rendre complices de celle-ci, quand ils décrètent de
faire silence, ils font malgré eux le jeu de l'audimat, parce qu'affirmer qu'il ne faut plus
en parler, c'est toujours en parler.
Les noms disons ... "peu courants" de beaucoup de personnages des romans d'Amélie
Nothomb sont un peu une marque de fabrique.

Le nom Pannonique lui avait été inspiré par Thelonious Monk, un pianiste de Jazz
américain, dont un des morceaux s'appelle "Pannonica". C'était son égérie. Il s'agissait
de Katleen Annie Pannonica de Rothschild, une Anglaise qui vivait à New York et qui a
soutenu un grand nombre de musiciens de Jazz.

Le nom Zdena provient d'un roman (Le Livre du rire et de l'oubli, 1979) de Milan
Kundera, écrivain de langues tchèque et française. Il y décrit une femme très laide qui
s'appelle Zdena.

Pannonique ou CKZ 114 : Elle a 20 ans et est très belle (pp. 22, 23: "Pannonique avait le
visage le plus sublime que se pût concevoir"). Elle est délicate et intelligente (p. 23 : "
Son intelligence rendait sa splendeur encore plus terrifiante"). Son visage fait penser à
ceux que les peintres d'une autre époque (Moyen Âge ou ultérieur) ont reproduits dans
leurs tableaux. Elle est étudiante en paléontologie (la science qui étudie les fossiles) ;
elle a une passion pour les diplodocus (reptiles dinosauriens). Pannonique est une
femme fière et ne montre ni son angoisse ni la douleur ; elle affiche "un masque de
hauteur" (p. 22) ce qui la rend très digne. Elle devient très vite l'égérie des
organisateurs et des téléspectateurs ; les journaux consacrent même des articles à
cette jeune fille (p. 29). De plus, elle est "l'unique obsession de Zdena" (p. 43).
Pannonique est également admirée par les autres détenus (p. 51: " Ils éprouvaient tous
la plus grande admiration pour CKZ 144. Elle était leur héroïne, celle dont la noblesse
donnait le courage de redresser la tête").

Zdena: Comme Pannonique, elle a 20 ans. Elle provient d'un milieu ouvrier défavorisé
(le lumpenproletariat, p. 20). Contrairement à Pannonique, elle est laide (p. 17 : "Ils
furent particulièrement révulsés par une jeune femme au visage mal équarri"). Elle est
considérée comme étant une "tête de brute" et la "plus bête des kapos" (p. 27). En
effet, elle n'a jamais réussi aucun examen de sa vie et depuis toujours, son entourage
s'est moqué d'elle (p. 11). Le terme militaire "kapo" lui plaît, car ainsi elle peut "marquer
la dure" (p. 12). Elle n'a pas de scrupules et affiche un sang-froid effroyable (p. 12 : "Elle
prouva qu'elle était capable de frapper des inconnus, de hurler des insultes gratuites,
d'imposer son autorité, de ne pas se laisser émouvoir par des plaintes"). Elle est
également très orgueilleuse (p. 12 : Elle ne remarquait déjà plus qu'elle était filmée"; p.
14 : "La caméra n'aurait d'yeux que pour elle pendant plus de cinq cents secondes"; p.
18 : "Ce que je constate, c'est que moi, qui ne suis pas une chochotte, je suis du côté
des forts"). Elle a une haute opinion d'elle et se trouve même sympathique (p. 14 : "Mais
elle songea qu'elle n'aurait aucun mal à inspirer de la sympathie"). Zdena est dès la
première rencontre obsédée par Pannonique.

EPJ 327 ou Pietro Livi : Un homme d'une trentaine d'années, professeur d'histoire et
amoureux de Pannonique. Il plaît également à cette dernière (p. 114).

MDA 802: Elle a un petit visage pointu (p. 65). Elle est dans la même unité de
Pannonique et devient rapidement son amie. Zdena est très jalouse de l'amitié entre ces
deux femmes et c'est pourquoi, un beau matin, elle la place dans la file des condamnés
à mort. C'est Pannonique qui la sauve en révélant son nom à Zdena.

ZHF 911 : Une vieille folle ignoble (p. 83: "C'était une fée Carabosse au visage sillonné
des mille rides de la perversité. La bouche exprimait le mal tant par sa forme plissée - le
pli caractéristique des lèvres mauvaises - que par les mots qui en sortaient : elle
trouvait toujours en chaque personne la faille qui lui permettait de la blesser. Ses
nuisances n'étaient que verbales : elle était une preuve des puissances maléfiques du
langage"), une vraie langue de vipère donc (p. 86). Son rôle consiste à miner le moral
des détenus, ce qui est divertissant pour les téléspectateurs (p. 84). Son simple plaisir
est de faire souffrir (p. 85). En plus, presque chaque nuit, vers minuit, elle hurle à la
lune pendant cinq minutes (p. 87), mais apparemment, elle n'en est pas consciente.

PFX 150: C'est une fille de douze ans, mignonne sans être jolie (p. 89). Elle est discrète,
gentille et parle peu. Pannonique veut l'aider à se défendre contre les propos maléfiques
de ZHF 911, mais elle empire la situation en ce faisant. En menant ses recherches,
Pannonique découvre que la petite est violée tous les soirs par les organisateurs de
l'émission et menace de dénoncer cette abjection aux téléspectacteurs le lendemain.
Par son intervention, elle provoque la mort de la jeune fille ainsi que de ZHF 911 (pp. 98-
103).

Les différences entre l'émission "Concentration" et les camps de concentration de la


Deuxième Guerre mondiale
L’émission:
• Les prisonniers (les "candidats") sont enlevés dans la rue arbitrairement, sans
aucune logique. N'importe qui peut être enlevé et déporté dans le camp de
l'émission.
• L'émission est créée par des organisateurs de la télévision, des producteurs
d'émissions télévisées.
• Il n'y a pas de séparation des sexes (les unités comprennent des hommes et des
femmes ainsi que des enfants).
• Les détenus effectuent un travail totalement inutile (ils déblayent les gravats d'un
tunnel qui ne servira à rien, p. 22).
• Le camp est parsemé de caméras qui enregistrent les moindres faits et gestes
ainsi que les propos des prisonniers afin de divertir les téléspectateurs.
• Les kapos sont sélectionnés parmi plusieurs candidats volontaires qui signent un
contrat d'un an avec la production de l'émission. Aucune qualification n'est
nécessaire pour devenir kapo; être sans scrupules est suffisant. De plus, il ne faut
pas dépasser la trentaine.
Les camps de concentration:
• Les nazis ont principalement déporté des Juifs, des tsiganes, des homosexuels,
des opposants politiques, les marginaux, bref tous ceux qui gênaient le pouvoir
en place.
• Les camps de concentration ont été mis en place par le gouvernement de
l'époque, à savoir Adolphe Hitler.
• Les hommes et les femmes étaient séparés dès leur arrivée au camp.
• Les prisonniers travaillaient, sans être rénumérés, dans des usines de munition et
d'armement ou pour le compte d'autres entreprises allemandes. Cependant, leur
travail servait le gouvernement en place.
• Dans les camps de concentration, il n'y avait pas de caméras qui épiaient les faits
et gestes des prisonniers. De toute façon, les nazis n'auraient eu aucun intérêt à
ce que leurs horreurs se sachent.
• Les kapos étaient sélectionnés parmi les détenus. Ils étaient la plupart du temps
choisis pour leur caractère violent.

2. "Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le
spectacle": Chaque jour, les médias nous communiquent des images du monde entier.
Elles nous montrent la souffrance des gens causée par des catastrophes naturelles, de
guerres civiles, de tueurs fous, de conflits familiaux, etc. Il ne faut cependant pas aller
très loin pour s'apercevoir que des personnes autour de nous souffrent également à la
suite d'une maladie, du décès d'un proche, ou encore du chômage. Cette souffrance que
nous voyons tous les jours d'une manière ou d'une autre, est bien réelle, mais elle ne
nous touche pas outre mesure : nous mangeons devant notre téléviseur en visionnant
des images montrant les blessés d'un attentat par exemple. Cette réalité ne nous
affecte pas autant que si elle est mise en scène par des producteurs de télévision.
Paradoxalement, les téléspectateurs sont davantage choqués en voyant des images
d'une émission de téléréalité que quand ils voient celles des rues de Kaboul parsemées
de cadavres. En effet, il leur en faut le spectacle de l'horreur.

3. Les caractéristiques d'une émission de téléréalité sont les suivantes :

• il n'y a ni scénario ni acteurs professionnels ;


• il ne peut y avoir qu'un candidat gagnant qui généralement remporte une somme
d'argent ;
• la mise en scène est minimaliste. Les organisateurs et les producteurs ne consacrent en
effet pas de gros budgets à la production de l'émission;
• les candidats sont généralement isolés du reste du monde et sont éliminés un par un,
après avoir échoué à une épreuve ou après avoir été désignés par leurs pairs ou par les
téléspectateurs;
• chaque parole ainsi que presque tous les faits et gestes des participants sont filmés et
enregistrés par des caméras et des micros.
4.Le grand intérêt que présentent les médias, que ce soit la presse écrite, la télévision,
l'Internet ou encore la radio, est d'informer rapidement et largement la plupart de la
population des faits "importants" et des événements du pays et du monde entier. Leur
rôle ne se limite cependant pas à cela. Au lieu d'être objectifs et de se concentrer
uniquement sur le rôle d'informateur, ils attirent l'attention du public souvent en jouant
sur l'émotionnel et le sensationnel. Dans "Acide sulfurique", les journaux relèvent et
commentent tout ce qui est dit et filmé dans l'émission (p. 19). Ils se montrent
scandalisés par le concept de l'émission. Mais plus ils en sont outrés, plus ils
garantissent le succès de l'émission, parce qu'ils attirent ainsi toute l'attention du public
en commentant les toutes les paroles ainsi que les faits et gestes des kapos et des
prisonniers (pp. 47, 48). En effet, même s'ils parlent mal de l'émission, "ils ne parlent
que de cela" (pp. 13, 163). Même quand ils décident de se taire à un moment donné, ils
ne font qu'aiguiser, pa r leur silence, la curiosité des téléspectateurs et ainsi le taux
d'audience. Finalement, les médias ont le pouvoir d'élever les candidats, jusque-là
totalement inconnus, au rang de stars, comme c'est le cas de Pannonique (pp. 29, 47).

5. L'évolution de Zdena : Au début de l'émission, Zdena est si obsédée par Pannonique


qu'elle la frappe sans relâche, (pp. 33. 34). Cependant, elle éprouve le besoin de
connaître le nom de CKZ 114, et pour arriver à ses fins, elle remplace d'abord la
schlague par un ersatz (p. 46) avant de lui glisser des tablettes de chocolat à la dérobée
(p. 55). Elle commence également à s'inquiéter pour Pannonique, parce que cette
dernière ne cesse de maigrir. Quand les organisateurs ont décrété le vote des
téléspectateurs pour les exécutions quotidiennes, Zdena a même peur pour la vie de
Pannonique, parce qu'à présent, elle ne pourra plus la protéger (p. 165). De la "tête de
brute" qu'elle était au début de l'émission, il n'en reste presque plus rien à la fin. Grâce
à Pannonique, elle a obtenu quelque chose que "personne n'a jamais donné à personne"
(p. 209) : le pouvoir de sauver l'humanité, et elle l'a fait.

6. L'évolution de Pannonique : Au début de son emprisonnement, Pannonique refuse


catégoriquement d'adresser la parole à Zdena. S'apercevant toutefois que Zdena veut à
tout prix connaître son nom, bien qu'elle ne le lui dise pas d'emblée, elle lui répond par
son matricule, lui signifiant ainsi qu'elle est prête à entamer un dialogue (p. 49). Au fil
de l'histoire, la discrète Pannonique du début, se transforme peu à peu en rebelle, une
figure de proue de la résistance à l'intérieur du camp. Elle essaie de sauver PFX 150 des
griffes d'un des organisateurs en le menaçant de s'adresser aux téléspectateurs et de
dévoiler le scandale (p. 101). Elle s'adresse à plusieurs reprises aux caméras et accuse
ouvertement les téléspectateurs de voyeurisme (p. 123). Enfin, elle joue même le tout
pour le tout en exigeant des téléspectateurs de voter pour sa condamnation. A la fin de
l'histoire, elle ne ressent plus aucun mépris pour Zdena; au contraire, elle la respecte à
présent pour avoir eu le courage de les sauver (p. 212).

7. Le voyeurisme décrit une tendance ou un comportement basé sur l'attirance à


observer l'intimité ou la nudité d'une personne ou d'un groupe de personnes. En ce
faisant, le voyeur éprouve une jouissance et /ou une excitation. On parle de voyeurisme
du téléspectateur quand celui-ci suit avec une attention particulière des images ou
événements touchant des personnes dans leur intimité ou dans le malheur. Dans "Acide
sulfurique", Amélie Nothomb dénonce le voyeurisme du téléspectateur ; sans cette
tendance, les émissions de téléréalité n'auraient aucun succès. En effet, sans demande,
il n'y a pas d'offre. Ce sont les téléspectateurs qui sont avides de voir ces émissions et
en particulier les scènes "croustillantes" : " La caméra ne dédaigne pas les moments
d'hystérie" (p. 21) , parce que les organisateurs savent pertinemment que c'est
exactement cela que les gens veulent voir. Pannonique résume bien cette attitude : " Je
vois ceux qui nous regardent bêtement, je vois aussi ceux qui croient nous regarder
intelligemment, ceux qui disent : " Je regarde pour voir jusqu'où les autres s'abaissent "
(p. 194). Dès le début de "Concentration", le taux d'audience crève le plafond (p. 13) et
le public en redemande parce qu'il "se passe quelque chose" (p.13), sans pour autant
considérer le côté moral de ce concept. Au fil de l'émission, l'audience ne cesse
d'accroître et un éditorial relève ce phénomène en accusant les téléspectateurs : "Plus
vous êtes indignés, plus vous regardez" (p. 139). De plus, Pannonique affirme que
"l'ultime responsabilité revient à celui qui accepte de voir un spectacle aussi facile à
refuser" (p. 119). En effet, il suffit de changer de chaîne de télévision, mais les gens se
délectent généralement du malheur des autres. A la fin du roman, le taux d'audience est
à 100 % ! Il s'agit de voir l'exécution de Pannonique et de MDA 802. Et même ceux qui
n'ont pas de télévision se rendent chez quelqu'un qui en a une pour voir le spectacle.

8. La fin du roman : Afin de faire réagir Zdena, Pannonique exige des téléspectateurs de
voter pour sa condamnation. Le lendemain, son amie, MDA 802 et elle devraient donc
être exécutées. Pannonique craint un instant que Zdena ne l'ait abandonnée. L'audience
est absolue : cent pour cent de la population est assise devant le téléviseur, donc tout le
monde. Zdena apparaît et tient dans ses mains des bocaux de verre. Elle affirme qu'il
s'agit de cocktails Molotov et menace de tout faire exploser si les prisonniers ne sont
pas immédiatement relâchés. Elle fait appel aux politiciens et à l'armée pour l'aider. À
l'arrivée de celle-ci et du ministre de la Défense, Zdena exige qu'un traité soit mis en
place stipulant l'intervention immédiate du gouvernement si jamais des producteurs de
télévision voulaient relancer une émission de ce genre. Une fois hors du camp, Zdena
avoue à Pannonique que les bocaux ne contiennent pas de l'acide sulfurique, mais
uniquement de l'essence et du vin roug, ce qui ne provoque pas d'explosion.
Pannonique la considère à présent comme une héroïne, mais refuse toujours de céder à
ses avances. ("C'est ça, l'héroïsme : c'est pour rien", p. 205).

9. Les particularités de cette émission : Il est tout de même stupéfiant que des
organisateurs d'une émission de télévision aient le pouvoir de faire enlever des
personnes dans la rue sans aucune raison, en faire des prisonniers dont l'identité se
résume à un matricule, de les faire torturer par des kapos engagés expressément à
cette fin, et finalement de les faire exécuter en direct, sans que personne ne s'y oppose,
même pas les hommes d'État. Il est tout aussi étrange que tout le monde soit complice
de cette horreur : les kapos, les téléspectateurs, le gouvernement et les politiciens.

10. Le succès de cette émission peut s'expliquer en partie par l'infinie curiosité des
gens. En effet, les êtres humains sont par nature curieux : "Il se passe quelque chose"
(p. 13) et tout un chacun a en lui un petit côté voyeuriste. Le public adore voir l'horreur
en direct, c'est son côté sadique caché ; le malheur des uns fait le bonheur des autres.
"Plus vous êtes indignés, plus vous regardez" (p. 139), c'est le côté pervers de
l'humanité qui fait surface lorsque les gens regardent ce genre d'émission.

11. La déshumanisation est le fait de priver une personne de toute caractéristique qui le
qualifie d'être humain, c'est le réduire à l'état animal. Tous les droits et devoirs lui sont
déniés. Son nom est remplacé par un matricule tatoué dans la peau, tout comme chez
des animaux (p. 29). Les prisonniers dans le camp sont continuellement humiliés (p. 48),
frappés comme des bêtes sauvages et doivent subir la violence gratuite et absolue (pp.
38, 39) pour être finalement conduit à "l'abattoir", c'est-à-dire exécutés. Ils n'ont droit
qu'à une maigre nourriture (p. 52) et doivent effectuer un travail inutile (p. 22) ce qui les
rend insignifiants. Enfin, ils sont considérés comme des animaux dans un zoo (un zoo
humain), le téléspectateur étant le visiteur virtuel.