TIARE EN OR

OFFERTE PAR LA VILLE D'OLBIA
AU ROI SAITAPHARNÈS
PLAl'iCHES I-V
Le monument qui fait l'objet de cette notice ne saurait être pré-
senté ici comme inédit. La tiare d'or offerte par les habitants d'Olbia
au roi scythe Saitapharnès a rapidement conquis la célébrité ct per-
sonne n'ignore que historique du monument, sa valem d'art,
n'ont pas été seuls Cil cause. Dénoncée comme une œuvre de faussaire,
énergiquement défendue d'autre part, elle a provoqué des discussions
retentissantes; peu de monumcnts antiques ont compté à leur actif
- ou Il leur passif - en un court espace de temps une « littéra-
ture » aussi considérable 1. Aujourd'hui ces polémiques sont sinon
1. Voici, par ordre chronologique, la liste dl's principaux articles consacrés à la lia!'!' du
Louvre: Ih:no:\ DE Yll,I.EFOSSE, COllljltPo###BOT_TEXT###quot; J'eJ/dus de tAcad. dl's /w·cr., 18\l(i, p. 1:1:J-U2, a###BOT_TEXT###quot;l'C
planche en phototypie. L'Ami des Monuments, X, 189fi, p. HiG. - E.l\hCllO:'\, Lf! parl/re (,t la
lial'ed'Olbill; ail Mu.<ée du Louvre, Gaz, dl's Beaux-Arts, 1"1' mai 1896, p. H3. - Ai'iIJHf: F.\I.IZf:,
l'Avenir artistique el littéraire, I:i aVl'il 18!Hi. - R. FOHHEH, Illllslrir/e leitung, fi juin 1891;.
li MONUMEl

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TS ET MÉMOIRES.
éteintes, du moms assoupies. Les adversaires de l'authenticité ont
fourni tous leurs arguments. Il semble donc que le moment soit venu
de réunir tous les éléments du débat, de soumettre les objections à
une nouvelle critique, et d'exposer l'ensemble des preuves qui, pour
tout esprit non prévenu, peuvent confit'met' l'authenticité de la pièce
d'orfèvrerie acquise par le Musée du Louvre.
1
Après les descriptions qu'en ont données MM. Héron de Villefosse,
Michon, Th. Reinach et Lechat, la forme et le décor de la tiare sont
déjà bien connus. Nous devons cependant les examiner à notre tom,
ne ft'lt-ce que pOlir compléter la description de détail; il est d'ailleurs
nécessaire que les lecteurs de Ilotre article aient ulle idée précise de
l'ornementation riche qui fait du monument d'Olbia un chef-
d'œuvre de ciselure.
Nous conservons, pour le désigner, le mot de « tiare» devenu en
quelque sorte populait'e, Mais Il vrai dire le mot « casque» serait plus
exact. Cette coiffm'e rappelle beaucoup moins la tiat'e persique ou
- Mitthril. rI/·, k. k. O/'c,trJ'i'fich . .IfuSPl/lilS (fil' Kunst 1/l/d Indl/stl'ÏI', XI, 111%, p. 7:l et Hi!!.
- /lic Tia/'/l (!l''\ [{œl/iys Saitaji/Ulmes, COSII/opolis, l. III, n° Il. aoùt 111!l1i.
p. ili2. - Ih:IlO)i OE

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II.LEFOSSE, /I/:pOIlSf' f/ JI. Furlll'/I'l/yl!'}', COSII/opolis, spptcmhl'p 1l1(1li,
el Joul'nal df'S IM/mts, li aoùl 111%. - P. FOI'f.AIIT, C. R . ..1('((11. dl's fI/SC/' .. ï aoù!. 189/j,
p. :lOli. - F. K(II\I'I", supplr-menl ,l,' Zf'ituny,18 :loùt '11I!lo, et Hi septembre
,111%. - Sùppl('nll'iii dl' la Post dl' Berlin, 2:i llOiltlll!)(). - S. Ih:l1oL\clI, The dispuled tiaria
in tile 1.011/'/'/', I//f' Nation, 2ï aOtlt 18!HL - l'II. HEIi'nCII, POIII' la tiare d'Olbia, des
H(,(///J'-Al'ls, J "1' seplembre 1 Il!H). - FCR'l'W.I'::'

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;I.EH, Intel'lIIf'z:i, H.r!.'/ll's. Ge!rïslc!tle Goldar-
bpilf!//' Die Tirll'a !lps SaÎlaplwl'Ilrs im LO/It'I'f', p. 111-92,1 S9fi. - HOLl.EAUX, L'inscription
dt· Irl liaJ'(' dl' Saitaphal'II/\.\·, R!'I'. arc//., L XXIX,IIl!lli, p. Hill-iiI. - LI':CIlAT, /lelJ/ie rI!'s
yrl'l1 1(('" , IIl!'li, nO< :1:i-:3Ii, p.lil. - 1 L\l;SEIl , IIr·rI. pltil. lI'udwnschri/I, 9 jan-
vicl' 1897, p. :in. - E.

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0:'\ STEH" La conlNIf/rOI/. des o"jets d'art al/tique dans la Russie
l/1':"idio/la{e, cOl/férence Flill' rUl Xc COl/yrh arl'II/:oloyiqlle rl lIiga le 2 aO/lt 18%. (En
russe.) Saint-Pt'tcl'shourg, impl'iIl1'\ <:hcz W, S. Balaselle\', ·t 119ï , :n p. in-Il. Analysé Pl
reproduit cn partie dans la /Jiort. phil. 1V0chl'llsrilri(t, 22 jlli111897, p. i6\.-7li8. - FUIlT-
WcEI\GLEIl, Supplément de l'Allgell/f>ùœ ZeitulI!J, 21 juin 1897. - LECHAT, Revue des Éludf'.\·
,qrf'cqw's, jllillPl 1 S9ï. p, :1112-38'L
TL\lIE EN OH. 7
orien talc que le grec, cn formc dc moitié d'œuf, POl'té pal' les
Diolicurcs, ct les mOIlUlllents gl'ces nOlis appl'cUHent que cCl'tainli casques
de bl'onze offraient la mêmc 1. Cc n'est pas d'ailleurs la pre-
mière fois qu'on trouve dans la Russie mét'idionalc un casque de luxe
exécuté sur le modèle du "D,ljç gt'cc. On connaît le beau cas(lue d'oJ',
l'ithelllent orné de palmettes grecques, de volutes ct de feuillage
d'acanthc, (l'Ii a été tt'Ouvé dans un tombeau, à Ak-Bouroun, près de
Km'tch (fig. 'l). C'est unc
Œuvre gl'ecqllc de la tin
du IV" siècle ct dont le
possesseUl' était lut Grce,
cal' le même tombeau
contcnait les fragments
d'une amphore panathé-
lIaïque. Si, pour lc prin-
cipe de la décoration , il
offrc avec le monument
du Louvrc des différenccs
notablcs que nous expli-
querons plus loin, il nous
fait voir que cette forme
de coiffure n'avait rien
l'w. 1.
d'insolitc pour les habitallts des rilles grecques du Bosphore cillunél'im.
La tiare du Louvre mcsure en hautem' 170 millimètres et le dia-
mètre à la base est dc 18 ccntimètres, A l'intérieur, elle était gal'llie
i .. h' lIne hOlllmr coilré d'lIl1 eaS(JlH' l"lIliquc, BEl'il'iDOHF, Griech. /lnd sici!. Vasrnbilder,
pl. XXXIX. Casque Clinique suspendu dans le champ de la cOlllposition, Jalu'ouch des
arclt. /1/ 0/ ., IV, p. ::HiO. Dans l"arliel e jJioskul'el/ (HOSCHEII, ].f'xikoll, p. 1172) M. Furt-

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l'l1glt' r dit ([Ut' [cs Lacé,lénllmil'lIs portaieul le 1t('.o; l'II l'atll]mgue et cite le texte de
Thucydide , Ir, 3. Le savant at'chéol ogue il commis une illadyertanee. II ne s'agit pas du
"n.o;, mai s de la houc (,,·r).(,;) que, faute de niSCS, les Lacédémoniens Iruns)l0delll SUI" leur'
dos pour éle"cr ,II''; fol"lilicalions de
:J. Compte rendu de la COII/illission arch. de Saint-Pé/eJ'I>·bouJ'.q, -1 Sïti. pl. Il, reproduit
pHI' Ellrcu PEIIl'iICE, Gl"lech. PferdegeschiJ'J', S(),·, l'J'ogl". ZUI/l Willcktdmallllsfcstl', 1S!lti, p. 11.
Cf. TOLSTOï, l(Ol'iIlAKOF, S. REEUcn, Antiquités de la flussie méridiollale, p.i!), fig. 1)6.
8 MOl###BOT_TEXT###quot;UIENTS ET MÉMOIRES.
d'une coiffe d'étoffe dont quelques morceaux ont été consel'vés. Un
petit cl'oehet de bronze, placé intérieurement sous la pointe de la tiare,
soutenait la coiffe; sur les bords elle était maintenue par un fil qui
passait à travers une sél'ie de trous percés à intervalles réguliers, et
habilement dissimulés entre deux zones d'ornements. Toujours à l'in-
térieur, quatre petits clous de bronze, placés symétriquement deux par
deux, servaient à fixer la jugulaire de cuil' dont il n'est pas resté de
traces. Le poids de la tiare, y COlllpt'is les clous, est de 443 gramlllCS.
Or, suivant la remarque dc M. Brullo Kcil, c'est lit, il pcu de chose près,
le poids de la mine euhoïque, employée ù Olbia pOUl' les matit-res d'or '.
L'ornementation, Il'a

Interesses relacionados

êlillée au repoussé ct reprise au ciselet, cst
d'unc richesse extt'aordinaire, avec un tel luxe de détails ct de figures
qu'au premier aspect elle donne l'imprcssion d'une œuvre où l'orfèvre
a déployé toutes ses ressources et visé ù l'opulence du décor, sans
se laisser arrNer par des scrupules de sobriété. La partie essentielle
consiste en deux zones d'illégale grandeur, couvertes de figures; mais
les éléments de pure ornementation jouellt un rôle considérable, et ils
sont disposés avec un art qui défie toute critique. Au bord de la tiare
court une rangée d'élégantes palmettes de pur style grec réunies par
des postes, et encadrée entre des cordons annelés. Plus haut, des
oves cernent la zone inférieure. Au-dessus est figurée une ligne de
murailles avec ses tours cl'énelées ct ses cOUt,tines. C'est là, on le
verra plus loin, un des éléments les plus significatifs; mais, dès à
présent, il faut remarquer l'heureux effet de ce décor architectural qui
coupe fort à propos la tiare en deux sections, et d'oil semble surgir
la partie supérieure de la calotte avec sa courbe plus accusl·C.
Le haut de la grande zone il personnages, qui sc développe au-
dessus de la ligne des lllurailles, est occupé par un mince cordon
flexueux, dessinant une série de cœurs et de boucles, où s'insèrent des
palmettes. C'est la transition nécessaire entre le métal nu du fond et
t. I h ~ ~ o Km., Hermes, t. XXXII, p. l O ~ . Cf. Tl!. RE1:'iACII, Revue des t'Il/des grecques,
1897, p. 384, Ilote 1. L'observation de :. Bruno Kcil a d'autant plus d'intérêt qu'il est de
ceux qui mettent encore en doute l'authenticité de la tiare.
FI". _.
JO MONUMENTS ET MÉMOIRES.
les rinceaux qui s'épanouissent au-dessus d'une guirlande de feuillages.
Ici la zone est ajourée et c'est sur le fond sombre de la coiffe que se
détachait une opulente floraison de tiges d'acanthe tordues en souples
volutes. Puis vient une zone pleine, couverte d'ornements imbriqués en
forme de plumes, et enfin une nouvelle zone ajourée, composée de
palmettes redressées. La pointe de la tiare est ornée d'un serpent en-
roulé sur lui-même et dont la tête affleure à l'une des palmettes. Chose
curicuse: au milieu de ces ellI'oulements se dresse une seconde tête,
ouvrallt une gueule armée de crocs, menaçante, prête à mordre. Com-
ment justificr cette bizarrerie? Quand nous exposerons, dans les pages
suivantes, les procédés de la fabricatioll, on se rendm compte que les
nécessités de la techniquc expliquent tout. Le corps du serpent, avec
sa tête normale, a été cxécuté, comme le reste, au repoussé. Le tra-
vail terminé, l'orfèvre a ajouté cette seconde tête, pour corriger, fùt-ce
au prix d'une invraisemblance, l'effet trop maigre de la conception pri-
mitive. La tiare porte ici la trace de ce qu'on appelle, en terme d'ate-
lier, Ull repentir.
C'est pour la décoration des deux zones à personnages que l'artiste
a réservé la plus grosse part de son travail. Considérons d'abord la
ZOne inférieure dont notre dessin d'ensemble (fig. 2) permettra de
suivre le développement. Elle est d'une composition très dense et par
surcroit, pour laisser le moills possible de métal nu, le décol'ateur a
fait courir dans la partie supérieure un riche rinceau de pampres,
dont la tige, chargée de raisins et de feuilles, dessine de souples on-
dulations. Les sujets qui se développent sur le pourtour étaient de
nature à flatter l'orgueil du roi barbare auquel la tiare était destinée.
Ici, COIllllle dans la frise du célèbre vase d'argept de Nicopol, l'artiste
s'est inspiré des scènes de la vie du steppe; il a représenté les occupa-
tions favorites des Scythes, leurs animaux domestiques, sans oublier
la richesse de leur sol, car c'est au milieu d'une riche végétation
d'arbres, parmi les tiges de blé lourdes d'épis mùrs, qu'il a placé ses
personnages, évoquant ainsi la vision des plaines fertiles où campent
les tribus scythiques.
TIARE EN OR, 11
Au premier coup d'œil, les épisodes qui composent cc tableau du
steppe paraissent jetés très librement dans le champ de la zone. Un
examen attentif nous a fait voir que, loin d'être livrée au hasard, la
disposition des figures est réglée par une symétrie très savante. La
composition a un sujet central; c'est un cavalier en costume scythe,
combattant contre un griffon ct couronné par une Victoire; MM. Mi-
chon et Lechat l'intcl'prètent comme un Arimaspe; j'y vois plutôt
l'image allégorique du roi Saitapharnès. C'est en effet un détail très
digne d'attention que cc groupe est placé exactement au milieu et en
avant de la tiare et on le constate de la manière suivante. Lcs clous
de la jugulaire nous permettent de déterminer les faces latérales de la
tiare; d'autre part, la direction de la tète du serpent, formant cimier,
nous indique la face antérieure. Or la figure du cavalier couronné
occupe, de ce côté, le milieu de la zone. Dès lors n'est-il pas permis
de croire qu'elle a une valeur en quelque sorte héraldique ct qu'elle
représente comme le blason royal du possesseur de la tiare
1
? Les
sculpteurs grecs du IVe siècle qui décorèrent, à Tl'ysa, l'h(','ôon d'un
dynaste lyciell, avaient ohéi ù une préoccupation analogue, en sculptant,
près de la porte, le groupe héraldique de Bcllérophon cOlllhattallt la
Chimère 2. C'étaicnt les armes du chef lycien. Saitapharnès pouvait recon-
naître les siennes dans ce cavalier au griffon, placé, comme le serait
une cocarde moderne, juste au milieu du bandeau inférieur de la tiare.
A droite ct à gauche du groupe central l'artiste a réparti symé-
triquement : 1
0
dcs personnages scythes; 2° des animaux. En prenant
ce groupe pour point de départ, on peut suivre, de droite à gauche,
le développement de la zone:
1
• Séparé de la figure centrale pat' un bou-
L [n groupe analoguc, composé J'un cayalier en costulIle Ilarlmre cOlll'onné par ulle
Victoire, Jécore la plaqlll' ccntrale d'unc couronne d'or, trollV()C en J841 dans \lll tom-
beau de Kerlch, Il cst possiblc que cc cavalier représente le roi Bilescouporis Ir, dont \lne
monnaie a Né trouvée dans la m(\me tombe. (AllI. de la RIISsù> lIléridio/lf//e, p.

Interesses relacionados

(i,
lig, 52,) On remarquera que la place de ce groupe sur le bandeau dp I\erleh cOl'l'CSPOIHI
exactement à celle du candier couronné sur la tiare d'Oli.Jia,
2. BE:'\:>;DORF et NIDLII":>;, Das lIel'oon VOII Gjûlbasclti-l'r,ljsa, pl. XXII, Ag, el p. !J.
3, Voir, ligures 2 et a, le dével.oppement de la pptite frise,
12 MONUMENTS ET MÉMOIRES.
quet d'arbustes 1 et par des touffes d'épis, voici d'abord un Scythe
portant, comme ses compagnons, le costume national, la casaque
de cuir serrée par une ceinture ct le large pantalon; il tire vigou-
reusement sur une corde attachée à la jambe de son cheval et force
l'animal à s'agenouiller; c'est le dressage à la manœuvre de la génu-
flexion, pratiquée par les cavaliers scythes et orientaux 2. Plus loin, un
Scythe, les bras levés dans une attitude de prière, se tient debout
devant un chaudron à deux anses, au pied duquel sont placées une
hache et une outre. Qu'on se rappelle le passage où Hérodote décrit
les rites du serment chez les Scythes. « Quand les Scythes font pro-
messe de serment à autrui, ils mettent du vin dans une grande coupe
de terre Il'S'(6.),'1)V lI.ô21:l.!l.\V'1iv), et le mêlant de leur sang qu'ils
tirent en se frappant d'un petit couteau, ou bien du cimeterre en sc
coupant quelque petit morceau du corps, demeurent longtemps en
prières, puis boivent de la coupe avec tous les assistants 3. » Sauf le
détail du vase de terre, qui paraît ici remplacé par un récipient métal-
lique, n'est-cc pas une scène analogue, scène de serment ou d'adoration,
que nous avons sous les yeux? Tournant le dos au précédent, un autre
Scythe est fort occupé à maîtriser un cheval sauvage qu'il vient de
prendre au lasso. En vain l'animal, renversé sur le dos, sc débat déses-
pérément, battant l'ail' de ses pieds; son vainqueur serre autour de son
cou la corde du lasso en la tordant avec un garrot. Là s'arrêtent, au
moins de ce côté, les scènes de la vie scythe j la suite de la frise montre
des sujets plus simples, les représentations des animaux qui peuplent
le steppe dans le voisinage des habitations. Au-dessus d'une touffe de
roseaux, une grue prend son vol. Un cheval en liberté hume l'air, le cou
f. Le feuillage rappelle celui de l'olivier. On sait que les oliviers de l'Istros jouent un
rùle dans la légende dclphique. C'est au pays des Hyperboréens qu'Héraclès va chercher
l'olivier de Delphes. Schol. de Pindar!', Olymp., III, 24.. Cf. LATYScm:

Interesses relacionados

, Scythica et Call-
casica, p. 327.
2. Cne scène analogu!', mais avec des détails tout différents, est représentée sur la fl'isc
du vase de Nicopol, Compte rendu, 1864., pl. 3. KONDAKOF, TOLSTOï et S. REIi'iACIl, Anti-
quités de la Russie méridionale, fig. 256, 2:i7.
3, HÉRODOTE, IV, 70, trad. P. Saliat.
TIARE EN OR.
tendu, les naseaux grands ouverts. Pris de fureur, un taureau charge,
la tète baissée, les cornes menaçantes. Plus paisible est le groupe formé
par un bélier broutant et par une brebis couchée parmi les blés,
fort occupée à se gratter l'oreille avec une de ses pattes de d e r r i { ~ r e .
Ici, nous sommes arrivés à l'extrémité d'une demi-zone. Le point de
division est très ingénieusement indiqué par une touffe de pavots. Aussi,
par un de ces arrangements rythmiques qu'ont de tout temps recher-
chés les artistes grecs, les figures suivantes, tournées également vers le
centre, ont-elles une direction symétrique à celle des précédentes. Une
chèvre agenouillée correspond à la brebis couchée. Plus loin, un bélier
et une brebis qui allaite son agneau rappellent un groupc déjà vu;
puis un nouveau couple, un bouc et une chèvre couchée. Un cerf
aux écoutes forme bien le pendant du cheval que nous avons signalé
tout à l'heure. La concordance est complète. Si l'on y regarde de
près, c'est la même recherche de symétrie qui a engagé l'artiste à
placer ensuite un motif de remplissage, le groupe purement décoratif
d'un lion combattant contre une panthère. Ici, en effet, aurait dù
reprendre la série des épisodes de la vic scythe. Mais de ce côté, l'or-
fèvre n'en a placé que deux au lieu de trois; il lui restait donc une
place disponible, qu'il a utilisée de cette manière. Et pourquoi deux
épisodes seulement? Pour la raison fort. simple que l'un d'eux réclame
un espace assez étendu. C'est une scène de chasse qui, avec son décor
pittoresque, forme à elle seule un véritable tableau. Un lévrier a fait
lever un lièvre, ct le poursuit, tandis qu'agenouillé del'l'ière un arbris-
seau, le chasseur décoche sa flèche. Le dernier épisode, la leçon d'arc
donnée à un apprenti chasseur, se rattache très naturellement au sujet
précédent. Vn Scythe enseigne le maniement de l'arc à son fils, un
enfant tout nu, et, pour rectifier la position des bras, il se met à son
niveau en fléchissant les genoux. Ne retrouvons-nous pas là, dans son
rôle d'éducateur, l'adroit chasseur que nous venons tout ù l'heure de
voir à l'œuvre?
Cette petite frise, où l'orfèvre a réuni tant de détails vivants, amu-
sants et pittoresques, est sans contredit une des meilleures parties de la
14 MONUMENTS ET MÉMOIRES,
décoration. L'auteur s'inspirait de la réalité, de ses observations person-
nelles; il était d'ailleurs soutenu par une tradition d'art toute locale,
dont les bijoux trouvés dans les kourganes de la Hussie méridionale
nous ont livré bien des témoignages. Ces scènes de la vie scythe consti-
tuaient, pour les orfèvres grecs du Bosphore cimmérien, un véritable
répertoire courant, témoin la frise du vase d'argent de Nicopol; et,
d'autre part, le collier d'or émaillé de la Grande Bliznitza' nous montre
quel parti heureux ils savaient tirer de ces figures d'animaux, traitées
avec tant de vérité par l'orfèvre d'Olbia. Mais, à côté de réminiscences
faciles à expliquer, il y a là des sujets nomeaux, des détails inédits,
et on y observe par surcroît un art de composition qui fait honneur au
goût et à la conscience de l'artiste.
La zone supérieure comprend deux scènes bien distinctes : la resti-
tution de Briséis et les funérailles de Patrocle.
1
0
La restitutt'on de Brisé i8
2
(fig. 2). C'est la mise en scène de l'épisode
capital du chant XIX de l'Iliade, de la à.irOpp"tjljtç, qui est elle-
même la suite logique de la scène de la rIpmbeta., au chant IX. Sur le
conseil de Thétis, Achille a consenti il se réconcilier avec Agamemnon.
Celui-ci fait apporter les présents promis dans l'épisode de l'A mbas-
sade, « sept trépieds qui n'ont pas vu le feu, dix talents d'or, vingt
lébès splendides ». On amène les douze chevaux compris parmi les
présents : on conduit devant Achille les sept captives avec la belle
Briséis, et Talthybios, debout près d'Agamemnon, maintient au pied de
l'autel le porc qui va être égorgé ell signe de réconciliation. Tel est
exactement le sujet de la scène figurée sur la face principale de la
tiare
3
• Le champ est limité à droite et à gauche par un olivier, le sym-
bole de la paix. Au centre, Achille est assis sur un siège d'honneur,
le bas du corps recouvert d'une dmperie; le torse est traversé par le
1. Compte rendu, 1869, pl. 1, 13; Alltiq. de la Russie méridionale, p. 1i2, fig, 81.
2 . .M. Th. Heinach a très nettement montl'é qlle c'est bien là le slijet de la
scène, Gazette des Heau:c-Al'ts, art. cité, p. 239.
3. Cette face est, en l'fret, celle où trouve place, dans la zone inférieure, la figlll'e tlu
I!ayaljer couronné.
tIAHE EN on. t
"
a
baudrier de l'épée; la lance du héros est appuyée contre l'épaule
gauche. Par un brusque mouvcment, il s'est retourné vers Agamemnon,
dont il écoute les paroles avec un air d'attention farouche. A ses côtés
se tiennent deux personnages: un écuyer, pcut-être Antiloque, appuyé
sur sa lance, ct un vicillard drapé dans son manteau. Ce dcrnier est
sans doute Phénix; c'est lui en effet qu'Achille rctient à ses côtés dans
la scène de l'A mbassade après avoir repoussé les offres d'Agamemnon.
Aux pieds du héros sont déposés les représentés pour ainsi dire en
abrégé : un lébès à anses, un trépied, un rhyton à tête de lévrier,
une aiguièrc et un bassin; sur le sol sont épars les talents d'or, figurés
par des lingots plats, de forme triangulaire ou arrondic. Toute la partie
gauche de la composition est remplie par lc défilé des captives et des
chevaux. D'abord vient Briséis, conduite par Ulysse, et s'avançant
avcc l'attitude réservée d'une nouvelle épousée escortée par la nym-
plœutria)' puis un groupe de quatre femmes parécs de bijoux, repré-
sentant les captives lesbiennes « habiles à faire d'irréprochables
ouvrages )); elles marchent en troupe, comme un chœur de divinités,
tandis qu'autour d'elles se dandinent des oiseaux de bassc-cour,
des oies, habitantes familières du champ achéen, COlllmc elles sont
celles de la maison gl'ecque 1. Enfin, séparé du groupe précédent par
un olivier, un écuyer, chaussé de bottines à retroussis, conduit par
la bride quatre chevaux pleins de feu, dont il contient à grand'-
peine la vive allure; ce sont bien les rapides chevaux de course
(l ue si::male le lwète homérique : « 'TC'l"OÙ' oi: 'TCO!]!])'1
co '1" .,.' '
" 2
(1.20'11"0 ».
A droite d'Achille figUl'e un groupe de personnages dont le texte
homérique explique avec la même clarté le rôle et l'attitude. Celui qui
attire l'attcntion d'Achille est Agamemnon; les mains levées, suivant
un geste rituel ibid., vers 204), il prononce un ser-
ment solennel, et prend lcs dieux à témoin que jamais Briséis n'a
1. Cc délail est fréquent dans la peinture de vases. Cf., par exemple, MURRAY et
SmTH, lVlâte Athellian vases, pl. III; IIEYDEMANl'o", Grieclz. Vasellb., pl. IX, 4.
2. lliarle, IX, t24.
Hi MONUMENTS ET
partagé sa couche 1. Derrière lui, tout est prêt pour le sacrifice. Le
porc, victime p,'épar('e pOUl' le couteau d'Agamemnon, a été amené
devant l'autel qu'ombmge un olivier, et deux héros, dont l'un est
Talthyhios, se tiennent près de la victime) appuyés sur leur lance. On
le voit, le texte homérique trouve ici un commentaire absolument
fidèle; il est impossible d'illustrer avec plus de précision la scène
racontée en une quinzaine de vers dans le chant XIX.
2° Les funérailles de Patrocle (fig. '2). Pour faire à Patrocle des funé-
railles dignes de lui, ceux qui sont chargés des soins funèbres (x.'tlaifLoved
ont dressé, avec les troncs des chènes coupés dans l'Ida, un bûcher
de cent pieds; ils ont accumulé tout autour les corps des brebis et des
bœufs qu'on a écorchés, ceux de quatre chevaux, de huit chiens, et les
cadavres de captifs troyens égorgés. Le feu est allumé; mais la flamme
est lent.e il lu·iller. Debout. devant le bùcher, Achille invoque les yents,
BOl'ée ct Zéphyre; ceux-ci se rendent à son appel, excitent de leur
souffle la flamme qui jaillit, et toute la nuit Achille se tient près du
bùchCl', faisant des libations de vin, appelant FIlme de Patrocle 2. Voilà
le thème, emprunté à un chant de l' Itiade, qui 11 fourni le second
sujet de la grande frise.
L'artiste a pris soin de localiser la scène par un détail pittoresque;
un dauphin, près d'une touffe de roseaux, indique que le bùcher est
dressé sur le rivage de la mer. Au centre est le bùchcr, vu en per-
spective, avec les assises régulières fOl'mées par les troncs de chènes
soigneusement disposés. Sur les corps amoncelés des taureaux et des
brebis égorgés, gît le cadavre de Patrocle, déjà léché par les flammes
qui se font jour entre les troncs d'arbres, oil jaillissent des torches rési-
neuses jetées çà et là. Au pied du bûcher, c'est un entassement confus
de cadavres empilés les uns sur les autres, captifs tI'oyens, chevaux,
1. Le texte humériquc est cncorc scrré Jl' plus près que nc Ic pense M. Lechat
lors(IUïl roit ici" Agamemnon, debout, qui pl'ésrute il Achille ges cxplications et ses
excuses ». C'est un serment fait suivant les l'ites. Cf. les exemples l'éunis pal' SITTL, Dit,
Ge{)(ïrtlen der Griechen und lloelill'I'.
2. /liade, XXIII, vers 110 et suivants.
TIAHE El

Interesses relacionados

OH.
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taureaux, brebis ct chiens, sur lesquels on a jeté la hache ct l'épée qui
leur ont dOlllH; le coup mortel. A droite, Achille, debout près de l'ume
d'or (/,puO'i"fj'l ylt7J,T
1
'I) pour recevoir les ccndres, ticnt la patère
aux libations. C'cst le lllOlllent précis où, la main droite levée, il
achève son invocation aux "cnts. Ccux-ci sont déjà il l'Œuv]'e. Zéphyre
et Borée, sous la forme de deux génies ailés armés de torches, volent
au-dessus du bùcher. Tandis que Zéphyt'e abaisse sa torchc vers le corps
de Patrocle, Borée souffle dans une conque, ct déchaîne sur les
flammes paresseuses toute la violencc du vent du Nord. La figure
d'Achille appelle impérieusement une figure symétrique : c'est celle
d'Agamemnon, placée à gauche. La tète ceinte d'une courollne de lau-
rier, le roi des rois fait une libation avec une patère; à ses pieds est
un cratère d'or, contre lequel est posée la cuiller à long manche
(lui sert à puiser le vin. Vient. ensuite, séparé de la scène principale
pat' un palmier, le groupe des assistants: Briséis, assise sur un rocher
dans l'attitude d'une pleureuse, auprès d'une lante jetée sur le sol,
puis les chefs achéens (ri.).).ot d.pl'1T1jZ; vers Phénix ou
Nestor, Ulysse, et. deux héros casqués dOIlt l'un s'appuie sur sa lance.
Moins importante que la précédcnt.e, d'une composition llloins rigou-
reusement symétrique, cette était aussi moins en évidence, Cat',
d'après l'agencement que les sujets de la petite frise nous ont permis
de déterminer, clIc ornait le revers de la tiare. Elle n'en offre pas moins
les mèmes caractères de style, la mème exécution précise et sel't'ée, avec
des lourdeurs ct des faiblesses que nous Ile songeons pas à dissimuler.
En terminant cette description, notons un détail de composition qui
a son importunce. La figure d'Achille, répétée deux fois, se trouve dans
l'axe du diamètre qui passe par le milieu de la tiare. Celle de la face
antérieurc se trouve placée juste au-dessus du cavalier couronné par ulle
Victoire, où nous avons reconnu l'image allégorique de Saitapharnès. Est-
cc un simple hasard? Nous pensons plutot qu'il y a là un arrangelllent
prémédité. Superposer ainsi au hlason royal la figure d'Achille, n'était-Cf'
pas assimiler le roi barbare au héros grec, et adresser unc flatterie dl'
plus à l'Achille scythe dont la dédicace de la tiare célèbre la vaillance?
TOllE YI.
li! :\IüNUI ENTS ET Œ
II
L'inscription suivante est tracée, en lettres repoussées, sur la cou-
ronne murale qui sépare les deux zones :
« Le conseil et le peuple des Olbiopolitains (ont honoré, ou cou-
rOllné) le roi grand et invincible Saitapharnès. »
C'est la dédicace officielle de la tiare, ofl'erte par la ville d'Olbia à
l'un des rois scythes établis sur le haut cours de l'Hypanis, et qui
exerçaient sur Olhia ulle sorte de droit de suzeraineté. Il est il peine
besoin de rappeler que Saitapharnès est conllu par une inscription
d'Olilia; on a bien souvent cité, à propos de la tiare, le décret rendu en
l'honneur de fils d'Héroson, généreux citoyen qui, à plu-
sieurs reprises, a mis sa fortune au service de la ville menacée 1. L'in-
scription éllumère les difficultés avec lesquelles Olhia s'est trouvée aux
prises, pal' suite des exigences de Saitapharnès, roi de la tribu scythique
des Sées, dont le domaine parait avoir été situé à l'est de l'Hypallis ct
d'Olbia. Une première fois le l'oi s'est avancé jusque sUl' la l'ive
gauche du fleuve, pOUl' réclamer « le tribut du passage » (":,,z
7':(J,p68ou). Le trésor étant épuisé, Protogéllès a donné quatre cents
pièces d'or. Une autre fois, Saitaphal'llès est revenu près d'Olbia, pour
recevoir le tribut de vassalité € ei; ";'0 7tip(J,v hl (hp(J,7:û(J,v).
Les archontes ayant fait connaître à l'assemblée le mauvais état des
l'CSSOUl'ces publiques, Protogénès fournit ncuf cents pièces d'or ct est
désigné avec un autre citoyen pour se rendre Cil ambassade auprès du
mi. Celui-ci trouve les présents insuffisants, entre dans une violente
1. L\Tr,cm:v, Inscl'iptiones alltiqu,e 01'<11 septentl'ionali.

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