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Communiqué de FAIR

A l’occasion de la présentation le 14 septembre 2009 à la Sorbonne du Rapport de la


Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social.

Le collectif FAIR (Forum pour d'Autres Indicateurs de Richesse) salue la publication du rapport de la
"Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi" constituée à l’initiative du Président de la République Française.
Dans l’ensemble, ce rapport donne un signal utile en ce qu’il remet en cause la domination excessive
du PIB en tant qu’indicateur servant à guider la marche de la société. Nous considérons pour notre part
que quelle que soit l’utilité statistique que peut avoir cet indicateur, il ne doit pas servir de référence à
la décision politique car il ne fait aucune distinction entre les productions utiles et celles qui sont
néfastes et il contribue de surcroit à occulter nombre d’écueils majeurs dont certaines destructions
environnementales à l’origine de la crise écologique et des dérèglements climatiques auxquels est
désormais exposée l’humanité toute entière. Il est salutaire que des économistes renommés mettent en
exergue certaines déficiences de cet indicateur et expriment un point de vue critique sur l’objectif de
croissance du PIB, lequel a fortement contribué durant plusieurs décennies à diriger nos économies
vers le mur auquel nous nous heurtons maintenant.

Deux aspects du rapport restent cependant très problématiques.

D'abord, la conception du développement durable qu’il véhicule est focalisée sur certains besoins des
générations futures en oubliant deux éléments essentiels : d’une part l’impact social actuel
insoutenable des politiques économiques en place, et d’autre part les exigences de gouvernance et de
démocratie qu’il conviendrait de prendre en compte dans les indicateurs globaux de richesse. Il fait
aussi l’impasse sur les processus qui devraient sous-tendre l’élaboration des nouveaux indicateurs. Le
rapport contient certes une partie intitulée "political voice and governance". Mais elle figure comme
une dimension de la qualité de vie et du bien-être actuels, ce qui est restrictif.

Le second problème concerne la place, excessive selon nous, que tiennent les indicateurs monétarisés.
Les divers indicateurs mis en avant par la Commission, qu’il s’agisse des indicateurs de qualité de vie
ou de l’Epargne Nette Ajoutée (ENA, issue des travaux de la Banque Mondiale) sont inadaptés, peu
transparents et difficiles à comprendre pour les non-spécialistes. Ils mèneraient nécessairement aux
mêmes errements qu’il convient de corriger. Tout se passe comme si sa composition rendait la
Commission incapable de relativiser ce que les comptes monétaires peuvent nous dire du progrès
humain et de la "soutenabilité".

Quant à la méthode qui a présidé à l’élaboration du rapport, elle témoigne selon nous d’un manque
criant d’ouverture. Nous regrettons ainsi qu’une question aussi capitale que celle de la définition du
« progrès social » n’ait été traitée qu’en cercle fermé, et ce par une assemblée constituée à plus de 90%
par des économistes, qui plus est masculins.

De même, le mode de discussion du rapport avant sa remise aux autorités de la République semble
avoir exprimé une défiance à l’égard du débat démocratique. Ce texte complexe et technique n’a fait
l’objet que d’un simulacre de consultation, ayant été mis discrètement en ligne en juin et uniquement
en anglais. Pourtant, outre qu’il revient à tous les citoyens de définir sur quel socle de valeurs doit être
constituée à tous les échelons la société du 21ème siècle, l’histoire récente avait montré l’utilité d’un
vrai débat ouvert sur ces thèmes. Ce sont des écrits pionniers en France, qui s’appuyaient eux-mêmes
sur de premiers travaux internationaux (dont ceux du PNUD), qui ont ouvert la voie et marqué peu à
peu les esprits depuis dix ans. Sans eux, sans la mobilisation de collectifs au Grenelle de
l'environnement, la commande de 2008 n'aurait sans doute pas existé. Nous pensons donc que ce
rapport aurait sans doute été meilleur et porteur d’une plus grande légitimité si la consultation de juin
avait été lancée avec toute la publicité voulue et précédée de plusieurs mois d'échanges entre la
commission et les principales parties prenantes. Nous retrouvons cette même frilosité démocratique
dans la présentation publique très unilatérale par les autorités françaises du rapport ce 14 septembre.
Le rapport se termine par un vibrant appel au débat public citoyen. Pourquoi ne pas avoir montré
l'exemple ?
Il faut maintenant passer des rapports et des discours aux actes : définir démocratiquement de
nouveaux indicateurs, en utilisant ce rapport, mais aussi le rapport du Conseil économique, social et
environnemental, la communication de la Commission européenne au Conseil et au parlement
européen du 20 août 2009 sur la mesure du progrès, et d’autres ; les rassembler dans un "rapport
annuel sur le développement humain durable de la nation", dont les comptes de la nation ne seraient
qu'une partie et certainement pas le centre ; impulser des initiatives semblables dans les régions ;
prévoir des « conférences de citoyens » sur ces questions. Le vrai chantier ne fait que commencer.