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Décroissance ou natalisme écocidaire et anthropocentrique?

« Une croissance infinie est incompatible avec un monde fini.
Qui croit que c’est possible est soit un fou soit un économiste »
Serge Latouche
Le natalisme et le familialisme sont des caractéristiques historiques marquantes depuis que
l’humanité a maitrisé l’agriculture et domestiqué des animaux. D’après Ron Patterson « Il y a
10.000 ans les êtres humains et leurs animaux domestiques représentaient moins de 1/1000°
de la biomasse des vertébrés terrestres. Aujourd’hui ils en représentent 97% » (07/05/2014,
p.2).
La croissance de la population et de l’économie a été prônée par les religions, par la famille et
par les institutions gouvernementales. Ce comportement était justifié quand les taux de
mortalité étaient très élevés. Le natalisme faisait partie de la lutte pour la survie de l’espèce
humaine.
Le natalisme a désormais perdu son sens en tant que défense de la survie de l’espèce, il est
devenu un facteur d’expansion de la domination humaine sur la Planète, arme utilisée par les
fondamentalismes religieux, par le fondamentalisme de marché - qui vise l’accumulation de
capital fixe, financier et humain en vue du profit - par les secteurs conservateurs qui défendent
le rôle traditionnel des femmes au sein de la famille, etc.
Plusieurs indicateurs montrent que l’humanité occupe trop d’espace sur la Terre e détruit les
écosystèmes. Selon le Global Footprint Network, l’Empreinte Écologique globale dépasse la
biocapacité de 50%. Les activités anthropiques consomment donc une planète et demie, les
humains vivant par conséquent à crédit.
Selon le WWF, dans son rapport Living Planet de 2014, l’état de la biodiversité n’a jamais été
aussi mauvais. Le Living Planet Indicator, qui mesure l’évolution de milliers d’espèces de
vertébrés, a diminué de 52% entre 1970 et 2010. En d’autres termes, la quantité de
mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons est en moyenne la moitié de ce qu’elle
était il y a 40 ans.
Une autre méthodologie révèle également que les activités anthropiques dépassent les limites
de la Terre, c’est celle des Frontières Planétaires (ROCKSTRÖM et. al, 2009). L’humanité en
a déjà dépassé trois et avance rapidement en direction des 6 autres, également centrales pour
le maintien de conditions de vie indispensables pour les sociétés humaines et l’équilibre de la
biosphère. Ces 9 dimensions sont : le changement climatique ; la perte de biodiversité ;
l’utilisation de l’eau douce ; l’acidification des océans ; le changement d’usage du sol ; la
diminution de la couche d’ozone stratosphérique ; le cycle de l’azote et du phosphore ; la
concentration d’aérosols atmosphériques ; la pollution chimique.
L’émission continue de gaz à effet de serre (GES) a conduit la concentration de CO 2 (et
équivalents) atmosphérique à dépasser 400ppm, bien au-dessus des 280ppm de l’ère
préindustrielle. Le seuil à ne pas dépasser (pour ne pas atteindre un réchauffement supérieur à
2°) est de 350ppm. Ces taux ont pour effet d’élever le niveau des océans et d’augmenter leur
acidité, ce qui réduit la vie et la biodiversité marines.

Verlyn Klinkenborg (09/10/2014), évoquant le “Véritable Altruisme”, se demande si les
humains sont capables de changer pour sauver d’autres espèces: “J’ai senti un mélange de
douleur et de rage à la lecture du rapport du World Wildlife Fund décrivant la disparition de
tant de formes de vie. J’ai commencé à me demander : sur la base de quels motifs ou quelles
émotions – forces qui modèlent notre comportement – trouverons-nous ce qui nous unit aux
autres espèces de cette planète ? Est-ce qu’il existe en nous quelque chose qui nous permette
de nous comporter de façon altruiste vis-à-vis des autres formes de vie ? »
Malgré tout, tant pour des raisons sociales qu’environnementales, les courants de pensée qui
défendent la décroissance se répandent de plus en plus (Franco, 05/11/2013). Mais parler de
décroissance économique est un anathème pour le capitalisme et suggérer une décroissance
démographique est un anathème pour les églises et les défenseurs du nationalisme et du
développementisme d’état ou de marché.
Les objecteurs de croissance sont taxés de néomalthusiens, c’est à dire des personnes qui
défendent la diminution de la population par le biais de la réduction des taux de fécondité des
populations humaines. Il existe différents types de néomalthusianisme, qui peuvent être
regroupés en deux grands courants : le néomalthusianisme volontaire (qui respecte les droits
sexuels et reproductifs) et le néomalthusianisme coercitif (qui défend des politiques
autoritaires de contrôle de la natalité, dont l’exemple le plus draconien est la politique
chinoise de l’enfant unique).
Cette seconde acception est connotée très négativement. D’autant qu’elle a été associée à des
pratiques eugénistes (racistes) dans le passé. C’est pourquoi traiter quelqu’un de
néomalthusien est devenu une insulte.
C’est pour cette raison que les démographes, en particulier ceux du Tiers-Monde, en ont une
perception très négative. De la même façon, le mot « surpeuplement » fait partie du
vocabulaire interdit, même si on sait depuis longtemps qu’une croissance exponentielle de la
population n’est pas viable. Être nataliste dans des pays dont la fécondité est au-dessus du
seuil de remplacement, dont la structure par âge est jeune et qui ont une forte densité
démographique, revient à saper les bases de toute avancée sociale et environnementale.
Si la critique du néomalthusianisme autoritaire et eugéniste est justifiée, les postures
antinéomalthusiennes contemporaines ne constituent souvent qu’un paravent qui cache les
objectifs natalistes des différents secteurs du conservatisme moral, du familialisme, du
fondamentalisme de marché, du fondamentalisme religieux, du nationalisme, etc. Le
natalisme, qui ne pense qu’à la croissance de la population humaine et ne voit pas que le
monde vit un holocauste biologique, n’est en pratique qu’un natalisme écocidaire et
anthropocentrique.
Un exemple : dans les années soixante, alors que la croissance globale de la population
atteignait son taux le plus élevé (2,1%/an) le Pape Paul VI publiait l’encyclique Humanae
Vitae le 25 juillet 1968, qui déterminait, parmi d’autres interdictions, que la contraception par
des moyens artificiels était prohibée par le Magistère de l’Église Catholique. Autrement dit,
une femme (ou un couple) catholique n’avait pas le droit d’utiliser la pilule contraceptive ou
un préservatif pour retarder la naissance du premier enfant (principalement dans le cas des
adolescentes) ou espacer les naissances. Pire encore, après l’apparition du SIDA, l’Église
Catholique a continué à refuser l’utilisation du préservatif. Ceux qui ne pensent pas comme le
Saint Siège sont rangés dans la catégorie des néomalthusiens.

En octobre 2014, le Pape François réunit un Synode sur la famille au Vatican. Bien que son
pontificat se montre plus ouvert sur les questions sexuelles et reproductives, rien n’a changé
jusqu’à présent. A l’occasion, l’archevêque nigérian Dom Ignatius Kaigama a critiqué les
organisations internationales, les pays et les groupes qui, selon lui, promeuvent le contrôle de
la natalité et encouragent les pays africains « à abandonner nos pratiques culturelles, nos
traditions et même nos croyances religieuses ». Il a également critiqué les agences qui disent
que le Nigéria a une trop grande population. Parlant de son point de vue, opposé aux droits
sexuels et reproductifs, il a demandé « Qui dit que notre population est trop grande ? ».
Voyons cela de plus près. En 1950, la population du Nigéria était de 37,8 millions d’habitants,
elle a atteint 180 millions en 2014. Pour 2050, la projection moyenne de l’ONU est de 440
millions et 913,8 millions en 2100. La superficie du Nigéria est de 923.700 km2, bien
inférieure à celle de l’état du Pará, au Brésil, qui couvre 1.247.900 km2 pour une population
de 8 millions d’habitants. La densité démographique du Nigéria était de 41 hab./km2 en 1950,
elle atteint aujourd’hui 151 hab./k m2 et devrait parvenir à 477 en 2050 et 989 en 2100. Au
Brésil, la densité démographique est de 24 hab./km2 ; elle est de 54 hab./km2 pour le monde.
Par conséquent, la population du Nigéria va dépasser celle du Brésil en 2025 et celle des
États-Unis en 2050, pour devenir la troisième plus grande population du monde (derrière
l’Inde et la Chine) malgré un territoire relativement petit. Évidemment, cette forte croissance
de la population va entraver la réduction de la pauvreté, le progrès de la qualité de vie et
entraîner une dégradation environnementale. Mais les chercheurs qui dénoncent l’absence de
droits reproductifs dans le pays sont appelés néomalthusiens par les nigérians nationalistes et
les fondamentalistes religieux (catholiques et musulmans).
Ce ne sont pas seulement les catholiques qui sont natalistes, il en va de même du groupe
terroriste Boko Haram, qui utilise le viol comme arme de guerre. Les fondamentalistes de
diverses religions prônent une croissance infinie de la population. Comme le dit Andrew
McKillop: “Large and growing populations are good for one thing – war”.
De plus, une forte croissance démographique augmente le ratio de dépendance, rend difficile
la lutte contre la pauvreté, notamment par la mobilité sociale ascendante, annule les efforts de
défense de l’environnement et les possibilités d’existence des autres espèces vivantes de la
Planète.
Il n’est donc pas étonnant que les théoriciens de la décroissance soient appelés
néomalthusiens. La plupart du temps il s’agit d’une accusation qui provient d’un secteur
fondamentaliste ou de personnes qui défendent un natalisme écocidaire et anthropocentrique.
Pourtant les activités humaines occupent déjà trop d’espace sur la Planète, il est plus que
temps que l’humanité respecte les droits de la nature, garantisse la solidarité entre les espèces
et une convivialité pacifique avec la biodiversité de la Terre.
Version originale de ce texte in : ALVES, JED. Decrescimento ou pronatalismo ecocida e
antropocêntrico? SCRIBD, 03/11/2014 http://pt.scribd.com/doc/245417730/Decrescimento-oupronatalismo-ecocida-e-antropocentrico

Références:
ROCKSTRÖM Johan et al. A safe operating space for humanity, Nature, nº 461, 24,
September 2009

Global Footprint Network, 2014 http://www.footprintnetwork.org/en/index.php/GFN/
LATOUCHE, Serge. Decrescimento: Um crescimento infinito é incompatível com um mundo
finito. Ecodebate, RJ, 24/11/2011
http://www.ecodebate.com.br/2011/11/24/decrescimento-um-crescimento-infinito-eincompativel-com-um-mundo-finito-por-serge-latouche/
FRANCO, Alan A Boccato. Para compreender o Decrescimento, Outras Palavras, 05/11/2013
http://outraspalavras.net/capa/para-compreender-o-decrescimento-sem-preconceitos/
ALVES, JED. Anti-neomalthusianismo ou pró-natalismo disfarçado? Ecodebate, RJ,
27/11/2013
http://www.ecodebate.com.br/2013/11/27/anti-neomalthusianismo-ou-pro-natalismodisfarcado-artigo-de-jose-eustaquio-diniz-alves/
LAMB, Christopher. Arcebispo nigeriano sai em defesa dos gays e critica os esforços
ocidentais para limitar o crescimento da população. The Tablet, 08/10/2014
http://www.ihu.unisinos.br/noticias/536108-arcebispo-nigeriano-sai-em-defesa-dos-gays-ecritica-os-esforcos-ocidentais-para-limitar-o-crescimento-da-populacao
KLINKENBORG, Verlyn. True Altruism: Can Humans Change To Save Other Species? Yale,
09 Oct 2014
http://e360.yale.edu/feature/true_altruism_can_humans_change_to_save_other_species/2813/
WWF. Planeta Vivo, relatório 2014, Switzerland, 30/09/2014
http://www.wwf.org.br/natureza_brasileira/especiais/relatorio_planeta_vivo/
http://wwf.panda.org/about_our_earth/all_publications/living_planet_report/
PATTERSON, Ron. Of Fossil Fuels and Human Destiny, May 7, 2014
http://peakoilbarrel.com/natural-resources-human-destiny/

José Eustáquio Diniz Alves
Docteur en démographie,
Professeur titulaire du Master et Doctorat
« Population, Territoire et Statistiques Publiques »
de l’École Nationale de Statistiques - ENCE/IBGE;
Il présente ici son point de vue personnel
E-mail: jed_alves@yahoo.com.br