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Histoire de la stylistique

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Leo Spitzer et les Etudes de style

1. Etude des Etudes de style

Leo Spitzer (1887-1960) est né à Vienne est 1887. Il étudie à Berlin et à Halle, où il suit les cours de
Meyer-Lübcke (1861-1936), l'un des plus grands romanistes allemands. Il obtient un premier poste à
l'Université de Marburg, puis, en 1930, à celle de Cologne. En 1933, suite à la montée du nazisme,
il s'exile en Turquie, et professe à l'Université d'Istanbul, avant de se réfugier aux Etats-Unis, où il
enseignera à l'Université John Hopkins, à Baltimore. Il prendra sa retraite en Italie, où il meurt en
1960, près de Lucques.

Il est connu du public français après sa mort, essentiellement grâce au volume intitulé Etudes de
style, qui regroupe des articles sur divers auteurs de langue française, de Jaufré Rudel à Michel
Butor, en passant par Rabelais, La Fontaine, Racine, Voltaire, Marivaux et Proust.

Ce recueil s'ouvre toutefois sur un chapitre intitulé « Art du langage et linguistique », de portée
générale, où il explicite sa méthode. Il commence par ces mots :

Par ce titre (« Art du langage et linguistique »), on entend suggérer l'unité dernière de la
linguistique et de l'histoire littéraire. J'ai voué toute ma vie de savant à rapprocher ces deux
disciplines (p.45)

Il rappelle en effet qu'il suivit les cours de linguistique française de Meyer-Lübke, et ceux d'histoire
littéraire de Becker, de telle sorte que, comme il l'écrit : « parti du dédale de la linguistique, j'ai fait
mon chemin jusqu'au jardin enchanté de l'histoire littéraire » (id.)

Il développe ensuite un exemple d'analyse étymologique (se reporter au passage concerné des
Etudes de style), puis il commente en ces termes :

Notre analyse étymologique a éclairé un pan d'histoire linguistique, qui est en connexion
avec la psychologie et l'histoire de la civilisation. Elle a suggéré un réseau de relations entre
le langage et l'esprit du locuteur. Ce réseau, il aurait pu être révélé aussi bien par l'étude
d'une évolution syntaxique, ou morphologique, ou même d'une évolution phonétique (p.53)

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De même :

Le meilleur document pour l'âme d'une nation c'est sa littérature ; or celle-ci n'est rien d'autre
que sa langue telle qu'elle est écrite par des locuteurs privilégiés. Ne peut-on alors saisir
l'esprit de cette nation dans ses oeuvres littéraires les plus importantes ? Il aurait été
présomptueux de comparer l'ensemble d'une littérature nationale avec la totalité de sa langue
: plus modestement, je suis parti de la question : peut-on reconnaître l'esprit d'un écrivain
français à son langage singulier ? (...) Ce que j'avais dans l'esprit, c'était une définition plus
rigoureusement scientifique d'un style individuel : une définition de linguiste qui eût
remplacé les remarques occasionnelles et impressionnistes des critiques littéraires. La
stylistique, à mon sens, pouvait faire le pont entre la linguistique et l'histoire littéraire. (pp.
53-54)

Cette stylistique « de linguiste » - qui ne saurait être assimilée avec celle de Bally - est ainsi définie :

la déviation stylistique de l'individu par rapport à la norme générale doit représenter un pas
historique franchi par l'écrivain ; elle doit révéler une mutation dans l'âme d'une époque, -
mutation dont l'écrivain a pris conscience et qu'il transcrit dans une forme linguistique
nécessairement neuve : ce pas historique, psychologique aussi bien que linguistique, peut-
être serait-il possible de le déterminer.

L'idée que l'écart individuel reflète une mutation générale de la langue ET de la psychologie d'un
peuple, repose sur certaines représentations aujourd'hui datées de l'histoire de la langue, mais elle
montre aussi que, pour Spitzer, les méthodes pertinentes pour étudier la langue et le style ne
sauraient différer :

Quand je lisais des romans français modernes, j'avais pris l'habitude de souligner les
expressions dont l'écart me frappait par rapport à l'usage général ; et souvent, les passages
ainsi soulignés semblaient une fois réunis prendre une certaine consistance. Je me
demandais si on ne pouvait pas établir un dénominateur commun pour toutes ces déviations
ou presque : ne pourrait-on pas trouver le radical spirituel, la racine psychologique des
différents traits de style qui marquent l'individualité d'un écrivain, comme on a pu trouver la
racine commune de formations verbales bien capricieuses ? (p. 54)

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Qui plus est, compte tenu de la conception de la littérature qui était celle de Spitzer, qui en fait le
mode d'expression supérieur d'esprits qui le sont tout autant, il existe un lien nécessaire entre le fait
même de créer et l'inscrption de cette activité créatrice dans la langue, au prétexte que le langage
« commun », comme aurait dit Bally, ne saurait suffire :

La vigueur dans la pensée ou la sensibilité s'accompagne toujours d'innovations dans le


langage ; la créativité mentale s'inscrit aussitôt dans le langage, où elle devient créativité
linguistique ; la banalité et la rigidité dans le langage ne suffisent pas aux besoins
d'expression d'une forte personnalité (p. 57)

On voit commentSpitzer en vient ainsi à assigner, au linguiste et au littéraire, un même objet et une
même démarche :

Le linguiste, tout comme son collègue littéraire, doit toujours remonter à la racine de tous
ces procédés qu'on appelle littéraires ou stylistiques, et dont les historiens de la littérature
doivent dresser la liste (id.)

Spitzer ne vise donc pas à une stylistique générale, au sens de Bally : sans refuser l'idée
d'immanence du langage, il porte un intérêt exclusif aux variations expressives, censées porter la
trace d'une intention ou d'une visée des locuteurs. Il s'agit pour lui de repérer la variation comme
telle, de la collecter, et, en regroupant toutes les variations d'un même corpus, d'en donner un
diagnostic quand à leur signification globale.

Cette approche repose sur plusieurs présupposés :

(i) La linguistique doit pouvoir être employée à décrire toute activité langagière, y compris les
activités les plus marginales et les plus singulières, comme celles relevant de la production de textes
littéraires écrits. Elle ne doit donc pas seulement s'occuper de la description des langues en général,
mais viser aussi à décrire la langue d'un seul.

(ii) Le corpus d'étude est une oeuvre littéraire donnée, dont on analyse le style qui DOIT être
spécifique à cette oeuvre-là. Autrement dit, on pustule que l'oeuvre est un ensemble clos sur lui-
même, et qu'elle possède une cohérence spécifique, c'est-à-dire qui lui appartient en propre et qui

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n'appartient qu'à elle.

(iii) Cette clôture de l'oeuvre n'empêche pas que l'écrivain et son milieu soient interdépendants :
l'oeuvre d'art s'inscrit dans son époque à la fois en ce qu'elle subit l'influence des représentations
culturelles de son temps lors de sa production, et contribue, lors de sa diffusion, à construire ces
représentations, et à les faire évoluer.

2. Exemple d'une Etude de style : « L'effet de sourdine dans le style classique : Racine »

Racine : « un style souvent modéré et assourdi, d'un rationalisme posé, presque purement formel ;
parfois, et pour quelques instants, la langue s'élève inopinément au pur chant poétique et à
l'épanchement directe de l'âme, mais vite l'éteignoir de la froide raison vient tempérer l'élan lyrique.
(...) la langue de Racine fait succéder un vol majestueux, un glissement serein, un retour en douceur
vers la terre » (208-209).

« Si j'ai associé, dans mon titre, le mot passe-partout de « classicisme » au terme de « sourdine »,
c'est parce que c'est précisément cet effet de sourdine qui crée dans le style de Racine l'impression
de retenue et d'équanimité, que l'histoire littéraire attache à l'idée de classicisme » (209).

L'article visant à étudier les « effets d'atténuation chez Racine », Spitzer en dresse l'inventaire. E
voici le début :
1. désindividualisation par l'article défini (209 sv.) ;
Andromaque, I, 4 :
Captive, toujours triste, importune à moi-même
Pouvez-vous souhaiter qu'Andromaque vous aime ?
Quels charmes ont pour vous DES yeux infortunés
Qu'à des pleurs éternels vous avez condamnés ?

II, 2 – Hermione :
Le croirai-je, seigneur, qu'un reste de tendresse,
Vous fasse ici chercher UNE triste princesse ?

IV, 1 – Andromaque :
Voilà de mon amour l'innocent stratagème :

4
Voilà ce qu'UN époux m'a commandé lui-même.

2. démonstratif de distance (214 sv.) ;


Bajazet, III, 5
Mais, hélas ! il peut bien penser avec justice
Que si j'ai pu lui faire un si grand sacrifice,
CE COEUR, qui de ses jour prend un funeste soin,
L'aime trop pour vouloir en être le témoin.

Phèdre, IV, 2 :
...si tu veux qu'un châtiment soudain
T'ajoute aux scélérats qu'a punis CETTE MAIN.

Andromaque, III, 7
Je croyais apporter plus de haine en ces lieux

3. le « si » et le « tant » d'affirmation forte (219 sv.) ;


Phèdre, II, 5
Que dis-je ? cet aveu que je viens de te faire
Cet aveu SI honteux, le crois-tu volontaire ?

Bajazet, II, 1
[Crois tu que] D'une SI douce erreur si longtemps possédée
Je puisse désormais souffrir une autre idée

III, 5
L'auriez-vous cru, Madame, et qu'un SI prompt retour
Fît à TANT de fureur succéder TANT d'amour ?

Andromaque, I, 1
Astyanax, d'Hector jeune et malheureux fils,
Reste de TANT de rois sous Troie ensevelis.

4. « il » et « elle » objectivant (221 sv.) ;

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Athalie, IV, 4 – Joas :
Joas ne cessera jamais de vous aimer.

Andromaque, I, 1 – Oreste :
Qui l'eût dit, qu'un rivage à mes voeux si funeste,
Présenterait d'abord Pylade aux yeux d'Oreste ?

Id. - Andromaque :
Captive, toujours triste, importune à moi-même,
Pouvez-vous souhaiter qu'ANDROMAQUE vous aime ?

5. pluriel de majesté (225 sv.) ;


Andromaque, II, 1
Tu veux que je le fuie ? Eh bien ! rien ne m'arrête :
Allons, n'envions plus son indigne conquête...
Fuyons... (...)

Bajazet, IV, 4
Sur tout ce que j'ai vu fermons plutôt les yeux ;
LAISSONS de leur amour la recherche importune :
POUSSONS à bout l'ingrat, et TENTONS la fortune :
VOYONS si par mes soins sur le trône élevé,
Il osera trahir l'amour qui l'a sauvé.

6. personnification des abstraits (227 sv.) ;


Andromaque, III, 6
(...) Ah ! seigneur ! vou entendiez assez
DES SOUPIRS qui craignaient de se voir repoussés.
Pardonnez à l'ECLAT d'une illustre FORTUNE
Ce reste de FIERTE qui craint d'être importune.

Phèdre, I, 2 – Hermione au sujet de Phèdre :


Un DESORDRE éternel règne dans son esprit,
Son CHAGRIN inquiet l'arrache de son lit :

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Elle veut voir le jour : et sa DOULEUR profonde
M'ordonne toutefois d'écarter tout le monde.

7. pluriels qui estompent les contours (230 sv.) ;


Bajazet, I, 4
N'allez point par vos pleurs déclarer VOS AMOURS

Athalie, I, 1
[Je tremble qu'Athalie] N'achève enfin sur vous ses VENGEANCES funestes
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

Id.
Il n'a plus aspiré qu'à s'ouvrir des CHEMINS
Pour éviter l'affront de tomber dans leurs mains.

8. neutre « ce que » (233 sv.) ;


Andromaque, I, 2
Il peut, seigneur, il peut, dans ce désordre extrême,
Epouser CE QU'il hait et perdre CE QU'il aime.

9. « où » après des abstraits (234 sv.) ;


Andromaque, I, 1
...cette mélancolie
Où j'ai vu si longtemps votre âme ensevelie.

IV, 1
Fais-lui valoir l'hymen où je me suis rangée.

Phèdre, III, 2
O toi qui vois la honte où je suis descendue

10.verbes phraséologiques, qui expriment les actions indirectement (236 sv.) ;


Andromaque, IV, 2
Et votre bouche encor, muette à tant d'ennui,

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N'a pas DAIGNE s'ouvrir pour se plaindre de lui !

IV, 2
Vous qui sans désespoir ne pouviez endurer
Que Phyrrus d'un regard la VOULÛT honorer.

etc.