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PONTIFICIA UNIVERSITAS GREGORIANA

FACULTAS PHILOSOPHICA

STRUCTISES
ET 110UVEMENT DRLECTIOUE
DINS Lit
« NIÉNOMÉNOLOGIE
DE L'ESPRIT » DE IIEGEL
Auctore

PETRO-JOANNE LABARRIÉRE s. j.

Dissertatio ad Laureara
in Facultare Philosophica
•Pontifiriae Universitatis Gregoriauae
•-

142.7
H34

AUBIER
PARIS - 1968
142.7 80000001222242
• E24 Labarriere, Petro - Joanne'
Structures et mouvement dial
ectique dan5 la- uphenomenclo
gie de l'esprit de Hegel
etro-Joanne Labarriere

` Vidimus et approbamus ad norman Statutorum Universitatis


Romae; ex Pontificia Universitate Gregoriana
die 15 mensis Februarii anni 1967 Cette étude a été présentée comme
thése de doctorar en philosophie
l'Université Grégorienne (Rome).
PETRUS HENRICI, S.J.
Qu'il soit permis de remercier le
FRANCISCUS O'FARELL, S.J.
P. Pierre Henrici, (Rome), qui a bien
voulu en accepter l responsabilité et
en diriger la rédaction, ainsi que le
P. Joseph Gauvin (Paris), qui l'inspira
á l'origine et encouragea sa réalisation.

Les schémas ont été réalisés par


Paul Brutsche.
• IMPRIMI POTEST
Ambiani, die 20 mensis Aprili anni 1967

FRANCISCUS LACOURT, S.j.,


Praepositi.s proviAcialis.

, IMPRIMA'fUR

Parisiis, die 7 mensis nov. anni 1968


E. BERRAR, v. e.
IN 1 ItODUCTION

Hegel est á rorigine de tout ce qui s'est fait de graud • en


philosophie depuis un s'Ocre On pourrait cifre sans parádoxe
que donner une interprétation de Hegel, c'est prendre position
sur tous les problémes philosophiques, politiques et religieux de
notre
Jugement catégorique, bien propre á faire trembler quiconque
a l'audace de s'engager en voie si périlleuse, d'autaut que sa
force s'accroit d'avoir été prononcé par un phi losophe dont la,
pensée, pour avoir été marquée par cene de Hegel, ne se situe
pourtant pas sous son influence directe et immédiate. Mais,
aii vrai, n'est-ce point le sort de tout grand philosophe, interor1te
de son temps, que de contribuer pour sa part á enrichir l'humus
commun ott germeront, en d'imprévisibles résurgences, les pea-
ses de ses successeurs ?
Pourtant, en ce processus universel, qui est celui méme de la
culture, 11 est des temps, il est des lieux oü i'histoire de la pensée
semble se recuelliir tout entiére, avec une particaliére, plénitude,
avant de resurgir dans une rumiare neuve ; le paysage est bien
le méme, et l'historien de la philosophie pourra tout á loisir
souligner les empruats et les filiations, mais nul ne s'y
trompe : l'éclairage nouveau, pour reprendre une image de.
Hegel 'ni-mame, provient de la nouveauté. du « soleil » qui
s'est levé'.
Nul doute que la fin. du XVIII° et le début du XL"k° silcles ne
constituent; en notre tradition occidentale, l'une de ces périodes
privilégiées. Comme il en va toujours en de pareils cas, la réno-
vation en cause ne s'y est pas fait sentir tniquement au plan des
théories ou des idées philosophiques, mais elle a bouleversé de
fond en comble tout l'homme, en ses profondeurs personnelles et
1. Merleau-Ponty, Sens et Non-sens, l'Existentialisme chez Hegel, p. 110.
a
2. Ph. G. (Phénoménologie de l'Esprit), 13/4 12/31). — La double réfé-
rence renverra toujours á la page et á la ligne de l'édition allemande de
Hoffmeister (Félix Meiner, édition, 1952) et de la traduction frangaise de
J. Hyppolite (Aubier, 1939-1941), éventuellement modalée. Pour la déter-
mination de la ligne, on a tenu compte des titres éventuels, ainsi que des
lettres ou des divisions numériques, qui ont été inclus et comptés á leur place:
10 STRUCTURES ET MOUVEMENT DIALECTIQUE DANS LA a PIIENOMÉNOLOGIE DE L'ESPRIT » 11

sociales. C'est Hegel, précisément, qui développa le premier cette Toute la prerniére partir de l'étude qui suit s'efforcera de mani-
analyse fameuse, devenue par aprés le bien commun de tous : fester ce qui fit en son ternps la nouveauté de cette vision du
il failait que survienne cette transformation pretende des strue- monde. Mais cette recherche de la problematique hégélienne,
tures de la vie politique et sociale que reprélenta la Revolution si elle justifie par elle-méme l'intérét porté á cette muvre, présup-
de 1789, pour que puisse s'imposer une intelligence nouvelle de pose que soit répondu á une question préjudicielle qui ne peut
l'homme entendu comme liberté radicale. ' manquer de surgir : s'il est vrai que Hegel, dans une large
Au vrai, avant mame .que n'éclate cette Révolution frangaise, mesure, représente bien le « passage obligé » vers l'intelligence
Kant avait déjá posé les principes d'une autre révolution, qui du siécle qui le suivit, n'est-il pas vrai que les vingt alinees que
n'a point cessé de se faire sentir jusqu'á nos jours, et qui expri- nous venons de vivre constituent une rupture á •-toutj,:le moins
mait déjá le statut philosophique de la revendication de liberté semblable á. cene qu'il connut au temps de sa.jeun.0.-- de
en train de se faire un jour au plan de la vie sociale ; de sorte sorte que notre probléme, qui est de déchiffrer le vilatouveau
qu'une définition nouvelle de l'homme accompagna le .boule- de l'homme en train de mitre, exigerait de nous 51. enverte •
versement des institutions et des lois, et se nourrit en retour des d'une nouvelle vision du monde, qui soit, `Hegel
torees nouveliesdégagées par l'expérience vécue. La Phiiosophie, en son temps, tout á la fois d'accomplissement ePasse- •
comme on l'a dit, « se réfugia » alors en Allemagne, s'y donnant Ment ?
á connaitre á travers une lignée de penseurs qui s'efforclrent de Voilá qui n'est pas douteux : notre monde u'est plus cclui du
fournir á l'homme des temps nouveaux l'instrument nécessaire siécle dernier. L'air que nous respirons n'est plus le méme. Et
pour assumer Pexpérience qu'il venait de faire, et pour inventer les questions, en changeant si profondément d'échelie, ont aussi
une nouvelle manilre de penser et de vivre. changé de nature. Par exemple, si la philosophie, pour
Hegel fut l'un de ces penseurs. A coup Al., il ne fut pas le seul. est systématique par essence, rien de plus étranger á nombre
Et lui-méme, qui combat si fiprement le formalisme de ses pré- de nos contemperains, ponr qui la cohérence et le sens unitaire
décesseurs immédiats, sait par exemple, en plus d'un passage de ne sont que des leurres, et qui sont plus sensibles aux ruptures
son ceuvre, rendre á Kant un hommage qui n'est pas feint. II presentes. soulignées pour elles-mérnes. Nos problémes, .qui sont
est vrai, en ce seas, que le jugement de Merleau-Ponty rappelé immédiatement question de vie ou de mort, paraissent á •
au debut de ces pages pourrait avec une justesse semblable beaucoup requerir une autre approche que Celle-lá, de sorte
s'appliquer á Kant lui-méme : de sa pensée aussi ii est vrai de qu'une étude de Hegel, loin de nous amenes á « prendre pesitión »
direffle en tenter une interprétation « e'est prendre position sur de fagon concréte, semble nous éláigner du licu .áctuel dé
tous les problérnes philosophiques, politiques et religieux de l'humaine décision.
notre siécle ». Pourtant, il reste vrai que l'influence immédiate Voilá qui serait vrai si, inattentifs á tout ce qui le suivit, nous
et lointaine de Hegel fut á tout le moins plus sensible, et qu'elle nous contentions de. répéter, comete des oradles intemporeis, les
apparait plus éclatante aux yeux de l'historien; qu'il s'intéresse positions qu'il élahora en d'autres époques, face á d'autres ques-
au déploiement des idées ou aii domaine de l'action concrate. tions. Mais, nous le savons bien, la philosophie se jierdrait tota-
A l'intérieur de cette époque 'prIvilégiée, rceuvre de Hegel lement en ce nouveau dogruatisme, puisque son. role est moins
apparaft done á son tour comete prIvllégiée, Tul plus que luí d'apporter des réponses que de fournir les éléments nécessairel •
ne §Imposa [Ion temps, luí dont le renom portalt ombrage a ses á l'analyse des situations dans lesquelles l'homme se trouve
collagues de runiversité de Berlín, Qu'on le comprenne ou non, engagé. En ce sens, toute étude d'un philosophe, si elle veiit elle-
qu'on l'accepte ou h ,rejette, on était contraint de se situer par méme avoir valeur philosophique, se doit de réaliser une.confron-
rapport á luí, et de se dévoller sol-méme en s'efforgant de le tation et comme un dialogue entre son temps et le notre ; autre-
juger. Quant á son héritage, recueilli au sein des divisions que ment dit, et pour reprendre la seconde partie du jugement que
l'on sait, 11 n'a cessé de fructifier jusqu'á nous, suscitant des nous développons ici, elle doit se présenter comme une inter-
options diverses et méme antagonistes : il n'est nul mouvement prétation de la pensée dont elle traite.
de quelque importance qui ne se soit un jour, directement ou E est bon, avant d'entrer dans le mouvement de cette étude •
indirectement, situé, jugé, défini par rapport á cette entreprise et pour mieux saisir les perspectives dans lesquelles elle se
majeure que représente, dans l'histoire de la pensée, l'hégélia- déploiera, de déterminer sommairement ce que signifie ce tenme. ' •
nisme. Interpréter signifie avant tout : traduire en termes clairs et acee&-
STRUCTURES ET MOUVEMENT DIALECTIQUE DANS LA « PHISOMESOLOGIE DE L'ESPRIT 1, 13
1'2
sibles ce qui demeure, en soi-méme, affecté de quelque obscurité ; somrnes pas encore capables, pour l'heure, de procéder á une
en ce sens premier, fondamental, toute lecture, tout déchif- interprétation véritabie de cette ceuvrc, et qu'il nous faut aupara-
frement, si élémentaires soient-ils, sont des interprétations ; et, vant revenir longuement sur les opérations élémentaires de déchif-
dans le cas d'un déchiffrement philosophique, la lecture en ques- frement, reprenant á la base -une lecture trop háfivement faite
don visera á la déceuverte du code, de la régle, qui constituent par ceux qui nous ont précédés.
la clef donnant actas au sens unitaire d'une pensée ou d'une C'est dans cette perspective qu'a été menée l'étude ici pré-
ceuvre. Táche prédéterminée, toute d'humble soumission, qui ne sentée, eti c'est ainsi qu'il faut l'aborder et la tire. Au lien
connote point d'abord, contairement á l'usage trop courant, la ter une interprétafion nouvelle á. toutes cenes qui se disputent
faculté d'opter entre des significations divergentes : interpréter déjá Fassentiment du lecteur de Hegel, elle tente de se situer en
une ceuvre, c'est la faire sienne et l'exprimer comme telle, non degá, ct de faire un retour décidé au texte lui-méme, accepté
en la tirant t soi, non en l'arrachant á sa terre natale, mais en dans sa- force native, et dans cette cohérence que l'on doit tou-
la comprenant d'abord et en la respectant pour ce qu'elle est; jours reconnaitre, á moins d'évidence contraire, á qui prétend
fút-ce dans son anabigulté. faire ceuvre de raison. Et s'il nous est possible, en conclusion, de
Puisque la philosophie est analyse et compréhension de la jeter quelque clarté sur un certain nombre de points ccntroversés,
réalité, interpréter signifie en second lieu actualiser une vision ce ne sera lá qu'ceuvre partielle, sftictement limitée par les résul-
du monde en manifestant les implications qu'elle est susceptible tats, avec leurs clartés et leurs ombres, de renquéte menée sur
de déployer dans l'ici et le maintenant. Táche qui, pas plus que les structures véritables de la pensée dans cette•premilre grande
la premiare, ne peut étre livrée á l'arbitraire, et qui exige au ceuvre systématique de Hegel qu'est la Phénonzértologie de
contraire une intelligence exacte des véritables structures de l'Esprit.
la pensée interprétée.
Ces deux acceptions ne vont point l'une sans l'autre. En Dans un passage fameux de la dialectique de L'Esprit, Hegel,
leur unité déveioppée résident cet « accomplissement et ce faisant sien un jugement de Didc.rot, exprime en termes musi-
« dépassement » dont nous éprouvons le besoin lorsque nous caux l'extréme confusion dans laquelle se perdit finalement, au
abordons la lecture d'un philosophe. Mais il apparait maintenant xvur silele, le monde de la Culture, — avant d'évoquer l'espoir
combien cette exigence, loin de nous autoriser á quelque retra- de voir surgir une note fondamentale, « qui domine thut et qui
duction immédiate et hasardeuse, nous fait un impérieux devoir res atue l'esprit á soi-méme ». Nul doute que pareille espérance
de séjourner longuement auprés de ceux que nous avons dessein ne soutienne l'obscur travail de tous ceux qui entreprennent á
d'interpréter pour notre temps 8. Peut-étre faut-il ajouter que nouveau de déchiffrer la pensée de Hegel ; mais, en pareil do-
cette exigence se fait plus urgente encore lorsqu'il s'agit d'un maine, une certitude s'impose : il faudra que ce déchiffrement
penseur de l'envergure de Hegel, qui cut de surcroit la mauvaise soit longtemps poursuivi avant que l'on en puiSse tenter une
fortune de voir sa doctrine, trop souvent incomprise, sollicitée interprétation. véritable, qui nous livre á la fois la raison de son
en tous sens, sans respect effectif de la lettre dans laquelle elle influence et la possibiiité de son dépassement.
s'exprime.
Cette singuliére ignorante oii nous sonunes encore d'une 4. Ph. G., 373/13 (II 81/9).
wuvre pourtant livrée aux réfleXions des phildsophes depuis un
siécle et demi, jointe á la transmission de jugements tout faits et
pour le moins sornmaires, explique l'impuissance ressentie de
nos jours par nombre de spécialistes hégéliens face á la táche
essentielle qu'ont rappelée les pages précédentes. : beaucoup
d'entre eux sont désorMais encliñs á reconnaitre que nous ne

3. Il s'agit lá de la transposition d'un terme que Hegel affectionne : la


consciente, nous dit-il, doit séjourner a dans la présence de ce monde »
(Ph. G., 14/11, I 10/25), séjourner « dans duque figure individuelle totale »
(Ph. G., 27/34, I 27/7), séjourner « prés du négatif 2> jusqu'á le « convertir
en &re » (Ph. G., 30/7, I 29/29).
PREMIÉRE PARTIE

PROBLÉMATIQUE

ti
1
CHAPITRE PREMIER

L'4EUVRE ET SON UNFTE

La Phénoménologie de !'Esprit fut publiée pour la premiare


fois en 1807. « Mon écrit est enfin achevé », écrivit Hegel á
Schelling le 1" mai de cette année-lá ; le livre, doat l'imprimeur
avait composé les premiers- feuillets das février 1806, devait pri-
mitivement venir au jour á Páques de cette méme année 1 mais
une composition laborieuse, qui valut á Hegel dé multiples démé-
lés avec son éditeur, en retarda la parution jusqu'au mois d'avril
de l'année suivante.
L'auteur sembla dés l'abord peu satisfait de son ceuvre. 11 écri-
vit á ses amis pOur s'excuser du caractere « informe. E qu'elle
revétait á ses yeux, et pour promettre une large remise en.chan-
tier á l'occasion d'une seconde édition,. Mais cette seconde édition
ne parut jamáis de son vivant, et iorsque Hegel, quelques mois
avant sa mort, se decida á revenir sur cette premiare de ses.
grandes ceuvres, il n'e.ut le temps d'en reprendre que les pre-
miares pages de la préface
Il est malaisé de tirer vraiment au clair l'attitude de Hegel
vis-á-vis de cet obrage. Et l'enábarras du commentateur, qui ne
sait oá la situer dans l'ensemble de l'ceuvre, répond aux hésita-
tions que l'auteur connut Ainsi, les dernilres pages du
Savoir absolu parlent d'un retour á l'im-nédiateté : ce qui se
trouve ici visé, c'est la position nouvelle de la -phénoménalité par
l'Esprit, qui se trouve ramené de la sorte jusqu'á son extériorité
premiare (c'est-á-dire jusqu'a la Certitude -sensible) ; mais, au
plan. dii savoir accompli, cette immédiateté devenue s'exprime
1. Cf, Otto Paggelez Zur .Deutung der Phüncnnenologie des Gektes, Hegel-
Studien, I, p. 284. Traduction frangaise : Qu'est-ce que la t Phénoménolcgie de
l'Esprit 1, Archives de Philosophie, avril-juin 1966, p. 223.
Voir • aussi la lettre de Hegel s Niethainmer du 6 aoüt 1805, Hegel Ériefe
(Hoffmeister, 1952), I, p. 113 ; et lettre de Ilegel á &hollino du 3 janvier 1807,
ibid., p. 132. Traduction frangaise : Hegel, Correspondance, I. pp. 108 et 125.
2. Les corrections portent jusqu'i la page xxxvu de l'édition originale :
elles intéressent done les trente-deux premiers paragraphes de i'ceuvre (Hoff-
meister, 29/11). Cf. les indications données par Hoffmeister, pp. 577-578.
L'Untan actuelle inclut les corrections introduites par Hegel en ce qui:
conserve ces premiéres pages ; pour le reste de l'ouvrage, c'est évidemment
le texte de 1807 (A) qui fait autorité. Hoffmeister, pp. 175-581, et variantes
pp. 582 sq.
2
18 PROBLÉMATIQUE L'CEUVRE ET SON IMITÉ 19

dans l'affirmation de l'Etre, point de départ du Systeme'. Celui-ci Hegel renongait á toas les développements suivants de Keuvre.
se présente alors comete an cercle de cercles, dans lequel la primitive, et qu'il ramenait enfin la Phénoménologie -t ses juntes
Totalité fondamentale, celle de la Logique, manifeste sa richesse proportions, celles qu'il avait medité d'abord de fui donneri, sans
immanente en se donnant á connaitre comme Nature et comme pouvoir s'y tenir lui-méme dans la premiere de ses rédactions.
Esprit ; et c'est ce déploiement du pur Concept comme tel, dans Nous aurons á revenir sur cette interprétation extrémement par- •
la liberté de son auto-manifestation, qni fOnde la possibilité effec- tiene et contestable ; notons seulement, pour l'heure, que Hegel,
tive et la signification concrete du retour phénoménologique á n'entendait pas par lá condamner le premier de ses ouvrages,
l'immédiateté sensible. Faut-il done én cpnciure que le Systeme, dans la forme oir il. nous est parvenu, puisque, rééditant en 1831
(c'est-á-dire la Science de la Logiqúe et rEncyclopédie) abolit la Science de la Logique, il y maintient la référence á la Phéno-
l'intérét qifoffrait la Phénoménologie, comme devient mutile ménologie á laquelle il a été fait allusion plus haut, et qu'il se
l'échelle qui servit d s'élever jusqu'au niveau que l'on méditait préparait lui-méme á lui donner une nouvelle caution en la pré-
d'atteindre 4 ? Voiei pourtant qu"eri 1812, lorsque parait la sentant á nouveau au public.
Logique objective », c'est-á-dire les deux premiares parties de Force est done de revenir au texte, poni le considérer dans sa
la Science de la Logique, Hegel, dans une réflexion sur le « point teneur actuelle. Si sa référence aux ceuvres postérieures est évi-.
de départ » de la Science qui sert d'introduction á- la « Doctrine demment d'une importance extréme pour tenter de le saisir en
de 1'Etre », renvoie á la Phénoménologie comme á, une « -présup- sa signification pléniére, cette démar-ehe nc peut étre que se-
posidon » nécessaire á rintelligence de son Systeme S. Mais conde ; car il est nécessaire d'avoir déjá pénétré quelque peu
nouveau, cinq ans plus tard, en 1817, lorsqu'il publie L'Ency- dans sa cohérence interne avara de décider, s'il est possible, de sa
clopédie des Sciences philosophiques, la perspective semble chan- place dans l'économie totale du systeme hégélien. Comment done
ger : cette fois, l'introduction á la Logique n'est plus consfituée se présente cet ouvrage, tel qu'il parut en 1807, et á quel dessein
par la Phénoménologie, mais par le texte fameux sur « les trois répond-il ?
positions de la pensée á l'égard de l'objectivité » ; c'est lá, nous
dit-il alors, « introduction prochaine (niihere Einleitung) pon.-
vant expliquer et fournir la , signification et le point de vue qui
sont ici presentes e» ; reste 'nue ce texte n'abolit paS la Phéno-
ménologie, puisque Hegel précise immédiatement apres le seas I. INTRODUCTION A LA SCIENCE
qu'il reconnait encere á celle-ci, ajoutant áteme que par rapport OU PREMIERE PARTIE DU SYSTÉ'ME ?
á elle la considération qu'il développe alors est encore plus ina-
déquate á réaliser vraiment une introduction á la Science 7.
Plus loin, dans la troisilme partie de l'ouvrage, nous rencontroris Deux textes déjá évoqués, que Hegel écrivit á dix ans de dis-
explieitement une « Phénoménologie de i'Esprit », qui intervient, tance, vont nous permettre d'apporter une premiere réponse.
entre l' « Anthropologie » et la « Psychologie », á l'intérieur du Dans la lettre á Schelling qu'il écrivit depuis Eamberg le, 1" mai
développement ayant trait á-l'Esprit subjectif. Et, par rapport á 1807, nous lisons : « Je suis curieux de ce que tu dirás sur l'idee
l'ouvrage de 1807, ce texte ne présente qu'un résumé des deux de cette premiare partie, qui est 'á proprement parler l'introduc-
prenures sud= (eonocionee gt Conselefige de sol) et de tion puisque je no me 811114 pas encole avancé au-delá de cet
troduction á la trololkne (Rabea). On u voulu inférer de l& que « introduire mediam rem a. » En 1817, qu debut de la
premiare partie de l'Encyclopédie, Hegel, comparant la déMarche
de sa Phénoménologie avec celle qu'II met en ceuvre dans le texte
3. Hegel dira, au debut de la PrIface (écrite aprés le. Savoir absoiu) qu'il sur « les trois positions de la pensée á l'égard de l'objectivité
a voulu montrer dans cet ouvrage comment la a Philosophie s doit s'ancora-
plir comino « Science » — 12/11 (L 8/15) : cet accomplissement est en mame parle encore á son propos d' « introduction » et de « premiare .
temps disparition de la Philosophie comme telle, entcndue simplement comme partie du Systeme ». Or ces deux expressions semblent bien
amour du savoir ».
4. L'image est de Hegel : 25/10 (I 24/6). C'est lá un développe- recouvrir des projets assez radicalement divers, de Sortel que
ment ajouté dans les corrections de 1831.
5. Logik (Lasson, 1951), I 53.
6, Enc,, § 25. Hoffmeister, 1949, p. 57. 8. Hegel Briefe, 1, p. 161. (Correspondance, 1, pp. 150 -151.)
7. Enc., Ibid., Zusatz, p. 58. 9. Enc., § 25, PP. 57-58.
PROBLÉMATIQUil
L'GUVRE ET SON UNITÉ 21
20
nombreux furent les commentateurs qtii ne craignirent pas de but et les limites de la discussion que nous alions entreprendre
parler d'ambiguité, voire de contradiction. maintenant de fagon sommaire : il ne s'agit pas dé démontrer
Que représente chacune d'entre elles ? II faut ici les entendre l'unité de Fceuvre, mais plutót, demeurant encore á l'extérieur,
l'une et l'autre selon leur signification la. plus immédiate : une de nous assurer que cette unité, grosso modo, est suffisamment
introduction est un développement préalable, extérieur au attestée pour que nous soyons en droit de la mettre plus radica-
sujet, qui, en soulignant certaines particularités du point de vue iement á l'épreuve.
adopté, en prévenant de fausses interprétations, en dessinant á
grands traits les lignes de l'exposé á venir, dispone le lecteur á la
juste intelligence de ce qu'on veut lui 'proposer ; au contraire,
une « premiare partie » se situe évidemment in mediam rem, et II. APPROCHE HISTORIQUE :
expose un premier aspect du déploiement de l'objet du discours.
LA: THÉSE DE HAERING
La Phénoménologie répondrait au.premier de ces concepts si elle
était une simple préparation á la Science, laquelle commencerait
seulement avec la dialectique de 1'Etre, au début de la Logique ;
par contre, elle appartiendrait clejá au corpus philosophique Comment se pose le probléme á ce plan historique ? Depuis
hégélien proprement dit si l'Esprit s'y donnait íi connaitre réel- que Th. Haering, au congrés hégélien de 1933, a le premier posé
lement, sous une premiare forme déjá « scientifique », avec toute cette question, c'est par rapport á lui que se situent les prises
la richesse de son contenu. de position des divers auteurs ". Sans doute, 1 n'avait point fallu
En somete, voici, exprimé en termes simples, le dilemme de- attendre cette époque pour voir des commentateurs Souligner Une
vant lequel on se trouve : la Phénoménologie est-elle une simple division (cene qui survient avec la section « Raison »), qUi par-
propédeutique, ou déploie-t-elle déjá ressentiel de la philosophie tageait l'ceuvre, á. leurs yeux, en deux « parties inégales A ; ainsi
de Hegel ? Est-elle une préparation au Savoir ou une manifesta- Kuno Fischer au siécle dernier, ou H. Hadlich au début de
tion de l'Esprit absolu ? .11 est deux voies possibles pour tenter ceiui-ci. Mais les « travaux de Jeunesse » de Hegel ne furent
de répondre á cette question : l'une s'attache á rétude des publiés qu'en 1907, et ii falla attendre quelque temps encore
structures de rceuvre et á la détermination du mouvement qui pour que leur étude permtt d'asseoir sur des argunients histó-
les anime, en s'efforgant d'éprouver (au double sens de ce teme) riques cette dualité prétendue, voire cette cóntradiction interne
sa cohérence intérieure ; l'autre cherche á l'aborder en retragant de la Phénoménologie de l'Esprit : ce fut -Theodor Haering qui
sa genase, l'histoire de son surgissement et de son élaboration, tenta cette explication génétique de rceuvre.
pour sonder la concordance ou la non-concordante du terme A la question : sommes-nous en presence d'une introduction
achevé avec le dessein primitif. Pour reprendre les termes mémes au Savoir ou bien avons-nous lá un premier déploiement de
de. Hegel (car le problame de rinterprétation ne fait que- redou- l'univers philosophique proprement dit ? de Haering.
blei celui de la composition premiare), l'une de ces méthodes fut de répondre en niant ralternative, pour affirmer qu'il s'agit
nous situe in mediam rem, tandis que l'autre se présente encore tout á la fois d'une piéparation au Systame et d'un exposé de la
comme une « introduction » á l'ouvrage. Philosophie de l'Esprit. Hegel aurait eu dessein d'écrire une
On ra déjá dit, l'étude présente se situe résolument dans la simple introduction, de rlimensions modestes, mais son projet se
premiare de ces optiques. De sorte qu'il serait légitirre, renongant serait démesurément enfié au cours de la composition, en mame
á toute discussion d'un préalable, de- déployer simplement cette temps qu'il aurait changé de nature, au point de le contraindre,
méthode, renvoyant au terme de ces pages sa justification ex pressé qu'il était par sdn éditeur, á publier finalement comme une
concreto. Au vrai, seul ce parcours effectif du contenu de rceuvre oeuvre tutonome ce qui n'aurait dá étre que des considérations
peut nous éclairer sur sa signification, et méme sur sa nature.
Pourtant, 1 semble impossible de se dérober totalement á une
premiare approche historique ; car s'il s'avérait, á ce plan encore 10. Th. Haering, Entstehungsgeschichie den Phiinomenologie des Geistes,
extérieur, qu'il faille réellement mettre en cause l'unité de l'ou- communication au congrés hégélien de Rome, publiée dans Verlzandlungen des
III. Intern. H. Kongresses 1933, Haarlem et Tiibingen, 1934, pp. 118-138. ,
vrage, cela ruinerait évidemment jusqu'a la simple possibilité Haering a repris cette thIse, de facon plus succincté, dans son Hegel sein
d'une recherche de ses structures unitaires. Voici done précisés le Wollen und seis Werk, II, p. 479 sq..
22 PROBLÉMATIQUE L .CEUVRE ET SON UNITÉ 23

relativement succinctes permettant d'entrer avec plus de facilité l'emporter sur l'autre que s'il manifeste comme sienne la part
dans le « Systeme de la Science » qu'il' avait annoncé ". Telle de verte que celui-ci recéle. Aprés Kant et Fichte, c'est done
qu'elle surgit alors des hésitations de son auteur, la Phénoméno- Schelling et son absolu immédiat qui se voient ici écartés.
Ingle n'offre done pas d'unité réelle, ceequi explique l'insatis- Ainsi s'impcse, en cette seconde perspectiva, une « presen-
faction de Hegel comme aussi l'embarra, qu'il éprouve á situer tation » du savoir phénoménal qui soit « comme le chemin de la
ce premier livre dans l'ensemble de son ceuvre. -conscience naturelie pénétrant jusqu'au vrai savoir " ». Autre-
Cette these, présentée ici de fagon troP abrupte (Haering lui- ment dit, il est non seulement legitime mas nécessaire de former
méme la nuance, ainsi nue nous le verrons), s'appuie sur un cer- la conscience nave, de l'élever jusqu'au niveau di elle devient
tain nombre d'arguments historiques, qu'il pcut étre bon de capable d'entrer dans l'évidence simple du Savoir absolu, c'est-á--
rappeler á grands traits. On sait que Hegel, dans sa volonté dite dans cet « éther » oi l'affirmation nue de l'Etre est saisie
affirmée de retour au concret, a dés longtemps dénoncé comme en vérité comme le point de départ et le principe de la Science.
une fuite, comme une peur, tout forMalisme dans la determina- La Phénoménologie répond t ce besoin : elle retrace lel « sta-
tion des caliories—de Iá .pensée. Et il voyait un effet de ce tions " » que doit parcourir l'esprit individuel dans la recherche
formalisme dans la tendance, kantienne et post-kantienne, á de sa propre vérité, et rend compte de l'expérience qu'il fait de
definir les iitstruments du savoir avant que de les mettre en leur enchainement nécessaire. On volt qu'il s'agit lá d'une intro-
ceuvre. C'est dice qu'il refusait catégoriquement l'idée d'un préa- duction d'un type bien spécial (qui ne marque; contrairement á
lable au savoir philosophique, et par conséquent ridée méme ce que pensait Kroner, aucun retour á Kant et á Fichte), puisque
d'une « introduction » á ce savoir. L'Introduction qui ouvre la ce chemin de la conscience vers la Sciende, n'étant que la face
rédaction premiere de la Phénoménologie, et qui, en tout état de visible de l'affrontement de celle-ci au savoir phénoménal, ne
cause, représente l'exposé de son dessein originel, est id d'une peut étre consideré comme un simple préalable au déploiement
fermeté parfaite : nous y voyons qualifiée de « représentations de SystInie : « C'est par cette nécessité que ce chemin ,vcrs la
mutiles », de « subterfuges » imagines « pour se libérer de la Science est déjé lui-méme Science, et par lá, seion son contenu
fatigue qu'exige la Science », l'opinion de ceux quí veuient dis- [= le contenu de la Science], Science de l'expérience de la
soudre la Phiiosophie dans ces questions préjudicielles, la dé- conscience".
tournant de sa táche véritable, qui est de se mesurer á la « Chose Nous voici en possession du concept qui Commande manifcl-
.méme, c'est-á-dire au connaitre effectif de ce qui est en vérité" tement la perspective de Hegel au monient "oh il entreprend la
Comment expliquer alors que Hegel, probabiement au cours rédaction de la Phénoménologie. C'est lui qu'ii retient comme
de l'année 1805, se soit decide á écrire une « Introduction » au fitre de son ouvrage, composant de la sorte la premiére page,
Systéme qu'il entendait publier, et qu'il annongait par intermit- qu'il envoie á l'impression en février 1806 : « Premiare partie -
tences au moins depuis reté de 1802 ? C'est encore le texte intro- Science de l'expérience de la conscience ". » Or ce concept,
ductif á la Phénoménologie qui nous éclaire sur ce point. Aussitót dil-on, s'il suffit á rendre compte -des premiers dévelóppements
aprIS avoir stigmatisé durement le formalisme inavoué de toute de l'ouvrage, est parfaitement inadéquat á son! contenu total, —
considération préalable (semblant ainsi, en accord avec son atti- lequel le déborde de toutes parts, jusqu'á. don ner une premilre
tude de tout temps, dénier toute-valeur philosophique á une pré-
paration au Savoir), Hegel, faisant .volte-face, se dresse contre
ceux qui, au nom d'une science « raeilleure » qu'ils prétendent 14. Ph. G., 67/3 (I 69/4).
15. L'unité de ces deux points de vue, déjá présente dans l'Introduction
posséder, tentent de rimposer d'entrée de jeu, sans préter aucune (notion d'expérience, et nécessité de son dynamisme intérieur) sera exprimée
attention au savoir immédiat de la conscience naive : dogmatisme plus tard, avec une parfaite netteté, dans la Préface : e La Science demande,
de son e6té, á la conscience• de sol qu'elle se soit élevée á cet éther, pour
insoutenable, car « une assurance séche a autant de valeur qu'une pouvoir vivre avec elle (= avec la Science) et en elle, et pour vivre. Inverse-
autre " », — de sorte que le savoir véritable ne peut prétendre ment; I'individu a le droit d'exiger que la Science lui déploie au
meros jusqu'á ce point de vue, et le lui indique en lui-méme.' » Ph. G., 25/6
(I 24/2).
16. Ph. G., 67/6 (I 69/7).
17. Ph. G., 74/34 (I 77/11).
11. Cf. Hoffuleister, Ph. G., Einleitung des Herausgebers, XXXIII. 18. Cf. édition de iloffineister : fac-similé, p, 61, et explication p. 577. —
12. Ph. G., 65/24 et 63/2 (I 67/18 et 65/2). Otto P6ggeler, op. cit., pp. 271-272 (trad. frang., loe. cit., pp. 208-209), évcaue
13. Ph. G., 66/28 a 68/22), lui aussi ce premier titre retenu par Hegel.
r 1 lt¿Lin 1.-fflUVRE ET SON IMITE "2,D

expression de la richesse du Systéme lui-mame "1.La conclu,sion les figures de la conscience deviennent figures du monde, et dans
de Haering est nette : selon son plan primitif, rczuvre devait ce cadre déployé robjet n'est plus l'individu mais l'Esprit qui se
s'achever lorsque la conscience, dans la section « Raison », revele ". Il ne reste plus qu'á changer le titre, qui ne répond plus
atteint au terme de son « expérience », dans la réconciliation au contenu : la Science de l'expérience de la .conscience est
éprouvée de l'objet et du sujet, de la conscience et de la cons- devenue la Phénoménologie de l'Esprit".
cience de sol. Alors devait se conclure le périple de cette cons- Tel quel, le livre se presente alors coturno la « Premilre,partie
cience individuelle, puisque, ayant atteint rether du pur savoir, de la Science », Et il faudra attendre cinq ans pour que paraisse
elle était apte désormais á comprendre la nécessité du point de cette Logique que Hegel avait dessein de publier des 1806, aussi-
départ de la Logique; — et Hegel, ajonte Haering, méditait tót aprés une courte réflexion sur la conscience, et qu'il visait
effectivement, aprés cette courte « introduction scientifique », alors comme le premier moment de son Systéme de la Science.
de passer sans plus tarder á rexposé du premier moment de son A vrai dire, ce Systéme de la Science ne ;sera complet qu'en
Systéme. 1817, avec l'Encyclopédie des Sciences philOsophiques. Mais ces
Cene' derráére affirmation repose sur une série de considera- ceuvres postérieures ne sont pas connumérées avec la Phénómé-
tions historiques (en particulier sur l'examen des cours que Hegel nologie, de sorte que la « premiére partie » de 1807 demeure
professa ces années-lá) ; il importe peu de les rappeler ice°. sans correspondant dans la suite des publications. On ne peut
Notre propos se limite á cette constatation : s'il est vrai que la '!done arguer de ce titre tres general (Systéme de la Science) pour
« Science de l'expérience de la conscience » devait s'aehever la faire basculer du cóté du Systéme. En fait, la Phénoménologie
avec les premiares pages de la Raison, il faut alors affirmer que fait partie du Systéme et n'en fait pas -garúe : elle est bien la
le reste de rceuvre, écrit dans une autre optique, n'est plus révélation de rEspiit absolu, mais dans une conscience ; elle
cohérent avec la perspective des premilres section ; voilá qui retrace expérience concrete de l'homme (et de l'humanité) dans
suffirait á óter tout fondement á l'étude que nous nous proposons sa marche vers la vérité. En ce sens, son intérét demeure, intacta
de mener, puisqu'il serait manifestement absurde de rechercher merme aprés la publication de l'Encyclopédie.
les structures unitaires d'un ouvrage si évidemment brisé en son 1.1 n'est done pas exact de prétendre, sans plus de nuances, que
minen, écartelé entre deux considérations si diverses. l'ouvrage est devenu, purement et simplement, une «. premiare
Que s'est-il passé, selon Haering ? Dans la « Raison obser- partie » du Systéme. Trois textes de Hegel, écrits en 1807, 18171
vante », Hegel a perdu le contróle de son propre développement : et 1831, le montrent á l'évidence. Le premie, extrait de sa lettre
« ... la pensée originelle était celle d'une simple élévation de la á Schelling du 1" mai 1807, a déjá été. evoqué : « cette pre-::
conscience ordinaire, par-delá une pluralité de degrés successifs, miare pude, qui est á proprernent parler l'introduction puis-
jusqu'a la Raison (I-V), et c'est seulement au cours de l'impres- que je ne me suis pas encare avancé au-delá de cet " inrroduire ",
sion qu'elle se changea peu á peu, se rapprochant des divisions in mediara rem. » Le second se trouve dans le paragraphe 25
antérieures des manuscrits relatifs á la Philosophie de l'Esprit, de l'Encyclopédie, cité plus haut : Hegel y parle de « ma Phéizo-
et avant tout de cette trichotomie en aprit subjectif, objectif et ménologie de l'Esprit, qui, pour cette raison ", lors de sa paru-
absolu, .qui s'introduisait précisément alors dans la seconde Phi- tion, a été désignée comme la premiére partie Systéme de la
losophie de l'Esprit ". » Hegel abrait alors jeté dans son cadre Science » ; mais e'est pour souligner aussit6t que, partant de la
primitif, jusqu'a le faire éclater, toute une série de développe- conscience sensible immédiate, et déployant la totalité de ses
ments qui formaient le matériau de la Philosophie de Iéna ; de figures concretes, « elle ne pouvait á cause de- cela séjourner dans
la considération de la conscience individuelle et de son élévation l'élément formel de la conscience simple » ; elle ne répond done
á la Science, il passe á l'examen de la conscience « supra-indi- pas cette exigence de la Science, laquelle ne se dépldie que dans
viduelle » et de son chemin de culture au travers de l'histoire ;
22. Ibid., p. 483.
23. Hoffmeister, édition de la Ph. G., p. 577. 0. Pliggeler, loe. cit., pp. 271-
19. Cf. les remarques de O. Pliggeler (op. cit., p. 267, trad., p. 203), qui 272 (trad., pp. 208-209). Ce titre nnuveau apparaii, au milleu lie l'année 1805,,
démontrent l'insuffisance de I'interprétation de Heidegger, voulant comprendre dans l'annonce faite par Hegel des lecons prévoit pour l'hiver 1806-
toute la Phénoménologie á partir de la seule Introduction. 1807 : cf. Hoffmeister, Ph. G., Einieitung des Herausgebers, )0r/ .a11.
20. 0. Pliggeler (op. cit., pp. 272 sq., trad. pp. 210-216) démontre la 24. Ce dcswegen a un sens' explicatif par rapport á ce qui va suivre : si
fragilité des arguments de Haering sur ce point. Hegel a pu parier de « Premitre partie du Systbme », c'est en effet paree
21. Haering, Hegel, sein Wollen und sein Werk, 11, p. 485. qu'il s'agissait de la manifestation de l'Esprit.
26 PROBLEMATIQUE L'EUVRE ET SON UNF1É 1111~—

ce « formalisme », et elle n'est done en vérité qu'une Intro- selon une premiére approche encore ext¿rieure, possécle une imité
duction ". Enfin, en 1831, commengant de revoir le debut de suffisante pour porter le poids d'une étude systématique de ses
la Préface en vue de la réédition de l'ouvrage, Hegel supprime siructures unitaires. Cene étude, d'allieurs, nóus permettra fina-
purement et simplement les mots que nous mettons ici entre lement, par une autre voie que cette de la critique historique, de
parenthéses : « Ce devenir de la Science en-général ou da Savoir jeter aussi sur cette question une lumiére intéressante. Pour
est ce que cette Phénoménologie de l'ESprit presente (comme l'heure, il suffit á notre justification de recueillir les deux affir-
la premiare partie du Systeme de cette Science) 2 . mations suivantes, émanant de partisans de la théorie de Haering.
Ces jugements de ..Hegel portent sur l'ensemble du livre ; et Hoffmeister écrit, en effet, dans son Introduction '° : « Avec la
voilá qui relativise l'opinion de Haering, pbur qui seules les deux section " L'actualisation de la conscience de soi rationnelle par
premiéres sections et le début de la troisilme répondent au elle-méme ", qui appartient encore aux vingt et un premiers
dessein primitif d'une introduction. 11 est vrai que celui-ci nuance cahiers déjá imprimés, la tendance vers l'Esprit objectif, c'est-á-
ses affirmations, concluant ainsi son éxposé : « Tout cela, natu- dire vers ce que Hegel alors nommait simplement " L'Esprit ",
rellement, ne doit en aucune maniere faire dire que Hegel aurait était déjá si forte que, pour ainsi dire, il n'y avait plus de halle
á un moment doné changé fondamentalement son anden point possible, dans le cours de la présentation, avant les " figures du
de vue fi me parait seulement incontestable que, dans la 'monde ", dans lesquelles seulement la conscience de soi peut
Préface (convine aussi plus tard), il a cherché en quelque maniere atteindre á sa vérité. De la sorte, on ne peut parler ici d'une
á justifier, en lui donnant sa juste place, la forme qu'avait prise, rupture directe ". » Et M. Hyppolite affirme de" méme : « II est
presque contre sa volonté, cette publication, qui ne devait avoir bien possible que l'intention de Hegel se sbit modifiée au cours
que le caractere d'une introduction, mais qui, sortant de cc qui méme de la rédaction de son travail, mais l'importance qu'il avait
luí avait été assigné comme fondements, s'était grossie sous sa donnée á ccrtains chapitres de la premiére partie, á l'observation
main jusqu'á devenir pratiquement un Systeme de Philosophie de l'organique, á la physiognomonie et á la phrénologie, i ne lui
de l'Esprit ". » Qu'ii se soit « passé quelque chose » pendant laissait plus le loisir de revenir en arriare ; il était concilia presque
la rédaction de la « Raison observante », que Hegel, au cours de maigré lui á écrire non seulement une Phénoménologie de la
cet été 1806, ait comme « perdu le contróle de son travail 22 », Conscience, mais une Phénotnénologie de l'Esprit oit tous les
qu'il ait da, bon gré mal gré, se laisser meter par le dynamisme phénoménes spiritueis devaient étre étudiés stius l'aspéet
propre de son objet, nul ne songe á le nier. Mais, paradoxale- ménologíque [...]. C'est comme une exigence interne qui pousse
ment, cet échappement imprevisible á rintention initiale, loin la raison individuelle á. devenir un monde pour soi-méme camine
de dessiner une rupture qui rendrait i'ceuvre contradictoire en la Esprit, et l'Esprit á se découvrir comme Esprit pour soi dans la
dressant contre elle-méme, nous assure de la tres intime connexion religion ". .»
entre les « deux partes » que l'on distingue en elle, — puisque
c'est la logique propre du développement lui-méme qui contrai-
gnit Hegel á outrepasser (s'il en fut bien ainsi) les limites qu'il nant (en quoi P6ggeler s'accorde avec Haering), non plus que la section
Raison (en quoi il se sépare de lui), mais le point oú, u dans la Conscieecc
s'était peut-étre assignées Out d'abord. de soi, vérité et certitude, concept et objet deviennent mutuellement égaux »
Notre dessein, rappelons-lé; n'était pas de diseuter pour elle- (p. 283, trad., p. 222). Cf. Ph. 0., 140 (I, 154), Alors, en effet, peut s'opérer
Pentrée dans la « Science proprement dite r,, — laquelle n'e serait pas la
méme la these de Haering ", mis de nous assurer que neuvre, Lcgique, mais la Philosophie de l'Esprit (ou plus exactement l'Esprit objectif,
c'est-a-dire « le point dans la Philosophie de l'Esprit ote apparence et essence
s'fdentifient », corrune elles le font, dans la Phénoménologie de l'Esprit, au
25.Enc., § 25, pp. 57-58. début de la section « Conscience de Soi »). — De toute fagon, il reste,
26.Ph. G., 26/8 25/8). Cf. gpparat critique, p. 584., pour Paggeler, que le dessein primitif comportait (soles une forme entre,
27. Haering, op. cit., p. 486. peut-ltre, que celle regut en fait dans les Sections Elprit et Religion)
28. 0. Paggeler, op. cit., p. 285. (Trad. frang., p. 224.) une réalisation concrete, en leur universatité, des dialectiques de la Raison.
29. 0. Iniggeler répond avec vigueur á son argumentation ; et ii emporte 30. Introduction qui, précise Haering, « a repris simplement ma démons-
l'assentiment lorsqu'il concluí : « II n'y a aucune preuve qui perraette d'affirmer tration, et, lui ayant ajcuté des précisions de dates, a achevé de Pélever
que la Phénoménologie ne devait se développer originairement que jusqu'au cha- jusqu'á une évidence absolue » (op. cit., p. 479).
pitre de la Raison » (op. cit., p. 278 ; trad. frang., p. 216). — Mais á son tour, 31. Ph. G., ~1.
dans les pages suivantes, il souligne que l'intention de Hegel n'embrassait 32. J. Hyppolite, Genése et Structure de la Phénoménologie de l'Esprit de
pas des l'abord la totalité de l'auvre actuelle ; selon lui, la mention du « Savoir Hegel, p. 58. — Notons que l'expression « Phénoménologie de la Conscience »,
absolu », que la derniere page de l'Introduction asigne colme tenme au e que Haering emploie également (op. cit., p. 484) semble bien n'avoir pas de
développement, ne vise pas l'ultime chapitre que nous pouvons lire mainte- t• fondement hégélien. 11 vara mieux sans doute, quitte á renoncer au parallele
28 PROBLÉMATIQUE L'CEUVRE ET SON UNITÉ 29

son développement '°, de sorte que le clieminement de l'individu


vers sa vérité épouse nécessairement celui de l'Esprit du raondf
vers la consciente de sol, cheminement qui a évidemment
III. APPROCHE LOGIQUE, LE MOUVEMENT valeur universelle : a Puisque méme l'Esprit du monde a eu la
INTERNE DE LA PHÉNOMÉNOLOGIE patience de parcourir ces formes dans toute i'extension du temps,
[...] ainsi assurément, selon l'ordre des choses (der Sache nach),
l'individu ne peut concevoir sa substance it moindre frais »
Cette « exigente interne » qui s'est affirmée au niveau du C'est pourquoi la Phénoménologie se présente comme une
contenu et de son déploiement rend done plus évidente encore totalisation historico-logique, qui définit l'assomption de i'indi-
l'existence d'une cohérence totale, :Cohérence qui n'est pas vidu dans l'élément du Savoir par la résurgence en lui du dyna-
celle d'une construction statique, mais: celle d'un mouvement, misme de l'Esprit. S'il en est bien ainsi, rceuvre peut étre, abor-
d'un devenir, d'une évolution. Cette marche de rhomme vers dée, théoriquement, sous deux approches diverses, l'une 'histo-
rabsolu, cette adéquation progressive de sa certitude individuelle rique, nutre logique, — dont chacune, pour étre adéquate á son
avec la vérité objective, ce fut d'abord, á n'en pas douter, l'his- objet, doit se dépasser elle-méme pour viser la totalité une. Les
toire propre de Hegel. Pour lui, « la Phénoménologie était, raisons de note choix pour la seconde de ces démarches vien-*
consciemment ou inconsciemment, le moyen de livrer au .public, dront au jour au cours du chapitre prochain. Dés maintenant, et
non un systéme tout fait, mais l'histoire de son propre dévelop- comme terme de ce premier développement, nous. pouvons .en
pement philosophique " ». 11 est vrai, én ce seas, que la Phéno- tirer deux conséquences :
rnénologie représente rouvrage le plus « personnel » de Hegel, - sans nier l'intérét d'une étude génétique de la pensée de
celui qui nous livre le plus exactement son itinéraire. Chacun le Hegel, nous croyons qu'il est possible de tentér une atare voie t
reconnait sans peine. Mais on a voulu prendre occasion de ce vers l'intelligence de la Phénoménologie, et précisément celle
fait pour minimiser, une fois encore, son importante : il s'agirait d'une compréhension de rceuvre, ut jacet, par la recherche de
a seulement d'un effort d'élucidafion sans aucune, valeur uní- ses structurés et du mouvement qui les anime ;
verselle, produit d'une évolution singulilre á nulle autre sem- — dans ce déchiffrement du texte, qui seul doit faire
blable ; il nous renseignerait sur la facón dont l'individu Hegel nous préterons attention, plutét qu'aux multiples allusions histu-
a pénétré dans runivers de la Science, mais lui-méme, dit-on, a riques propres á éclairer tel ou tel aspect du développement,
si bien conscience de cette particularité de son expérience qu'il á la détermination des niveaux d'intelligibilité, par l'étude des
lui substitue, lorsqu'il s'agit d'exposer son Systéme comme ttel, parallélismes " qu'elle comporte tant au plan de la forme qu'á
une < introduction » á la fois plus impersonnelle et plus unWer- celui du contenu ; en somme, c'est, par la mise en valeur de son
selle en son expression : le texte sur les trois positions de la architectonique que nous chercherons á définir sa portée et.nsa
pensée á l'égard de l'objectivité. sig,nification.
On oublie que le dessein de Hegel est précisément de conjoin-
dre le plus singulier au plus universel, — non point, sans doute, Le postulat sous-jacent est que l'ouvrage, pour étre compris,
en donnant immédiatement au premier, non encore éprouvé en ne requiert aucune eonnaissance préalable, _et qu'il offre lui-
sa valeur réelle, un caractére normatif illusoire, mais en le sou- méme, en la nécessité qui l'anime, la clef de son propre déchiP
mettant au « long chemin de la culture " » qui opére peu á peu frement. Pour pénétrer en lui, il suffit d'étre cette conscience
sa r formation á runiversalité sts» ; or cela n'est possible que si nave que Hegel pose d'abord dans sa certitude la plus riche et
l'individu parcourt á nouveau la totalíté des figures historiques la plus pauVre. Sans doute, l'expérience qui s'engage alors est
qui ont amen « Esprit du monde » jusqu'au point actuel de telle qu'elle ne livre sa signification (ou son absence de signifi-
36. Soit dit en passant, telle est la raison d'une cohérence profonde entre
verbal, parler íci, comme Hegel l'a fait, de a Science de l'expérience de la une Science de l'expérience de la conscience et une Phénoménologie de
conscience », projet qui, loin d'exclure une a Phénoménologie de l'Esprit », l'Esprit : la seconde est nécessairc pour que la premiare puisse aboutir
l'appelait presque nécessairement. 4 son terme véritable.
33. J. Hyppolite, op. cit., p. 55. 37.Ph. G., 27/38 (1 27/17).
34. Ph. G., 55/11 (1 58/20). 38. Ce teme s'éclairera dans les pagel suivantes. 11 désigne les résurgences
35.Ph. G., 44/7 (1 45/23). d'une figure ou d'un concept á Pintérieur de l'ouvrage lui-méme.
30 PROBLÉMATIQUE

cation) qu'au termo du parcours : c'est done au teme de- cette


étude que ron pourra juger de la validité d'une telle option. Les
considérations historiques que nous avons éVOCIlléCS avaient seu-
lement pour but de nous montrer qu'il n'est point absurde de
se lancer en pareille aventure, et que l'ceuvre a une Imité suffi-
sante pour autoriser l'épreuve de sa cohérence logique. CHAPITRE II
11 reste auparavant, pour déterminer plus précisément notre
problématique, á définir la méthode gráce á iaquelle cette cohé- L'AUTO-MOUVEMEINT DU CONTENU
rence se trouve mise en muvre.
1
Selon sa signification étynaologique, le tenue de « méthode
connote celui d'itinéraire, ou encore de cheminement. La mé-1
thode d'un iáisánnement, d'une démarche de la pensée, c'est le
e chemin » concret, avec ses-étapes, avec son mouvement, aves
son rythme, gráce auquel -l'esprit détermine son objet et s'assi-
ale son contenu. Satis doute, la prise de confcience qu'implique
la définition pour elle-mame d'une méthode entrame une certáine
distance par rapport au parcours effectif, dont elle vise á expri-
mer l'intelligibilité universelle ; en ce sens, une réflexion métho-
doloffique participe á l'abstraction (á la bonne et nécesSaire
abstraction) qui est celle de l'univers logique défini dans sa spé-
cificité : elle est la logique, thématisée pour elle-méme, du par-
cours concret. Mais, BieSi 'qu'il en va de toute réflexion
elle doit se poser comme un mouvement de médiation, demeu-
rant enraciriée dans l'expérience dont elle veut rendre compte, et
y faisant retour pour manifester toute l'ampleur de sa signifi-
cation réellement universelie.
Nous avons déjá rencontré ce terne de « chemin » sous- la
plume de Hegel c'est un de ceux qu'il affectionue lorsqu'il tente
de definir la démarche en laquelle ü veut nous entrainer. Parler
maintenant de e méthode », c'est done nous ;mesure*. á Un -
concept qui est apte á rendre compte de la totalité du mouvement
de cette ceuvre, et du « sens » que déploie ce mouvement.
Pris selon son acception la plus puro, l'exposé de la méthode
releve de la Science de la Logique : Sa présentation propre-
ment dite appartieni á la Logique, ou plutát est la Lógique
méme.- En effet, la méthode n'eSt rien d'autre que la structure
(Bau) du tout exposée dans sa pire essentialité a. D Et; ,en
1812, dans l'introduction générale á la Logique objective; Heger
s'exprimera de mame : « L'exposition de ce que pela' seulement
étre la véritable méthode de la Science philosophique échoit au
traité de la Logique elle-mame ; en effet, la méthode est la
conscience portant sur la forme de l'auto-mouvemcnt intérieuide
32 PROBLÉMATIQUE L'AUTO-MOUVEMENT DU CONTENU 33

son contenu [i. e. du contenu de la Logique? *. 2, En ce seas, une sections, sections), enfin au mode mame de la progi-ession (néces-
considération méthodologique pleinement adéquate á son concept sité). Pour ce faire, nous pouvons prendre comme fil directeur le
n'a sa place qu'au terme du déploiement total de la Science, au texte de présentation de l'ouvrage que Hegel rédigea lui-mame, á.
sein d'une réflexion sur le mouvement parcouru ; ainsi le dernier l'automne 1807, et qui parut en feuillet le 28 octobre de cette
chapitre de la Logique subjective, « L'Idée absolue », consiste- année-lá. Nous donnons tout d'abord une traduction de son pas-r
t-il essentiellement dans cette mise en valeur de la « méthode sage central avant de le commenter rapidement, en particulier
du développement, par la double considération de son point de á l'aide de l'Introduction.
départ et de son mode de progressión « Ce volume présente le savoir en son devenir. La Phé-
Mais aucun résultat (c'est un des leitmotive de la pensée de noménologie de l'Esprit doit procéder á la fondation du
Hegel) ne peut étre compras hors du mouvement qui l'engendre, savoir, en prenant la place des explications psychologiques,
de sorte que le savoir qui se pose comme terme se présuppose ou encore des débats plus abstraits. Elle envisage la prépa-
nécesSairement comme point de départ ; c'est pourquoi le déve- ration á la Science d'un point de vue qui fait d'elle une nou-
loppement lui-méme, en lequel cónsiste le parcours concret du velle, intéressante, et la premiare science de la Philosophie.
chemin, qu'est la Science, surgit toujours entre deux réflexions Elle embrasse en elle-méme les diverses figures de l'Esprit
méthodologiques, dont la premiare, concept non déployé de la comme les stations du chemin par lequel il devient ;pur
totalité, dessine á grands traits la logique d'un mouvement que savoir ou Esprit absolu. Dates les divisions principales de
le déploiement effectif du contenu permettra ensuite d'exprimer cette science, qui á leur tour se brisent plusieurs, en
plus adéquatement dans la seconde. envisagera done la Conscience, la Consciente de soi, la
Ce qui est vrai de la Logique á un titre tout particulier rest Raison observante et agissante, l'Esprit lui-méme, colme
aussi de tout ouvrage de Philosophie qui se présente comme sys- Esprit éthique, cultivé et moral, et enfin comme religienx en
tématique- 4. Sans qu'il puisse étre question de décider ici du ses différentes formes. La richesse des manifestations de
type de rapports .qu'entretiennent les « purs concepts de la rEsprit, qui se présente, au premier coup d'oeil, comme
Science » avec les c figures de la conscientes », nous pouvons chaos, est amenée jusqu'á une organisation scientiflque qui;
noter que cet encadrement par des considérations de méthode se les présente selon leur nécessité ; en elle les imparfaites se
vérifie dans le cas de la Phénomértologie 6 ; de sorte que nous ne dissolvent et passent dans de plus hautes, lesouelles. sont ,
pouvons éviter, á notre tour, de ,poser dés maintenant des ques- leur pluS proche vérité. Quant .á ruldme vérité, elles la
tions qui ne. trouveront une répOnse qu'au .terme de ces pages. trouvent d'abord dans la Religion, et ensuite dans. la Science
Ces questions ont trait á la nature de l'exposé phénoinénologique comme le résultai. du Tont. »
(nodon d'expérience), á la déterininadon d'un certain nombre de
concepts fondamentaux (structures, mouvement), á la fagon dont Ce texte appelle d'abord quelques remarques d'ordre générai.
le contenu se donne á connaitre, 'en son propre déploiement, á II a été écrit, comme il va de sol, apress que la Phénoménologie
travers les divisions fondamentales qu'il engendre (figures, sous- ait été fixée dans sa teneur actuellc : le livre, rappelons-le, a
été livré au public en avril 1807, alors que ce prospectus ne
2. Logik, 1, p. 35. sortit des presses de Goebhardt qu'a la fin du mois d'octobre.
3. Logik, II pp. 485-506. Hegel a manifestement composé cette page dans la inouvance de
4. Betty Heimann, dans son étude intitulée System und Methode in Ilege.ls
Philosophie (Leipzig, 1927), dénonce justement i'attitude de qui voudrait conser- la Préface et de la réinterprétadon globale qu'elle luí avait permis
ver lee noyau » de la pensée hégélienne (c'est-á-dire l'ensemble ordonné des d'opérer ; il aceorde la priorité, dans cette visée explicative, au
diverses manifestations de l'Esprit), tout en rejetant la e gangue 2. sous laquelle
il nous le présente (c'est-a-dire la méthode selon laquelle se construit cet déploiement de l'Esprit par rapport au progras de la consciente.
ensemble). Tout en reconnaissant la possibilité (bien contestable, en fait) de Pourtant, ríen ne serait plus faux que d'essayer une foil. encore
procéder, dans une autre perspective, á cette opposition du contenu et de d'opposer terme á terme deux points de vue dont le mouvement,
la forme, elle montre que le propre de Hegel est en tout cas de manifester
r « inséparabilité » du Systáme et de la Méthode, — dont le Concept exprime mame de l'ouvrage montre au contraire profonde. Voilá
limité. qui, nous l'espérons, ressortira avec netteté des conclusions de
5. Ph. G., 562/35 (II 310/25). C'est lá une question sur laquelle rétude
qui va étre menée ici pourra peut-étre jeter quelque Iurafere.
6. Ph. G., Einlettung : 70/7 (I 72/13).
Vorrede (écrite au teme) : 40/1 (I 41/6). 7. Texte allemand dans réditien de Hoffineister, pp. mocvn-,ocxvni.
3
11. 41,U/Y J11,.14...11-1
J-1" t .11.
L'AUTO-MOUVEMENT DV CONTENU 35
cétté étude ; mais, dés maintenant, il n'est pas impossible de nalve ; c'est pour cela d'ailleurs qu'il doit étre mis á l'épreuve,
Manifester la cohérence de la « méthode ,» exposée au point de _ et qu'il doit révéler sa nature en son propre devenir_ Mais ici,
départ et de celle recueillie au terme, et précisément en commen-
tant cette page, ainsi que nous Favons annoncé, non seulement dans la Phénoménologie, c'est de la e fondation (Begriindung)
dans la ligne de la Préface, mais aussi et surtout á partir de du savoir » qu'il s'agit, autrement dit : du savoir en tant qu'il
est réellement la manifestation de l'Esprit. C'est pourquoi la Phé-
l'Introduction. noménologie est la e manifestation » du savoir véritable, c'est-a-
dire de la Science. Hegel exprime ceci en extraposant et en
coordonnant les deux éléments qu'implique cette richesse : e Elle
envisage, dit-il, la préparation á la Science » (ce qui signifie
E NATURE DE LIEUVRE qu'elle est antérieure a son surgissement et á sa pleine
NOTION D'EXPÉRIENCE selon e un poilit de vue qui fait d'elle une nouvelle, intéi
ressante, et la premiére science de la Philosophie » (ce qui veut
dire qu'elle est elle-méme déjá d'ordre « scientifique »).
D'entrée de jeu, la Phénoménologie se trouve définie par sa La Science, la Wissenschaft proprement dite, est, comme fi
caractéristique essentielle, qui est d'étre un chemin, un itiné- est affirmé á la fin de ce texte, e le résultat du tout ». Par rap-
mire : elle « présente le savoir_ en son devenir ;;Trette expression! port á elle; la Phénoménologie est sa préparation en méme temps
aqu—e textuelfemeiii,--dans l'Introduction, que son effectuation contrate. Elle est e science » dans la mesure
et nous offre done un premier témoignage de la continuité du oil son dépioiemeut est la manifestation de ce qu'implique le
dessein de Hegel entre 1805 et 1807. Au terme d'un développe- savoir véritable, c'est-á-dire de la richesse multiforme de l'Esprit ;
ment que nous avons déjá évoqué, et dans legue]. Hegel, s'oppo- mais elle n'est, en cela méme, qu'une introduction ú la. Science
sant á Schelling, souligne que la Science ne peut s'affirmer dans pleinement développée. Ce second aspect, si étroitement lié au
sa propre vérité en négligeant sa relation au savoir irnmédiat, la premier, exprime le fait que l'Esprit, dans son individualisation
tache proposée en vue de cette entrée dans le savoir véritable en tout bomme, se trouve affecté de particularités, de limita-
est, en conséquence, ainsi énoncée : « C'est pour cette raison , tions, dont il doit se libérer peu á peu pour s'affirmer en lui dans
que doit étre entreprise ici la présentation du savoir en sa mani- sa pureté conccptuelle. Ce rapport du contenu- de la Science
féstation 8. » De part et d'aufre, employé verbalement ou nomi- (c'est-l-dire de l'Esprit) á l'homme concret est ce qui fait Fon-
nalement, le méme terme de Darstellung, caractéristique, en ce ginalité de la Phénoménologie par rapport au Systeme : e De ce
contexte, du mouvement phénoménologique, dont le propre est point de vue, cette présentation [= la Darstellung qu'opere la
de « poser-lá », dans leur extériorité temporelle signifiante, les Phén.1 peut étre puse comme le chernin de la conscience , natu-
moments du concept. Quant á l'expression - das erscheinende melle qui tend vers le vrai savoir, U.; de sorte qu'elle se purifie
Wissen qui se trouve dans l'Introduction, elle conienait para- jusqu'a l'Esprit (sich zum Geiste lüutere), en méme temps que,
doxalement une nuance qui la rend déjá plus proche d'une véri- á travers la complIte expérience d'elle-méme, .C11c atteint á -la
table « phénoménologie de l'Esprit » que ne Test das werdende 'connaissance de ce qu'elle est en elle-méme,".
Wissen d'octobre 1807.
Mais que signifie le « savoir » visé en ces deux textes ? En Ce dernier texte, tiré de l'Introduction, exprime ce rapport de
la Science á l'homme á Palde de deux termes fondamentaux :
soí, Wissen est indétenniné. Avec le qualificatif d' « absolu ', conscience, expérience. Nous ne les trouvons pas dans le pros-
11 désigne le terme du processus de la « présentation» ; mais pectus de 1807 ; mais la méme idée y est exprimée sous cette
employé seul, saos détermination, fi peut tout aussi bien dési-
gner la Science véritable que le savoir trompeur de la conscience
8. Ph. G., 66/36 (I 68/29). 10. Ph. G., 67/2 (1 69/3).
9. Ph. G., 75/13 (1 77/29). Sans préjuger du point primitif que vise, dans L'Encyclopédie exprimera, de méme, que la Phénoménologie accueille et
l'économie de l'ouvrage, cette demitre phrase de l'Introduction (et méme si exprime le contenu total de la Science dans sa relation á Ilomme : « Le déve-
l'on admet, avec O. Póggeler, que ce point se situe au debut de la section loppement du contenu, des objets des propres parties de la Science philosophique,
« Consciente de soi r), it faut bien reconnaitre que, dans Pétat actuel du texte, tombe... dans ce développement de la conscience paraissant tout d'abord limité
cette réconciliation plénihre de l'essence et de sa manifestation n'est atteinte ce qui est forrad ; c'est derriére son dos que ce développement, pour ainsi
que dans le dernier chapitre du livre. parler, duit progresser, dans la mesure olt le contenu se Comporte á l'égard de
la conscience comme l'en-soi », § 25.
36 PROBLÉMATIQUE 'AUTO-MOUVEMENT DU CON I'ENU 37

forme : la Phénoménologie doit « prendre la place des expli- rapport au tenue) comme une réalisation imparfaite de l'Esprit
cations psychologiques, ou encore des débats plus abstraits ». absolu, ou bien (par rapport au point de départ) comme 4n
Autrement dit : alors que, dans le cursus traditionlael, l'intro- progrés de la conscience vers la Vérité totale et vers sa propre
duction á la P'nflosophie comprenait une série de réflexions vérité. En ce dernier sens, l'entrée progressive dans i'univers de
d'ordre « psychologique » (les différents modes du savoir : la Science s'opere par la mise au jour des diverses composantes
intuition, perception, etc.), ou des discussipns abstraites relatives de l'essence humaine : Phomme est chose parmi les choses, ii
á la capacité théorique de l'esprit humain á l'égard de la vérité est un vivant .qui. se situe au milieu de ses seniblables, il est doué
(ces problémes que Hegel a rejetés au debut de son Introduction), de raison et peut comrne tel comprendre le monde et agir sur
elle comportera ici la presentation ordonnée des différentes lui, il est « spirituel » c'est-á-dire historique et social, il est
figures dans lesquelles : 10 l'Esprit se donne á connaitre ; 2° en enfin un étre religieux ; et la sommation de tous ces traits de
révélant nomine á lui-méme. son essence, leur récapitulation dans une unique figure (qui n'en
Cette découverte par l'homme det la Vérité absolue, dans est plus une, puisqu'en elle la réalité concréte á rejoint le concept;
l'affirmation de sa propre vérité á laquelle il peut alors acceder, dans l'ultime conjonction de la certitude et 'de la vérité.), c'est
voilá proprement ce que Hegel appelle « expérience », voila le pouvoir devenu sien de com-prendre son propre devenir et de
ce qu'il visait en choisissant tout d'abord comme titre de son le vivre dans la pureté de son déploiement signifiant : au terme
ceuvre : « Science de l'expérience de la conscience a ; c'est cela de son expérience, la conscience atteint ainsi le point « oit la
qui définit la « nature » de la Phénomérzologie, et qui permet manifestation devient égale á l'essence » -; « et finalement, quand
d'entrer dans sa « méthode ». Expérience dit á la fois le elle saisit cette essence qui est sienne, elle désignera la nature
rapport essentiel de l'objet considéré (ici, de la Science, c'est-á- du savoir absolu lui-méme " ».
dire du Vrai dans toute son extension) á la conscience, et le
dépassement d'elle-méme que cette conscience est amenée á
opérer en fonetion de ce rapport. Dans l'Introduction, Hegel
--€11yeloppe tour á tour chacun de ces deux points : 1° il n'y a II. CONCEPTS FONDAWffiNTAUX :
ríen á -cherCher hors de la conscience, puisque tout, aussi bien STRUCTURE ET MOUVEMENT
l'objet que la « mesure » qui permet de le juger, « tombe » á
l'intérieur de cette conscience " ; et 2° la conscience, qui parait
passer d'un objet á l'autre de fagon purement contingente, au
hasard de ses rencontres successives, est en fait entraiaée sans Tel est le dessein de la Phénoménologie, telle est la réconci-
le savoir dans un processus cohérent, qui la « forme » progressi- liationultime á laquelle elle veut nous introduire. Et l'expérience
vement en l'arrachant á ses propres particularites ". qu'elle propone et déploie commande le dérouienient concret
Nous retrouvons sans cesse les deux mémes eomposantes, dis- de Pitinérair
' e de la conscience, avec ses étapes et son rythme. '',:-
jointes d'abord á la conscience, mais qui s'unifient peu t peu .1:Tifewfaléncore, le texte de l'Introduction se révélR ici tras
pour elle au cours de rexpérience qu'elle fan : ce n'est que de proche de la feuille de presentation de 1807, et peut nous aider
faeon progressive que peut s'imposer á l'individu l'unité de á la mieux comprendre: Nous avons lu dans celle-ci : la Phéno-
signification des expériences dans lesquelles il se trouve engagé. ménologie de l'Esprit « embrasse en elle-ménne les diverses figures
voit pourquoi chacune de ces relations entre la conscience de l'Esprit comme les stations du_ chernin par lequel devient
pur savoir ou Esprit.phsoftt ». Et l'Introduction s'exprime de
e et la Science, prise pour elle-méme, peut étre dite aussi bien la sorte «' Cette presentation peut étre prise
« figure de l'Esprit" » que « figure de la conscience " » c'est comme le
que la figure (la Gestalt) se définit comme un rapport determiné chernin de l'ame qui parcoun lit série rieses foringicinS comme
entre le concept et la réalité concréte immédiate : on peut done des -stations qui lui sopt fixées par sa propre nature, en sorte
l'aborder sous l'un ou sous nutre de ces aspects, et la lire (par
15. Pour l'interprétation de cette phrase, cf., ci-dessus, p. 25, note 29.
11. Ph. G., 70-72 (1 72-75). 16. Gestaltung ajoute au terme simple de Gestalt une nuance factitive, qui
12. Ph. G., 73-75 (1 75-77). traduit la part qu'assume l'esprit dans le surgissement de la figure. Ordinaire-
13. Prospectus de 1807. ment, Gestalt qualifie la figure définic en elle-mame, dans son equilibre statique,
• 14. Ph. G., 75/5 (1 77/21). et Gestaltung la désigne en son engendrement et en son dynamisme.
38 PROBLÉMATIQUE L'AUTO-MOUVEMENT DU CONTENU 39
qu'elle se purifie jusqu'á l'Esprit, en méme temps que, á travers d'atteindre, distendu entre un point de départ et un teme qui
la complIte expérience d'elle-méme, elle atteint á la connaissance apparaissent comme effectivement distinCts, extérieurs l'un i
I/
J, de ce qu'elle est en elle-méme". » l'autre, extraposés dans l'espace et le temps. Cette lecture de
De part et d'autre, la méme mention des deux concepts fon- l'ceuvre est celle qu'opere la conscience, immergée tout d'abord
damentaux qui commandent rintelligence de tout cheminement, dans sa certitude immédíate, et naissant peu á peu á sa propre
qu'il soit physique pu intellectuel : les ,stations, les étapes, qüi vérité au fur et á-mesure qu'elle accéde á la Science en recon-
structurent le développement a jalonn'ént son a sens », — et naissant et en opérant l'unité du cencept et de l'étre. Son che-
le mouvement qui les relie rime á l'anee, en exprimant runité min n'est point de reconnaissance, mais de découverte ; incons-
qui les fonde. Concepts qui ne sont d'ailleurs que les deux faces ciente de la nécessité du surgissement de l'objet, elle est atten-
d'une totalité unique : rétape n'est que le mouvement en son tive avant tout á : raspect de nouveauté, oubliant ce qu'elle
repos, saisi en cet instant oú il se recueille pour jaillir á nouveau, vient de vivre pour aocueillir naivement l'expérience neuve
et le mouvement n'est que la relation et l'unité com-prises entre qui s'offre á elle. « Voici comment ceci se présente : lorsque
les diverses étapes auxquelles un lee atteint successivement ce qui se manifestait d'abord comme l'objet devient pour
dans son affirmation de soi. Quant au nuances diverses de ces conscience, en s'abaissant en elle, un savoir de lui, et .lersque
deux textes, run mettant davantage en valeur le développement devient un étre-pour-la-conscience-de-l'en-soi, c'est lá
. de l'esprit, et l'atare insistant plus sur le progrés de la conscience, le nouvel objet, avec leguel parall aussi fine nouveile figure de
nous les avons déjá soulignées, tout en indiquant leur cohérence la conscience, dont l'essence est quelque chose d'autre que la
véritable : la totalité du monde a spirituel » est visée dés le précédente 3e. » La conscience est l'élément dans lequel l'objet
temps de l'Introduction, mais dans sa relation á la conscience se difiracte en une pluralité d'aspects ; cc n'esi que peu á peu,
et du point de vue de cette conscience, — alors que plus tard au terme d'un chemin parceuru á l'aveugle, que se reconiposera
cette méme et unique totalité phénoménolog,ique sera visée du pour elle son unité brisée.
point de vue de l'Esprit. Voilá pourtant qui ne change rien, ici Mais cette unité n'est finalement possible, et ne devient vraie
et lá, á la détermination des deux concepts fondamentaux que aussi pour la conscience, que paree qu'elle , ese présupposée en
nous essayons maintenant de comprendre. soi ag. plan de la substance. D'oil un second rype de relation
S'il y a un mouyement unique, parcourant et reliant les entre les diverses figures : non plus celle d'un progrés linéaire,
stations (ou les structures, en entendant sous ce terme l'ensemble mais la découverte d'une circularité, qui définit des niveaux t,
des étapes en leur succession ordonnée), c'est qu'une réalité d'intelligibilité compaiables gace á la récurrence d'une signi-
unique — celle du a savoir en son devenir 1, — tend á s'affirmer Nailon unique au travers des contenus divers et des ,situations
tout au long du développement. La conscience peut bien se croire changeantes. — Le mouvement; en cette seconde approc'ne, ne
e l engagée en une fnultiplicité__&explrlen.C.e.se disjnintes, sans lien se déploie plus du point de départ vers le tenue, de la conscience
‘134' I entre elles : erteréalitéreee,st une seule_expérience, sOus des vers la Science, mais au contraire dans une rlassompfion systé-
modalités diverses, qui raméne au centre d'elle-méme et de matique du contenu •• á pardir du terme : c'est la Science qui
toutes choses, lui donnant de a parvenir á la connaíssance de ya vers la conscience, c'est la substance 'qui s'affirme comme
ce qu'elle est en elle-méme 9 dans, l'acte par lequel elle se livre, sujet engendrant un monde adéquat á sa propre richesse.
en toute certitude de soi, aux hommes et aux choses. Vollá qui L'Esprit absolu se prouve comme concept universel en mani-e
définit un double- type d'enchainement des figures, et, par oie festant que toute effectivité est sienne, sortant de lui-méme pour
N de conséquence, une double lecture postible de l'éétfVre.--v se poser en elle, et demeurant toujours identique -á hui-méme en
23 " Le premier rapport qu'entretiennent entre' elles les diverses cette altérité.
_ : schéme de totaiisation, qui se répéte á chacune
figures est un rapport de .._._ linéarité. Autrement dit, les étapes des étapeS-et dispose celles-ci dans un rapport, non plus tant
(. (.2k- successives s'enchlinent les unes__ aux autres au sein d'une pro- de succession que de reduplication et d'approfondissement.
,gression _continue,..de . sorte que ritinéraire se déploie, sans e./ Cene double dimension est ce qui fait la richeste de la Phé-
retours sur lui-méme, dépassant sans cesse le point qu'il vient poménologie. En elle, les moments du concept, de l'Esprit absolu, '
ne se déploient pas comme ils le feront dans 1' a éther » de la

17. Ph. G. 67/5 (1 69/6). 18. Ph. G., 74/15 76/24).


40 PROBLÉMATIQUE L' AUTO. MOUVEMENT DU CONTENU

Science : « Ils ne sont pas des moments abstraits et purs, mai!


ils sont comme ils sont pour la conscience, ou comme la cons-
cience surgit dans son rapport á eux ". » De sorte que la seconde
lecture de l'ceuvre est á la fois d'ordre scientifique et d'ordre III. LES UN1TÉS DE BASE :
pré-scientifique : l'Esprit s'y donne á connaitre pour ce qu'il
est, mais dans un effort tendu de conquate de lui-niéme plus FIGURES ET SECTIONS
que dans le libre ex-posé de ce qu'il est. tour lui aussi, comme
pour la conscience, le chernin qu'il doit ainsi parcourir est celui
d'une « culture » réassumée dans le templ : « Considérée du Ce sont les relations en devenir de cette pluralité des struc-
caté de l'individu, la culture consiste, en ce qu'il acquiert ce tures et de l'unique mouvement qui les rassemble (l'unité d'un
qui est devant lui, consomme en sol sa nature inorganique" développement scientifique au travers des modes différerits selon
et en prend possession pour sol. Mais du cóté de l'Esprit uni- lesquels la conscience l'appréhende) qui posent et qui- déter-
versel, en tant qu'il est la substance, cette culture consiste uni- minent les divisions fondamentales de l'ceuvre. Et cela non seu-
quement en ce que la substance se donne la conscience de soi, lement au niveau des unités majeures, telles que les reprend la
et produit en soi son propre devenir et sa propre réflexion". » table des matiéres, mais au plan mame du contenu le plus
Au niveau du texte et de son déchiffrement concret, ce simple, en chaque objet nouveau qui apparait, en chaque atti-
double point de vue donne naissance á deux séries de considé- tilde nouvelle que la conscience adopte á son égard.
rations, selon que nous nous situons au pian de la conscience La premiare et la plus fondamentale de 'Ices unités est celle de
et e sprl...1-Qtig voyage hors de sa propre nuit, ou á celui- de la figure, de la Gestait. Nous avous déjá rencontré ce terine,
l'Esprit qui sait le sens de- l'aventure oil il est engagé, et peut pour noter que les accentuations diverses des textes de 1805 et
Técapituler les étapes de son devenir. Les « textes pour la cons- de 1807 se retrouvaient dans l'utilisatiou que Ilegel en fait,
cience » sont ceux dans lesquels l'expérierce de l'individu se substituant rexpression « figures de l'Esprit » t celle de « 'figures
trouve décrite ; au contraire, dans les « textes pour nous »e c'est de la conscience », ou plutót expliquant l'une par l'autre, en lui
le philosophe lui-mame qui, arrétant le mouvement, réfiéchit sur donnant par lá sa véritable amplcur. La figure (par exemple la
lui pour dégager sa siguification : « Dans son mouvement = le figure de la Certitude sensible, celle de la , Raison e.xaminant
mouvement de la conscience;, il se produit ainsi un moment de les lois, ou celle de l'Artisan. dans la Religion naturelle...)
l'étré-en-soi ou pour-nous, qui ne se présente pas pour la exprime, á l'intérieur de la conscience, la traduction du mouve-
conscience, laquelle est comprise elle-méme dans l'expérieuce ; ment unitaire de l'ceuvre dans une structure délerminée. Autre-
mais le contenu de ce qui surgit pour nous est pour elle, et nous ment dit, en elle, le mouvement se noue, se rassemble en lui-
ne comprenons que Faspect formel de ce contenu, ou son pur mame, dese détermine dans son rapport á une attitude párticu-
surgir ; pour elle, ce gni a surgi est seulement comme objet, pour liare de la conscience, pénétrant la totalité dú réel qu'il y ren-
nous est en méme temps comete mouvement et devenir ". contre, pour l'assumer dans son économie véritable et l'élever
Double intelligibilité, une en son fondement, diverse en son á une forme supérieure d'effectivité. La figure est ainsi comme le
expression, qui fait songer au souPle étagement harmonique d'une creuset dans leguel s'opare peu á peu la purification, toui' á la
composition fuguée. fois du sujet, de l'objet, et de leur rapport mutuel ; elle est le
lieu de leur médiation et de leur rencontre essentielle.
La figure est done normalement une unité d'une: certaine
19. Ph. G, 75/2 (I 77/18). ampleur: Ainsi de la Raison observante. Mais, conjonction d'une
20. La « nature inorganique » est constituée par la tradition culturelle que structure particuliére avec le :mouvement total, • elle n'est pas
i'individu trouve a devant lui » comme une chose morte, et qu'il doit s'assimiler
dans une démarche qui est á la fois souvenir et intériorisation (Er-innerung), - une réalité statique, — et le devenir qu'elle traduit s'exprirtie
avala de faite progresser, á son tour, l'Esprit qui s'est traduit et déposé en elle. dans un certain nombre d'étapes intermediaires, dont aucune‘ ne
21. Ph. G., 27/19 (I 26/25).
22. Ph. G., 74/27 (1 77/3). se suffit á elle-mame, et, dont la totalité rassemblée constitue
A noter que le point de vuc du philosophe (pour-nous) est identique i celui sa richesse. Reprenons l'exemple de la Certitude sensible. Ce
de l'Esprit (en-soi). Le philosophe, dans la Phénomén,?logie, est celui qui, qui fait d'elle une figure déterminée, c'est l'unité de I'attitude
ayant - ,déjá, pour l'avoir effectué lui-méme, l'intelligence du parcours que
la cqnscience accomplit, peut le récapituier á partir du Sevoir absolu. qu'adopte alors la conscience á l'égard de tont ce qui se présente
42 PROBLÉMATIQUE L'AUTO-MOUVEMENT DU CONTENU 43

á elle " : en effet, tout au long de ces pages, elle appréhende son pour la consciente », joyaux inentamables auxquels tout
objet selon une « visée » globale, sans distinctions ni analyses, le reste sert de montare. C'est gráce á eux que la figure acquiert
et elle se pose pareillement face á lui dans la pureté d'un Je qui un pouvoir de médiation, car c'est en eux que le contenu de
rJaepas encere pris conscience de_ sqn_acte de connaissance : l'Esprit peut rejoindre la conscience pour l'arracher á ses cer-
« Ni Je ni la chose n'a ki la signification d'une médiation mul- titudes immédiates et la révéler á elle-méme.
tiforme ; Je n'a pas la signification d'un représenter ou d'un Etant médiatrice, toute figure a valeur inalienable ; et, en
penser multiformes, et la chose n'a pas la signification d'éléments elle, c'est bien la totalité du mouvement qui est présente sous
constitutifs multiformes [...]. Le singulier sait un pur eeci, ou un mode determiné. Mais une figure s'accomplit dans une autre
(sait) ce qui est singulier". » Mais ce pur rappcirt désignatif, qui figure, laquelle, á son tour, par le jeu des expériences qui se
fait l'unité de la figure et est présent tout au long de son déploie- déploient en elle,--e-figladrera une autre figure, dans laquelle
ment, relie la conscience á un conteriu qui ne cesse de changer l'Esprit se donnera á connaitre sous une modalité plus pre-
au fur et á mesure que celle-ci est contrainte d'éprouver les déter- guante. Ainsi, chacune d'entre elles te peut se definir adéquate-
minations et de son objet et de son propre mode d'appréhension : ment que par rapport á toutes les figures que contient lá Phé-
l'objet est d'abord Fessentiel et la conscience l'inessentiel, mais nornészologie. Mais cette portée totale se fragmente au niveau
cette visée inadéquate se convertit dans son contraire, avant que d'unités intermédiaires, — ensemble de figures ressortissant plus
ce ne soit la relation elle-Palme qui surgirse comme le véritable ou moins étroitement á une attitude identique, et dessinant
essentiel. En chacune de ces phases successives, la conscience comme des blocs de plus en plus vastes, qui reproduisent á une
se trouve obligée de mettre en question sa propre attitude, sa échelle nouvelle, de portée plus universelle, dans une structure
« visée », et elle voit celle-ci lui échapper peu á peu pour se plus élaborée, la méme relation du mouvement unitaire et du
commuer en un « dire » (premiare saisie vraie de la chose dans contenu que nous avons rencontrée au plan élémentaire des expé-
l'élément du langage), qui représentera, au tenme, une nouvelle riences de la conscience. Par exemple, les figures diverses du
attitude, un nouveau mode de relation á Pobjet, — et, par Sto:cisme, du Scepticisme, de la Conscience malheureuse, consti-
conséquent, l'entrée dans une nouvelle figure. Mais, avant d'en tuent toutes ensemble une expression de Peffort déployé par la
venir lá, la conscience tente toutes les issues possibles pour se Conscience de soi pour s'affirmer dans sa propre liberté ; et, á'
maintenir dans sa certitude presente ; elle ne se rend qu'aprls son tour, cette unité constitue un moment particulier de la Cons-
avoir éprouvé qu'il -n'est nulle manare de la sauvegarder : qu'il cience de soi entendue dans la piénitude de son acception. Ainsi
s'agisse de l'objet, qu'il s'agisse du Je, ou qu'il sagisse de leur les totalités élémentaires s'accomplissent-elles dans des totalités
relation, la conscience découVre que ce qui vaut réellement en plus vastes, les expériences dans la figure, les figures dans les
eux, ce n'est point la singularité immédiate -qu'elle vise, mais sous-sections, et cebes-ci dans les sections, chacune de ces unités
l'universel qu'elle atteint concrétement au niveau de son langage. étant définie par une attitude originale de la conscience, et don-
c'est au travers.de ces trois expériences que la conscience, nant naissance corréiativement á une a rigle de lecture » parti-
en sa figure de la geratude sensible, en vient á connaitre tout culiare du passage considéré. Le Tout est la récollection de ces
4 la fois les limites de sP- propreSattitude et la possibilité contrate structures diverses dans l'unité du mouvement qui les pose, —
de la dépasser. Parchltecture vivante de rceuvre et du « sens » qui la traverse.
Ces textes peuvent 'etre dits des textes d'expériences (au plu- Enfin, fondement véritable du mouvement ascendant suivi
riel) paree qu'ils sont la traduction, dans la richesse diversifiée jusqu'alors, il est possible, á partir de ce Tout, de redéployer
du contenu, de l'unique « expérience de la conscience » dont la les moments qui le composent. C'est ce que frit Hegel dans le
présentation « scientifique » mane cene-ci de son attitude initiale prospectus de 1807, qu'il est á peine besoin, maintenant,- de
jusqu'au Savoir absolu. C'est sur eux que repose toute la force commenter : la Phénonzénologie de l'Esprit « embrasse en elle-
du mouvement, en eux que son dynamisme se donne á connaitre. mame les diverses figures de l'Esprit comme les stations du che-
Ils constituent, au premier chef, les développements qui valent min par lequel il devient Pur savoir ou Esprit absolu. Dans les
divisions principales de cette science, qui á...leur tour se brisent
23. Cax il est identique de dire que la figure est la traduction du mouvement en piusieurs, on envisagera done la Conscienee, la Conscience de
unitaire dans une structure déterminée, ou d'affirmer qu'en elle la totalité soi, la Raison observante et agissante, lui-méme, comme
structure est appréhendéc selon un mouvement particulier.
24.Mi. G., 80/5 (I 82/8). Esprit éthique, cultivé et moral, et enfin comme religieux en ses
44 PROBLÉ/v1ATIQUE L'AUTO-NIOUVEMENT DU CONTENu 45

différentes formes H. Hegel, dans cet apergu sommaire, se borne avec l'expérience dont elle entend manifester l'intelligibilité. 2 La
á indiquer la scission du Tout en sections et sous-sections ; mais richesse des manifestations de l'Esprit, — écrit Hegel dans lie
il note que celles-ci « se brisent á leur tour en plusieurs », et prospectus de 1807, qui se présente, au premier coup creen,
iI designe par lá les figures elles-mémes, et les expériences qui comete chaos, est amenée jusqudá une organisation scientifique
les composent. qui les présente selon leur nécessité ; en elle les imparfaites se
Un autre texte de Hegel, tiré de l'introduction á la section dissulvent et passent dans de plus hautes, lesquelles sont leur plus
Religion », développe pareillement l'économie de rceuvre, proche vérité. Quant á l'ultime vérité, elles la trouvent d'abord
— en la considérala dans ses quatre premilres sections. Envi- dans la Religion, et ensuite dans la Science comme le résultat du
sagées dans leur unité, celles-ci constituent ensemble « le Tout Tout. »
de l'Esprit » dans son étre-lá, « en tant que ses moments se L' « organisation scientifique » du contenu, dans la Phénorné-
séparent les uns des autres et que chacun se présente pour nologle, est done á entendre dans une perspective dynanriquen
soi-méme in Cese moments H, priS pour eux-mémes, consti- elle ne peut etre comprise en sa vérité qu'au sein d'un devenir,
tuent le second étage de la construction d'ensemble ; ce sont : dans la mesure oú le coneept, qui structure le donné, s'y déploie,
« la Consciente, la Conscience de sol, la Raison et l'Esprit », par définition, dans la forme du temps ". Dans le texte que
autrement dit : les sections diverses dans lesquelles se divise cette nous venons de lire á nouveau, ce dynamisme (cette « dialec-
partie de rceuVre. Une autre division du méme type nous fait tique ») s'exprime dans les verbes qui se trouvent emplóyés : les
acceder á un étage encore plus fondamental : « Comme l'Esprit figures imparfaites se dissolvent (sich aullasen) et passent
était différencié de ses moments, ainsi faut-il encore en troisiane (übergehen) dans des figures plus parfaites ; voilá qui peut nous
lieu différencier de ces moments eux-mémes leur détermination permettre de mieux comprendre, récapitulant tous les .déveiop-,
singUlarisée. Nous avons 411 de fait chacun de ces moments se pements précédents, ce que signifie l'expression de Hegel qui
différencier en lui-méme en un parcours propre et se diviser en sert de titre au chapitre présent : la. méthode est r « auto-
figures diversifiées (sich verschieden gestalten); ainsi par exem- mouvement du contenu
ple dans la Consciente se différenciaient la Certitude sensible et ion peut dire que la dialectique nait d'une double certitude
la Perception. Ces derniers cates se séparent les uns des autres initiale, mais d'une double certitude qui, loin de sé donner cornnie
dans le temps, et appartiennent á un Tout particulier ". » un savoir immédiat, invérifiable, sollicitant seulement une adhé-
La figure est ainsi la totalité déterminée gráce á laquelle le sion de foi, engendre sa propre mise en question, et ne coincide
mouvement universel anime et assume tout le contenu de l'Esprit avec sa propre vérité qu'au terme du déploiement de runivers
déployé dans le temps. philosophique, qu'elle a d'abord mis en mouvement. Sous sa
forme la plus indéternainée, cette certitude peut s'énoncer ainsi
il y a du sens ; quant á sa double composante, on peut la for-
muler de la sorte : d'une part,erabsolu n'est pas distant de nous,
mais au contraire se (Mane á connaftre dans toure expérience,
IV. MODE DE PROGRESSION dans toute rencontre, et, d'autre part, la vérité a en elle-
LE MOUVEMENT ET SA NÉCESSITÉ méme tout. ce qu'II faut pour se faire reconnaitre comme telle,
et point n'est besoin de la_ solliciter ni d'intervenir de l'extérieur
dans sa manifestation. •
Les textos que vient de lire insistent par priorité sur Qu'il y ait da sens au monde, c'est lá le postulat commun á
l'aspect structurel de "cette- construction. Rién d'étoinant á ce tout effort philosophique, s'il est vrai que la phiidsophie est
que Hegel revienne, pour finir, sur ce qui est l'áme de cette essentiellement la recherche d'une signification intelligible : mil
architecture, sur le dynamisme qui l'habite et qui fonde le pas- n'est tenu de s'adonner á ce labeur, au moins sous sa modalité
sage d'une totalisation á une autre totalisation. Sans ce mouve- technique, et celui qui l'accepte le fait en vertu d'une « décision
ment dialectique -unique qui anime la pluralité de ses structures, á la philosophie », qui n'est autre, précisément, que la confession,
la Phénernénologie ne serait qu'une construction froide, saos lien encore pieinement indéterminée, de l'existence d'un sens. Mais

. 25. Ph. G., 476/38 (II 207/22). 26. Ph. G., 38/33 (1 39/32); 477/4 (II 208/2); 558/10 (II (305/4).
PROBLÉMAT1QUE L'AUTO-MOUVEMENT DU CONTENII 47
46

ce qui spécifie l'univers philosophique ,comme univers diaiec- les écartons, nous parvenons á considérer la chose tellé qu'ene
tique, ce sont les deux attitudes dans lesquelles se traduit cette est en et pour soi-méme'.
option fondamentale : il vaut la peine de les développer quelque Voilá ce qu'est la méthode dialectique, voilá ce que signifie
peu pour elles-mames. l'uuto-mou.vement du contenu. L'individu n'a pas á manier le
L'absolu n'est pas distant de nous. Cela signifie simplement vrai, ni á déterminer par avance les conditions de son appari-
qu'i1 n'existe aucun préalable á l'entrée dans la philosophie. tion : il a á se rendre présent au « sens » qui est lá, et qui le'
C'est au début de l'Introduction que Hegel, avec un peu de solicite á s'accomplir lui-méme dans sa propre vérité. Attitude
hauteur, souligne ce-point, capital á ses yeux : « L'absolu seul de respect, de soumission au vrai qui se donne et se fait recon-
est vrai, ou le vrai seul est absolu". a Ce qui signifie qu'il n'est naitre ; attitude bien éloignée de l'idéalisme orgueilleux, maitre
nul moyen d'imaginer une connaissance préjudicielle qui déci- de lui-métne et de son propre objet, qui scrt trop souvent á
derait, au terme d'un examen contradictoire, du moyen vrai qualifier rattitude hégélienne. Mais si l'individu n'a pas á inter-
de se mettre en chemin vers la vérité. Cela présupposerait que venir de son propre chef, ce n'est pas á dire qu'il n'ait qu'á
« Pabsolu se trouve d'un cóté, et que le connaitre, de l'autre accueiilir la vérité pleinement élaborée ; encore une fois, ce
cbté, pour soi, et séparé de l'absolu, est pourtant quelque chose n'est ni du cóté du sujet ni du cóté de l'objet entendus dans ieur
de réel 28 ». dr la connaissance n'est pas un instrument qui exis- . opposition et leur isolement réciproques que se trouve toute la
terait en soi, et que Pon pourrait sonder, comete tel, hors de son lumiare, mais bien plutót dans leur relation en devenir : le
exercice concrete elle ne serait alors qu'un moyen cultivé dans « contenu r de la conscience, c'est précisérnent ce rapport entre
le but d'attirer l'absolu et de se saisir de lui, mais l'absolu la conscience et son objet ; ce ne sont pas les choses qui se
• se moquerait bien de cette ruse, s'il n'était pas et ne voulait pas meuvent, et ce n'est pas non plus l'esprit dans son abstraction
"acre en et pour soi déjá pras de nous" ». hiitiale : c'est le contenu qui se déploie, paree upti'il est présence
C'est done l'absolu qui s'approche lui-méme de l'homme et de l'Esprit á l'homme, parce qu'il est invention, par l'homine
se manifeste á. luí comme tel : il suit de lá que la vérité a en elle- á la recherche de lui-mame, de son propre univers spirituel ".
méme tout ce qu'II faut pour se faire reconnaitre comme telle. Tel est le mode de progression de l'expérience á l'intérieur de
Voilá qui n'est point á entendre comme si « la » vérité était la Phénornénologle, tele est 1' « organisation scientifique. b que
quelque entité subsistant en. soi ; au contraire, nous venons de reloivent en elle les « manifestations de l'Esprit, v. Hegel pré-
le voir, elle est das l'origine dans un rapport constitutif á l'effort eise que, du fait de cette présentation « scientifique », les mo-
humain qu'est le connaitre : mieux, elle est ce mouvement, en ments du concept, c'est-á--dire de 1'Esprit déployé dans sa vérité,
tant qu'il se déploie sans entravés et parvient á son terme. La s'enchatnent lenes uns aux autres « selon leur nécessité ». Nous
• vérité du savoir P, c'est « étre pour-nous de cette vérité " avons déjá rencontré ce terme, en mantrant comment lá conS-
de sorte que la distinetion entre une vérité objective -et le savoir . cienee, dans l'instant méme oir elle se croa livrée au hasard de
-de-cettenaé Ié_tombenálintérieur-de conscience ;il n'est point découvertes sans lien entre elles, participe en fait á la eché-
de mesure de la vérité qui soit extérieure á la vérité : c'est la rence du mouvement de la Science, qui, « pour airsi dire der-
conscience seule, parce qu'ellenest dans la vérité, qui, au c.'ours riare'son dos " prépare l'apparition du nouvel objet. La né.ces,-
de son expérience, peut étre la mesure du vrai. « L'essentiel est Sité qui s'exprime en cela ne vaut done d'abord que nour-nous,
de retenir fermement pendant toute' la recherche que ces deux ou en-soi ; mais paree qu'elle repose sur Pidentité en-et-pour-
moments, concept et objet, étre-pour-un-autre et soi du pour-nous et du pour-la-conscience; elle se manifeste ,peu
mame, tombent eux-mames dans le savoir sur lequel porte notre peu á la conscience elle-mame comme étant sa propre loi ; et,
recherche, et que par conséquent nous n'avons pas la nécessité au terme, l'ultime expérience, devenue adéquate á la réalité, au
d'apporter avec nous des mesures, et d'appliquer nos fantaisies plan de la forme comete á celui du contenu, exprime Cene éga-
et nos pensées au cours de la recherche ; par le fait que nous lité devenue, pour la conscience, entre la nécessité du, concept
et sa propre liberté singuliére.

27.Ph. G., 65/12 (1 67/7). 31.Ph. G., 71/36 (I 74/4).


28. Ph. G., 65/5 (1 66)40). 32.a Invention » , au double sens, passif et actif, de ce terme.
29, Ph. G., 64/19 (1 66/14). 33.Ph. G., 74/26 (1 77/2).
30. Ph. G., 71/4 (1 73/9).
48 PROBLÉMATIQUE

La « méthode D dialectique n'est rien d'autre que le refus de


toute extériorité dans le traitement de la vérité. La « nécessité
de son déploiement est identique á la liberté qui s'exprime dans
l'auto-mouvement du contenu liberté qui se conquiert et se
prouve dans la Phénoménologie, avant de s'exposer elle-méme, CHAPITRE III
sans nulle autre contrainte que la nécessité de sa propre mani-
festation, dans la-Science de la Logique. « La vérité est le mou- LES CORRÉLATIONS INTEB_NES
vement d'elle-méme en elle-méme " » et c'est pouronoi
dans la Préface, souligne l'impossibilité d'employcr, dans la
réflexion philosophique, toute méthode de type historique, ou I. LES RÉSURGENCES
encore « scientifique » (par exemple : mathématique) : car á ALT NIVEAU DES FIGURES
la Science — entendons : á la Philosophie accomplie en sa
vérité — « il n'est permis de s'organiser que par la vie propre
du concept ; en elle, la déterminité, qui, tirée du schéma", est Pour bien comprendre la Phénoménologie, sinon au niveau
appliquée á Pétrea de fagon extérieure, est rano se mouvant d'une premiare lecture (en laquelle il conyient. de suivre simple-
elle-méme du contenu plein" ». Et il clót la Préface en renou- ment la conscience au chemin de ses découvertes), du moins au
velant more cette méme affirmation : « Ce par quoi la Science plan d'une intelligence systématique de Pauto-déploiement de
existe, je le pose dans rauto-mouvement du concept'''. » son contenu, il est done nécessaire de demeurer attentif á cette
pluralité d'éléments qui ont été évoqués, et qui donnent á chaque
Toute étude de la Phénoménologie, pour avoir quelque chance figure, á chaque mouvement, á chaque totalité nouvelie, la plé-
de rejoindre réellement son objet. doit déployer sa propre mé- nitude de sa richesse et de ses harmoniques. La signification
thode en fonction de celle que reuvre
' elle-méme met en jeu réelle d'un passage quelconque exige toujours que soit fait appel
nous sommes done préts maintenant, aprés avoir éVOCRIé celle-ci, á la totalité de l'ceuvre, présente á chacun des niveaux sous une
á nous interroger sur le mode d'approche le plus adéquat á cette modalité déterminée. C'est lá une conséquence de ce que nous
totalité entrevue : ce qu'il nous faut trouver, ce sont les élé- avons appelé la « dimension circulaire » du'développement, —
ments qui, au niveau du texte lui-méme, permettent de déter- c'est-á-dire le fait (m'un mouvement identique, qui, est le •mou-
miner les structures réelles de l'ouvrage en méme temps que .yement unitaire de -rceuvre, se pose á nouveau en chacune des
l'unité du mouvement qui les anime. totalités subordonnées qui constituent cette tuvre.
Sous • cet aspect, le style méme de la Phénoménologie, la
méthode qu'elle met en ceuvre, exigent cette récapitulafion
du Tout en chacune des formes alf il se dorme á connaitre,
l'attention á chacune des étapes qu'elle comporte, et dont aucune
ne peut are absolument privilégiée par rapport aux mitres,. -
sous peine de fausser l'équilibre global, et ,d'infléchir le 'sens de
l'ouvrage seion une détermination qui n'est point.celle de runi-
Versel. Il faut, dit Hegel, « séjourner en chacun [des moments],
car chacun est lui-méme une figure individuel!e totale, et il n'est
considéré de fagon absolue que dans la mesure oil sa déterminité
est - considérée comme Tout ou comme Concret, ou dans, la
mesure ea le Tout est considéré dans la propriété de cette déter-
mination 1 ». Ainsi, chaque moment, chaque figure, s'épanduit
34. Ph. G., 40-27 (I 41/29). en une constellation propre, originale est identique de dice
35. Dans le cas d'un raisonnement de type mathémalique.
36.Ph. G.,. 44/11 (I 45/27).
'37. Ph. G., 57/21 (I 61)/20). 1. Ph. G., 27/34 (I 27/7).
4
e:UK!Ahl t

qu'il organise le contenu total selon la regle propre qui le définit, comprendre le particulier, et qu'il faut riejá compreadre celui-ci
ou d'affirmer qu'il donne au -mouvement universel de s'exprimer pour ce qu'il est avant de parvenir au Tout. Cette formulation
dans- sa relation á un contenu particulier : de toute fanon, en paradoxale, dont anean des termes ne peut étre changé, donne
lui les éléments communs se structurent suivant une contexture la mesure tout á la foil de l'immense difficulté de l'ceuvre et de
origínale qu'il importe de saisir et d'exprimer pour elle-méme. l'intérét qui est le sien ; au vrai, c'est lá le propre de toute
Mais cette attention á choque étape ne doit point s'opposer á pcnsée systématique, qu'il ¿si parfaitement vain de contester tant
la considération de l'enchainement des figures et de leurs rela- que l'on ne s'est pas sounlis á la regle (á la « méthode ») qui
tions mutuelles au contraire, on vient de le rappeler, c'est paree est sienne : il y faut de longs tátonnements, un ajustement pro-
que chacune d'elles représente comme ¡une concrétion particu- gressif des éléments á la Totalité et de celle-ci á ses moments
liare du Tout qu'elle acquiert valeur eri elle-méme. C'est pour- divers ; il y faut répudier cette « impatien.ce » catare laquelle
quoi on ne peut interpréter correctement une de ces figures si Hegel met en garde, impatience qui entraine souvent á juger
l'on ne saisit pas, en son insuffisanCe méme, comme un appel d'une chose avant que sa signification ne se soit déclarée. •
son propre dépassement dans une: série « linéaire » qui ne Mais comment est-il possible, de fanon concrete, d'entrer dans
trouve son sens plénier qu'au terne. En paraillle á l'affirmation cette intelligence ? Une dernilre fois, c'est la feuille de présenta-
rappelée plus haut (nécessité de « séjourner » en chacun des tion d'octobre 1807 qui va nous mettre sur la voie. Nous avons
moments), Hegel souligne cet aspect essentiel de pro-gres,. d'iti- déjá lu la dernilre phrase de son paragraphe central : « les
néraire : « L'impatience prétend á l'impossible, c'est-4-dire á [manifestations de l'Esprit] imparfaites se dissolvent et passent
l'obtention du but sans les moyens. [...] 11 faut supporter la dans de plus hautes, lesquelles sont ieurk plus proche vérité.
longueur de ce chemin, car chaque moment est nécessaire 2. » Quant á l'ultime vérité, elles la trouvent d'abord dans la Reli-
La raison en est simple, et tient au caractére méme de la Phéno- gion, et ensuite dans la Science comme le résultat du Tout.. »
ménologie, qui fait d'elle une préparation scientifique á Ce texte est précieux en ce qu'il conjoint, dans une description
la
Science : « Par ce mouvement [i. e. par le mouvement du concept unique, les deux dimensions rappelées ici, de linéarité et de circu-
immanent au devenir phénoménologique], le chemin par lequel larité : linéarité, paree que la vérité ultime n'existe qu'au tenue
1 le concept du savoir est atíeint devient pafélilement un devenir . (árus" incide figuratif dans la Religion, et sous mode pleinement
nécessaire et complet, de telle sorte que cette préparation eesse adéquat au concept dans le Savoir absolu), de sorte que le mon..,-
d'étre un philosopher contingent qui s'attache á tels ou tels vement ne peut s'arréter avant que la consciente ait accompli le
1 objets, relations et' pensées de la conscience imparfaite, selon parcours en son intégralité 4 ; circularité, paree que chaque étape
:que l'induit la contingente, ou qui cherche á fonder le vrai par atteinte représente la « vérité » ice celle qui la précéde, et que
un raisonnement, un conclure et un déduire allant ici et lá á la e vérité la plus proche » n'est pas d'une entre nature que
partir de pensées déterminées ; mais ce chemiá embrassera par « ultime vérité » : car « 1'Absolu seul est vrai, ou le Vrai seul
le mouvement du concept la mondahrté -Pléñiere (vollstándige est absolu », et l'on ne peut faire de différence « entre un Vrai
Weitlichkeit) de la conscience 9. 5
absolu et un Vrai d'une autre parare ».
Ainsi, le sens véritable de la Phénoménologie échappe á celui Cela impose que, dans le déchiffrement du texte, l'on préte
qui privilégie de facon -absolue l'une de ses figures (par cxemple attention, non sculement á l'organisadon propre d'une figure en
celle de e Domination et Serviitíde »), s'efforoant de lire en elle elle-méme, á la constellation conceptuelle et linguistique qu'elle
seule la signification du Tout, comme au travers d'un prisme, déploie, et dans laquelle le Tout se donne á connaitre comme
et échappe tout autant á celui qui ne prend pas les figures Tout, mais aussi á la résurgence, á rintérieur d'une. figure,
en toute leur épáisseur, et ne s'efforce pas de retrouver en cha- d'éléments ou de situations déjá rencontrés dans les figures
ClIne d'elles (et en celle-lá aussi comme en toute autre) le gens antérieures, éléments gráce auxqucis, au fil du développement,
total de Pecuvre, sans restrictiort aucune. JI semble donc que la vérité du Tout se construit et s'affirme peu á peu. M. Hyppo-.
ron soit au rouet, puisqu'II faudrait étre au niveau du Tont pour lite souligne la signification de ces résurgenees — de ces « coiré-
lations internes » lorsqu'il écrit : la Phénornénologie est
2. Ph. G., 27/29 (I 27/3).
3. Ph. G., 31/20 (I 31/9). WeillicIzkeit designe ici la totalité d contenu
determiné de la conscience. 4. Ph. G., 69/6 (I 71/10).
5. Ph. G., 65/20 (I 67/14).
YROBLEMATIQUE 53
LES CORRÉLATIONS INTERNES

« l'ouvrage de Hegel le plus vivant, celui dont la croissance


parait la plus organique. On est frappél de voir que les mames La premiére partie de cette courte étude est constituée par un
examen du mouvement dialectique tel qu'il se déploie, sous mi
concepts reviennent á des étages divers et enrichissent leurs mode particulier, tout au long de la section « Esprit D. Quant
significations. Ce n'est done qu'en analysant de prés la progres- á la seconde partie (qui comporte vingt-sept pages), elle emi-
sion de l'ceuvre, son contenu substantiel én mame temps que ses sage le probléme des structures de l'eeuvre dans toute son
démarches dialectiques, que l'on peut éspérer en entrevoir le apapleur, et précisément du point de vue qui nous intéresse ici ;
mouvement 8 ». Voilá qui est juste, pour!autant-que l'on élargit
un peu ce jugement : d'une part, ce ne sont pas seulement des voici quel est son titre : Préseniation du mouvernent dialectique
de l'Esprit, en coupe, á travers toute la Phértoménologie, en
« concepts 2. qui réapparaissent aux étages divers, mais des
considérant de fugan particuliére les paralléles..
situations complexes qui peuvent représenter des figures ou Que signifie ici le terme de « paralléles » ? 11 vise les pas-
mame des séquences de figures ; d'autre part, ces résurgences ne sages de l'eeuvre que Hegel met explicitement en relation les uns
servent pas seulement á enrichir la signification d'un concept ou avec les autres, définissant ainsi, sous mode pósitif ou négatil,
d'un mouvement de pensée, dans une marche linéaire, unifor- des niveaux d'intelligibilité identiques ou différents, en rapport
mément ascendante : parfois, au contraire, pour prendre un d'inciusion ou d'exclusion. Par exemple, dans la dialectique de
exemple, c'est l'insuffisance d'un résultat qui est manifestée par l'Essence lumineuse, qui représente la premiére figure de la Reid.=
sa confrontation avec une dialectique antérieure, plus achevée gíon naturelle, il souligne que la détermination presente est MI
et plus « vraie » ; de sorte que ces parafines et citations internes mame type que celles de la dialectique de la Certitude sensible
dessinent un faisceau de relations d'une extreme complexité, ou de la figure du Maitre ; voici done trois passages qui ont, au
faut prendre soin d'examiner á chaque fois pour découvrir moins en quelque mesure, le mame « sens », et dont chacra
son sens et sa portee : s'agit-il d'un rapport absolu, qui mani- contient effectivement les autres comme en transparence : dans,
festé l'égalité réelle, bi-uniVoque, de deux moments divers en une premiére lecture, ce parallélisme n'est point saisi dans la plé-'
leur apparition ? S'agit-il d'une relation partielle ? positive ou nitude de sa signification, puisque la conscience oublic son
négative ? valant comme un simple rappel, ou jouant un role expérience passée dans une attention exclusive á l'objet nou-
dans le développement présent ? ayant effectivité au plan du mais au niveau d'une réassomption systématique du
contenu, ou á celui de la forme ? faisant progresser le résultat vean,
contenu (et il n'est point d'intelligence vraie de l'ouvrage sans
evoqué, ou revenant au contraire á un point antérieur, pour cene seconde lecture), il est nécessaire de tetar compte de toutes
tenter une autre voie aprés une recherche infructueuse ? Voilá ces corrélations internes, de ce mouvement circtilaire qui pose et
les questions (et d'autres de ce type) qui permettent d' « analy- déploie chaque passage avec toutes ses hartnoniques ; pour
ser de prés la progression de l'euvre, son contenu substantiel comprendre l'Essence lumíneuse il faut « se souvenir » de la
en mame temps que ses déniarches dialectiques ».
Certitude sensible et de la Conscience de soi im —tédiate ; et
l'intelligence de la Certitude sensible suppose qu'aient été tirées
au clair toutes les relations qu'entretient cette,figure, non seule-
ment avec celles du Maitre ou de l'Essence lumineuse, mais
II. LA -tENTATIVE avec toutes celles dont Hegel souligne la parenté avec elle,
DE WILHELMIZE DIESCHER Vollá qui doit conduire á établir une sorte' de diagramme pour
chacune des figures majeures, de sorte que l'on puisse appréhen-
der d'un seui coup l'ensemble des relations qu'elle entretient
Pour préciser encare cette méthode d'investigation, il peut avec le reste de rceuvre. Nul autre moyen de rendre compte en
étre bon d'évoquer une tentative semblable menée voici quelque vérité de la place qu'elle occupe dans i'éconoinie du tout ; et,
trente ans par Wilhelmine Drescher dans une thése portant sur inversement, seule une teile étude systématique des parafines
le mouvement dialectique de l'Esprit dans la Phénoménotogie peut permettre de saisir, dans la résurgence des situations et
6. S. Hyppolite, GenPse et Structure de la Phénoménnlogie de l'Esprit de des mouvements, le sens unitaire de l'ouvrage, tel qu'il s'exprime
¡1egd, p. 54. en lui-méme et dans chacune des figures. On voit pourquoi
7. W. Drescher, Die dialektische Bewegung des Geistes in Ilegelv Phijnome- W. Drescher parle ici d'une étude « en coupe » (in Querschnitt),
nologie, 1937, Pliger-Druckrei, Speyer a. Ab., 78 pages.
á travers toute la Phénoménologie : cette étude découpe en cffet
54 PROBLÉMATIQUE LES CORRÉLATIONS INTERNES 55

l'ouvrage, en mettant en lumilre la parenté interne de mouve- entre parafine et paralléle. accordant la méme valeur aux simples
ments- et de figures éioignés les uns des autres, et que ríen, sou- allusions et aux rapprochements plus amples partois. plusieurs
vent, ne semble rapprocher extérieurement. parafines de types divers sont tirés d'un texte unique. ; en somme,
Tel est le projet, solidement enraciné, comete on le volt, dans on se défend mal de l'impression de se trouver devant quelque
la nature méme de rceuvre, tele que l'étude de sa méthode construction a priori, qui ne peut accueillir, en son cadre trop
nous ra révélée : nous sommes susceptibleS de trouver vraiment parfait, le jaillissement perpétuel et l'invention si évidents tout
ici, au niveau des notations textuelles, des éléments qui nous au long de l'ouvrage.
permettent d'entrer dans rintelligence du .'mouvement á la fois C'est en ce seas qu'une tele étude prouve aussi trop peu,
linéaire et circulaire qui le structure. la'
e mise en ceuvre demeurant en retrait par rapport á ranalyse effectivement pos-
de ce projet, dans l'essai de W. Drescher, souffre de graves sible de la véritable richesse de ce livre. Les relations qu'entre-
insuffisances, dont il est boa de prendre conscience pour défiaír tiennent les diverses figures sont infiniment plus complexesqu'ill
notre propre dessein. La seconde pude de sa thése s'ouvre sur ne parait ici, les ligues de force et les niveaux divers plus
un tableau d'ensemble de la Phénoménologie qui met en relation, enchevétrés. S'il est jamais possible de teuter d'en rendre compte
selon une symétrie tras stricte, les trois temps de la Conscience, par un tableau d'ensemble, ce n'est cedes pas au début qu'en
de la Conscience de soi et de la Raison, avec les moments peut le faire, mais seulement aprés avoir « séjourné » longtemps
correspondants de la Raison elle-méme (ce qui ne va point sans (ainsi que le dit Hegel lui-méme) ú l'intérieur de chacune des
difficultés), de l'Esprit et de la Religion. Suit l'étude des neuf figures, pour la saisir dans son originalité comme dans toute
parallales complexes qui en résultent : son épaisseur. La méthode de W. Drescher la conduisait néces-
— Certitude sensible, Raison observante, l'Esprit vrai et le sairement, en morcelant das rabord chacun des moments consi-
Monde éthique, 1'Essence lumineuse ; dérés, 'á ne pouvoir nous éclairer sur sa signification véritablc;
- Perception, Observation de la Consciente de sol, Action comment savoir, par exemple, quelle est la place de la Raison
éthique, Plante et Animal ; observante dans l'économie de l'ensemble, alors que les textos
— Force et Entendement, Raison observante (III), Etat du la concernant sont dispersés dans les 1", 2', 3' et 7' parallalles,
droit, Artisan. sans que soit jamais rassemblée la totalité des relations qui
définissent son sens ? Encore existe-t-il beaucoup d'autres rap-
prochements de cette figure (ou d'une partie de cette figure) qui
Et ainsi de suite, en suivant toujours cette mame loi : aux ne viennent point en considération dans cette nomenciature trop
trois moments de la Conscience sont comparés les trois temps de généralc et trop sommaire.
la Raison observante, de l'Esprit éthique et de-la Religion natu- En somme, les deux principaux défauts de cette étude tiennent
relle ; á ceux de la Conscience de- soi sont rappértés ceux de en ceci : l'auteur n'a pas retenu, á tras loin pras, tous les paral-
l'Aetualisation de la Conscience de soi rationnelle, de l'Esprit lales que comporte l'ouvrage, mais a sélecdonné ceux qui lui
étranger á lui-méme et.de la Religion de l'art ; enfin, les trois paraissaient les plus importante pour appuyer sur eux seuls la
temps de la Raison sont- rapprochés de ceux de 1'Individualité démonstration d'une parfaite symétrie de l'enseinble ; et, d'autre
se sachant réelle en et pour soi, de la Moralité et de la Religion part, méme á l'intérieur de ces données restreintes, melle « typo-
manifestée. Chacune de ces séries de' paralléles est ensuite ana- logie » des corrélations n'a été tentée, pour- dégager la portée
lysée sommairement ; mention est faite da texte qui funde le réelle de chacune d'entre elles. 11 se peut que le schéma général
rapprochement, avant que ne soient rappelées les situations dégagé au travers de ces pages soit effectivement justifié en 'ses
respecdves des passages en cause, et soulignée la signífication grandes ligues ; pourtant, méme alors, la v-raie perspective est
que peut revétir l'instauration de ce rapport.
faussée si ron ne montre la complexité et renchevétrement •des
Ce sont ra un type d'exposé et des résultats qui prouvent relations vivantes qui jouent á l'intérieur de ce cadre et consti-
á la fois trop et trop peu. Trop, paree que la Phénoménologie
tuent sa vraie richesse. Nous avons tenté de montrcr que 'Intel-
n'a point la perfection un peu froide de cette fagade á l'équi- ligence de la Phénoménologie impliquait cele de la relation entre
libre parfait, dans laquelle il a bien fallu, pour les besoins de ses structures et le mouvement unitaire qui les .anime : l'ouvrage
la cause, accentuer quelques dessins, voire pratiquer quelques de W. Drescher privilégie les structures au détriment du mou-
fausses fertatres. En fait, W. Drescher ne fait aucune différence vement_
56 PROBLÉMATIQUE LES CORRÉLATIONS INTERNES 57

vingt corrélations internes de portée bien diverse; il va . de


mais qui ont toutes pour caractéristique ou d'annoncen ou de
rappeler un autre passage du livre ; pratiqueinent, ce sont tous
TYPOLOGM DES PARALLÉLES les textes de ce genre : nous avons déjá vu plus baut..., ou : le
mouvement présent reprend celui de tele figure antérieurene,
ou encore : le coucept que nous rencontrons id n'a pas la plé-
La premiare condifion pour mener 4 bien une étude de ce nitude de sens qui sera la sienne plus loine.
genre est done de recueillir et d'analyser toldes les corrélations E est nécessaire, pour trailer ce matériel, d'opérer une pre-
internes dile révéle une lecture attentive de l'ouvrage ; sans miare discrimination entre les clifférents « types » de relation
aucun prélugé, et sans aucune volonté préalable de sélection : qu'il instaure, autrement dit de réaliser une « typologie » de
l'analyse viendra ensuite, et ne sera! féconde que si elle brasse ces renvois et citations internes ; classification qui óterait toute
la totalité des éléments en jeu. Dessein qui paratt á l'abri de valeur au travail entrepris si elle procédait d'un quelconque a
toute ambiguIté, mais dont la mise en euvre peut déjá se révéler priori : mais en fait, elle découle tout naturellement de la nature
malaisée. Que faut-ii entendre, en effet, par le terme de « paral- mane de Fceuvre, telle que le précédent chapitre l'a mise en
Téle » ? E est bien des passages qui, de fagon plus ou moins pré- lumiare. Nous avons vu en effet que la Phénornénologie se
guante, en évoquent d'autres, qu'ils éclairent ou par lesquels déploie selon une double dimension interne, l'une exprimant la
ils sont éclairés, sans que pourtant nulle citation explicite de linéarité de l'itinéraire, et l'autre son intégration conceptuelle,
l'auteur ne vienne souligner cette relation et mettre le sceau autrement dit sa circularité, — la premiare dessinant par-priorité
sur elle. Parfois, c'est la parenté d'un mouvement qui met sur le chemin de la consciente vers le Savoír, et l'autre exprimant
la voie de ce rapport, ou encore la résurgence d'un concept surtout l'assomption systérnatIque du contenu qui perniet á la
déterminé, ou d'une tranche de vocabulaire caractéristique d'une substance de s'affirmer cornme sujet, á la Science d'acquérir
étape passée. Mais l'étude de ces rapprochements, que Fon ne la conscience. En second lieu, :á niveau postéripur d'analyse,
peut négliger au plan du commentaire, échappe en faít, au cette circularité du sens, qui traduit l'immanence Tout á cha-
moins dans l'état actuel de notre connaissance du texte, á une cun des moments de Fitinéraire, implique la détermination d'une
élaboration proprement scientifique. En effet, il n'est guére pluralité de structures que pose et relie .entre elles un' unique
de moyen qui permette de déterminer une 'fronfilre nette entre mouvement, — le rapport entre ces deux éléments étant ce
ce qui constitue un rapport effectif, bien qu'implicite, et tous qui déficit la signification mame de l'ceuvre en son intégralité,
les rapprochements plus ou moins doutéux qui, á la limite, Ainsi, la soumission á la régle de l'ex-posé phénoménóiogique
peuvent ne reposer que sur la réapparition d'un mot isolé, dont nous conduit á distinguer trois types de paralleles possibles. :
la détermination, á. l'étage considéré, peut n'étre pas d'une - ceux qui ressortissent á la linéarité du développement,
parfaite clarté. Pour trancher en de pareas cas, il faudrait qu'ait assurant sa continuité linguistique et conceptuelle en réalilant
été faite auparavant une étude systématique de tout le voca- l'enehatnement des différents moments les uns par rapport aux
bulaire de la Phénomérwlogie, pour définir sa répartition struc-
autres ;
turelle et le mouvement de son évolution. - ceux qui rellvent d'une circulurité statique, mettant en
Mais 11 est raisonnable de penser (sans que cela puisse cons- valeur les structures de l'ouvrage, son arehltectonique ; -;
tituer, dans l'absolu, un critére pleinement convaincant) que - ceux qui traduisent sa circularité dynarnique, c'est-á-dire
les parallales vraiment signifiants sont ceux que Hegel lui-méme, le retour d'un mouvement identique au travers des contenus
au cours de sa rédaction, a éprouvé le besoin de souligner divers.
de fagon explicite. Telle est done notre plate-forme de départ :
nous avons recueilli tous les énoncés, de quelque nature ou de •
8. II serait vain de chercher á préciser davantage ; car cela dépend, par
quelque dimension qu'ils soient, portant mention d'un rapproche- exemple, de la facon dont i'on traite, dans cette liste, les textos équationnels
ment quelconque entre eux deux passages de Fceuvre. Voilá qui que représentent l'introduction á la Religion, ou le Savoir absolu : faut-il
connumérer chacun des rapprochements qu'ils incliquent, ou compter comete
exelut les parallales implicites, comete aussi les relations se un seul parallele I'enseinble des relations qu'ils défh;ssent 7 Le chiffre doné
situant uniquement au niveau des mots et de leur résurgence. id á ütre indicatif, pour fixer un ordre approximatif de grandeur, a été établi
á partir de la seconde de ces options. — L'Appendice 1, ci-dessous p. 273,
Cette enquéte nous met en présence d'un peu plus de deux cent done une nomenclature intégrale do ces corrélations.
58 PROBLÉMATIQUE LES CORRÉLATIONS INTERNES 59
57 L'immense majorité des citations explicites doit etre rattachée
plan rappel des étapes passées ;
au premier de ces typcs. Pour parler encore selon l'ordre de annonce des étapes futures.
grandeur indiqué plus haut, disons que plus de cent-soixante-
de quinze parmi les - corrélan'ons notées sont á ranger dans cette — Tout ce qui per .met de « reverser » le contenu. antérieur
lis dans la figure nouvelie, er, ne laissant échapieer micimIdes
catégorie D. Ce sont ordinairement des textes trés courts, voire
le de simples ailusions, et, á la limite, des procédés de style ; mais éléments acquis.
fi peuvent aussi parfois avoir un peu plus d'ampleur. Par rap- — Les régressions de la conscience, qui marquent l'échee
d'une tentative, et 'obligent á revenir en arriare.
port á notre dessein, qui est de rechercher la relation entre les Les comparaisons (statiques) entre deux situations ou deux.
structures et le. mouvement, ils semblent tout d'abord ne pré-
senter aucun intérét direct, et rassembier de « faux paralléles », résultats :
a dont l'évocation ne se justifie que par la nécessité de les écarter. pour souligner l'identité ou la différence ;
e En fait, nous le verrons, ils portent en eux des indications pré- pour faire mesurer le progrés accompli ;
cieuses que nous aurons á recueillir. Mais il convient d'en dresser pour montrer qu'une figure antérieure trouve ici son
2 auparavant un tableau plus précis. véritable accomplissement.

1 On le voit, la détermination de ce premier type de corréla-


A. LES FAUX PARALLÉLES tions nous melle depuis le simple procédé de style jusqu'a des
comparaisons qui peuvent déj avoir une certaine importante
Es expriment tout ce qui ressort á la linéarité du discours. lls pour la découverte des structures du raisonnement pourtant,
peuvent étre évoqués : méme alors, la « pointe » de la réflexion ne porte pas sur
i'architecture globale de l'uvre, ni sur la constitution d'une
1. A l'intérieur d'une continuité DANS le développement. totalité comme telle, mais sur la néeessaire progression á l'inté-
Rappel : rieur du chemin parcouru. — Nous avons dit cependant que
d'une définition ; ces passages ont un intérét par rapport au but que nous pour-
d'une division ; suivons dans cette étude c'est que, assurant la continuité du
d'une « régle de lecture" » ; développement et comme la présence des figures passées dans la
d'un résultat. figure nouvelle (en reversant cn celle-ci ie contenu de cedes-lb.),
lis concourent au surgissement des « figures privilégiées '» qui
Ces rappels peuvent étre opérés : interviendront ensuite, ainsi que nous le verrons, au niveau
sous mode définl :« comme on l'a dit en tel endroit » ; des parallélismes de mouvement (3' type), Voilá qui ne contredit
sous mode indéterminé : « comme on point notre conclusion précédente, selon laquelle ii n'est nulle
dit plus figure absolument privilégiée, puisque chacune est caractérisée
haut
— Lien entre deux Mots. comme la résurgence du Tout sous une modalité déterminée :
— Suture entre deux textes pour la conscience par-dessus un car au sein de cette égalité fondamentale, il est certaines figures
texte pour-nous. qui, de fait, peuvent résumcr tout un mouvement, et dont l'evo-
— Simple résumé, au terme d'une expérience. cation entrame, cornete en filigrane, celle de toutes les autres
dont elles expriment le sens ; ce sont les notations ressortissant
2. A l'Occasion d'une réflexion SUR le développement. á la linéaríté du discours qui permettent de discerner ces figures.
- Tout ce qui permet de « faire le point » :
divisions ; B. LES PARALLÉLISMES DE STRUCTURES
9. Cf. Appendice II, p. 306.
10.C'est-á-dire de l'attitude qui est celle de la conscience t un niveau défini, La seconde catégorie regroupe toutes les corrélations qui ont
et qu'elle ne doit point outrepasser au cours de l'expérience ; la suivre en son trait á la détermination des structures de i'mivre. Nous entrons
itinéraire implique alors qu'on lise le développement sans s'écarter de la a regle » cette fois, á un premier niveau, dans la compréhension de sa
posée. I1 s'agit done bien d'assurer une e:ondularé•
dimension circulaire, — de son architecture..Mais il ne s'agit
60 PROBLÉMAT1QUE LES CORRÉL, TlONS INTERNES ' 61

encore que d'une circularité statique, 'autrement dit des corres- rorganisation réelle du contenu lui-méme ; ce qui est visé,. c'est
la circularité dynarnique, autrement dit résurgence de i'unique
pondances qui existent entre des totalités déjá constituées comme
telles. C'est le philosophe, c'est Hegel qui parle. Le mouvement mouvement qui anime et relie les totalités, dans leur constitution
est ar`rété. Nous nous tenons á rextérieur des figures, pour sou- interne et dans leurs relations réciproques. Ces patallélisMes se
ligner les relations qu'elles entretienuent entre elles. Deux séries situent á l'intérieur du mouvement lui-méme, á l'intérieur de
de développement rentrent dans cette eatégorie : l'expérience. ils font ordinairement référence á - des « figures
privilégiées » ou á des « séquences-modlles », qui ont valeur
1. Les textes courts (ordinairement au début d'une nouvelle normative par rapport aux développements dans lesquels elles
figure). sant évoquées. En derniére analyse, ce sont ces passages qui
Ils mettent en relation la totalité nouvelle (présente en soi, doivent nous donner la clé de rceuvre, en manifestant « l'auto-
sous mode non encore développé) avec la ou les totalités pré- mouvement de son contenu ». On peut ici'distinguer trois .caté--
cédentes déployées selon leurs propres structures. gories de textes :
2. Les grands textes architecturaux. 1. Les « ¡auges » intérieures ".
Introductions á : Evocation. de « figures. remarquables », pour souligner :
l'Effectuatión de la Conscience de soi par sa propre une identité ;
activité (Raison) ; une différence ".
l'Esprit ;
2. Les contrepoints. •
la Religion ;'
Indicatícrn de 1' « esprit effectif » qui correspond á tel ea tel
Le Savoir absolu (1" Temps).
moment du concept'.
Tous ces passages, qui se situent par définition dans des 3. La parenté de niveau de deux mouvernents :
développements au niveau du pour-nous, constituent des « textes au niveau d'une figure déterminée ;
équationnels », c'est-á-dire des textes dans lesquels se trouve au niveau d'une « séquence-type n de figures enchainées 3s
défini le rappórt signifiant entre les diverses parties de reeuvre.
Selon une autre image, on peut parler aussi de « textes archi- L'étude 'á entreprendre pour tenter de saisir le rapport réel
tecturaux »„ C'est-a-dire de textes qui soulignent l'équilibre exis- entre les structures et le mouvement de la Phétwménologie se
tant entre les « masses » diverses, et les correspondances entre
les totalités dans lesquelles se divise le développement. Par rap-
port á réconornie de l'ensemble, et bien nue cette disjonction ne 11. Hegel insiste, nous l'avons vu, sur le fait qu'ún muavernent dialectique
n'admet nul extrinsécisme de la vérité par rapport á elle-méme, et rejette par
puisse étre retenue, en dernier ressort, pour juger de la Phéno- conséquent toute íntervention d'une e mesure », d'un Mas4stab extérieur á
ménologie (puisque le dessein de celle-ci tend précisément á son l'objet (Ph. G., 70, 1 72) : s'il y a mesure, c'est á l'intérieur de la cónscience
qu'elle u tombe » et qu'elle agit (ibid., 71, 1 73). dais l'introduction de ces
dépassemen.t), ron peut diré que cette série de textes res- figures servant de a janges » á i'expérience exprime bien, en fait, le souvenir
sortit á une réflexion portant sur la ,forme de rouvrage ; nous d'une attitude intérieure á la conscience, — qu'elle a vécue, faite sienne, et
ne sommes pas á l'intérieur du contenu et de son déploiernent, á laquelle elle doit demeurer fidéle.
12. 11 ne s'agit plus de comparer deux résultats de faeon statique, mais
mais c'est de l'extérieur que nous détermín . ons les situations de montrer comment un mouvement délt éprouvé se réalíse á nouveau á rinté-
relatives de deux figures ou de deux totalités de figures. rieur de la situation nouvelle. C'est une reprise de souffle, une indication .de
rythine, qui, Inin d'arréter le mouvement, le fait progresser.
13. Surtout dans la Reflejen, pour indiquer la totalité correspondane de la
section « Esprit », c'est-á-dire le « monde » dans lequel est vécue telle
forme de rapport á la divinité.
C. LES PARÁLLÉLISMES DE MOINEMENT 14. C'est vraiment le motrvenzent comme tel auquel ü cst fait appel en ce.
cas, — le a passage » opéré autrefois, dans le texte évoqué, s'imposant á nou-
Dans le troisiame type de parafines, au contraire, nous demeu- vean comme la raison ou le mochlle du passage qui demeure á opérer. — Par
e séquente-type », en entend. désigner une succession signifiante de figures
roas á l'intérieur de l'un des termes de la relation, pour souli- enchainées : par exemple, dans l'Etat du droit (Esprit vial), le ressort du pro- .
gner sa parenté (ou sa dissemblance) avec tel ou tel passage grás est constitné par l'évocation du mouvement quí fit passer, dans la section
Conscience de soi », du Stoicisme au Scepticisme, et de celui-ci á la Cons-
antérieur ; fi ne s'agit plus alors de rapports formels, mais de cience malheureuse.
Lth LUKKC.1.-It. 1 WINJ

trouve maintenant pleinement définie : elle doit consister dans ceu-vTe des iois de l'harmonie, de 1:equilibre entre la pluralité des
une confrontation entre les textes qui ressortissent á la seconde instruments et des parties, et que le dernier type de corrélations
catégorie et ceux qui rellvent de la troisilme, textes qui, souligne tout ce qui regarde l'univers mélodique proprement
précisément, souiignent ce que nous avons appelé respectívement dit, avec le. rythme de son déploiement dans le temps, avec le
des « paralléles de structures et dese« parafines de mouve- contrepoinlqui le constitue et les harmoniques qu'il éveille, avec,
ment 15 ». Voilá qui permettra done de savoir si l'organisation surtout, cOMine dans un opéra de Wagner, ou encore comete
réelle de l'eeuvre, l'auto-déploiement de son contenu (au niveau dans Pierl:et le LOup de Prokofiev, le retour du thlme
de la consciente), répond á l'organisation formelle qu'opére propre á4Aolin des perso nnages ou des elements du discours
Hegel lui-méme lorsqu'il réfiéchit sur les relations qu'entretien- musical, élqui, surgissant comme en filigrane, éveille l'esprit á
nent entre elles les diverses seetions. et figures (textes pour l'épaisseur réelle da monde que 119."irmation nouvelle vient de
nous) : on voit que cette tentative, tout entilre commandée par mettre en mouvement. C'est, au fond, á la détermination de ces
la méthode du livre lui-méme, est :susceptible de donner actas •plans musicaux que devra nous mener cette étude.
á ses structures vivantes, exprimées dans toute leur complexité.
11 reste seulement, ayant défini note problématique, le but
Quelq ues mots eneore pour les rapports organiques proposé et les moyens á mettre en ceuvre, á caractériser rapide-
qu'entretiennent entre eux ces trois types de corrélations internes : ment le mode de progression de cette en quéte, de tele fagot"
plusieurs images, dont certaines ont un fondement dans le texte qu'elle rejoigne au plus prés le mouvement des totalisatioris suc-
de Hegel lui-méme, peuvent nous aider á les évoq-aer. Si nous cessives que présente cet ouvrage.
considérons la Phénoménologie comme un tablean (qu'il s'agisse
d'une peinture ou d'une tapisserie), les citations du premier type
constitueront comme le tissu, ou encare le fond, dans leur homo-
généité et leur continuité ; celles du second type représenteront
la « composition » du tableau, l'équilibre signifiant, mais encore
statique, de ses masses et de ses parties ; quant á celles du trol-
sinne type, elles marqueront le mouvement réel du contenu, son
< style », ses couleurs, la vie qui en lui s'exprime. Dans un autre
registre d'expression, et puisque la Phénoménologie se présente
explicitement comete un chernin, un itinéraire, nous aurions
d'une part le paysage lui-méme sa continuité, d'autre part sa
représentation statique sur la carte que l'on peut étudier comme
de l'extérieur, enfin le cheminement effectif et la découverte
de ce qu'il recale. Demiére image, sur laquelle nous aurons á
revenir, et qui est suggérée par l'emploi que Hegel fait d'un texte
de Diderot, opposa.nt l'accord d'une musique harmonieuse á la
cacophonie de voix entreméléei-sans souci de cohérence " : si la
Phénoménologie est comme une Symphonie définie par les tela-
tions qu'entretiennent ses divers plans musicaux, l'on peut dire
que le premier type de citations internes sert á constituer le tissu
sonore, en assurant les changements de tonalité et les enchaine-
ments entre les thémes succcssifs, tandis que le second type
concerne l'orchestration, considérée sous l'angle de la mise en
15. Le erithre d'attribution des paralléles á l'un ou l'autre de ces « types »
est simple : les premiers sont á l'intérieur de textes pour nous, et les seconds
appartiennent á des développements pour lo consciente.
16. Ph. G., 372/29 (II 80/18).
CHAPITRE IV

LES TOTALISATIONS SUCCESSIVES

L'exposé de la < méthode » phénoménologique hégélienne


nous a fait prendre conscience du mode selon lequel s'enchainent
les uns aux autres les éléments fondamentaux dans lesquels se
donne á connaitre, en ses déterminations successives, l'exnérienee -
á signification unique qui mane la conscience depuis son état
inculte jusqu'au savoir vériiable d'elle-méme et de toutes choses :
chacune des figures, dans sa singularité propre, est l'expression
du mouvement universel dans une structure particuliére, et sa
relation aux autres figures est commandée par cette Té-surgence
en elles du sens unitaire qui la constitue elle-méme comme "figure
déterminée. Nous avons vu ensuite que. ces relations nécessaires
entre les figures engendrent, au niveau du texte, une serie de
paralléles ou corrélations internes á significations diverses, dont
i'étude systématique est susceptible de nous ouvrirpaccés, pré-
Hsément, á ce sens unitaire qu'ils expriment dans ',1a. diversité
des situations et des contenus : l'évo,cation, en trarisparenee, des
expériences passées permet une totalisation progressive de la
signification qu'elles . revétent, la constitution de figures ou de
séquences privilégiées susceptibles d'interVenir ensuite de fagon
normative á l'intérieur du développement.
Cette intégration clu contera' dans runité du sens s'oplre
tout au long de la Phénoménologie ; elle est la Phéneménologie
méme, comme manifestation de l'Esprit en sa richesse originelle.
'dais si la totalisation derni.re ne se pose -qu'á l'instant oL « le
phénoméne devient égal á i'essence », c'est-á-dire dans le Savoir
absolu 1, pourtant cette « ultime vérité » que les figures « trou-
vent d'abord dans la Religion, et ensuite dans- la Science, comme
le résultat da Tout », se donne déjá á connaitre, en son engen-
drement, tout au long de l'itinéraire, par le moyen de cette plus
proche vérité » qu'acquiert chacune d'entre elles - en se « dissol-
vant » et en « passant » dans celle qui la suit Ainsi, cet 'que
1. Ph. G., 75/13 (1 77/29). Ceci, encare une fois, dans i'état actuel du texte:
ct sans préjuger de l'intention originaire de Hegel lorsqu'II écrivit cette phrase au
début de l'année 1805. Cf. ci-dessus, p. 26, note 29.
2. Feuille de prIsentation d'octobre 1807. Cf. ci-dessus, p. 33.
5
LES TOTALS.SA- fivimb

mouvement d'intégration se fragmente-t-il lui-méme, si l'on peut DI. Force et entendernent, manifestation et monde supra-
dire, jusqu'á se présenter, au terme, comme l'unification
einigung) de réconciliations (Vers5h (Ver- sensible.
n- ungen) déjá réalisées á des IV. La Vérité de la certitude de soi-méme.
niveaux partiels 5. Autrement dit, les expériences de la cons-
cience, qui se présentent, dans un premier moment, en ordre de V. Certitude et vérité de la raison.
progression linéaire, se rassemblent en fait en des unités de VI. L'Esprit.
lecture et de signification, qui sont autant de paliers, de VII. La Religion 5. •
sations successives, totali- VIII. Le Savoir absolu.
dont chacune présente un groupe de figures
exprimant toutes ensemble une attitude?commune qui les déborde 'Cene division, dans le morcellement et l'enchaincment de ses
et les rassemble.
parties, représente par priorité ce que nous avons appelé la
Ces unités intermédiaires, ce sont tout d'abord les sections (et dimension linéaire de l'ceuvre. Comme tele, elle ne peut servir
les sous-sections) dans lesquelles lkeuvre se divise. Et l'un des de fondement une organisation réelle de son contenu, puis-
probiames les plus ardus que pose la
Phénoménologie est celui qu'elle procade par connumération d'éléments divers qui ne sont
du rapport entre son organisation selon l'ordre des figures et son
organisation selon l'ordre des sections. L'étude présente permettra point posés dans leur spécificité réciproque; et ne peuvent done
apparaitre dans leur subordination véritable. S'agit-il d'attitudes
peut-étre de jeter quelque lumiére sur cette question. Mais les humaines fondamentalee, de figures historiques, ou de moments
sections elles-mames se rassemblent á leur tour en unités plus logiques ? Cornrnent toutes ces déterminations se trouvent-elles
vastes, qu'il importe de définir pour connaitre les axes majeurs
selon lesquels notre enguate pourra &re menée. Quelles sont composées de faeon originale á chacun des niveaux ainsi dis-
done les grandes « totalisations successives r , tingués ? Autant de questions auxquelles cette premiare Inhalts-
quels sont les
grands regroupements de sections, á l'intérieur desquels et entre angabe ne peut permettre de répondre. Nous devons la garder
lesquels en mémoire comme un rappel permanent de la continuité du
totale ? peut étre suivi et étudié le mouvement d'intégration seas ; mais c'est á un autre plan, á celui des entrelacements entre'.
Les interprates de la Phénoménologie toutes ces parties, que l'unité du mouvement doit s'affirmer plus
ont tour souligné la difi- vraie en surmontant les séparations initiales.
culté que représente la pluralité des divisions possibles de l'ou-
vrage. Haering y puise un argument en faveur de sa théorie selon Une premiare série de recoupements apparait dans une autre
division, introduite par Hegel dans la table qu'il compresa aptas
laquelle Hegel, débordé par son sujet, aurait modifié, en cours
de rédaction, son projet inicial, et par conséquent son Plan ; la rédaction de l'ouvrage. Les moments de la « division linéaire
selon luí 4, Fincohérence entre les deux parties de lkeuvre, éVoquée ci-dessus y sout rassemblés selon des sehémes ternaires :
incohérence qui s'exprime dans le fait que la division initiale (A., (A) Conscience (Certitude sensible, Perception, .Force et En-
B., C. pour les trois premiares sections) n'a pas de répondant tendement).
dans le reste du livre. Et l'on peut saos peine évoquer l'aveu de (B) Consciente de soi (4' moment de la division précédente).
Hegel lui-méme dans sa lettre á Scheliing du 1" mai 1807, (C) (AA) Raison.
s'excusant de n'avoir -
triser r (unterkriegen) pas eu le temps nécessaire pour x mat- (BB) Esprit.
aussi bien le mouvement de l'ensemble (CC) Religion.
que l'organisation des diverses parties. (DD) Savoir absolu a.
11 est pourtant une division qui court tout au long du livre, et
qui structure l'intégralité de son contenu ; elle se dépioie de I á Ce qui ressort ici de la fagon la plus nette, c'est. une certaine
VIII, selon les titres suivants : unité de signification reliant les trois pretuilres divisions de
I. La Certitude sensible, le ceci et le visor. . 5. Ecrit de la sorte, en caractéres italiques, dans la table des matiares de
U. La Perception, la chosé et l'édition originale.
6. Cf. Hyppolite, op. cii., p. 57 ; Haering, op. cit., 11, pp. 484-485 ; Ph. G.,
575-576 (apparat critique). O. Pdggeler (op. cit., p. 272, trad. frang., p. 209)
3. Ph. G., démontre, contre Haering, qu'U u'est nul moyen de lire cc plan comme si
4. Op. cit.,553/5 et 15 (II 298/14 et 25).
II, p. 484. — Cf. Hoffmeister
Esprit, Religion et Savoir absolu n'étaient que des subdivisions de la Raison ;
; pp. 575-576. en fait, les quatre dernilres sections se trouvent ici sitnées au mame niveau,
connumérées toutes ensemble sous l'unique troisilme teráps.
a. y, v.ar—,1.../.11.11,1 1 ivun
LES TOTAL ISATIONS SUCCESSIVES 69
l'ceuvre : Certitude sensible, Perception, Force et Entendement.
Nous verrons d'ailleurs que cette premiére totalisation préfigure comme le lieu de « l'ultime vérité », ne peut étre compris sur le
celle, posée déjá á un niveau plus éiaboré, qui rassemble les méme plan que les sections qui le précédent. Il est vrai que son
trois premiares sections : Conscience, Conscience de soi, Raison. rapport á la Religion est d'un type tout spécial, puisque celle-ci
Mais comment le reste de l'iteuvre se déploie-t-il par rappoi t á présente également, sous une premiére forme, cene ultime varita ;
ces premiares unités ? Haering, introduisant ici les divisions fon- mais cela ne justifie pas leur considération simultanée : en effet,
damentales de la « Philosopie de l'Esprit ,» enseignée par Hegel la religion, qui est elle aussi, sous cet aspect, du cdlé de la Tota-.
á Iéna au cours des années précédentes, oppose « l'Esprit indi- lita, est en méme temps, comme « Esprit religieux », une section
viduel constitué par l'ensemble Conscience/Conscience de simplement particuliére an milieu des nutres ; seul le Savoir
soi/Raison, á « l'Esprit objectif » (la seetion « Esprit ») et absolu se situe au plan de la Science, comme le résultat da Tour.
l'Esprit absolu » (Religion et Savoir absolu). Mais il n'est rien, Nous voyons done se dégager déjá deux totalisations : l'une
au plan des déclarations explicites du texte, qui permette d'as- qui rassemble les sections « Conscience », « Conseience de soi »
seoir une telle -a.ssertion ; en fait, leá trois titres que Haering et « Raison », l'autre qui, au terme, donne, avec le Savoir
donne ninsi aux trois parties de son étude ne se trouvent pas absolu, le sens dernier de l'ceuvre. Mais comment s'organisent,
ici sous la plume de Hegel, et celui-ci ne suggére nullement une par rapport á cela, l'Esprit et la Religion ? Le premier est pré-
division tripartite du Tout qui, aprés la totalisation des trois pre- enté ici comme une totalité qui rassemble en ellejlnéme une
miares sections, comporterait comme second temps la quatriéme, luralité d'aspects successifs. : Esprit éthique, cultivé et moral
et comme troisiéme moment les deux demilres parties rassem- (e'est-á-dire les trois divisions majeures de cede, quatriéme sec-
blées en une ; 11 suffit, lá contre, de souligner l'opposition mani- tion), et enfin esprit religieux en ses différentes formes. Cetle
feste entre la Religion et le Savoir absolu : loin que ce dernier derniére mention rend compte du rapport singulier qui existe
puisse étre com-pris dans une unité inteiligible directe avec la entre Esprit et Religion, celle-ci trouvant dans le déploiement du.
seule section « Religion », il se présente explicitement comme monde objectif le « lieu » alt sont vécues les réalisations histo-
l'unification ultime des vérités partielles que proposent la section riques effectives des moments du concept absolu ,qu'elle ex-pose ;
« Religion » (Esprit dans son pour-soi) et l'ultime figure de la mais cela n'autorise pas á les traiter de conserve, car la Religion,
section « Esprit » (Esprit dans son en-soi). étant aussi du elite du Tout, represente une unification ofiginale,
Ce earactlre absolument á part du Savoir absolu, totalisation á un autre niveau. Voilá done que s'affirment, en cette premiére
de totalisations, est souligné dans le prospectus d'octobre 1807, analyse superficielle, quatré totalisations successives, qui pourront
auquel nous pouvoas faire appel une dernilre fois. Rappelons-en constituer comme autant de paliers dans notre recherche des rola-
le texte : « Dans les divisions principales de cette science, qui á tions entre les structures et le mouvement :
leur tour se brisent en plusieurs, on envisagera done la Cons- - Conscience, Conscience de soi, Raison ;
cience, la Conscience de soi, la Raison observante et agissante, — l'Esprit dans sa conscience (en-soi), autrement dit le rap-
l'Esprit lui-méme, comme Esprit éthique, cultivé et moral, et port entre la section « Esprit » et les trois sections précédentes ;
enfin comme religieux en ses différentes formes. La richesse des • — l'Esprit dans sa conscience de soi (pour-sbi), défini par
manifestations de l'Esprit, gliisse présente, au premier coup la relation de la totalisation précédente avec les différentes formes
d'ceil, contrae chaos, est arnenée jusqu',á une organisation scienti- de. la Religion ;
fique qui les présente selon leur nécessité ; en elles les impar- — le Savoir absolu, comme unité conceptualisée de ces
faltes se dissolvent et passent dans de plus hautes, lesquelles sont diverses totalités.
leur plus proche vérité. Quant á l'ultime vérité, elles la trouvent
d'abord dans la Religion, et ensuite dans la Science comme le Ce n'est pas á dire que ces unités soient toutes du méme, type.
résultat du Tout 8. Si la problématique genérale de la Phénoménoiogie peut étre
L'énumération premiare s'arréte aprés l'Esprit religieux, ce exprimée comete la réduction de la distante odginelle a entre la
qui fait mieux ressordr que le Savoir absolu, évoqué au terme conscienee et la conscience de soi (ou entre la substance et le

7.Op. cit., II, pp. 487, 500, 511. 9. « Distance » au plan phénoménologique, car l'unité existe en soi, dans
8. Cf., ci-dessus, p. 33. l'absolu qui est et veut &re déjá « en et pour soi prás de nous » -- Ph. G.,
64/20 (1 66/15).
70 PROBLÉMATIQUE

sujet), il est évident que la premiare et la 'demiare d'entre elles


sont les seules á présenter le schéma global qui aboutit á l'unité
de ces deux termes ; quant aux totalisationsintermédiaires, elles
demeurent partielles, et n'ont point leur áignification en elles-
m'emes, visant á constituer tour á tour l'Esprit dans sa conscience
et 1'Esprit dans sa conscience de soi, — autrement dit á déployer
le contenu qui servira de muere á la seconde et ultime unifica-
tion. Cette remarque permet de minimiser Timportance du plan
qui vient d'étre dégagé : il ne faut point le prendre comme un
cadre définitif qui serait susceptible dé ;rendre compte de toutes
les nuances de l'organisation du contenu, mais comme une pre-
miare approximation, que seul perniettra de préciser l'examen.
des différents types de corrélations internes entre ces totalisa-
tions successives.
DEUICLÉME PARTIE
C'est á cet examen qu'il faut procéder, dans une seconde partie
sur laquelle reposera tout le poids de l'étude présente.
L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES
CHAPITRE PREMIER

DE LA CONSCW1NCE INDIVIDUELLIR
Á L'UNIVERSALITÉ DE LA RAISON

I. CONSCIENCE

« Le savoir qui tout d'abord ou de fagon immédiate est notre


objet ne peut are aucun autre que eelui-lá qui est lui-méme
savoir immédiat, savoir de l'iinmédiat ou de Pétant. Nous avons
quant á nous á nous componer pareillement de 'clon irrunédiate
ou réceptive, par conséquent á ne rien modifier en lui, tel qu'il
s'offre, et á écarter le saisir conceptuellement Idas Begreifen) de
l'appréhender (das Auffassen)i.
Le dessein de la Phénornénoiogie, tel que l'exprime l'Intro-
duction, consiste, nous l'avons vu, á menor la conscience depuis
son état inculte jusqu'au savoir scientifique d'elle-méme et de
toutes choses, — et cela, précisera la Préface, en 1 ii permettant
de revivre (au plan de la mémoire intériorisantel. qu'engendre
son expérience) le mouvement universel qui a al iené « Esprit
du monde » jusqu'au stade actuel de sa culture et de son auto-
déploiement. Pour suivre ce chemin, pour épouser le sens qui est
le sien, il faut se dépouiller de tout autre savoir, et renoncer á
intervenir au nom d'un pouvoir prétendu dont on ne sait escore
ce qu'il signifie. L'eeuvre de conceptualisation sera possible au
terme, , ..dans un mouvement de réflexion sur Fitinéraire par-
---.:"couru.;-tenter
' de la'réaliser dls le point de départ interdirait, de
PárVenir jamáis, au fondement radical de Pacte de comprendre,
que-iefil le déploiement ordonné de i'expérience doit permettre
d'atteindre.
Car c'est bien un fondement nouveau qu'il s'agit de ti-o-ayer á
Pacte de philosopher, fondement qui implique une modification
concomitante, une purificafion réciproque du savoir objectif et
du mode sous lequel il est appréhendé. Son prix en est ici
de toute attitude antérieure déjá élaborée, l'aceeptatio • de ne
rien présupposer, de telle sorte que puisse venir au jo avec
son poids véritable, tout ce que comporte la relation ori inelle

1. Ph. G., 79/4 (I 81/3).


74 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES DE LA CONSCIENCE A LA RAISON 75

de l'homme á son propre monde. Hegel veut que nous nous et la limite de chacun des moments particuliers qui constituent
rendions présents á la...situation _la plus immédiate, retrouvant cette unité, avant d'éprouver au terme leur unité devenue. 'A
l'attitude la plus simple et la plus dépouillée, face au savoir chacune des eharnieres entre ces expériences successives, ttn rap-
le plus simple et le plus dépouillé. Mais l'intelligence, de cet pel du plan et de la situation initiale (ce sont des corrélations
immédiat est ce qui exige la mé-diation la `I plus vastc ; par ce internes du premier type qui nous permettent d'opérer une
savoir le -plus pauvre est aussi le plus riche il ne supprime pas réflexion sur le déveioppement, et qui assurent sa continnté)
déterrnination, il la reconduit au -point,de son origine et de son nous aide á faire le point, et á réaliser une totalisation, dans
ingendrement., C'est pourquoi tante est la, +_ des cette premiare- !; l'unique mouvement qui les fonde, des trois temes .considérés :
,phiase de la certitude sensible, et noIniláurons pas á sortir de
omt cle- dépáll mais á rapproforidir en prenant ... consmence situation initiale, qui assure le premier déploiement de la
e_ce_g1z'J recale. O relation fondamentale : Dans la certitude sensible, un [mon:tent]
Tout est lá paree que la situation premiare est définie, non est posé comme le simple étant sous mode immédiat ou comme
point par ses termes entendus de fagon isolée, mais par la rela- ressence, [c'est] l'objet, mais l'aue [est posé] comme rinessen-
tion qui les unit : ce qui est immédiat, ce n'est pas la chose, oláis fiel et le médiatisé, qui par lá n'est pas en soi mais par le moyen
le savoir de cette chose, autrement dit sa relation á la consciente ; d'un nutre, [c'est] le, un savoir qui ne sait l'objet que paree
et dans ce « savoir ropposition qui se dessine est d'abord saisie qu'il [= robjetl est, [un savoir] qui peto etre ou aussi ne pas
á sa racine, dans l'unité fondamentale dont elle manifieste la etc. ;
richesse intrinseque. — passage de premiare á la deuxilme expérience : « Si
Car, tout savoir, fút-ce le plus simple, est riche d'une dualité nous comparons la relation dans laquelle le savoir et l'objet sur-
d'éléments, en lesqueis s'exprime le déploiement de sa propre gissaient tout ,d'abord,.: avec leur relation telle qu'elle vient de
unité : d'une part Pobjet luieméme, de i'autre le savoir propre- l'-affirmer dans ce résultat, alors elle s'est inversee.' L'objet, qui
ment_dit de cet ebjet, ou moi commissant. Mais cette distine- devait étre l'essentiel, est maintenant l'inessentiel de la certitude
if on,une fois encore, est seconde par rapport á la relation qui sensible, [el la certitude est maintenant presente dans l'opposé,
la defina et la pose : commune originé qui determine chacun c'est-á-dire dans le savoir, qui était aunaravant l'inessentiel ;
de ces termes, et qui les determine précisément dans leur rela- — passage de la secunde á la troislime :• « La certitude sen-
tion ; autrement dit, l'objet et le moi sont ici engagés dans le sible experimente done que son essence n'est ni .dans l'objet ni
dynamisme d'un processus qui ne les laisse pas indifférents l'un dans le Je, et que rionnédiateté n'est ni une immédiatete de rune
par rapport á l'autre, mais les situe dans une relation en devenir. ni de l'autre Nous en arrivons par lá á poser le tout de la
Trois déterminations successives jalonnent ce mouvement : certitude sensible elle-mame comme son essence, et non plus
c'est d'abord fobjet qui, en accord avec rappréhension immé- simplement un mornent de celle-ci, comme il est arrive dans les
diate, s'impose comme l'essentiei, ce qu'il y a de ferme ; mais -sa deux cas oú sá. réalité devait étre tout d'abord robjet opposé au.
solidité supposée ne resiste pas, en réalité, á l'expérience faite Je, puis Je 4. »
sur luí : et, tandis que son contenu fluant ne cesse de changer, Réfléchissant sur « l'organisation des expériences », sur la
c'est l'acte simple d'appréhender, en ion identité avec lui-méme, signification relativo de chacune d'entre elles par rapport á l'axe
qui en vient A porter tout le poids de la certitude •; mais le moi ne double, linéaire et circulaire, de la progression de rreuvre, nous
pout étre .abstrait pleinement de ce contenu qui le modifie, et sa pouvons présupposer, ainsi qu'il vient d'étre fait, la connaissarice
fermeté ne.peut étre plus grande que celle de l'objet qui le deter- de leur déploiement concret, pour souligner leulement les rela-
mine : et puisque chacun des termes, consideré en lui-méme, se tions structurelles qui les relient les unes . aux autres et l'unité
trouve dans un rapport constitutif avec l'autre, dont it prend la du mouvement qui est cette liaison méme. De ce point de vue,
détermination avant de la lui abandonner á nouveau, c'est enfin les corrélations qui viennent d'étre citées manifestent que la Cer-'
leur relation qui resurgit au termo, et qui s'impose, dans une titude sensible constitue une premiare totalisation, le premier
évidence devenue, comme le véritable essentiel: parcours, dans une structure déterminée, du mouvement global
Nous alions donc de la relation simple, posée en sol sous
mode non développé, á la relation comprise en vérité, par je 2. Ph. G., 80/35 (I 83/5).
3. Ph. G., 82/39 (I 85/15). Renvoie w la citation précédente.
moyen d'une triple expérience qui souligne tout á la fois la valeur 4. Ph. G., 84/9 87/1). Renvoie aux deux textes qui vicnnent date ci/és.
L. 0NSCIFNCE A LA EAI:bUN
76 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES
sente C;3Mfile la vérité de la Certitude sensible, et que tiorre •
de la Phénoménologie, exprimant déjá un certain type de rela- accueil de la figure nouvelle doit étre pensé sous la catégoric
tion unitaire entre la substance et le sujet, sous la forme de ce de la nécessité 5, Heael.affirme : « La richesse du savoir sensible
rapport entre robjet et le Je. Cette dialectique initiale pourra appartient á la perception, non á la certitude imrnédiate, dans
done éventuellement, ainsi que nous le verrons, avoir une valeur laquelle elle était seulement ce qui se jouait á cóté ; car c'est
exemplaire et normative pour les expériences qui surgiront par seulement celle-lá [= la perception] qui a la négation, la diffé-
aprés. rence ou la multiplicité en son essence 6. » — Ce contenu sen-
Cette unité fondamentale trouve son origine dans la relation sible, plus véritablement présent dans cette dialectique (oil l'objet,
qui définit le savoir, et elle boucle sur elle-mime en revenant, précisément, est « pris » selon sa c vérité » universelle), est done ..
au-delá de son progre déploiement dans lá particularité de ses transvalué, en cette assomption, par la négation á laquelle iI
termes, á cette méme relation comprise désormais á un autre est soumis en son immédiateté. Voilá qui done occasion á
niveau de profondeur. Sous la forme 14 plus simple qui puisse Hegel de définir l'Aufhebung par référence au texte de nitro-
'are, nous touchons ici du doigt la liaison véritable entre les duction qui soulignait déjá la positivité de toute négation comme
delix dimensions du développement phénoméuoiogique : c'est négation déterminée 7. En somme, la « choséité », qui constitue
le parcours eirculaire lui-méme qui a permis de faire un pas en le point de départ de la nouvelle expérience, « n'est rien d'autre
avant, et de progresser dans rélucidation du rapport en jeu. que l'íci et maintenant tel qu'il s'est prouvé, c'est-á-dire comete
Modification qui entrame l'apparition d'un vocabulaire nouveau, un ensemble simple de beaucoup [d'ici et maintenant] 8 ».
colme l'expression d'une nouvelle attitude du Je et le signe de — Puisque toute la richesse de la Certinade sensible concourt
l'entrée dans une nouvelle « figure de la conscience ». á la définition de la situation nouvelle, rien d'étonnant á ce que
Comme il est normal, cette nouveauté se done á connaitre ce contenu identique engendre, en son auto-déploiement, une.
á l'un et nutre des Toints de vue dont rexpérience a manifesté structure semblable á celle que nous avons rericontrée précé-
l'insuffisance, au plan de l'objet et á celui de i'acte d'appré- démment. Ici et lá, c'est la relation qui s'impose comme point de
hension. Le. titre de cette sous-section est : « La Certitude sen- départ, et qui. pose, dans leur détermination, les termes qui la
sible ; ou le ceci et le viser » ; et il y a une relation étroite entre composent : « Comme runiversalité est son principe en générale
la certitude subjective du simple mouvement á.e désignation ainsi le sont aussi ses moments qui se dif(érencient en elle sous
(meinen), du cété du Je, et l'atteinte, du cóté de l'objet, d'une mode iinnaédiat, Je comme un univcrsel et l'objet comme un
réalité á la fois parfaitement singulilre et indéterminée (dieses). universel 9. »
Mais l'expérience unique, en ses trois phases successives, mani-
festé tour á tour que le ceci aussi bien que le Je et que ieur Ce parallélisme structurel se développe tout au long de la dia-
relation mutuelle, loin d'étre purement singuliers, sont en fait lectique qui suit. Pas plus que dans le cas de la Certitude - sen-
d'ordre universel, de serte que la conscience, qui croit ne faire sible, nous n'avons á en suivre le déroulement concret, mais
que « viser » un pur « ceci », « prononce » en réalité un savoir seulement á prendre conscience de ses articulations. Ici encare,
plus véritable qui atteint la « chose » pour ce qu'elle est, dans sa ces articulations donnent. naissance á une structúre qui est tout
complexité inffinséque : ce faisant, la conscience en vient á á la fois de progression et d'enroulement (dimensions linéaire et
prendre l'objet selon sa vérité : Wahr-nehmung. circulaire) : le point de départ, á savoir l'univerrel sensible, sera
compris au tenue pour ce qui est en vérité, c'est-á-dire comme
Ce passage de la Certitude sensible á la Perception est théma-
tisé pour lui-méme dans les trois premiers paragraphes de la universalité inconditionnée absolue" »; de l'un á ralee, la
conscience percevante est entrainée á travers trois expériences
nouvelle figure. Les corrélations qu'ils instaurent relévent tout
successives, qui, tout comme dans le cas de la Certitude sensible,
á la fois de la constitution d'un discours homogIne et cohérent •
(réflexion sur le développement qui permet de reverser le contenu •
antérieur dans la situation nouvelle), et d'un parallélisme struc- 5. Ph. G., 89/14 (1 93/3).
turel qui détermine la totalité en sol du mouvement de la Per- 6. Ph. G., 90/16 (I 94/15).
ception á partir de la totalité déployée de la Certitude sensible. 7. Ph. G., 90/29 (I 94/27), rapport á 68/33 (I 70/35).
8. Ph. G., 91/12 (I 95/16), rapport á 89/7 a 92/10).
Soulignons l'un et l'autre de ces aspects : 9. Ph. G., 89/17 (I 93/6).
10.Ph. G., 100/10 105/20).
Aprés avoir nbté que, pour nous, la Perception se pré-
L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES DE LA CONSCIENCE A LA RAISON 79,
78
privilégient tour á tour rimoortance de l'objet et selle du Je autrcment dit, elle s'apergoit que, son objet ayarit chango, elle-
connaissant, avant de saisir objet D nouveau comme la rela- ménae doit changer d'attitude si elle entend le « saisir .» dans sa
don véritable et l'unité de l'un et l'autre de ces termes. Parallé- vérité » (wahr-nehmen): du coup, <fest elle qqi va dépasseie
lisme de fait, que Hegel ne souligne pas pour lui-méme, mais son objet, et contraindre celui-ci á se modifier : « Elle ne pergoit
qui montre combien sont étroites la liaison et comme la totalisa- plus simplement, mais elle est aussi consciente de: sa réfiexion
tion du contenu de l'une des figures dans ceitii de l'autre 11. en soi, et seriare cebe-ci de la simple appréhension elle-méme".
Il y a done comme un recouvrement possible, terme á terme, L'on peut saisir, sur cet exemple le plus simple qui soit,
de ces deux figures ; de l'une á l'autre, c'est le méme mouvement comment une correlation interne peut avoir une valeur dyna-
qui se déploie, mais i un autre niveau de profondeur, dans une migue, et, loin d'arréter le mouvement, lui donner sa vraie-
structure encare bien limitée, mais qui est telle que la certitude détermination. En effet, ayant levé rhypothése de sa propré.
commence d'y rejoindre la vérité (filahr-riehmung). Nous demeu- atdtude attardée, s'étant, si ron peut dire, élevée au niveau de
roas sous la régle de lecture générale de la section « Consciente », son objet, la consciente, renongant aux pardeularités de ses
qui - implique la prevalence de l'objet dans i'acte de connais- áppréhensions partielles (les « aussi s, les « • en tant que »,
sanee, .de- telle sone` pburtant que la relation du savoir entraine qui mutilent indúment l'unité de la chose), pergoit désormais
une ,modifieation concomitante du Je, — et voilá qui nous dans son objet, qu'elle accueille comino « mouvement total' r,
entrane peu á peu vers la section « Consciente de soi r, avec la cohérence réelle des moments qui le composent ; universa.
1 son attention privilégiée au sujet: Un indice significatif de cette lité/singularité; éte-pour-soilétre-pour-un-autre ". Ainsi le résul-
montee du sujet au cceur méme de l'expérience nous est doné tat de la Perception est-il it nouveau, camine celui de la Cerdnide .
dans un paialléle de mouvement que Hegel introduit entre la sensible, l'universalité de l'objet, mais une universalité'plus pro- ,
premiére et la seconde expérience, á rinstant oil le Je s'affirme fondo, puisque robjet perd maintenant ses déterminités 'purés
pour lui-méme aprés la premilre considération de la chose. camine il avait perdu alors ses déterrninités sensibles" ; rexpé-.
Celle-ci, au cours de rexperience faite sur elle, a vu son imité rienee de cette nouvelle figure, qui reprenda un autre nivean
initiale se dissoudre dans runiversalité plurale des propriétés qui selle de la figure précédente, purifie done le resultat de la,
la com-posent, et la conscience demeure affrontée á ces « uni- limitation qui était sierre alors : runiversel sensIble, défini!
pa f la dualité non réconciliée des moments rappelé ci-dessus,
versalités sensibles », dont « chacune est pour soi, et, comme
déterminée, exclut les autres 12 r; c'est dire que cette consciente; s'accomplit camine universel inconditionné ou absolu das, lois
ayant laissé eehapper complexe qui selle constitue la que chacun de ces termes est saisi dans sa vérité, c'est-á-dire
chose comme chose, retombe á son égard dans la pure hrimédia- dans son unité paradoxale avec l'autre.
tété d'une relation sensible : elle redevient « un viser, c'est-á-dire Voici done que le mouvement se recueille dans ce résultat,
qu'elle est sortie totalement du percevoir et qu'elle est retournée lequel surgit vraiment camine la totalisation des expérienees
en soi 'A r. Pourtant, ce retour á une attitude dépassée (et le déplayées jusqu'alors. En méme temps, nous atteignons á une
paralllle, id, nous sert de « jauge », de mesure intérieure) n'est nouvelle définition des rapports entre l'objet et le Je connaissain -;-.
pas une simple régression qui nous condarimerait á une perpé- cap piéniére de l'extérieur exige une saisie plus adé-
tuelle reprise d'un mouvement partiel ; il s'accompagae d'une quate de ce qu'est l'intérieur véritable : l'objet, en effet,. ne peut
réflexion de la conscience en elle-Méme, c'est-.1.-dire d'une révéler son identité á i'esprit que si la conscience accepte de
ccinnaissance directe, au second degré, de l'attitude qui est selle se laisser creuser par lui jusqu'á se reconnaltre elle-méme pour
du Je dans son acte d'appréhender : la conscience est renvoyée ce qu'elle est, colme entendement d'abord, comme consciente
á. un mouvement qu'elle connait, pour ravoir déjá experimenté, de sol ensuite.
et elle éprouve que ce mouvement est impuissant t respecter,
dans sa complexité réelle, l'objet de sa nouvelle expérience : Ce qui a contraint la consciente á conjoindre, dans son acte
de pereevoir, les elements qu'elle séparait tout d'abord, i.c'est
11.1" expérience, la chose comme identique á soi : 93/19 (I 98/1) ;
2' expérience, la consciencc comme I'inégal : 95/15 (I 100/1) ; 14. Ph. G., 95/12 (I 99/33).
3° expérience, l'objet comete le mouvement total : 97/19 (I 102/18). 15. Ph. G., 97/24 (I 102/23).
12.Ph. G., 94/6 (I 98/25). 16.Ph. G., 100/5 et 8-9 (I 105/14 el 17-18).
13.Ph. G., 94/18 (I 99/3). 17. Ph. G., 99/36 (I 105/7).
80 . L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES DE LA CONSC1ENCE A LA itAiSON 81

cette- .force intime qu'elle possade sans la connaitre encere, et et de la singularité (au plan du contenu), de l'étre nour soi et
qu'éveille peu á peu la relation á un objet accepté comme la de l'étre pour un autre (á eelui de la forme) existaient cdnjoin_
mesure du savoir (c'est lá la « ragle » de toute la section), tement á l'intérieur de la chose, a reconnu á celle-ci une vérité •
.cómme ce qui le forme et le révale á soi. Autrement dit, la qui ne peut étre surpassée : le résultat de Force et Entendement
consciente a lié son sort (ou plutót a reconnu que son sort est sera encore l'universel inconditionné ; mais ce qui reste á. surmóne
lié das toujours) á la réalité qu'elle appréhende ; i1 lui faut ter, ec'est la forme objective que conserve ce résultat, — 011,
aller jusqu'au bout de cet examen, apprendre ce qu'elle est en ene-ore (mais cela revient au méme) ce qu'il faut montrer, c'est
laissant se déterminer son savoir, et dépasser l'immédiateté de que cette richesse de l'objet refléchi en lui-méme est identique_
celui-ci en découvrant qu'elle est identique, . en son existente ment la richesse propre du Je COnnaissant, lequel, de simple Coas_
propre, á l'objet qui constitue son contenu. cience, se prouve alors conscience de soi.
La troisiame figure de la consciente, qui s'exprime dans la Les étapes de cette expérience, que l'on rappelle ici seulement
dialectique « Force et Entendement », achave cette premiare sous mode schématique, sont : la force simple, qui n'est Mitre
expértence globale. Elle le fait en approfondissant le mouvement que l'universel inconditionné objectif, c'est-á-dire le passage
déployédans les denx précédentes, c'est-á-dire en se tenant obsti- immédiat l'un dans l'autre des éléments contradictoires. de la
nément (comme' le terme Verstand le suggare) dans son objet, chose (son imité et ses différences indépendantes)" ; le double-
pour le connaitre dans sa consistance propre en méme temps ment de la force, son déploiement en forte sollicitante et force
que dans son unité avec elle-méme : en son résultat devenu soilicitée", qui signifie le passage du premier universel de l'en-
transparent á lui-ménie se résumera alors toute la section « Cons- tendement (le concept simple de la force) au second universel
cience ), dans l'instant oh le savoir acquerra une nouvelle (la réalité de la force, son essence vraie comme Intérieur :des '
direction et une nouvelle loi. choses)" : ainsi se constitue dans sa vérité l'objet de l'enten-
Pas plus que ci-dessus, nous n'avons á suivre en détail le dement ; mais paree que la réflexion en lui-méme du Je connais-
mouvement du contenu, au niveau de ses déterminations sue- sant n'est pas encore au niveau de la réfiexion á laquelie s'est
cessives, mis á tenter de saisir ses articulations essentielles (cenes 1 élevée la chose en sa réalité intérieure, ce monde objectif véri-
que monifestent les corrélations explicites), qui expriment l'orga- table se présente á l'entendement comme un, doublement supra-
nisation des. expériences et leur tot2liRation progressive, par la sensible du monde immédiat dans lequel il demeure enfermé ;
résurgence du mouvement unitaire au travers des stractures nou- i'nnité de ce monde supra-sensible avec le monde .de la mani-
velles dú développement. Pourtant, comme les parallales les plus festation (erscheinende Welt) s'exprimera á travers les dialec-
signifiants et les plus appuyés que nous rencontrons dans ce 1
tiques des lois rnultiples et du concept sinzple, de la loi", et elle
texte portent, non pas sur les relations de cette figure avec les abollara á. l'Infinité, dans laquelle la pure contradiction (qui est
autres, "mais sur son économie propre, sur sa logique interne, identique á la réflexion en soi) cesse d'étre simplement objective :
it peut étre bon, inversant fordre d'exposé que nous avons suivi la conscience se connait alors, dans le redeublement de son
á propos de la Perception, de souligner d'abord cet aspect ; propre connaitre, comme l'identité inquiéte des différenees =A-
il sera plus faene de comprendre quelle place lui revient dans tiples, autrement dit comme « ressence'simple de la Vie" ».
renseMble lorsqu'aura été dégagée ainsi sa cohérence spécifinue. Ce simple rappel a pour but de situer l'importance véritable
Le résultat de la dialectique de la Perception est la position de l'un des moments de. cette dialectique, celui du kit des torees.
de l'universel inconditionné comme objet de la conscience ; celui De méme que nous avons va le Meinen, érigé en attitude-type,
de 'Force et Entendement sera la suppression de ce dualisme servir de point de repére et de mesure dans mouvement pos-
rémanent : « Le mouvement, qui se présentait auparavant comme térieur,. ainsi ce rapport déterminé intervient-ii plusieurs fois
l'autodestruction de concepts contradictoires, a done ici la forme d'une maniére normative dans la suite du développement.. La
objective, et est mouvement de la force, dont le résultat est force simple est l'unité paradoxale des déterminations contra-
l'universel sous mode inconditionné comme Non-objectif ou
comme Intérieur des choses ". r Autrement dit, la Perception, en 19.Ph. G., 105/9 (I 112/10).
montrant que les déterminations contradictoires de l'universalité 20.Ph. G., 106/29 (I 114/5).
21. Ph. G., 110/14 (I 118/23), qui renvoie á 105/12 (I 112/14).
22. Ph. G., 111/28 120/13).
23. Ph. G.. 115/2 (I 124/1) et 116/36 (I 126/1).
24.Ph. G., 125/21 (I 136/25).
6
82 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES DE LA CONSCIENCE A LA RA1SON o.

dictoires de la chose ; comme telle, elle s'extrapose, en tant poser comme le nouvel objet. Ce qui définit ce nouvel _objete
Qu'extime de l'Un, dans la subsistance des « matiéres ou des c'est l'unité, en lui, de l'étre-pour-soi et de rétre-pour-un-autre, •
propriétés multiples; mais les deux termes sont poses en elle autrement dit l'égalité de ses déterminations forrnelles:; pourtant,
comme dans leur unique fondement simple, de surte que, dans comme rad contenu ne peut se présenter qui ne sdit assumé dans
leur relation, c'est en fait la force qui dialogue avec elle-méme, de telies déterminations (celles-ci embrassant la totalité des
se posant ici comme sollicitante et l comme soilicitée : le modes d'ene), « Íi ne peut plus y avoir aucun autre contenu
jeu } de ces torees, qui échangent sans cesse leurs détermi- qui, par sa constitution pardeuliare, se soustrairait au retour
nations (la solicitante n'est telle que paree qu'elle est sollicitée dans cette universalité ineonditionnée 28 » ; de sorte que ce résultate
par l'autre á 'etre ce qu'elle est, et vice Versa), et qui constituent, qui,.pour la conscience, a par priorité une signification négative
dans le mouvement perpétuellement renaissant de leur identifi- (elle voit son objet se dissoudre et lui échapper), a aussi pour
cation, la réalité effective du concePt de force". nous (et bientót aussi pour la conscience, au terme de cette
Au cours méme de ce chapare (et voilá qui nous montre ultime expérience) une valeur positive" : étant « absolument
rimportance exemplaire de ce passage, préfiguration directe da universel.' », il dessine en lui le seas de tout ce qui est, — et
mouvement de l'Infinité), il est fait anpel par trois fois á ce aussi bien celui da sujet connaissant. Pour l'heure, et c'est ce qui
« modele » : la premiare fois pour montrer comment le jeu des rend nécessaire cette nouvelie expérience, le Je a vs surgir runi-
forces définit comme loi le contenu d'abord indéterminé de ;
versel inconditionné au cours d'une dialectique dans laquelle il ne'
l'Intérieur ; la seconde fois pour comprendre le sens du mouve- '1‘
traitait encore son objet que comme objet; c'est pourquoi, et
ment tautologique par lequel l'entendement cherche expliquer bien qu'il se soit déjá réfiéchi en lui-méme (par le moyen de
les rapports entre la force et la loi ; et la troisilme fois comme sa régression au stade du Meiner), la réflexion absolue accom-

explicitation de la loi de l'Intérieur dans le monde de la mani- plie dans l'universel inconditionné vaut encore pour lui comme
festation, autrement dit comme la reconnaissance de la différence objet, comme un en-soi qui n'est pas encare pour-soi ; autrement
•1
absolue á l'intérieur de la chose m'eme". II est á noter que ces dit, pour lui, sa rétlexion en lui-m&me comme sujet est encore
trois passages reprennent respectivement les moments de l'objet, distin.ete de la réfiexion en soi de son objet".
du sujet, et de leur reladon accomplie dans la chose" c'est- Cette opposition remanente sujet/objet, qui existe dans la
á-dire qu'ils suivent le schéma déjá rencontré á l'intérieur des Perception, se retrouve dans le rapport entre les deux moments
figures de la Certitude sensible et de la Perception : correlation ue la force simple : « C'est ce mouvement que . nous avons
que nous indiquons seulement, sans plus la souligner, pour considérer, mouvemcnt dans lequel les deux moments se réndent
rester fidéles á la regle posee, qui est celle d'une étude des incessamment indépendants et sursument de nouveau leur indé-
parallales explicites.
• Cette dernilre remarque nous introduit pourtant t la considé- pendance. II est clair, en general, que ce mouvement n'est riel
d'autre que le mouvement du percevoir, dans lequel les deux
ration des rapports entre cette figure, ainsi déterminée, et les ceités, le percevant et le pereu, sont, d'une part, inséparablement
deux autres qui la précédent. S'il est vrai qu'une fois encore
unis comme l'acte d'appréhender le vrai, mais au cours duquel,
nous retrouvons la méine structure, axée sur une détermination d'autre part, duque caté est aussi bien réfléchi en soi, ou est
plus plénihre de l'objet de connaissance, c'est que la totalité du
pour sol. Ici ces deux catés sont les moments de la force". .2p .
contenu de la Certitude sensible et de la Perception a resurgi Ainsi, aussi bien au plan du contenu qu'á: celui de la forme,
id dans l'élément de l'entendement. C'est ce que soulignent les le mouvement d'assomption de i'une des figures dans l'autre
premiers paragraphes de cette dialectique, dans un parallélisme est clairement souligné. Ji ne restera plus, ati cours du déve-
structurel qui met en relation la totalité développée de la Per- loppement, qu'á éviter une régression quelconque á l'objectiVisme
ception avec la totalité en-soi de Force et Entendernent, c'est-á- encore immédiat (Certitude sensible) ou non suffisamment Média-
dire avec runiversel sous mode inconditionné qui vient de s'irn-
28. Ph. G., 104/11 (I 110/38).
25. Ph. G., 107-110 (I 115-118). 29. Ph. G. 103/37 (1 110/25).
26. Ph. G., 113/32 (I 122/26); 120/3 (I 130/5); 121/6 (I 131/12). 30. Ph. G., 104/19 (I 111/7).
27. La Certitude sensible avait pour objet le Dieses, et la Perception la 31. Ph. G., 103/4 (I 109/15).
chose aux multiples propriétés, Ding ; ici, le pas en avant s'exprime dans la 32. Ph. G., 106/11 (I 113/26). Sur la traduction de cu/heben, rendu ici par
premiare apparition du terme de Sache (121/16; J 131/22). •
sursumer », cf., ci-dessous, Note sur le vocabulaire de Hegel et sur la tra-
duction de quelqucs termes, p. 309.
DE LA CONSCIENCE A LA RAISON '
84 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES 85

tisé (perception) des attitudes antérieures ; c'est contre ce danger viendront plusieurs fois dans le développement á venir á la
que nous mettent en garde deux autres corrélations : maniere d'un mouvement remarquable ou d'une séquence type.
La loi généralc de la section Conscience » est celle de l'altérité
- puisque, dans le supra-sensible, les « essences de la per- de l'objet par rapport au savoir ; ou, plus exactement, á l'intérieur
ception » (Un /universel, essentiel/inessentiel) sont posees
de la relation originelle qui constitue le savoir, il y a prévalence
comme elles sont en soi » (i.e. contrae moments relatifs, échan- de l'objet sur le Je connaissant, de telle sorte que celui-ci n'est
geant sans repos leurs déterminations)", nous n'en sommes más toujours rap-
définitivement plus aux niveaux de « l'étre de la perception jamais considéré directement pour
porté á l'objet comme á une réalité étrangére, et se modelant
et de « l'objectif sensible en général »; lelquels ne sont présents sur lui (ainsi, par exemple, dans la seconde expérience de :la
ici qu'avec une signification négative"
Certitude sensible) ; la certitude, c'est-á-dire I'aspect subjectif de
— le monde supra-sensible, qui :s'ouvre á l'entendement
dans l'appréhension de l'Intérieur deS choses, n'est absolument la connaissance, demeure séparée de la vérité, laquelle est posée
pas « le monde sensible, ou le monde comme fi est pour la cer- du caté de l'objet. C'est cela que signifie la premiére phrase:de
la section « Conscience de soi » : « Dans les modes.précédents
titude sensible immédiate et pour la perception » ; au contraire,
le rapport á ce monde se fait par la médiation de la « mani- de la certitude, le vrai est pour la conscience ,quelque chose
d'autre qu'elle-méme » Toutes les figures de la section « Cons-
festation » (Erscheinung), de sorte que savoir sensible et percep-
cience » se sont déployées selon cette regle d'organisation : elles
tion, en lui, sont « posés plutót comme sursurnés ou en vérité
comme intérieurs' ». sondent la valeur réelle de cet objet qui se donne pour le vrai ;
et, en méme terups que sa particularité sensible s'accomplit dans
« Force et Entendement » se présente done comme un nou- Funiversalité relative de la chose perdue, puis dans Puniversalité
veau.parcours de l'idnéraire déjá suivi dans les deux dialectiques absolue que Fentendement découvre et déploie au cosur de la
antérieures. Mais ici, la purffication de l'objet et son assomption Sache, l'esprit connaissant se découvre engagé Jui-méme en Ce
dans l'universel ont une force telle qu'elles refluent sur la rela- mouvement de réflexion, au point que disparait pour lnr-Faffir-
don originelle, et iuvestissent le sujet lui-méme engagé en cette mation d'une vérité purement objeetive : « Le concept de ce vrai
relation. Le résultat, c'est-á-dire entendue comme la disparait dans l'expérience faite sur lui l'objet était en soi
contradiction pure et le mouvement sans repos intérieur á la immédiatement, l'étant de la certitude sensible, la chose concrete
chose méme, ne se pose plus sous mode objectif ; la réflexion de la perception, la force de l'entendement : il se prouve plutót
en lui-méme du Je connaissant, déjá présente, comme mouve- h'étre pas ainsi en vérité, mais cet en-soi se revele étre le mode
ment particulier, au tenme de la Percepfion, ne fait plus nombre sclon lequel l'objet est seulement pour un autre ; le concept de
avec celle de la ehose : en regardant, par la médiation de Pobjet se sursume dans l'objet effectif, on la premiare repré-
I'Erscheinung, dans 1' « intérieur des choses », l'entendement, sentation dans l'expérience, et la certitude s'est perdue dans la
« en fait, fait seulement l'expérience de soi-méme » ; il n'est vérité". »
plus distinct de son objet, — ou encore : il est devenu á lui- C'est pourquoi la section nouvelle s'intitule : « La vérité de la
mame son propre objet. certitude de soi-méme. » Dans la dialeetique de l'Infinité, l'objet
véritable, dans sa réflexion en lui-méme et son mouvement inté-
rieur, se determine comme une totalité, autrement dit cornete une
II. CONSCIENCE DE SOI premiére réconciliation, du point de vue de l'en-soi, de Fobjet et
du sujet ; pourtant, cette réconcil'•ation ne peut encore Itre posée
et développée pour elle-mame, puisque l'expérience ne s'est
C'est ainsi que surgit le concept de la conscience de soi. 11 déployée que sous mode objectif, du caté de la réalité plise pour
Importe de préciser ce passage et cette assomption, qui inter- le vrai : autrement dit, apres avoir traité de la vérité en partant
de la certitude, il reste á sonder cette certitude en elleinanie
33. Ph. G., 111/1 (I 119/19).
pour découvrir sa propre vérité. Le sujet est áinsi renvoyé en
34.Ph. G., 111/10 a 119/28).
35.Ph. G., 113/11 (I 122/3). Sursurnés = aufgehobene. Avec, comme ci-
dessus, la signification á la fois négative (supprimés) et positive (accomplis,
maintenus, élevés) de ce terme. 37.Ph. G., 133/4 (I 145/3).
36.Ph. G., 128/29 (I 140/20). 38.Ph. G., 133/5 (1 145/4).
86 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES DE LA CONSCIENCE A LA RAISON 87

lui-méme, pour y éprouver de son point , de vue cette totalité sur un mitre plan : « Avec la conscience de soi, nous sommes
qui vient de se determiner : « Désormais a pris naissance ce qui entres dans le royaume natal de la vérité ", »
ne se réalisait pas dans les relations precedentes, á savoir une S'il y a, entre les deux, dépendance intrin.seque, y a plus
certitude qui est égaie á sa vérité ; car la certitude est á soi-méme encere, au moins pour la conscience qui experimente ce passáge,
son objet, et lá conscience est á soi-méme le: vrai ". » et dans l'instant oil elle l'expérimente, juxtaposition de ces deux
C'est au sein méme de l'expérienee objective que s'est off:me totalités. Ricn d'étonnant, par conséquent, á ce que cette section
ce nouveau point de vete, celui de la cónscience de soi. Le •nouvelle se déploie dans sa cohérence propre et originale, en ne
moment de l'E:kiffi-en; c'est-á-dire du rédoublement tautologique présentant que tres peu de corrélations explicites avec cele qui
gráce auquel l'entendement supprime, en lés égaiisant, les diffé- la precede : car « la conscience de soi est devenue seulement
rences solidifiées intérieures á la loi, est comme une premiére poli( soi, non pas encore comme uniré avec la conscience en
« description . » de cette conscience de ;sol" : le Je connaissant general' ». Une tele imité de la conscience et de la conscience
prend sur ini la cohérence qu'il cherchalt jusqu'á présent dans de soi, c'est dans la dialectique de la section « Raison » qu'elle
la chose, et s'affirme coneratement comme le fondement de s'imposera pour la premiare fois á l'esprit connaissant ; pour
l'unité de celle-ci.; c'est ainsi que la vérité de l'objet bascule dans nous, nous savons que le « Vrai intérieur » est l'absolument
la vérité de la certitude de soi-méme. En •un scns, done, la universel, « purifié de i'opposition de i'universel et du singulier »,
conscience de soi est la vérité de la conscience, et celle-ci s'ac- et ce savoir nous est déjá « la premilre et par lá méme incorn-
complit pleinement dans celle-lá : « Le processus nécessaire des piale manifestation de la Raison " ; mieux, nous le verrons, la
figures de la conscience exposées jusqu'ici, telles que leur vrai conscience de soi, dans son surgissement, dessine á nos yeux les
était une chose (Ding), un autre qu'elles-mames exprime préci- linéaments de la réalité spiritueile proprement dite (seul le Geist
sément que ñon seulement la conscience des choses n'est possible est, en effet, le « royaume natal de la vérité ' ») : mais ces
que pour une conscience de soi, mais que celle-ci seulement est pierres d'attente disposées id (comme des sortes de paralleles
la vérité de ces figures 41. » Mais, d'un autre caté, la nouvelle prospectifs) n'ont pas encore de signification pour la conscience
„perspective demeure grevée de la particularité dans laquelle elle elle-méme ; or c'est á son niveau qu'il nous faut considérer
trouve son origine : « ... lá conscience de soi est la réflexion l'organisation concrete des expériences.
•sortant de l'étre du monde sensible et du monde percu : elle est La section « Conscience de soi » comporte une longue intro-
,essentlellerñent le reto:alar:á partir de l'étre-autre". 1, Si bien que, uuction, qui définit la situation nouvelle ainsi qtie la regle de
entre lurte et l'autre des sections, reliées entre elles, comme tou- lecture qu'elle engendre, et deux développements nrincipaux dans
jours, par:Un mouvement d'assomphon á la fois négatif et positif, lesquels se trouve exposée une serie d'expériences •concretcs :
c'est la négativité qui l'emporte (alors que, d'une figure á l'autre, Lndépendance et dépendance de la conscience de soi (avec la
á l'intérieur de la Conscience, c'était la positivité qui était son- dialectique Domination et Servitude), Liberté de la Conscience
lignée par priorité) ; il s'agit d'une transvaluation radicale, d'une de soi (avec les figures du Sto'icisme, du Scepticisme et de .la
nouvelle définition de l'expérience, et comme d'une inversion du Conscierice malheureuse). Presque tour ces textes révétent une
mouvement : « L'étre visé (das-Sein der Meinung), la singularité grande importante dans l'éeonomie globale de rceuvre, et nous
et l'universalité opposée á elle dela perception, aussi bien que les trouverons rappelés bien des fois au fur et á mesure que noús
l'Jntérieur vide de l'entendement, ne sont plus comme des progresserons dans le déchiffrement de ses structures. Leur signi-
essences, mais comme des moments de la conscience de soi, fication véritable ne pourra done ressortir qu'au termes jorSque
c'est-a-dire comme des abstractions ou des différences qui, pour auront été étudiées toutes leurs récurrences ; pour l'instant, ii
la conscience, sont en méme temps néant, ou ne sont pas des nous faut nous en tenir aux breves notations qui accompdpent
différences, et sont des essences purement disparaissantes 43. » leur surgissement premier.
Toutes les réalités considérées jusqu'á présent sont transportées Nous avons vu que la conscience de soi se presente comme
l'accomplisscrnent négatif des expériences de la conscience. Sa
39.Ph. 0., 133/15 (I 145/13).
40. Ph. G., 126/40 (I 138/15), qui renvoie. á 119/16 (I 129/4). 44.Ph. G., 134/6 (I 146/6).
41. Ph. G., 128/15 (I 140/6). 45.Ph. G., 128/22 (1 140/13).
42.Ph. G., 134/23 (I 146/23). 46. Ph. G., 111./28 et 34 (I 120/13 et 19).
43. Ph. G., 134/14 (I 146/14). 47.Ph. G., 140/28 (I 154/16).
DE LA CONSCIENCE A LA RAISON 89 r"-
88 L'ORGAN1SATION 'DES EXPÉRIENCES

premilre apparition, dans le mouvernent de 1' « explication », — la engendrement des individua dans i'unité de l'espUe_
la montre déterminée comme le simple redoublement de sa pro- et réflexion en sol du muitiple disjoint.
pre affirtnation. Preaant ainsi sur elle le tout de la vérité de Ces deux mements, la conscience de soi comme Désir et la
l'objet (de telle sorte que cette vérité en vieane á corncider avec Vie, proviennent d'une réalité uniquc, qui s'est scindée en se
sa certitude d'elle-méme), elle s'affirme comme mouvement auto- repoussant elle-méme hors d'elle-mame, ainsi qu'il en allait déjá
suffisant, pour lequel la différence objective est « immédiatement dans le mouvement de 1'Infinité ". Cede corrélation, que nous
sursumée 98 » ; mais, s'en tient-elle á cette « tautologie sans men- rencontrerons deux fois encare, et, de fagon tres significative,
vement du Ich hin. Ich », alors, n'étant plus conscience, elle dans chacun des paragraphes sur lesquels s'ouvrent les deux
disparait aussi comme conscience de soi; la distinction entre le divisions majeures de cette section ", nous montre que l'Infinité
Je et l'étre-autre doit done étre maintenue, de telle sorte pour- est bien 1' « éiément » formel dans lequel se déploie le contenu
tant qu'elle soit niée dans l'égalité effeetive de cette « différence » de ces figures nouvelles ; rien d'étonuant á cela, puisque cette
avec la conscience de soi elle-méme. Autrement dit, le monde parfaite identité des pures différences, au terme de Force e-t .
doit étre encare présent, mais affecté essentiellement du négatif ; Entendement, est la forme, pleinement achevée en son ordre,
son indépendance est celle d'un « moment » relatif au tout, sa d'une totalité dont nous savons qu'elle se situe déjá au niveau de
subsistance est « une manifestation... qui en soi n'a aucun étré » ; la Raison. Pourtant, et bien qu'ils surgissent ainsi dans une rela-
et cette négativité du monde s'exprime, du cóté de la conscience, den théorique de pleine réciprocité, conjoignant i'un et l'autre
comme désir : en effet, c'est en s'assimilant le monde (et en prou- le singulier et l'universel dans le mouvement qui les constitue,
vant ainsi le néant de la différence objective) que la conscience Vie et Désir s'opposent encere l'un á l'autre : la premiére
se prouve comme mouvement de réflexion en elle-méme, c'est-á demeure objective par rapport á la conscience de sai, qui ne peut
dire comme conscience de soi.- « Désormais, la conscience, s'affirmer réfiéchie en elle-méme, á ce premier niveau, qu'en
comme conscience de soi,- a un double objet, l'un, rimmédiat, « marquant immédiatement son objet da [caractére duj né-
l'objet de la certitude sensible et du percevoir, mais qui pour gatif 52 A>.
elle est marqué du caractére du.négatif, et le sccond, á savoir Telle est done la situation : la conscience de soi ne se connait
elle-méme, qui est l'essence vraie et qui n'est d'abord présent comme'telle que dans sa relation á un monde dont la subsistance
que comme ropposé du premier. La conscience de soi se présente propre est pourtant un défi á la totalité tente d'affirmer ;
ici comme le mouvement au cours duquel cette opposition est car son désir, qui demeure conditionné par robjet, engendre.
sursumée et oú sa. propre égalité avec elle-méme vient pour celui-ci dans l'instant mame oú il nie son indépendance en s'effer-
'elle á l'étre ". r C'est en móntrant que l'objectif est subjectif eant de i'assimiier. Mais cette renaissance perpétuelle de l'objet
qu'elle-méme se démontre, en sa certitude propre, ccumne vérité est précisément ce qui signifie son propre dépassement : en effet,
objective. puisque le mouvement de son rapport á la conscience de sai
La conscience de sol est done déterminée comme désir. Mais est cela méme qui le constitue dans son autonomie, c'est que
quel est ce monde vers lequel elle se tourne pour manifester son cet objet accomplit pour son propre compte le :proces.sus de
égalité ave lui ? Ce n'est plus, le ceci de la certitude sensible, et négation que la conscience exerce á son endroit : il est done une
non plus rensembre des choses- aux propriétés multiples de la conscience de soi, et la conscience de soi n'est conscience de
conscience percevante, mais runiversel absolument inconditionné sai qu'en hice d'une nutre conscience de soi.-
auquel a abouti la dialectique de l'entendement, la pure inqulé- Ainsi s'achévc le déploiement du concept simple de la cons-
tude intérleure de la chose méme qui déploie ses différences pour cience dans son pour-soi " ; et ce terme est identiquement la
les reprendre aussitót dans son unité : sous sa forme la plus position d'une figure nouvelle, l'entrée dans une expérience
générale, c'est le cycle perpétuellement renaissant qui pose et complexe qui met aux prises la double négation antagoniste de
supprisne l'universel et le singulier dans leur relation en devenir, deux consciences de soi affrontées. Figure á la stnicture toute
nouvelle, qui nous introduit dans la complexité d'un. univers
48. Ph. G., 134/28 (I 146/28). Pour l'analyse á venir et l'affirmation de la 50.Ph. G., 135/28 (I 148/6), et le début du paragrapbe suivant.
conscience de soi comme « désir a, cf. tout le paragraphe qui fait suite á 51.Ph. G., 141/9 (I 155/8) et 151/26 (I 167/24).
ce passage. 52. Ph. G., 135/35 (I 148/14).
49.Ph. G., 135/6 (I 147/14). 53.Ph. G., 139/40 (I 153/20).
L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES 1)E LA CONSC1ENCE A LA RAISON 91
90
h-umain ; aussi, et bien que les expéricnces stiivantes nous rarna- mouvement infini ", á savoir la relation entre la force sollicita4te
nent á la considération d'attitudes individuelles, Hegel souligne- et la force sollicitée : dans le mouvement complexe, qui déVinit,
t.-fi, en une sorte de parafine prospectif auquel il a déjá été fait la figure nouvelle (chacune des consciences de soi agissant tout
allusion plus haut, que nous atteignons ici á l'effectivité d'un á la fois sur elle-mame et sur son autre), « nous voyons se répéter
monde authentiquement « spirituel » : « Pour nous, écrit-il, est le processus qui se présentait comme jeu des forces, mais dans
déjá présent le concept de l'Esprit. Ce qui sera plus tard pour la la conscience. Ce qui, dans ce jeu des forces, était pour nous, est
conscience, c'est l'expérience de ce qu'est 1'Esprit, cette substance maintenant pour les extrémes eux-mémes Chaque- extrarne,'
qui,- dans la parfaite libeité et indépendance de son opposition, á est á nutre le moyen terme par lequel chacun se médiatise
savoir des diverses consciences de soi étant pour soi, est leur se rassemble étroitement avec soi-méme, et chacun est á . soi-
imité : Je qui est Nous, et Nous qui est fe. Dans la couscience de méme et á l'autre une essence immédiate étant pour -soi, qui en
soi comme concept de l'Esprit la conscience atteint son tour- mame temps n'est ainsi pour soi que par cette médiation. lis Se
nant ; de lá, hors de rapparence " colorée de ren-degá sensible reconnaissent comme se reconnaissant réciproquement" ). On.
et hors!de la nuit vide de rau-delá súpia-sensible, elle pénétre le volt, á travers ces deux paralléles, ce n'est pas une parenté de
et chemine (einschreitet) dans le jour spirituel de la présence ". structures entre les deux mouvements qui se trouve
L'affrontement des deux consciences de soi individuelles, dans ,vais le fait que la situation nouvelle soit tout el:14re déterminée
kidialectique.Domination et Servitude, et a_premilre.forme de par l'ultime expression de la figure antérieure, expression qui,
‹,reconnaissance » á laquelle elles parviennent, constituent l'étape colme point d'aboutissement et de transition, échappait en fait
¡rabie dans cette lente montée vers la plénitude de la réalité á la loi de la section « Conscience », pour se poser déji du caté
spirituelle : les « Je 2. opposés vont commencer de se rassembler de la Conscience de soi.
dans reffeclivité d'un « Nous. ». Cette figure ne comporte que Deux autres corrélations négatives, pieinement circonserites,
tras peu de parafines explicites ". Nous avons déjá parlé de cette fois, u mouvement de la conscience de soi v i'intérieur
celui sur legue' elle s'ouvre souligne que « le concept de d'elle-méme et de sa propre ioi, montrent d'une part que cha-
cette unité de la conscience de soi dans son doublement » est le cune des consciences affrontées ne peut plus agir unilatérale-.
coneept de « rinfinité se réalisant dans la conscience de soi" ». ment sur un objet inerte, comiste il en allait dans la dialectique
Cette corrélation, comme il a été dit, montee que l'Infinité du désir, .mais doit composer avec le mouvement de. nutre
exprime la forme achevée dans laquelle le nouveau contenu se conscience ", et d'autre part que la consciente du Maitre, n'étant
pose et se déploie. /vlais ii s'agit lá, non pas tant d'une indication plus affrontée á l'indépendance des choses Bolis mode direct,
structurelle á proprement parler, que d'une détermination de la mais seulement par la médiation de PE-selave, peut atteindre á
situation au niVeau du pour-nous, d'une mire en place des élé- 1' « assouvissement » qui était refusé au simple désir ". Paralléles
mentsr de l'expérience. C'est encore dans un texte pour nous, qui soulignent simplement que les exigences posées dans la défi-
dont le sens est identique á celui que nous venons de tire, que nition méme de la situation se trouvent peu á peu réalisées de ,
se trouve une autre référence, non plus á l'Infinité, mais á la facon effective (autrement dit, qu'elles se déplói.ent et s'imposent
dialectique qui représenta la premiare apparition concrate du au niveau de la conscience elle-méme).
Le second mouvement, intitulé e Liberté de la conscience de
soi n, s'ouvre, tout comme le premier, sur une corrélation explie
54. Schein a Id une signification nettement négative : ce qui se doone cite avec l'Infinité ". Sa signification ne différe.point de celle que' •
comino la réalité tout en étant du domaine de Pillusion, nous avons rappelée ci-dessus, á propos de la récurrence précé,
55, Ph. G, 140/28 (I 154/16). On se aouvient que O. Piiggeler place ici •
le point oü, c dans la Consciente de soi, vérité et certitude, concept et objct
deviennent mutuellement égaux », permettant déjá, en principe, l'entrée dans
la « Philosophie de 1'Esprit », et plus précisément dans 1'Esprit objectit. 58. Ph. G., 126/36 (I 138/11).
Au début de la Conscience malheureuse, il est indiqué pareillement que la 59. Ph. G., 142/33 (I 157/9). On se souvient que le mouvement de
vraie signification de ce doublement dans Punité n'est autre que « le PErkaren, premiére « description » de ce qu'est la conscience de soi (127/1,
concept de l'Esprit devenu vivant et entré dans l'existence », 158/32 (I 176/18) I 138/16), introduisait précisément dans la simpliuité de la loi « rabsolu
et 159/5 (1 177/2). cbangement méme » qui est caractéristique du jeu des forces : 120/5 et 10
56. D'elle surtout vaut ce que nous avons dit plus haut : son sens se (I 130/1 et 6). .
dégagera au fur et á mesure des muítiples récurrences auxquelles elle sera 60. Ph. G., 142/19 (I 156/28).
sumiso par la suite. 61. Ph. G 146/38 (I 162/18)1
57.Ph. G., 141/7 (I 155/6). 62.Ph. G., 151/26 (I 167/24).
92 L'ORGANISAT1ON DES EXPÉRIENCES ESE LA C"ONSCEENCE A LA RAlSoN 93

dente : le mouvement infini est l'élément fórmel dans lequel le est l'objet du désir et du travail) ", et bien qu'elle résume en elle.
contenu nouveau se développe et se donne á tconnahre. Mais quel toutes les caractéristiques des figures précédentes (étant suscep-
est ce contenu ? Evidemment, celui de la dialectique Domination tible de s'affirmer pareillement dans la situation de l'Esclave et
et Servitude, dont la résolution engendre la naissance d'une figure dans celle du Maitre) ", il se trouve procéde, á l'égard
nouvelle. Tandis que la conscience du Malle demeure massive- de son contenu, non par assomption véritable, mais par néga-
ment prisonnilre de son égalité abstraite avec elle-méme, celle tion simple, se gardant de son atteinte en prociamant son inessen-
de l'Esclave posséde tont á la fois, dans l'objet « formé », l'in- tialité ; elle ne déploie done qu'une négation imparfaite de l'étre-
tuition dé soi comme réalité libre et indépendante, et, dans le anee, lequel subsiste en lui-méme, laissant la conscience stoique
Maitre, sa propre essence comme conscience de soi ; mais cette á l'affirmation illusoire d'une liberté abstraite.
chialité_d'aspects, qui semblent demeurer encore extérieurs l'un á Le Scepticisme nous fait progresser dans rafffimation pratique
ranüe, est accueillie dans la certitude devenue objective et vraie d'une liberté effective de la pensée : il est « la réalisation de ce
(á) través les dialectiques de l'Intérietir d'abord, de l'Infinité dont le Stokisme n'est que le concept "r. Dans, sa réflexion en.,
ensuite) que la conscience a acquise á Própos de l'égalité effective elle-méme, la conscience sto-ique laissait Valoir en dehors
entre ren-soi et le pour-soi, — ce qui fait que l'essence n'est plus d'elle ; au eontraire, la conscience sceptique s'affirme comme
étrangére á la liberté de la manifestation de soi-méme dans le négativité concréte, acceptant, au moins pour un temps, de se ,•
monde : « Pour nous une-nouvelle figure de la conscience de mesurer aux choses et d'affronter leur contenu ; comme telle,
sol est venue á rétre ; une conscience qui, comme l'Infinité ou elle dépasse l'attitude stoYque (qui, dans la relation Dominador):
le pur mouvement de la conscience, est pour soi l'essence ; qui et Servitude, correspondait au « concept de la conscience indé-
pene, ou est conscience de soi libre ". » pendante ») et réalise conerétement la négativité que celle-ei ne
On voit comment, dans son identité á la récurrence précédente, faisait qu'affirmer : le Scepticisme, par conséquent, « correspond
cette nouvelle mention de l'Infinité nous fait pourtant progresser au désir et au travail », et méne á son terme ce que ces attitudes
dans rintelligence de la portée réelle de cette figure (ou plutót ne faisaient qu'esquisser, faute de pouvoir (s')exprimer (dans)
de ce mouvement), — puisque, dépassant la relation formelle, une conscience de soi déjá ae,complie en elle-méme ". En d'autres
elle met précisément en valeur ridentité devenue de la forme et tenues, paree que le Scepticisme « a en lui-méme l'Infinité "
du contenu : rétape nouvelle, celle de la pensée, n'exprime plus toute différence extrinséque disparait pour lui, et devient seule
seulement ridentité en-soi d'éléritents qui demeurent effectivment ment une différence de la conscience de sni.
extraposés (comme dans le cas de Domination et Servitude), Cette figure du Scepticisme revét une importante capitale aux
mais l'égalité réelle du moi et de son monde : « car étrc objet yeux de Hegel ; c'est qu'elle représente, il le dira plus loin, ie
á soi, non comme Je abstrait, mais comme Se. qui a en méme premier « comportement négatif de la conscience » ú régard de la
temps la signification de rétre-en-soii ou se comporter á régard réalité extérieure ". Au temps de ses premiers écrits de Iéna, il
de l'essence objective de telle sorte qu'elle ait la signification de avait opposé au doute stérile de Schulze le Scepticisme antique,
rétre-pour-soi de la conscience pour laquelle elle est, c'est cela copen comme une entrée possible dans le mouvement de la
que veut dire penser" ». Science véritable 71. Dans l'Introduction de la Phénoménologie,
Les trois moments de raffirniation de la conscience de soi il s'attaque plus précisément au doute systématique d'un Des-
dans sa liberté véritable (moments correspondent, ainsi qu'il cartes, et próne en regard ce «. scepticisme vena á maturité »
est souligné pour le premier, á des périodes historiques déter-
minées) sont « le Stokisme, le Scepticisme et la Conscience
malheureuse ». La conscience staque érige immédiatement en 65. Ph. G., 152/39 (I 169/8), qui renvoie á la fois au texte introductif
attitude de vie l'affirmation de la suprématie de la pensée ; de cette section et á l'attitude de l'Esclave.
mais, ce faisant, elle fausse réquilibre de ce' résultat et détruit 66. Ph. G., 153/10 (1 169/20).
67. Ph. 0., 154/37 (I 171/21).
son universalité réelle : en effet, bien que son domaine d'action 68. Pour toutes ces corrélations, cf. 155/11 sq. (I 172/3 sq.). Une reprise
ait. toute l'ampleur de celui de la Vie elle-méme (cette Vie qui postérieure de ce parallále rnontre que cet aspect apparente bien la cónscience
sceptique á celle de l'Esclava : 158/29 (1 176/15).
69. Ph. G., 155/22 (I 172/14).
63. Ph. G., 151/24 (1 167/23). 70. Ph. G., 385/9 (II 95/13).
64. Ph. G., 151/28 (I 168/1). 71. Verhültnis des Skeptizisrnus zur Philosophie (Werke I 161 sq.). Cf.
une allusion en Ph. G., 87/3 (1 90/7).
DE LA CONSCIENCE A LA RAISON
vautiN tsATION DES EXPÉRIENCES

qui est « la pénétration consciente dans la non-vérité » du et la conscience malheureuse est la conscience d'elle-tatue
savoir phénoménal 72 » comme essence doublée qui ne fait que se contredire". y
se dirigeant sur toute l'étendue de la Nous n'avons pas á suivre les trois attitudes successives que
conscience phénoménale, fi rend l'esprit capable d'examiner ce la conscience malheureuse prend á l'égard de 1' .« Inamuable
qu'est la vérité, en tant qu'il le met en éta. t de désespérer des
représentations, pensées et avis soitdisant naturels 78 ». Sans figuré », ni non plus á souligner le parallélisme de fait (sans
aucune annonce explicite) entre les trois mornents de la « ferveur
doute, il n'est point le dernier mot dit savoir, étant en quelque
mesure sa négation simple et son refás ; en tant s'arréte á piense » (Andacht) et ceux que développera la Religion manifés-
tée " ; il suffit, pour marquer la signification de cette figure par .
« une maniate de vcir unilatérale », á un « pur mouvement rapport á celles qui l'ont précédée, de souligner une dernilre
négatif » qui oublie la détermination du rien auquel il aboutit, íl
corrélation, qui ne fait, i1 vrai dire, que développer une affir-
est « une des figures de la conscience imparfaite " », — celle-lá mation déjá rencontrée : ,la conscience malheureuse est l'unité
méme que nous considérons maintenant ; mais l'attitude qu'il de la conscience stoique et de la conscience seeptique" ; voilá
exprime, cet oubli, face au résultat, du chemin de son devenir, qui fait sa grandeur (car elle est á la fois la pure pensée sup& •
fait de luí l'illustration parfaite de ce qu'est la conscience en rieure 'á toute détermination et l'inquiétude face á la - singularité
chacune de ses expériences successives ; il n'est done point coturno telle), voilá qui fait aussi sa faibiesse (car elle tient
étonnant que Hegel voie en lui comme l'aboutissernent véritable ensemble ces moments sans les réconcilier vraiment : elle -
de la totalisation de toutes les dialectiques antérieures 76 : en lui,
pour la premiare fois, le mouvement de négation part de la démeure en effet distincte de l'immuable júsque -dans la connais-
conscience de sof elle-méme ; assurée én sa liberté objective, sanee qu'elle a de lui). Si elle parvient, dans le mouvement du
elle laisse disparaitre l'autre d'elle-méme, paree qu'elle sait son • sacrifice récl, á supprimer effectivement son opération cOmme
néant effectif ; míeux, elle déclare ce néant et le manifeste comme • opération singulilre, et done 'a se reconnaitre elle-méme dans
tel, affirmant en toutes choses la simple vérité de sa propre l'universalité qu'acquiert par lá le résultat de son action, elle
liberté. sait que cette action n'est pas son fait, mais est produite en elle;
comme de l'extérieur, par l'Immuable ; pourtant, en celle
Mais la conscience seeptique est essentiellement, ainsi qu'il richcsse participé; elle se trouvc entrainée au-delá d'elle-méme,
vient d'étre rappelé, oubli de son devenir et de sa propre histoire ;
étant devéuue certitude d'étre, dans sa singularité méme, toute
c'est seulement, par conséquent, sdus mode imrnédiat qu'elle
affirme l'effectivité de sa propre liberté. Elle est la pure inquié- réalité.
tude dialectique, le mouvement de va-et-vient, l'alternance sans
repos de l'égai et de l'inégal, qui, pour s'affirmer supérieure á
toute détermination, passé sans cesse de l'une .á .l'autre : ainsi III. RAISON
surgit une nouvelle figure, celle de la conscience malheureuse,
qui, divisée á l'intérieur d'ellc-méme, dans son unité raéme, étale
aux yeux de tous sa propre contradicfion : « Le doublement, qui
d'abord se partageait en deux singuliers, le Maitre et 1'Esclave, 'WBI qui définit une situation toute nouvelle. Ed effet, ayant
est revenu dans un seul ; le doublement de la conscience de sol renoncé á la pure intériorité de son étre-pour-soi, gráce á Faban-
don effectif de toute volonté partieuliére"' la conscience de soi,.
en elle-méme, qui est essentiel dans le concept de l'Esprit, est arrachée sa solitude, se pose désormaie dans l'objectivité sous.
par lá méme présent, mais pas encorc l'unité de ce doublement,
la forme d'un singulier sursumé identique i l'universel. Pdur la
premiare fois, ces deux termes ne valent plus coinme des
72.Ph. G., 67/24 et 27 a 69/23 et 25). Cf. O. Pdggelsr, op. cit.. extrémes demeurant extérieurs l'un á l'autre, mais ils sont ras-
p. 279 :
« Die Einleuung innerhalb der Phanomenologie bezeichnet... die Wissenschaft
der Erfahrung als sich vollbringenden Skeptizismus ». A noter que cette , semblés dans le moyen terne . cui est leur unité" : rindividu
pénétration » — Einsicht — sera, á l'intérieur de la section e Esprit »,
la forme achevée de ce comportement négatif dont le Scepticisrne donne un
premier exemple ; cf. le texte déjá évoqué : Ph. G., 385/9 al 77.Ph. G., 158/29 (I 176/15).
73.Ph. G., 68/10 70/14). 95/13). 78.Ph. G., 163/22 (1 182/31).
74.Ph. G., 68/28 (I 70/30); 79.Ph. 0., 163/1 (1 182/9). '
75.Ph.. G., 74/9 (I 76/19). 1 80. Ph. G., 170/20 (I 191/15), qui renvoie á 166/39 (I 187/9).
76. Cf. les deux paragraphes en 155/29 (I 172/21) et 156/4 (I 173/3). 81. Ph. G., 175/24 (I 195/22), qui renvoie á 169/13 (1 190/1).
DE LA uut:SCIENCE A LA :ti; 1:ioN 9/
96 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES

singulier s'est égalé en effet á la réalité universelle, gráce á son ce monde comme vers une réalite étrangi;rc: pour le conquérir
assomption médiate dans l'Immuable absolu. et le faire sien : « elle le désirait et le travaillait" ; désormais,
Ainsi surgit la .Raison, unité de la Conscience et de la Cons- ayant éprouvé l'unité réelle de son cn-soi et de son pour-soi,
cience de soi, certitude demeurant prés de soi jusque dans elle 'fest plus astreinte á semblable lurte, mais ce contemple-
l'objectivité vraie et l'indépendance définies par l'élément de elle-méme et jouit d'elle-m'éme dans la « subsistance de ce
l'étre. Nous avons soulip& lors du passage de la Conscience í; monde », qui luí devient « sa propre vérité et sa propre pré-
la Conscience de sol, l'inversion du rnouvement qui s'est alors sence : elle est certaine de faire en ini seulcment l'experience:
produit : si le résultat. de Force et Entendement était déjá. pour de soi" ».
nous « la manifestation de la Raison". », Voilá qui n'était point Au moins en va-t-il ainsi selon le concept de l'IdeSalisine, tel
clair á'. la conscience elle-méme, et .celle-ci a (111, avant d'en que nous pouvons le définir á partir de son engendrement. Mais
venir lá, parcourir un long chemin constitué par l'approfondis- la conscience, déterminée comme Raison, oublie le chemin de
sement de son savoir d'elle-méme ; la section « Conscience de son propre devenir : « La conscience, qui est cette vérité, a ce •
sol» a done développé sa structure et son intelligibilité propres, chemin dans son dos, et Fa oublié lorsqu'elle surgit immédiate-
— sa seule relation explicite á la section « Conscience » étant ment comme Raison, ou encore cette Raison surgissant immé-
rappel, plusieurs fois renouvelé, á la totalite formelle constituée diatement ne surgit que comme la certitude de cette vérité" ;
par l'Infinité (et déjá auparavant par le jeu des forces), comme c'est pourquoi le déroulement de cette section consiste en un
point d'aboutislement de la conscience. Au contraire, maintenant, nouveau parcours de l'itinéraire déjá accompli : « car ce chemin
dans la section « Raison », c'est régalité réelle, aux plans de oublié est la saisie conceptuelle (das Begreifen) de cette affir-
la forme et du contenu, entre ces deux totalisations juxtaposées mation exprimée immédiatement" » : seule une relecture du
qui va se faire jour. parcours effectué, un tel souvenir de sa propre histoire, peuvent
La Conscience, dans son état originel, est certitude immédiate rarracher á l'abstraction de son attitude initiale (idéalisule vide,
d'elle-méme et de son monde ; quant á la Conscience de soi (rap- doblé d'un empirisme radical), qui la rend aussi contradictoire
pelons-nous son titre), elle est « la vérité de la certitude de soi- que l'était la conscience sceptique", et la fait régresser á des
méme » ; conjoignant l'un et l'autre de ces mouvements, l'une et modes de relation au réei dont ses premiéres expériences luí out
i'autre de ces attitudes, la Raison reprend logiquement, dans pourtant, depuis longtemps déjá, révélé l'insuffisance". On com,
sa définition initiale, les deux termes caractéristiques des dia- prend done l'importance que vont revétir, nour 'la premilre fois,
lectiques antérieures; — et son intitulé 'est le suivant : Certitude les paralléles proorement structureis, qui traduiront cette reprise
et vérité de la Raison. « Certitude », puisque c'est la conscience des expériences passées désormais assumées selon une signifi-
immédiate, en son intériorité singuliére, qui trouve son fondement cation moins abstraite ; voilá qui commande, pour cette section
dans son rapport á l'Immuable ; « vérité », puisque cette relation nouvelle, un ordre d'exposé différent, plus rigoureux, qui déga-
met la conscience á l'épreuve de l'objectivité, et que, loin de se gera d'abord pour elles-mémes, en leur totalité, , ces corrélations
percire en elle, elle demeure.prés de soi, assurée en sa liberté. de structures, avant d'en venir á Forganisation réelle du contenu
La conscience est « -cerlitude d'étre toute réalité » (ou torne qui se présente en elles..
vérité)". Cate assurance acqiiise i'introduit dans un nouveau
type d'expérience, dans fine nouvelie définition de ses rapports La section « Raison » comporte trois sous-sections, de dimen-
á son propre monde : en tant que « sa pensée est immédiatement sions trés inégales : Raison observante (soixante-douze pages),
elle-méme reffectivité, elle se comporte done á l'égard de cette
effectivité comete Idéalisme" ». Auparavant, une telle unité,
pour elle, faisait probléme ; ou bien elle se coupait du monde en 85. Ph. G., 176/12 (I 196/16), qui rcnvoie aux premilres expériences de
la Conscience de soi.
s'absorbant dans sa propre certitude, ou bien elle se tournait vers 86.Ph. G., 175/21 (I 196/27).
87.Ph. G., 177/12 (1 197/28). Peur les corrélations effectives de la Rai-
son avec les figures antérieures (Certitude sensible, Perception, Entendement,
82.Ph. G., 111/34 (I 120/19). Cf., ci-dessus, p. 87. Domination et Servitude, Stolcisme, Scepticisrne, Conscience rnalheureuse),
83.Ph. G., 175/27 (I 195/25); 176/23 (I 196/30); 178/14 (I 199/4); cf. tout ce paragraphe : 176/23 sq. (I 196/30 sq.).
180/27 (I 201/34); 180/30 (I 202/2); 181/40 et 182/4 (I 203/12 et 17); 88.Ph. G., 177/17 (1 198/1).
184/28 ( I. 205/30). 89.Ph. G., 181/4 (I 202/15).
84.Ph. G., 176/9 (1, 196/11). 90.Ph. 0., 181/16 (I 202/27), et 181/27 (I 203/1).
7
..."1.ZIP+UES
1
DE LA CONSCIENCE A LA RAISON
Veffe
ctuation
-h
(vingtuit de la conscience de soi rationnelle par elle-me:me
pages),
pour soi-méme L'individualité qui pour sol est réelle e, et le signe de sa souvetaineté " », et, dans ce besoin qu'elle
(trente pages). La premiare, et singuliarement éprouve, elle revit, sous un autre mode, en cberchant une assu-
le premier des trois mouvements qu'elle comporte rance immédiate, le rapport au monde qui fut le sien dans les
de forganique, (Observation
avec ses trente-six nages massives), représente, de dialectiques de la Certitude sensible et de la Percepüon". Pour-
l'avis de Haering et de beaucoup d'autres, le moment tant, elle ne peut en rester á cette simple « prise de possession .
se gonfla démesurément sous la main de Hegel, et la nécessité Fceuvre la Raison « pressent qu'elle est une essence plus profonde, car
s'imposa de déployer son contenu Jusqu'a la détermination plé- le pur Je est, et doit exiger que la différence, i'étre multiforme, •
niare du monde de l'Esprit. Qiioi :qu'U en soit de ce jugement, lui devienne comme ce qui est sien, qu'il s'intuitionne comme
et méme si Hegel n'atteignit qu'á. ce moment á une conscience l'effectivité et se trouve présent comme figure et (lose" ».• Le
nette de tenir
ce qu'impliquait son projet initial, il est certain (pour Je -n'aura plus besoin d'affirmer sans cesse son emprise sur le
nous en á la regle posée,
est d'étudier les corrélations monde quand il aura ainsi prouvé que ce monde n'est autre
explicites soulignées dans le texte lui-méme que l'attitude assi- que lui-méme.
gnée á la raison observante pár son parall?..
.le avec le mouvement Le résultat de ce nouveau parcours, ce sera done « le complé-
de la conscience impliquait un large déploiement de l'expérience, ment du résultat du mouvement précédent de la conscience de
tel qu'il couvre le champ total de la certitude sensible, lequel, soi" »; autrernent dit le remplissement par le JUgement infini de,
nous le savons, est « d'une richesse infinie, á laquelle on la Catégorie vide á laquelle avait abouti cette dialectique. Voill
peut trouver aucune limite, ni en
extension, qui nous permet de prendre un peu de champ, pour considérer,
temps oú cette connaissance se déploie, ni endans l'espace dans
pénétration, et le
tacs qu'elles nous apparaissent actuellement, les relations de.
le fragment extrait de cette plénitude par division " ». ces trois premiares sections. Pour áchapper á sa division extreme,
La Raison observante se conduit done d'abord comme cons- la Conscience malheureuse, dans le mouvement du renoneement
égale ; autrement dit, assurée, en sa singularité méme, d'étr
cience effectif, a « lutté jusqu'á convertir son erre-pour-soi en une
á toute réalité, elle se dirige vers ce monde dans la certitudee chose" » ; par lá, elle se rangeait á nouveau sous la regle de la
absolue que celui-ci est sien";
elle se trouve de la sorte dans Conscience, — sans cesser pour autant d'étre elle-méme une
une attitude simple d'accueil, de disponibilité, préte á découvtir conscience de soi : cette égalité premiare du Je et de la chose,
en toute chose l'image de ce qu'elle est elle-méme : « Nous la c'est la Catégorie. Mais, pour donner un contenu á, cette affir-
voyons»de(ibid.):
cevoir nouveau, dit Hegel, s'enfoncer dans le viser et le per- mation vide, il faut que la Raison laisse se déployer l'unité
/ibis, bien súr, cc retotir n'est pas une simple qu'elle affirme, et cela á partir de l'un et l'autre des termes qui •
régression au niveau du Je immédiat ; car les expériences qu'elle la constituent : la Raison observante .réalise ce programme en
a connues ont ancré la conscience dans la certitude qu'elle a partant de la considération de la chose (c'est l'aspect selon lequel
d'étre toute vérité et toute réalité, de sorte que ce monde qu'elle la conscience « a [la] raison ») 100 ; il testera encore á la Raison, •
aborde n'existe plus pour elle sous la raison
contraire, elle sait de raltérité ; au dans la seconde division de cette section, i1 manifester cette
ment, lui est seulement qu'elle est elle-méme cet Autre : précédem- unité á partir d'elle-méme (c'est-á-dire sous l'aspect selon lequel
arrivé de
ristiques dans la chose et d'en percevoir quelques caracté- elle « est [la] raison 1.) 101.
faire l'expérience; Avant d'en venir á cette seconde considération, estLü possible
elle-méme qui dispose les observations et l'expérience s8 c'est
).assu- de préciser quelque peu le parallélisme structurel entre Raison
Attitude complexe
xée en elle-méme, que celle-lá : la Raison est pleinement observante et Conscience ? Le point de départ, avons-nous vu,
et c'est au nom méme de cette assurance consiste dans une reprise de l'attitude de la • conscience immé-
qu'elle « cherche sa propre infinité n dans la réalitéobjective diates sous sa double forme de Certitude sensible et de Per-
Elle est á la fois totalement indépendante et parfaitement dén- ".
pe ception ; mais la seule notation relative á Force et Entendement
dente : < Elle plante sur toutes les times et dans toas les abimes
91.Ph. G., 79/13 (1 81/11). 95.Ph. G., 183/24 (I 204/25).
92.Ph. G., 183/3 96.Fh. G.; 183/3 (1 204/2), 185;22 (I 207/3), 186/37 (1 208/15).
93.Ph. G., 183/7 (I 204/2).
(I 2046).
97.Ph. G., 184/1 (I 205/2).
94.Ph. G., 183/20 (I 204//20).
98.Ph. G., 252/24 (I 284;26).
99.Ph. G., 252/27 (I 284/29). Cf. toute la suite dese paragraphe.
100.Ph. G., 252/33 (1 284/34). Cf. 315/15 (II 11/25).
101.Ph. G., 252/38 (I 285/5). Cf. 315/22 (II 12/3).

100 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES DE L A CONSC ENC 1: A LA 11.A SuN 101
tient dans cette formule que nous avons citée : en se cherchant structurelles, de pousser plus loiu le parailélisme. En Partieulier
ellejméme dans le monde, la conscience rationnelle « cherche l'appel au « double mouvement de la Conscience de soi » laisse>
sa progre infinité ». II est vrai que le texte récapítulatif qui sans réponse pour l'instant la question de la significatiore des
ouvre le mouvement de l'Effectuation de la conscience de soi dialectiques de la Vie et du Désir : s'agit-il d'une puye intro-
rationnelle par elle-mame est plus explicite : « De mame que la duction á Domination et Servitude (qui resterait done en dehors
Raison observante répétait dans rélément de la catégorie le mou- de cette reprise des structures de la section « Conscience de soi »)
vement de la Conscience, á. savoir la Certitude sensible, le Per- ou d'un texte d'expérience, maillon essentiel dans la suite des
cevoir et l'Entendement, de mame cette Raison parcourra aussi transformations de la conscience ? L'organisation effective du
le double mouvement de la Conscience ele soi, et, de l'indépen- contenu, que nous allons considérer mahitenant, permettra peut-
dance, elle passera á sa liberté' ». Mais nulle autre indication étre d'apporter une premiére réponse ; mais, plus yraisembla-
ne nous permet pour l'instant de préeiser le rapport du dévelop- blement, il faudra attendre pour cela que nous ayons pu consi
pement actuel á ce troisiéme temes, de la Conscience, pas plus dérer la totalité des récurrences de ces textes.
que nous ne pouvons savoir s'il existe une relation entre le Un dernier mot á propos de ces structures formelies. Si le
développement tripartite de la Raison observante et celui de texte introduisaní á la troisiérne divisiun majeure de la section
la Conscience : seul l'examen de l'organisation concrete du « Raison » ' souligne explicitement qu'en elle s'accomplissent
contenu pourra tout á. l'heure nous mettre éventuellement sur la les figures de la Raison observante et de I'Effectuation de la
voie d'une réponse. conscience de soi rationnelle, nulle référepce plus précise ne
La seconde nous-section, nous venons de le voir, reproduit permet de pousser ce paralléle, — de sorte que ron ne peut,
le mouvement qui fut celui de la Conscience de soi' : aprés comme le tente ,pourtant W. Drescher (en admettánt elle-méme
avoir cherché á s'exprimer elle-mame en son indépendance sin- qu'il lui faut suppléer au manque , d'indications explicites) 1"
are, la Raison en viendra á se rencontrer avec tous dans mettre en corrélation stricte les figures de ce troisiéme dévelop-
raffirmation d'une universalité effective. D'abord « elle n'est pement a-vee cenes des deux qui le précédent. Mieux vaut probé-
consciente de soi que comme d'un individu; et doit, comme un der pas á pas, en demeurant dans le domaine des évidences
tel individu, demander son effectivité dans nutre et la produire incontestables.
en lui, mais encuite, dans la mesure oú sa conscience s'éllve
á l'universalité, q devient Raison universelle, et. est conscient de Si nous quittons maintenant le plan des corrélations structu-
soi-mame comme Raison, comme quelque chose de déjá reconnu reiles pour nous interroger sur rorganisation concrete du contenu,
en et pour sol, qui, sans sa pino conscience, réunit mute cons- nous nc rencontrons, á ce stade du développement, que fort peu
cience de soi p. Ce passage signifie en réalité, comme Hegel le d'indications, singuliérement en ce qui concerne la Raison
précise immédiatenient, le dépassement de la Raison et son observante, qui constitue la part la plus longue et la plus diffi-
aásomption dans l'Esprit ; nous aurons done á. reprendre large- cile á analyser er toute cette section : une vingtaine de paralléles
ment tes textes dans le chapitre prochain, en traitant des relations identifiables, qui, pour la plupart, intéressent la Suite du discours
qu'entretiennent les trois prernilres sections de la Phénoméno- en son ordie linéaire, opérant une liaison, án rintérieur de la
logie avec la quatriame ; mais en fait le déroulement des deux figure elle-méme, entre une série de tentativas successives, toutes
dernikes divisions de la Raison nous fait assister á cette affir- vouées á réchee, pour établir une relation scientifique entre la
mation progressive de l'universel, — qui sera déjá explicite, conscience rationnelle et le monde qui est sien.
par exemple, á la fin de la figure « Loi du °mur et délire de la Rien de tout cela ne nous éclaire beaucoup sur le mude
présompdon 105 ». selon lequel cette figure reprend et accontiplit le mouvement
Lá encoré, iI n'est pas possible, á ce niveau des corrélations de la section Conscience. On pourrait étre tenté de supposer
que l'observation de l'organique correspond de facon plus pré-
102. Ph. G., 255/25 (I 289/1).
103. En fait, cette introduction á L'Effectuation de la conscience de soi cise á l'attitude de la Perception (avec son apnroche de la
rationnelle par elle-méme dessine le mouvement qui sera a accornplir jusqu'au « chose » aux multiples propriétés), que celle de l'inorganique
terme de la section « Raison », et l'évocation des deux moments de la Cons-
cience de soi an-tonce á la fois la deuxiame et la troisiéme sous-section.
104. Ph. G., 256/1 (I 289/6). 106. Ph. G., 283/4 sq. (I 322/3 sq.).
105. Ph. G., 270/12 (1 307/13). 107. Op. cit., p. 68, Para1Ule VIII.
102 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES DE LA CONSCIENCE A LA RAISON 103

est plus proche de la Certitude sensible, que la relation entre l'identité de l'universel dont ils sont la diffraction. : ce *qui est
intérieur et extérieur rappelle la dialectique correspondante de recherché, c'est a la pensée de la loi r, et non plus seulement
Force et Entendement, enfin que la détermination des diverses l'organisation sous forme de lois du contenu déterminé qui se .
lois renvoie pareillement Aux tentatives similaires de la demiére présente. Cela signifie que les moments soumis á l'observafion
figure de la Conscience : mais au vral, Ces thémes qui viennent devraient étre pur passage, fluidité totale, négation absolue ;
d'étre évoqués s'entrecroisent tout au long du développement, mais alors, ils ne peuvent subsister comme tes dans l'élément
et jl serait souvent malaisé de les isoler pour les mettre en de l'étre, et la Raison, en cherchant á trouver dans rétre
relation avec des totalités distinctes. En ;tout cas, aucune nota- tel type de .loi, manifeste qu'elle en est demeurée au niveau de
tion explicite ne viendrait étayer de ters rapprochements. rentendement percevant, apte á saisir seulement des 'détermina
Un seul paralléle se trouve instaurer un rapport, souligne tions fixes : le rapport de l'orgaaique á lui-méme et á. la cons...
comme tel, entre un passage de cette figure et un autre de la tiente se dégrade en rapport quantitatif Candis que la Raison
section a Conscience ». 11 se dévelopPe au long de quatre para- échappe au concept qui était sien, pour redevenir simple enten-
graphes 108, qu'il vaut la peine de situer et d'analyser sommai- dement réduit á légiférer absiraitement á partir de lui-méme:
rement. Nous somnies á rintérieur de l'observation de l'orga- Le sens de cette corrélation est net : il permet á la conscience
nique. La-conscience rationnelle, dans la certitude qui est sienne de s'apercevoir du retard qu'elle a pris sur les déterminations
d'étre toute réalité, se toume vers ce monde, et cherche, dans téelles de l'expérience en laquelle elle est engagée ; au lieu
l'image qu'il lui offre, les traits qui mapifestent cette imité effec- d'opérer á partir du concept, cherchant á se retrouver comme
tive de l'étre et de la pensée ; aútrement dit, elle cherche quel processus rationnel dans le monde objectif, elle en revient pra-
type de rapport doit exister entre l'intérieur et rextérieur pour tiquement á une attitude antérieure, réifiant et quanfifiant ce
que celui-ci soit réellement l'empreinte objective de .celui-lá. Pour •qui devrait n'étre que pur passage, se conduisant comiste simple
cela, il faut de toute nécessité que la Raison puisse lire, dans conseience perceptive privée de pensée. 11 lui faut bien plutat.„ en
le monde qui l'entoure, des relations qui s'organisent avec la s'arrachant á cette expérience passée, aceueillir et respecter son
rigueur de véritables lois. Mais une apode nait ici de ce que, objet dans toute sa nouveauté ; ce n'est plus, en effet,. rétre
pour étre véritabiement lois de l'organique, ces relations devraient irumédiat de la Certitude sensible ou de la Perception qui la
exprimer, non point la fixité d'un simple rapport quantitatif, sollicite, inais sa propre essence apparaissant dans reffeefivité 111;
mais le processus ayant una sens » qui caractérise tout vivant. et cet objet a plus de dignité qu'elle ne lP croit, il est déjá
C'est ici que s'insére• le paralléle évoqué La pénétration a l'Esprit, le concept existant comme iniversalité »
(Einsicht) dans la différence entre ce légiférer et des formes pré- Un autre passage, dans lequel le paralléle est seulement
cédentes éclairera pleinement sa nature. — En- effet, considérons esquissé, a exactement la méme signification. 11 se trouve dans
rétrospectivement le mouvement da percevoir 109 et de renten- le troisilme temps de la Raison observante, c'est-á-dire dans
dement qui, en lui, se réfléchit en soi et détermine par 11 son l'observation de la conscience de soi dans son rapport á son'
objet... D C'était alors l'entendement qui prenait sur lui la déter- effectivité immédiate »,. et plus précisément dans le mouvement
inination de la loi, s'affirmant ,en lui-méme comme la raison du de la physiognomonie naturelle, qui cherche á saisir immédia-
passage d'une déterrnination de la chose dans l'autre ; ici, par tement l'intérieur dans son expression extérieure. Hegel précise
contre, cette relation unitaire est postulée 'comme existant sous alors L'objet de cet avis (Meinung) est d'une espéce tele .
mode objectif, puisque la Raison et le monde sont posés dans qu'il est dans son essence d'étre en vérité quelque chose d'autre
que seulement un étre sensible immédiat 115. » Ce 'n'est plus- le
108. Dont le premier début en 207/30 (I 232/30). Dieses qui est ici considéré, comme terme d'un pur mouvement
109. II est vrai que la perception, interrogeant sur l'unité et la pluralité désignatif : a Ce qui est présent, c'est cet étre-réfléchi en soi
qui définissent conjointement la chose, met en relation l'intérieur et l'extérieur
de "celle-ci ; pourtant, 17 n'est pas question alors de a loi », et moins encore hors du sensible dans le sensible ; ce qui est objet de l'observer,
d'un « légiférer » : c'est seulement dans Force et Entendement que surgit c'est la visibilité comme visibilité de l'invisible » (ibid.).. Mais
le premier de ces concepts (114/27, I 123/19). C'est pourquoi le texte que
l'on vient de lire parle du percevoir et de l'entendenzent qui agit en hd. précisément, la Raison aborde cet objet nouvéau, accompli dans,
Voilá qui nous montre qu'il est vain de rechercher leí des corrélations tras
précises aves telle ou telle figure isolée : en fait, ce qui est évoqué á travers 110. Cf., en particulier, 209/6 (I 234/15), rapporté á 202/39 (I 227/13);
la Raison observante, c'est le mouvement global de la conscience, lequel
présuppose la totalisation déla effectuée de ses divers moments. 111. Ph. G., 241/9 (I 283/5). •
112. Ph. G., 235/4 (I 265/19).
.tuq. I. ORGANISATION DES EXPERIENCES DE LA CONSCIENCE A LA RAISON 105
la vérité de son concept, comme le faisait la conscience á l'égard
de robjet de sa certitude sensible, de sorte qu'elle rapporte Le mouvement de l'Effectuation de la conscience de soi ratios_
rétre-lá objectif á un intérieur seulement visé", défini comme nelle exprime l'objectivité du savoir d'elle-mérne auquel vietrt
capacité abstraite et non pas comme singularité réelle. Lá encore, d'atteindre la Raison. Celle-ci se tourne vers le monde, non plus
la Raison ma.nifeste qu'elle n'a pas véritablement dépassé i'atti- pour y « chercher sa propre infinité s, mais pour la développer
tude qui était sienne comme consciencé immédiate, et done librement, dans un élément qu'elle a effectivement éprouvé
qu'elle n'a pas encore accueilli son objet dans sa nouveauté comme sien (le Sein comino das Seinige), Voilá qui se fera en
réelle ; et le constat de ce retard l'oblige á se dépasser dans une laissant se déployer le contenu de ce Jugenient infini, contenu
expérience nouvelle. qui, dans la perspective présente, ne peut 'are autre que celui
C'est au travers de ces échecs successifs que la Raison s'éléve de la section « Conscience de soi ›. Effectivement, la pré.
jusqu'á sa propre vérité. Partie de la relation la plus extérieure milre figure que nous rencontrons, celle de Plaisir et Nécessité,
qui soit, elle découvre, au-delá de la recherche des- bis psycho- comporte un paralléle explicite avec la dialectique du désir ;
logiques, au-delá des dialecliques de:la physiognomonie et de mais. cette fois, il devient aisé de marquer la différence entre
la phrénologie, la véritable identité du Soi 114 et de la chose; l'une et l'autre, car la Raison, définitivemeat assurée en elle-
identité qui s'exprime dans le Jugement infini, posé comme méme, n'est plus tentée de revenir á une attitude dépassée, — de
résultat 115. Ce Jugement infini, expression de ridentité, pour la sorte que c'est le mouvement d'accomplissement qui s'impose iei
conscience, entre l'Etre (Sein) et le Sien (das Seinige) 13e est la par priorité : « L'opération de la conscience de soi -n'est que
premiare forme du savoir ultime gráce auquel la conscience selon un moment une opération désir ; elle ne procéde pas
accédera en vérité á la Science en confessant l'égalité -de la á l'abolition de tóute l'essence objective, mais seulement á la
substance et du sujet ; son importante réelle se dégagera au fil forme de son étre-autre ou de son indépendance, qui est une
de ses récurrences, avant qu'il n'apparaisse, dans réquation apparence privée d'essence 318. » Ala ' si, l'échec du simple désir;
totale de la Phénoménologie, coname une premiare déterminalion qui devait capitulen devant l'extériorité de la chose ou se résigner
de raxe autour duque' s'articule et se déploie tout le contenu á voir celle-ci disparaitre, se chante-t-il dans le plaisir effectif,
de celle-ci. Pour l'heure, il réalise, ainsi qu'il a déjá été noté, lequel, pour la conscience soi rationnelle, ne peut étre que
le remplissement de la < Catégorie s; c'est-á-dire de l'affinnation l'effectuation d'elle-mame e dans une conscience qui se mani-
vide de régalité entre l'étre et la pensée á quoi avait abouti la feste comme indépendante », autrement dit 1' « intuition de
seclion: c Conscience de soi ›. La Raison observante a rendu Punité de deux conscientes de soi indépendantes 1L0 ».
possible ce résultat en reversant dans la forme abstraite alors Une nouvelle fois, c'est l'Esprit, comme réalité universelle, qui
élaborée tout le contenu de la conscience ; maintenant, au terme apparait á i'horizon de la conscience. Pourtant, ce résultat
de ce mouvement régressif, qui procéde depuis l'extérieur affirmé écháppe encore, restant tributaire de l'abstraction de la Catégorie
comme intériorité jusqu'á l'intérieur saisi dans sa valeur objec- dans laquelle il se déploie 121 C'est pourquoi surgit une opposition
tive et extérieuie, la Raison est reventie en elle-méme dans la rémanente, dont le contenu présent est constitué, d'une part
vérité de son etre universel : elle -a perdu, ainsi que le dira le par l'Individualité non 'pleinement satisfaite, ét de l'ante par la
début du second mouvement, Timmédiateté de la certitude qui Nécessité abstraite du destin. Les figures suivantes:verront done
était sienne d'étre toute réalité 111 ; elle, retrouve done, á un autre leur contenu propre se déployer pareillement avec cette imper-
niveau, l'attitude qui était sienne déjá comme conscience de o fection formelle ; ainsi dans la secunde, oil l'affrontement entré
soi : a la vérité de la certitude de soi-méme "° ). la Loi du mur et l'Effectivité est mise explicitement en relation
avec cette opposition Individualité / Destin 141. Pourtant, de l'une
á Paute, un progrés est accompli, qui fait l'objet d'un nouveau
113.Ph. G., 235/15 (1 265/28). paralléle : l'individu ne recherche plus seulement un plaisir sin-
114.Selbst, i.e. le Je connaissant, pósé, á travers son déploiement et son
retour en lui-méme, comme universalité objective.
115.Ph. G., 253/4 (I 285/12).
116.Ph. G., 252/40 (1 285/6). 119.Ph. G., 263/5 (I 298/22).
117.Ph. G., 255/7 (1 288/6). 120.Ph. G., 263/23/(1 299/9).
118. C'est lá, on s'en souvient, le lile de la section a Conscience de
soi » á l'intérieur de la division linéaire continue (IV). 121.Ph. G., 263/14 (I 299/1).
122.Ph. G., 267/11 (I 303/27).
j uti L V..al.7"4110r1 1 l'UVI ILMO use, L.A. nal3url. 1U I

gulier, mais il s'efforce de faire triornpher le bien de rhurnanité "*. etre, vouloir et accomplir sont une seule et méme réalité : le
Nous entrons done déjá, ainsi que l'annongait rintroduction á ce fondement de cette unté, c'est la « Chose méme », « essen-
développenaent, dans le mouvement de l'Esprit, puisque rine-fi:vida tialité spirituelie... dans laquelle la certitude de soi-méme, pour
n'est plus opposé á la loi rigide de l'effectivité extérieure, mais la conscience, est essence objective, une Chose ;Suche) ; l'objet
bien plutat aux autres hommes, aux lois des autres eceurs 124 ; engendré hors de la conscience de soi comme le sien, sáns
dans ce mouvement, la conscience en vient á se perdre elle-méme, cesser d'étre objet libre authendque 1" ». —Vient alors le paralléle'
non plus dans la nécessité vide et morte du destin, mais dans avec le mouvement de la Conscience : « La chose (Ding) de la
une nécessité déjá vivante, encore que non pleinement accom- certitude sensible et du percevoir n'a que maintenant pour la • •
plie celle de « rindividualité universelle 12-5!». conscience de sol et par elle sa signifieation ; c'est sur ceci
Au-delá de la révolte de l'individu, la figure Vertu et Cours que repose la différence entre une chose (Ding) et une Chose
dm monde, ol nous lisons en filigrane l'aventure d'un nouveau (Sache). — Un mouvement correspondant á. celui de la Cerdtude -
Don Quichotte, étale á nos yeux riinpuissance d'une verbi sensible et de la Perception sera ici parcouru us. »
abstraite, préte á sacrifier son individualité propre, — et qui La section « Conscience », en effet, nous a fait passer, on
détruit par lá méme le cours du monde, lequel n'existe que s'en souvient, par les déierminations objectives du Dieses, du
vivifié par cette indissidualité : derniare tentative d'une Raison Ding et de la Sache (déjá présente au terme de Forcé et Enten-
qui n'a pas encore mesuré ce qu'iinplique son pouvoir, et qui denae4 ; mouvement qui déjá n'était point diSparifion de la
cherche encore á se soumettre abstraitement une réalité á laquelle richesse sensible, mais son assomption négative dans rélément
pourtant nul conflit ne l'oppose désormais ; ayant éprouvé Fina- de la vérité. Ici, ce méme mouvement se trouve repris et plei-
nité de ce mouvement, elle rejoint pleinement son propre nement accompli : tous les paragraphes suivants, pratiquement
concept, et s'affirme comme « individualité qui pour soi est 'justqu'a la fin de la section « Raison la développent ce' parallele
réelle en et pour soi ». oú s'achave la totalisation, dans le concept de la « Chose méilie »
(Sache selbst), de ces trois premiares sections. La Chose méme,
Cette demiare partie de la dialectique de la Raison, ainsi que en effet, exprime en soi l'unité véritabie de l'étre et .de la pensée,
le souligne le texte récapitulatif sur lequel elle s'ouvre "°, cons- la Catégorie, mais non plus sous mode d'une simple affirmation
titue done raccomplissement en vérité des figures antérieures, formelle : en elle se trouve désormais présente la richesse du
celle de la Raison observante et cenes de l'Effectuation de la eentenu total qui a até assumé "9. Plus moyen alors, comtne le
conscience de sol rationnelle. Plus de guate d'elle-méme, et plus tente encore la Raison examinant les lois, d'opposer l'universel
d'effort pour s'exprimer actiVement dans son Monde : une calme et le déterminé "°, puisque la Chose méme, dans son universalité
possession de sa vérité, un Canquille exercice de sa souveraineté. objective, se rapporte essentiellement á ce particulier dont elle
travers cette reprise des deux dialectiques qui la précédent est la vérité "'a Elle est déjá l'Esprit absolu, et plus immédia-
immédiatement, c'est évidemment une nouvelle fois tout le tement la « substance éthique simple s — ce Je qui est un •
contenu des figures précédentes en particulier cenes de la Nous, — dont la Section suivante va déployer la richesse sous
section « Conscience » qui, se trouve réassumé. Hegel le souiigne mode objectif, avant que la Religion ne nous introduise dans
explicitement dans la premiare figure de cette sous-section, celle sa conscience de sol.
du Ragne animal de l'Esprit. La Rais,on volt s'abimer en elle-
méme rceuvre contingente qu'elle produit, et qui ne peut porter Bien des problémes, au terme de cette premiare totalisation,
tout le poids de la négativité qui est sienne ; par lá est défirdti- demeurent saos reponse. Nous l'avons dit déjá : la signification
vement ruinée toute effectivité en tant qu'opposée á la cons-
cience ; ce qui fait que la Raison se possade elle-méme plus
127. Ph. G., 295/1 (1 335/30).
que jamais dans la certitude objective de ce que. opération et 128. Ph. G., 295/7 (1 335/36). — Dans 1'Introduction générale á la Science
de la Logique (1812), Hegel affirmera que la Suche est der Regrif/ der
Dinge, — i.e. i'expression dn contenu concret dans la vérité de sa considéra-
123. Ph. G., 267/26 (I 304/10). tion logique. Togik, 1 18/23.
124. Ph. G., 269/40 (I 307/1), qui renvoie á 266/36 (I 303/16). 129. Ph. G., 301/4 (1 343/2), qui renvoie á 252/23 (I 284/25).
125. Ph. G., 270/12 (I 307/13), qui renvoie á 265/5 (I 301/10) et 266/5 130. Ph. G., 306/21 (1 343/24). '
(I 302/17). 131. Ph. G., 306/16 (1 348/20), qui renvoie á 293/35 sq. (1 334/18 sq.) et
126. Ph. G., 283/4 (I 322/3). 295/25 (I 336/17).
It/LS L-ORGANISATION DES EXPERIENCES

pléniare de tele ou tele figure, de tel ou tel mouvement,


requiert le parcours intégral de neuvre et l'examen de toutes
ses récurrences. Sans forcer les étapes, 11 nous faut donc pour-
suivre cette lecture : l'unique mouvement dialectique qui a
CHAPITRE II
déployé les structures opposees de la Conscience et de la Cons-
cience de sol, avant de manifester leur unité rationnelle, va
rebrasser á nouveau la totalité de ce contenu, — non plus sous L'ESPRIT DANS L'ÉLIMENT
la raison d'une opposition entre l'universel et le particulier, DE LA CONSCIENCE
mais en révélant leür conjonction réelle, dans l'analyse des
moments concrets du développement historique ; la consciente
qui non seulement a la Raison mis est la Raison, se pose comme « La Raison est Esprit quand sa certitude d'étre toute réalité
le singulier véritable, « l'individu qui 'est un monde 1 2> ; nous est élevée á la vérité, et qu'elle est consciente d'elle-méme
échappons á l'abstraction dese figures de la consciente » pour comme de son monde, et du monde comme cÚelle-mérne 1. » Ce
iaisser se déployer les « figures d'un monde'" ». texte, sur lequel s'ouvre la section « Esprit », traduit, sous la
forme la plus prégnante qui scit, la force de la relation interne'
qui unit ce nouveau développement de Fceuvre á celui qui viene
d'étre considéré : la Raison est Esprit. quand elle atteint .sa
propre vérité, ou, ce qui est la méme chose, l'Esprit est la
Raison accomplie selon la vérité de son étre rationnel. Et comme,
ainsi que nous l'avons va, la section « Raison...», en réassumant,
le contenu de la Conscience et de la Conscience de soi, se •
présente déjá comme une premiare totalisation de tout le par-
cours accompli, c'est en réalité á une nouvelle et plus précise
détermination du sens unitaire de l'euvre au travers d'une struc-
ture plus élaborée que nous ponvie l'examen de cette section
nouvelle.
Nous avons déjá, au cours du chapitre . précédent, souligné
la portée réelle, proprement spirituelle », des dialectiques alors
considérées. L'unité complexe qui se trouve ici affirmée s'est
en effet dessinée peu á peu au cours de leur dépioiement. Par
exem,ple, au début de la Conscience de soi = le mouvement qui
pousse á leur reccnnaissance mutuelle les indiyidus affrontés est
déjá pour nous « le concept de i'Esprit ». Qu'est7ce, en effet,
que l'Esprit, sinon le dé,passement de i'abstraction individuelle
dans la confession de l'identité de soi-méme 'et de l'autre, ou
encore la présence de l'universel dans la particularité Constan-
tive de chaque homme ? — .Autre étape dans cette naissance
de l'Esprit au cours des dialectiques antérieures : le Ingement
infini, au terme de la Raison observante. Dans l'égalité reconnue
du Soi et de l'objectivité, Pindividu confesse que la véritable
« effectuation » de ce qu'il est implique l'abandon de sa eertitude
immédiate, ou plut'ót son assomption dans l'élément de l'univer-

132. Ph. G., 315/26 (II 12/7). 1. Ph. G., 313/3 (II 9/2).
• 133. Ph. G., 315/32 (II 12/13). 2. Ph. G., 140/28 (I 154/16). Cf. ci-dessus, p. 90.
110 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIENCE 111i

salita spirituelle' ; ce qui s'entrouvre alors, ce n'est plus seu- (art, religion, philosophie) dans lesquelles s'accairkplissent en
lement l'Esprit comme tel, dans sa généralité la plus vaste, mais plénitude la vie des individus et cele des peuples. — N'insistons
déjá la premiare de ses déterminations, en laquelle l'individu se pas pour rinstant sur le fait, déjá souligné, qu'une telle division
trouve pleinement accordé au monde humain dans lequel 1 vit, rassemble indinnent dans une seule unité de siguification les
« le Royaume du monde éthique sections « Religion D et « Savoir absolu » ; mais, pour ce qui
Il nous faudra dans un instant relire plus en détail ce texte regarde ropposition Esprit subjectif / Espra objectif, II est évie.
d'introduction au mouvement de l'Effectuation de la conscience dent qu'une tecle fagon de voir simplifie et durcit les relations
de soi rationnelle. Maiá déjá, ranalyse que nous en avons faite qui existent entre les quatre premiares sections, faisant fi de ,
nous permet de préciser quelque peu l'attitude qui doit étre l'unité effective que notre premier chapitre a déjá penáis d'entre-
nótre en abordant cette nouvelle partie de reeuvre, si nous enten- voir, et que celui-ci mettra davantage encore en lumiare.
dons demeurer fidales au mouvement gni l'engendre. Une ques- En fait, comme nous l'avons annoncé au cours de la premiare ;
tion ne peut manquer de surgir : pitiSqne la Phénoménologie partie de ce travall, le rapport entre la section « Esprit » et elles
de l'Esprit, comme son titre l'indique, n'a d'autre* sens unitaire qui la précédent est d'un type tres spécial, á raison méme de
que d'exposer la « manifestation de 1'Esprit » dans sa réalité l'unité, originale que toutes ensemble doivent constituer: Si Cons-
effective et contrate, quelle signification peut revétir, á rinté- cience et Consciente de soi, sans cesser de s'attacher á rintelli-
rieur de ce mouvement total, une section particuliére. qui gence de la méme réalité rationnelle qui est leur unique origine
emprunte pour titre ce concept-elé ? Si nous pouvons déjá et leur commun fondement, se développent dans des directions
répondre que les trois sections antérieures ne sont que des contraires et complémentaires avant de trouver leur accord véri-
abstractions de 1'Esprit que celui-el va récapituler en lui comme table dans la détermination de la Raison, la relation entre la
ses propres « moments », qu'en sera-t-il des deux suivantes, et Raison et l'Esprit est d'une tout autre nature. Nous verrons, au
comment comprendre que ce concept ultime laisse .encore se plan de l'organisation contrate du contenu, que Hegel souiigne
poser apras lui d'autres déterminations oú. s'opére son propre avant tout i'accomplissement que regoivent, dans ce développe
dépassement ? ment nouveau, les dialeetiques inachevées ou ces mouvements
Ce probléme, au stade oú nous nous trouvons aettiellement, voués á l'échee dans les sections précédentes, — de corte que
est á la fois inévitable et totalement insoluble. 11 nous faudra le s'impose, non plus l'originalité d'un développement nouveau,
garder présent á l'esprit tout au long des analyses qui vont mais au contraire l'unité de signification qui par a se constitue.
suivre, et spécialement au cours des deux chapitres prochains En fait, si le mouvement Consciente / Conscience de soi / Rai-
qui devront traiter précisément du rapport de la section son opare déjá une premilre réduction totale de la dualité. su-,
« Esprit » á. l'ensemble de rceuvre,' et établir réquation totale jet / objet (du point de vue de la conscience) ou . substance / sujet
de selle-ei. Pour 'acure, de faltón plus limitée, c'est des relations (du point de vue de la Science.), et exprime ainsi le sens unitaire.
de l'Esprit avec la premiare totalisation réalisée au niveau de la de l'ceuvre, i1 reste encore á exprimer cette . unification á. un.
Raison qu'il nous faut traiter. niveau plus intégratif, qui intéresse le contenu total de l'existence
Haering, on le sait, oppose de la fagon la plus nette l'un et humaine : les termes que ce second parcours mettra: en relation
l'autre de ces mouvements. Jugeant de, la Phdtromértologle selon seront, d'une part, l'unité signifiante constituée par les quatre
le plan de la 4 Philosophie de l'Esprit 3. enseignée par Hegel premiares sections grises comme un seul bloc, et constituant
au cours des années qui précédérent la rédaction de son premier l'Esprit dans l'élément de la conscience, et d'autre part la section
livre, il pense retrouver en elle les trois divisions majeures de « Religion », déterminée comme l'Esprit dans l'élément de la
ces cours : l'Esprit subjectif (Conscience, Conscience de soi, conscience de soi, — le Savoir absolu jouant á l'égard'de cette
Raison), l'Esprit óbjectif (Esprit) et l'Esprit absolu (Religion, 'nouvelle opposition Conscience / Conscience de soi le róle que
Savoir absolu). A la considération de l'existence indivíduelle remplissait déjá, au premier niveau, la section « Raison » :
succéderait de la serte celle de la réalité humaine prise dans eelui d'étre la totalisation ultime des totalisations. partielles anté
l'ensemble de ses déterminations sociales et institutionnelles, rieures. Ainsi, le méme mouvement total se développe-t-il deux
avant que ne s'imposent les formes supérieures de la culture 'fois notre premier chapitre a embrassé la premiare dans son
intégralité ; les chapitres u, IIr et iv correspondent au second
3. Ph. G., 256/17 (I 289/23). Ci-dessus, p. 100. de ces déploiements et, de fagon plus précise, le chapitre u
112 VORGAN/SATION DES EXFÉR1ENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIENCE 113
concerne la position du premier terme de ce second mouvement. simplicité du résultat présent. Le second correspond proprement
Ces considérations anticipent évidemment sur l'étude á venir ; 'a une introduction, étant comme une premiare description..de
mais elles sont indispensables, au moins á titre de pierre d'at- rattitude qui sera désormais cene de la conscience. Quant au
tente, pour donner toute sa force á rOtude des corrélations troisiéme, il dégage des corrélations, cette fois, ..véritablement
qui. existent entre la section < Esprit » et les trois déjá consi- structurelles, mon.trant comment l'Esprit est depuis l'origine le
dérées : ce que Hegel veut construire ici,:c'est l'unité d'un terme dynamisme secret qui oriente la conscience, et dispose les étapcs,
unique — l'Esprit dans sa conscience qui puisse constituer de son itinéraire selon un ordre signifiant. Le quatriéme para,'
l'un des deux póles de rceuvre envisagée, ;dans sa totalité. 11 faut gaphe, en nous introduisant déjá dans le premier temps du déve-
ajouter que de telles réflexions, mame si elles débordent l'intelli- loppement nouveau, en tire les conséquénces au plan des carac-
gence actuelle de ce livre, tele que nous raVons déjá acquise, téristiques originales des expériences quid contient. Et les deux
sont ici pleinement á leer place, puisqu'elles ne font que repren- derniers dessinent les grandes ligues de ce développement futur,
'S,dre les indications que Hegel comme nous allons le au niveau de la section « Esprit » elle-mame' tout d'abord, puil,,
rappeier dans uninstant, juge nécessáire de donner dans rintro- sous forme d'une esquisse, en nous ouvrant á la signification 'des
duction: k la section -c.. Esprit le. deux sections sur lesquelles s'achave rceuvre. ,
Le plan de, cette seconde étape s'Impose de lui-mame. En C'est done d'abord la liaison directe entre l'Esprit et la Rai-
étudiant d'abord les corrélations structurelles que Hegel dégage Son qui se trouve soulignée. Hegel enumere les trois temps au
Ty-..pour elles-mames dans les introductions á l'Effectuation de la Cours desquels « l'objet de la consciente, la pure Catégorie, s'est-
-conscience de soi rationnelle et á rEsprit, nous nous tiendrons élevé jusqu'au concept de la Raison s» : la Raison observante,
au- plan des rapports formels qui s'imposent au niveau du pour- dans laquelle cette unité de la conscience et de son monde est
e7 nous ; puis, eD examinant les parallélismes de mouvement, nous nostulée sous mode objectif ; la Raison active, qui développe.
aborderons le détail de l'organisation du contenu qui joue á rin- cette unité á partir d'elle-mame, A. partir de la certitude véritable'
. térieur .du cadre élaboré. A. vrai dire, la définition de ces deux qu'elle a acquis, comme Soi,. de sa propre universalité effective ;
-:'ellirections de recherche á Nide des concepts de forme et de enfin, la détermination de la Catégorie telle qu'elle est en et pour
contenu est parfaitement inadéquate, et il ne faut point la pres- soi, dans rexercice de sa souveraineté concrete sur un monde
ser outre mesure : en fait, les textes équationnels embrassent déjá qu'elle á prouvé comme sien. Cette réconciliation entre le sin-
tout le. contenu, et les corrélations de mouvement impliquent gulier et i'universel, ce concept de la Raison déployé comme
l'existence de reladons formelles ; mais les premiers intéressent 'concept, voilá ce qui constitue l'Esprit dans son surgissement •
surtoutn dans l'intelligence totalisatrice du philosophe, les rap- premier. Mais alors, si tel est bien le résultat de l'expérience pre-
pOrts entre lae situation nouvelle et les figures passées qui ont e,édente, si l'unifé de la substance et du sujet s'est ainsi réelle-
permis de la dégager peu á nein tandis que les secondes suivent ment posée, á auoi bou un nouveau développement, et qu'y, .
rexpérience: elle-mame dans son développement présent, et pré,- á dépasser lá oú le terme est atteint ? C'est que, en fait, - la'
parent en lui la.madare d'une nouvelle totalisation. négativité de ce mouvement demeure conditionnée par l'niiilaté-
ralité de l'affirmation sur laquelle elle tombe ; de sone que la
Chose mame, tout en étant en et pour soi la position de 1' « In-
dividu universel », n'est encore, au plan de .1a réalité effective,
INTRODUCTION A LA SECTION a ESPRIT » que sa détermination abstraite. L'individu, en sa réalité essen-
tiellee n'est plus en conflit avec le monde, voilá qui est n.o:mis ;
mais ce monde, quel est-il ? Tant que nous n'avoná pas laissé
Les quatre pages écrites par Hegel en guise d'introduction á son contenu se déployer librement, dans la complexité des reía-
nseclion c Esprit » 4 ne sont pas d'une seule vence, et les six tions sociales qu'il engendre, il demeure une réalité globale,
paragraphes qui les composent répondent á des préoccupations indistincte, indéterminée, autrement dit une c essence spiri-
et á des finalités différentes. Le premier n'est guare plus qu'un tuelle », « et la conscience de cette essence est un savoir formel.
texte récapitulatif, qui rassemble les moments antérieurs dans la
. . -
4.. Pit: G.,, 313-316 (U 9-13).. 5. Ph.G., 313/7 (II 9/6).
3
114 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DALAS L'ÉLEMENT DE LA CONSCIENCE . 115

de celle-ci qui tournoie autour de son Contenu diversifié ° soi effective, ou elle est echos Cette égalité éthique de
Car il est vrai que tout le contenu est présent dans ce résultat, la conscience singuliére et de la conscience universelle, voilá qui
mais de telle sorte pourtant qu'il n'a pas encore manifesté, dans se réalisera de fagon effective dans c. la vio d'un peuple
son auto-mouvement, son égalité avec la conscience elle-mame : c'est-á-dire dans la premiére figure de la section « Esprit » ;
a En se plagant da caté de la substance; celle-ci est i'essence jusque-lá, nous assistons á une serie d'efforts infructueux, — et
spirituelle étant en et pour soi qui n'est pas encore conscience l'on comprend pourquoi les corrélations cnie nous rencontrerons
de soi-meme » La section nouvelle sera précisément la posi- au niveau de l'organisation du contenu souligneront le plus
tion de cette réalité spirituelle dans l'élémetit de la conscience, de souvent que telle figure de l'Esprit achéve et accomplit ce (pie •
tele sorte que cette essence en vienne á se représenter á elle- tele autre figure de la Raison avait tenté en vain de réaliser.
mame comme monde effectif 8. Mais si ces expériences ne peuvent aboutir lorsqu'on les envi-.
C'est ici qu'il convient, pour preciser!cette nouveauté, de retire, sage ainsi á leur propre niveau, c'est que la Raison, en accédant
á l'intérieur de la section a Raison », Pintroduction á l'Effectua- au seuil de l'ordre éthique, n'a point encore en elle-méme (ou
tion de la conscience de soi. Ce que nous y rencontrerons, c'est n'a plus) ce qui lui permettrait de vivre en lui et .de s'y épanouir.
un simple commentaire anticipé de ce premier paragraphe de la librement : « La conscience de soi, qui n'est d'abord Esprit
section « Esprit ). La Raison est Esprit lorsqu'elle atteint á lá qu'immédiatement et selon le concept, est sortie de ce bonheur
certitude a d'avoir son unité avec soi-méme dans lc doublement consistant á avoir atteint sa détermination et á vivre en elle, ou
de sa conscience de soi et dans l'indépendance des deux [cons- bien encore elle ne l'a pas encore atteint ; -onlpeut en effet dire
cienees de soi] P. Mais ce n'est a que le concept de l'Esprit, aussi bien l'une ou l'autre chose ". » D'une part, en, effet, c'est
tel qu'il peut etre dégagé au niveau du pour-nous : car, pour la comme conscience singuliére que la Raison trouve sa vérité dans
conscience elle-méme, cette certitude objective se presente encore l'universalité éthique ; mais la prise de conscience de cette
empine une táche á réaliser, Camine un intérieur qu'il faut tra- gularité signifiera préciséinent la perte de rassurance globale de
duire dans l'effectivité concrete. Ainsi doit etre comprise raffir- la « confiance compacte 13 », que l'individu trouvait dans sa tela-
mation que nous avons lue dans le premier paragraphe de la don á runiversel comme á sa propre substance perte nécessaire, •
section « Esprit », et qui montre que la Chose mame est déjá d'une vérité trop humédiate, qui peut visor l'abstraction reme.-
l'essence spirituelle, mais .pas encore Peffectivité spirituelle. nente des deux dernieres sous-sections de la Raison par rapport
En fait, avec les deux demieres sous-sections de la Raison á l'Esprit (ce que la conscience doit perdre, ce qu'il lui faut
nous sometes déjá entres dans le domaine de l'ESprit, nous avons oublier poni acceder pleinement á l'ordre éthique), mais qui
déjá abordé son róyatune ; mais le premier traitement qu'elles laisse déjá..deviner en transparence, ou méme designe de fanon
font subir á un concept désormais determiné daná sa vérité est Plus directe, la dissolution á. laquelle sera sourilse i cette substance
un traitement encare abstrait, qui ne peut aboutir qu'á un résultat 'Ithique dans l'Etat du droit ; dans l'un et l'autre cas (mais plus
encare- posé au niveáu de la substance : « Cette substance évidemment dans le secon.d), la conscience devra, regagner don-
éthique, dans l'abstraction de runiversalité, est seulement la 101 loureusement ce qu'elle a perdu (et qu'elle ne ..Pouvait pas ne
pensée '`) ', celle-lá mame quies'exprime dans les efforts uni- pas perdre). D'autre part (ce qui est dire 1á mame chose de
latéraux et infructueux de la Raison legislatrice et de la Raison l'autre point de vue), la conscience singuliére, en cela mame,
examinant les lois. En fait, considérée dans toute sa richesse, la manifeste qu'elle n'a pas encare atteint á la vérité de l'existence
substance éthique a est non moins immédiatement conscience de éthique ; en effet, revenue en elle mame hors du mouvement de
Pobservation, assurée dans l'universalité encore abstraite du Juge-
6. Ph. G., 313/24 (II 9/23). ment infini, elle ne connait ce c bonheur », c'est-á-dire son
7. Ph. G., 313/31 (II 10/1). egalité avec l'esprit d'un peuple, que sous la forme d'un devoir
8. Ibid. — Cette détermbation de la substance spirituelle dans rélément de
la conscience está comprendre comete la lente montee da sujet au sein de etre : la conscience pratique a a la certitude de cette unité, ; cette
de cette substance : au terma de cette section; devenu pour unité vaut pour elle comme presente en sol, bu. encore cette
monde effectif, pourra s'afrin:ner dans la réalité propre de sa conscience de
sol (Religion).
9. Ph. G., 255/17 (1 288/17). On voit pourquoi la figure Domination et
Servitude, qui répond déla It ce concept, peut &re présentée, ainsi que nous 3. Ph. G., 256/39 (I 290/17).
l'avons vu, comme la preraibre apparition de l'Esprit. 4. Ph. G., 258/29 (I 292/30).
10.Ph. G., 256/32 (I 290/8). 5. Ph. G., 259/7 (1 293/16).
+11

harmonie. de soi et de la choséité est déjá présente. seulement déployer, saos forcer les étapes, l'expérience en laquelie il est
cene- harmonie doit devenir pour elle par le moyen d'elle- engagé : « La conscience de sol, qui n'est d'abord que le concep .t
mame, ou encore son faire vaut aussi bien comete l'action de de l'Esprit, foule ce chemin en étant déterminée comme étant
la trouver " a. pour sol l'essence comme esprit singulier et sort but est par ;'.
.« Si done la vérité de cette conscience de soi rationnelle est conséqueut de se donner une effectuadon comme singuare, et
pour nous la substance éthique, pour elle se trouve seulement de jouir de soi comme singuliére dans cette [effectuation116.
ici le début de son expérience éthíque dte monde" » Autrement Lorsqu'u aura parcouru ce chemin; I'individu sera lui-méme ,un
dit, ridendté de la conscience et de la Science, du sujet et de monde, et la réalité qu'il rencontrera et déploiera ne lui vaudra
la substance, ne se trouve pas encore posée comme telle. Et plus seulement comme essence lointaine, mais comme.effectivité
les deux points de vue identiques et. opposés •dégagés ei-dessus spirituelle immédiate.
tracent le. mouvement qui mete á acccimplir pour atteindre á C'est cela qu'exprime, et dans les mémes termes que le texte
une telle unité. Selon le premier d'entre eux, la conscience a de la section « Raison » que nous venons d'évoquer, le début.
échappé á runiversel, et elle s'efforce de reconquérir ce qu'elle du second paragraphe de l'introduction á la section « Esprit »
neepossade plus que comino un butJOintair, une réalité dont elle « L'essence spirituelle a déjá été désignée comme la substance
est .déchue ; -selon le second, elle est encore en chemin, menée , Migue ; mais l'Esprit est l'effectivité éthique". » N'étant plus
á rraveugle vera une vérité qu'elle n'a pas encore expérimentée, seulement essence, mais totalité effective, il est á la fois le Soi
et:qui n'est présente en elle que comme 'une exigente abstraite. de la conscience pour lequel le monde a perdu « toute signifi-
D'une part, l'universel est posé, et íl s'agit de lui redonner vie cation de quelque chose d'étranger" », et la. substance univer-
en l'animant au mouvement de la conscience de soi ; de l'autre, selle qui est constituée par l'opération de toutes. les sconsciences
la consciente suit simplement sa route, s'élevant peu á peu au- 'de soi Allá, de quelque caté que ron aborde désor-
dessus d'elle-mame vera un savoir ne connait pas encore. mais cette relation, ce qui s'impose c'est l'unité effective de
Dans la Préface, évoquant ces deux représentations possibles ses termes, qui ne sont plus Feulement impliqués l'un dans
•duanouvement total, Hegel montrera que le premier d'entre eux l'autre au plan de leur analyse conceptuelle, mais se déploient
répond mieux aux exigentes de répoque : « Maintenant, dira-t-il, concrétement dans un mouvement de réciprocité, constitu-
la tache ne consiste plus tellement á ptirifier l'individu du mode -; tive : « Cette substance est aussi bien l'wuvre 4niverselle,
de rimmédiateté sensible poli: 'faire de lui une substance pensée qr', par ropération de tous et de chacun, s'engendre commc leur
et pensante, que plutót dans le contraire : par le fait de sur- unité et leur égalité, car elle est l'étre-pour-soi, le Soi, l'opérer
pfrimer. les pensées- formes et solidifiées, donner effectivité á [...j. C'est précisément paree qu'elle est l'étre dissous dans le
runiverseleet- luí infüser. l'Esprit". » Et ici, deja, il affirme de Soi qu'elle n'est pas l'essence morte, mais est effective ct
mame :. < Puisque se trouve plus. appropriée á notre temps la • vivante".
forme de -ces moments dans laquelle ils se manifestent apras que Ces considérations générales sur l'égalité (en 'sol) et la diffé-
. La conscience a perdiz sa vie éthique et, la cherchant de nouveau, rence (au plan de la réalité effective) entre Raison, et Esprit
répate ces formes, ils .peuvent done étre représentés ici plutót introduisent au troisiéme .paragraphe, dans lequel l'Esprit, désor-
ocian ce mode d'expression". D Autrement dit, á notre époque, mais défini dans sa vérité concrete, peut apparaitre comme
l'universel est déjá présent dans les proposítions et les concepts récapitulant en soi tout le mouvement antéricur : 11 est en effct
élaborés comme le résultat de rinquisition philosophique pour- « ressence absolue et líate qui se soutient soi-mame »,.tandis
suivie au long des léeles, et rceuvre á réaliser consiste á insuffler que « les figures de la conscience considérées jusqu'a. présent
á nouveau la vie et la conscience de soi á cet universel pétrifié,
en laissant rindividu, qui désespare de cc savoir abstrait, le maní-
déjá existantes : « Si rentreprise d'édifier une nouvelle ville dans un pays
fester, peu peu comme sien" ; ce qu'il fera .en laissant se désert comporte ses difficultés, d'autre part, lorsque l'on a pour tIche de
donner une nouvelle assise á une ville antique, fortifiée, possédée et habitée
14.Ph. G., 259/36 (I 294/17). depuis longtemps, on trouve il est vrai du matériau, mais 1 cause de cela
15. Ph. G., 260/4 (1 294/26). des obstarles d'une autre sorte. » Logik, 11/211. I.
16.Ph. G., 30/31 30/15). 19.Ph. G., 261/7 (1 296/9).
• 17. Ph. G., 261/2 (1 296/3). 20.Ph. G., 314/5 (11 10/7).
18. en connait 'Image fameuse dont Regel usera, en 1816, pour exprimer 21. Ph. G., 314/10 (11 10/11).
cette diffieult6 constituée par raffrontement aux • élaborationa syatématiques 22. Ph. G., 314/17 et 28 (11 10/18 et 29).
r 118 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES
L'ESPRIT DANS L'(LEMENT DE L.^. CONSCIENCE 119

sont des abstractions de cet Esprit" ). En réfiéchissant sur la leur passage réciproque i'un dans l'autre engendre la figure qui
méthode » de l'ceuvre, sur le mode de progression de son est leur imité rationnelle, — de telle surte pourtant que cette
contenu, nous avons souligné que la nécessité du passage d'une affirmation premilre demeure tributaire, pour la conscience
expérience dans l'autre réside dans le fait, que la totalicé mani- elle-méme, du caractére particulier qu'a revétu le processus de
festée au terme est déjá présente aux premiares étapes du déve- son surgissemcnt : « Comme conscience immédiatc de l'étre-en-
et-pour-soi, comme unité de la Conscience et de la Conscience
loppement, et dirige le mouvement de la ;conscience dans son
de soi, l'Esprit est la conscience qui a [la] Raison, et qui, comme
effort aveugle vers la plénitude du savóir ; désormais, cette cet avoir l'indique, a l'objet comme determiné rationnellement,
réalité souterraine, á raction caché; est devenue suffisamment o-u par la valeur de la Catégorie, en sui, de telie fagon cependant
claire pour apparaitre au grand jour comine la raison véritable
de l'itinéraire parcouru, et pour permettre une relecture de celui- que l'objet n'a pas encore lui-méme pour cette conscience la
valeur de la Catégorie. L'Esprit est alors la conscience, de la
ci au niveau de son déploiement réel. ;Autrement dit, ü devien-t considération de laquelle nous venons de sortir". » L'aásompfionl
évident que les figures considérées jusqu'alors n'avaient pas
leur subsistance véritable en elles-mames, mais n'étaient que de cette vérité rationnelle au plan de l'effectivité est le passage
les « moments » de l'affirmation de l'Esprit, les étapes succes- á l'Esprit reconnu pour lui-méme, tel qu'il se donne á connaitre
sives de son actualisation : oh est posé 1'Esprit ou la dans l'éiément de la conscience, c'est-D-dire dans l'objectivité
du monde éthique : « Lorsque cette Raison, que l'Esprit. a,
réflexion de ces moments en eux-mames, notre réflexion peut les
remémorer rapidement de ce point de vue". » Ainsi va s'opérer, est enfin intuitionnée par lui comme une Raison qui est la
au niveau de ces corréiations structurelles, la totalisation nouvelle Raison, ou comme la Raison qui en lirin est effective - et est
que dóit opérer cette section. son monde, alors l'Esprit est dans sa vérité ; fi est 1'Esprit, il
« Ces moments étaient - Conscience, Conscience de soi et est l'essence éthique effective".
Prises poni elles-mames, sous la forme oil la •On le voit,- ce texte synthétique ne nous apprend rien de
Raison »
conscience les rencontrait, ces attitudes successives se présen- plus que ce que nous savions déjá. Mais 11 rassemble dans l'unité
taient tour á tour avec une plénitude totale, emplissant tout le du mouvement qui les pose les structures des trois premiares
champ du savoir et le déterminant intégralement : ainsi de la sections de rwuvre, exprimant á nouveau le mode selon lequel .
Certitude sensible, décrite colme la connaissance la plus pauvre Conscience et Conscience de soi s'opposent dans leur unilatéralité
et la plus riche ; ici par contre, en cette récapitulation á partir et se réconcilient ensuite dans leur fondement commun. bous
de l'Esprit, nous les atteignons sois la raison du manque qui sommes préts désormais á aborder les corrélatloris contrates au
en eux se manifeste, et qui provient de ce gire l'Esprit se donne niveau des figures elles-mames, et á les lire selon leur signification
á connaitre en chacun d'eux selon un aspect seulement de sa véritable, c'est-á-dire en prétant attention á la manare dont
richesse entiare ; ainsi en va-t-fi, par exemple, de runilatéráité chaqué expérience nouvelle reprend et accomplit le mouvement
des deux premiares sections : « L'Esprit est done Conscience qui n'avait pu jusqu'alors se poser que dans l'ábstraction d'une
en général, qui comprend en soi Certitude sensible, Percevoir et rationalité non encore effective : car « ces figures se distinguent
l'Entendement, en tant que;n.dans ranalyse de soi-méme, il des précédentes en ce qu'elles sont elles-mémes !les esprits réels,
retient fermement le moment selon lequel il est á soi effectivité des effectivités proprement elites, et, au lieu d'étre seulement des
objective, dans Pélément de l'étre, et fait abstraction de ce que figures de la conscience, sont des figures d'un monde" ».
cette effectivité est son propre atre-pour-soi. Retient-il ferme-
- ment au contraire l'autre moment de ranalyse, selon lequel son 27.Ph. G., 315/13 (II 11/22). Sur cette opposition entre l'avoir et l'étre,
cf- déjá 252/33 sq. (I 284/34 sq.). Ci-dessus, pp. 99.
objet est son étre-pour-soi, alors fi est conscience de sol". » 28.Ph. G., 315/20 (11 12/2).
Enfin, comme cette opposition de points de vue s'enracine dans 29.Ph. G., 315/30 (II 12/10). On volt que cette réflexion sur Forganisation.
Punité de ce fondement spirituel commun qui « s'analyse, sépare des masses rédactionnelles et sur les relations qu'elles entretiennent les unes
avec les nutres ne pent faire pieinement iustice h la richesse nriginale que,
ses moments, et séjoume pras de ces moments singuliers" », plus qu'une autre, présente cene section a Esprit », et á l'intérét que revét
la présentation du contenu des .expériences qu'elle met' en ceuvrc. C'est ici
surtout que la méthode suivie en cette étude révéle son caractére de « réflexion
23.Ph. G., 314/31 (II 11/1). au second degré », qui suppose déjá connue et énrouvée la richesse foison-
24.Ph. G., 315/2 (II 11/12). nattie de ces figures, ct se propose, non pas de les étudier en ellcs-mémes,
25.Ph, G., 315/5 (1! 11/15). mais de les situer dans la siructure du Tout.
26.Ph. G., 314/34 (II 11/3).
nt••■ L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA COÑSCIENCE 121

• de rintroduction a déjá Dermis de souligner puisque la singular


rité est déterminée désormais comme conscience de soi uni-ver,
U. LE MONDE DE L'ESPRIT VRAI selle, la substance éthique est done substance effeaive, ou encoré
• « l'Esprit absolu réalisé dans la multiplicité de la Corts.eienas •
étant-1 ; cet Esprit absolu e est la comrnun'uté (Gerneinwe
La premiére dialectique de L'Ésprit vrai — á savoir « le sen) qui pour nous, lors de notre entrée dans la figuration pra.: .
Monde éthique, la loi humaine et &Vine, rhomrne et la tique de la Raison en general était l'essence absolue, et ici
femme s'ouvre sur un parallélisrne de moavement qui nous surgí pour soi-méme dans sa vérité comme essence éthique cons-
invite á penser la division de a la substance simple de l'Esprit » ciente, et comme l'essence pour la conscience, que nous avons
sur le modlle' de la division de la conscience, et évoque le pour objet " ). Paralléle qui, on le voit, est á rattacher aux
passage de la Cerfitude sensible á la ,Perception : « Comete la réfiexions sur la structure de rceuvre telles que nous les avons
conscience de l'étre abstrait, de l'étre sensible, passe dans la dégagées ci-dessus.
perception, ainsi également la• cesta-Ude immédiate de 1'Z:te Plus loin, c'est la division des sexes qui se tronve mire en
éthique réel ; el de mame que pour la perception sensible l'are relation avec le concept de « nature originairement déterminée
ssbnple devient une chose aux nombreuses propriltés, de mame tel que le définit la figure- du « Régne animal de l'Esprit ».'
pour- la perception éthique le cas de i'agir est une effecfivité aux Les deux essences universelles du monde éthique, á savoir la
nombreux rapports éthiques". » Entre les deux situations, ji y loi divine et la loi humaine, ont leur incarnation concréte dans
a- des ressemblances et des différences, d'ailleurs, des conscientesde soi distinetes, « paree qué l'Esprit éthique
sigtifiant moins une opposition qu'un dépassement et un accom- est l'Imité immédiate de la substance et de la conscience de soi,
plissement. Des deux catés, la division entre la simplicité et la immédiate.té qui se manifeste done da caté de la réalité et
multiplicité « se concentre .dans l'opposition essentielle de la de la différence en méme temps comme l'étre-lá d'une différence
singularité et de l'universalité mais d'une rnanilre plus fon- naturelle ». Cette pada:he singularité, dans rélément de l'étre,
damentale et plus pure dans le cas de la substance éthique, de du príncipe uníversel, rappelle et accomplit ce qu'exprimait
sorte que ces deux termes y sont déterminés avec une valeur déjá á un niveau imparfait, dans « 1'Individualité 1,qui se sait
absolument identique, comme des a lois » égales en dignité, alors nous soi réelle en et pour soi la singularisation naturelle de
que, pour la perception sensible, runiVersel valait comme i'cssen- • l'étre : « C'est le méme caté qui, dans la figure de l'Individualité
tiel, et le singulier (le percevant et le pesen) comme rinessentiel". • réelle pour soi-méme, dans le concept de l'essence spirituelle,
Déjásalors, 11 est vrai, étant donné que l'universalité, comme se tnontrait comme nature originairement déterminée. Ce moment
résultat de la Certitude sensible, était, pour la Perception, « prin- perd i'indéterminé qu'il a encore lá, et la diversité contingente
cipe en général:», nous savioni qu'étaient aussí universeis « les • des dispositions et des capacités. fi est maintenant l'opposition
moments se différenciant immédiatement en elle"» ; mais main- déterminée des deux sexes, dont la naturalité en méme temps
tenant, bien plus encore, fi est parfaitement évident que ces deux reetnit la signification de, leur détermination éthique". » Autre-
déterminafions de l'universalité et de la singularité « expriment mena dit, l'égalité effective de l'universel et du singulier ne se
seulement ropposition_ superficielle_des deux catés l'un á régard réalisait, dans la section précédente, que sous une détermination
de l'anee" ». Autrement dit, l'Esprit ,lui-méme, au cours de extrémement générale (la « capacité » eones11e qu'a rindividu,
l'expérience qui s'engage ici, a conscience de ce que les moments en fonetion de ce qu'il est, d'effectuer une série d'actionst défi-
qui se distinguent en lui, loin d'exprimer un dualismo quelconque nies), alors que maintenant cette détermination, dans la dicho-
et une peste de son unité, manifestent seulement la richesse de tomie des sexes, est pleinement accomplies au plan de la natu-
celle-cl. ralité immédiate.
Viennent ensulte une série de corrélations avec des figures Le monde éthique peut alors se déployer dans réquilibse vrai
de la section a Raison ». Tout d'abord un point que la lecture de ses mon:lents et de ses masses. Toutcs les tentatives antériTures
1.30. Ph. G., 318/12 (II 15/15). 34. Ph. G., 318/35 (I1 16/12). Cf. l'introduction á L'effectuadan de la
- 31. Ph. G., 318/18 (II 15/21), et 89/32 (I 93/20). conscience de sol rationnelle.
:,,,.- 32;?Ph. G., 89/18 a 93/6).., 35. Ph. G., 327/22 (II 26/21). ,
33. Ph. G., .318/27 (TI 16/5). 36. Ph. G., 327/26 (II 26/25), qui renvoie á 285/26 (I 325/4).
utWAN1SATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉK4ENT DE LA CONSCIENCI,. 123

pour conjoindre les concepts fondamentaux ne pouvaient aboutir, contenu et déterminé en lui-iname — non point des lois, mais
du fait de l'rmilatéralité des perspectives én jeu : mais désormais, de ce qui est fait".
« dans ce contenu du monde éthique, nous voyons atteintes les Tomes ces corrélations, qui ont une signification idendque,
flns que les précédentes figures de la conscience, dépourvues de corroborent le type de liaison entre la .section « Esprit » et les
substance, se proposaient 37 Sans doúte, les dialectíques de sections précédentes que le texte d'introduction nous avait per-
la Conscience et de la Conscience de sol permis un premier mis de dégager. C'est pourquoi, s'il est vrai que la Raison, en
rapprochement de la substance et du sujet ; mais si la Raison son ordre, exprime. déjá un point d'aboutissement et une tota-
est déjá certitude de leur uníté, elle n'est:précisément que certi- lisation du sens, on volt qu'importe davantage encore la tota-
tude, autrement dit elle « vise » et postulé cette unité tour á tour lisation, identique en son essence, mais plus concréte qu'opare
du point de vue de robjet et du point de vue de la conscience ; ce riouveau mouvement de l'Esprit.
id, par contre, l'unité de ces mouventents de la Raison obser- Dans la seconde figure de l'Esprit vrai, c'est-á-dire « l'Action
vante et de la Raison active se trouVe posée dans reffecfivité éCnique, le savoir humain et divin, la faute et le destin », nous
Ce que la raison appréhendait 'seulement contrae objet est rencontrons encore deux paralléles qui soulignent le progras
-devenu conscience de soi, et ce que celle-ci avait seulement en décisif accompli depuis les dialectiques de la Raison. Le premier
elle-mame est présent comme vrsde effectivité". consiste en une simple incise. Puisque chacun des principes
Hegel détaille ensuite le mouvement de cet accomplissement. éthiques, ainsi que nous ravons vu, est parfaitement déterminé
Et tout d'abord au niveau de la Raison observante : « (2e que dans l'élément de l'ase, iz contient done en lui-méme la raison
robservation savait comme un trouvé, auquel le Sol n'aurait de son individualisation pléniare. La simple conscience de soi
aucune part, ce sont icí les mceurs trouvées, une effectivité cepen- qui, au tenue de cette dialectique, s'affirmera dans l'abstraction
dant qui est en mame temps l'opération et rceu.vre de celni qui de ses droits singuliers, ese le ressort de cette action éthique qui
la trouve". D Si l'Esprit dépasse ainsi la pure passivité dé la va diviser le monde de l'Esprit vrai ; en effet, chacune est tota-
raison qui « cherche sa propre infinité », il dépasse parefflement lement donnée á celui des principes dans lequel elle se fonde
l'abstraction dont demeure affectée, en. sa certitude intérieure, comme en son essence, et elle ne peut douter de son « droit
la raison qui tente de réaliser puis de vivre á partir d' elle-méme qu'elle est dísposée á faire triompher en faisant fi de toute entre
runité de ratre et du Sien qui est sa propre définition. Hegel affirmation : la conscience de soi, « comme conscience éthique,
n'a aucune peine á montrer que toutes les figures appartenant • est la simple et pure direction vers l'essentialité éthique, ou le
á ces deux derniares sous-sections de la Raison ne trouvent qu'ici devoir. Aucun arbitraire, et parelilement aucun conflit„ aucune
la vérité de leur signification : « Le singulier, cherchant le plaisir indécision ne sont en elle, car la législation et l'examen des lois
de la jouissance de sa singularité, le trouve dans la famille, et ont été abandonnés, mais I'essentialité éthique est pour elle
la nécessité, dans laquelle le plaisir disparait, est sa propre cons- rimmédiat, rinébranlable, ce qui est sans contradiction' D. En
cience de soi comine d'[uni citoyen de son peuple ; ou bien effet, si la Raison législatrice et la Raison examinant les lois
cela consiste á savoir la loi du cceur comete la loi de tous les contenaient en germe toutes les décisious arbitraires et tous
cceurs, la conscience du -Sof comme l'ordre universel reconnu ; — les conflits possibles (opposition tragique entre le devoir et la
c'est la vertu qui jouit des fruils- de son sacrifico ; elle réalise ce passion, opposition comique, dans laquelle rabsolu s'afinule lui-
á quoi elle tend, á savoir d'élever l'essence a la présence effec- rname, entre le devoir et le devoir), c'est paree que les moments
tive, et sa jouissance est cette vie universelle. Enfin la conscience du cencept total (runiversel et le singulier, l'en-soi et le pour-soi)
de la Chose m'eme est satisfaite dans la substance réelle, qui d'une demeuraient encore extraposés sous les formes nen pleinement
fagon positive contient et retient les moments abstraits de cette réconciliées de l'objet et du sujet ; de sorte e que l'opposition
Catégorie vide. Elle a dans les puissances éthiques un contenu essentielle, la contradiction absolue, qui expriment la tichesse
véritable, qui a 'gris la place des commandements privés de de l'esprit concret, ne se présentaient pas en elles milis une
substance que la sainé raison voulait donner et savoir ; — de forme pure ; mais voilá qui est possible dorénavant, puisque la
la mame martiare elle a, par lá, un critére d'examen riche de conscience singuliare, sans plus légiférer ni juger, en vient á s'en-
37.Ph. G., 328/16 (II 27/20.
38.Ph. G., 328/19 (II 27/22). 40.Ph. G., 328/25 (II 27/29).
39.Ph. G., 328/22 (II 27/25). 41.Ph. G., 331/21 (II 31/4).
• L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIENCE 125.
124
gager de falten radicale dans l'action qu'elle entreprend, en un On pourrait étre étouné de ce qui parait un retour á une dis:
mouvement oh se jouent le gain plénier ou la perte totale d'elle- sociation qui paraissait définitívement dépassée. En fait, ce n'est
mame... plus de dissociation qu'il s'agit, et non plus d'une « liberté »
. Si tele est bien l'attitude du sujet, il va de -soi que son objet, abstraite en fase d'une réalité á laquelle l'individu ,se refusait
ou la réalité substantielle, jouit luí aussi d'tinaplénitude de déter- ce qui est en cause, c'est la richesse mame de l'Esprit, déployée
mination qui fait de lui, non plus l'opposé de la consciente, dans l'unité fondamentale qui est sienne présent pulir jamais:
non plus mame une réalité fixée en elle-mame dans son unila- On peut dire de l'Esprit, entendu comme le monde humain total
téralité en face de la conscience, mais lá simple effectivité de posé dans sa vérité, ce que Fiegel déjá, dans la Raison observante, „
ce qu'est le vouloir subjectif. Voilá qui introduit au second ''affirmait de l'esprit singulier dans sa relation au « monde de
• parallale que comporte cette figure ; Hegel. écrit : « La consciente son corps : « L'esprit lui-mame n'est pas quelque chose d'abstiai-
de sal é la c-ot+<aiemor• de la su4stance ; l'objet, comete tgattent sims•Se, másun t unectsaltk
elp~ ~une 11 sol, a par sale Unida coE. ii~Se é&,..zuo~ mata =mal uvtitt‘a\n dus. «11
la ~en_ d'avolr une essence pmr sal, De mame qtfont ~enclañon.4z.
ditirranl depuis longtemps les sphIres OnnS lesquelles robjet est L'effectivité éthigne immédiate s'est structuréé d'une part selon
seulement une choseí ainsi égaleznent ces sphéres dans leSquelles ropposition des principes, et d'autre part selon celes des indP •
la :conscience • tient .pour-ferme quelque chose hors de sol, et .11.idus dans lesquels ils s'incarnent. De sorte que la « leí » de
d'un moment singulier fait une essence. Contm une tele unila- chaque singulier, qui est d'expriber l'universalité de l'Esprit
téralité, reffectivité a une force propre ; elle est alliée avec vrai, se trouve, semble-t-il, mise en échec par cene confrontation
la: vérité contra la consciente, et c'est elle qui présente á selle el dans laquelle lis trouvent leur limite mutuelle. Le résultat est
ce .qu'est la vérité'. » De ce point de vue également, c'est done done la disparition de cette substance éthique, trop compacte,
un pas décisif qui a été accompli, puisque l'objet n'a plus trop uniformément positivo pour exprimen la vérité commune
d'indépendance á faire valoir : le monde de l'Esprit est bien de tous les sujets qui se réclamaient d'elle : « Paree que la
en ,ftain «. se prendre á, de se raer dans sa compacité, substance éthique n'est que l'Esprit vra,, le singulier réstenme 'á
autrement dit de s'affirmer en vérité dans l'élément de la la ceratude de sol-mame » Autrement dit, l'esprit individuel,
• consciente. : qui croyait pouvoir s'exprimer immédiatement dans son monde,
•ss: Ces deux premiers mOuvements de l'Esprit vrai ont signifié . n'a regu de luí que l'image pardelle de sa propre positivité ;
•'-'1'lzeomplissement du contenu anta-lela- et sa totalisation nouvelle e'est done comete tel qu'il est renvoyé en lui-tuéme, poiir y
gráde des-.:corrélationvavec la C,ertitude sensible et la Percep- approfondir en vérité la loi de son Sol : « Le singulier :est cette
' tiOn tont d'abord, avec rehsemble des figures de la Raison substance comme runiversel positif, mais son effectivité consiste
ensuite. Dans.. l'un et Nutre cas,_11 s'agissait de la réalité sous á étre ol négatif universel 4s. » Milis ce retour - en soi, évidem-
salorma: objective (sous -sa forme- «, conscientielle »), une pre- ment, n'est pas. le tenme du mouvement qui s'amorce ; eh vérité,,
miare fois dans sa pureté originelle, une seconde fois dans l'affir- c'est plutót d'un détour qu'il s'agit : aprés étreescendu, á tra-
mation de sa vérité rationnelle. Avec la figure de l'Etat du droit, vers les dialectiques de la Culture et des Lumiares; jusqu'au plus
qui appartient encore á l'Esprit vrai tent en représentant déjá la profond de cette scission de son cssence, le singulier, dans
ruine.-de celui-cii nous pénétrons dans lé mouvement de scission l'intelligence nouvelle d'une force qui peurra á nouveau se dé--
qu'exprimera en sa pureté la dialectique de l'Esprit devenu étrart- ployer, en viendra enfin ás'égaler á sa propre substance dans
gerá soi ; riera d'étonnant, par conséquent, á ce que nous y ren- la plénitude de sa détermination négative.
contrions un long parallale avec les figures qui, dans la section Les premiares étapes de ce périple lui font parcourír une fois
« • Consciente de soi traduisaient la distante maxima prise par encere, le mouvement qui, dans la section « Consciente de soi »,,
le sujet:á l'égard de son propre monde ; mais, plus encore que menea rindividu, á travers les expériences du StoIcisme, du
danaleh,:corrélations.précé,dentes, - le mouvement d'accomplisse- Scepticisme et de la Consciente malheurcuse,..jusqlf á la déter-
/pont ,commandera ici une modification fondamentale et de la
situation effective et de l'attitude de la consciente.
43. Ph. G., 240/3 (I 270/31).
44. Ph. G., 343/7 (II 44/15).
333/4 VI 33/7):'' 45. Ph. G., 343/9 (II 44/17).
L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIENCE 127
126

irdnation pléniare de son pour-soi, c'est-á-dire jusqu'á la redé-


considération que par une simple reprise du mouvement alors
couverte, au-delá d'une impossible rupture, de robjectivité de déployé : « Maintenant, camine rindépendance abstraité du
la consciente de soi. C'est bien d'un « parallélisme de mouve- Stoicisme présentait son effectuafion, ainsi cette derniére repro-
ment », dans Imite la force du terme, qu'il s'agit ici, puisque la duira le mouvement de la premiare ", Qu'est-ce á dire ? — La
raisen unique du passage d'un terme á l'autre est l'appel au conscience ne peut se maintenir dans une indépendance totale
passage identique déjá réalisé lors de rétablissement de cette l'égard de son contenu coneret, puisqu'elle sait le monde
séquente type. comme sa propre essence. Mais, comme elle n'a point réalisé
a Ici done la personnalité est sortie de la vie de la substance pour elle l'unité de ces deux moments, son attitude va consister
étbique ; elle est l'indépendance valant effectivenzent de la á passer sans tréve de l'une á l'autre de. ces affirmations, de sa
conscience 46. a Vient done tout naturéllement l'évocation de dépendance foncilre á son indépendance radicale e a La
la figure stoTque, pareillement fixée dans une indépendance conscience stoYque pasáe dans la confusion sceptique de la 1
abstraite, — mais avec cette différence fond mentale que conscience, dans un radotage négatif, qui, sans figure, erre
l'abstraction totale d'alors a fait place, comme nous venons de d'une contingente de l'are et de la pensée á. l'autre, les dissout
le lire déjá, á la reconnaissance de l'effectivité contrate de la 11 est vrai dans l'absolue indépendance, mais les engendre aussi
conscience de soi dans rordre étbique. a La pensée sans effec- bien une fois de plus, et n'est en fait que la contradiction. de
tivité d'une telle indépendance, qui prend naissance pour soi l'indépendance et de la dépendance de la conscience de soi.
par un renoncement á reffectivité, s'est présentée antérieure- Pareillement, l'indépendance personnelle du dr&t est plutest cette
ment comme conscience de soi sto7que; de mame que celle-di égale confusion universelle et cette mutuelle dissolution
est sortie de la domination et de la servitude comme de l'étre-lá .Comme le Scepacisme, le formalisme du droit est done par son
immédiat de la conscience de sol, ainsi la personnalité hors de concept sans contenu propre ". » On se souvient que le Scepti-
l'Esprit immédiat, qui est l'univcrselle volonté dominante de tous , cisme, pour Hegel, est l'une de ces attitudes clefs gráce auxquelies
et aussi bien ieur obéissance servante. Ce qui pour le Stolcisme on se trouve en danger de tout perdre et en passe de tout gagner,
était ren-soi seulement dans rabstraction est maintenant monde suivant que l'on s'en tient au doute superficiel et paresseux ou
effectif". » Par conséquent, á rintérieur de la différence fonda- que l'on pousse jusqu'á la désespérance du monde et de sol-
mentale plusieurs fois soulignée; s'impose id une parenté d'ori- . mame. Le réel n'a plus nulle consistance. Mais quel réel ? a Si
gine et de mouvement : a Le StoYcisnie n'est pas autre chose que dans le Scepticisme reffectivité ainsi déterminée.se nomine appa-
la conscience qui conduit á sa forme absUaite le principe de rence en général et n'a qu'une valenr négative, elle a dans le
l'Etat du droit, rindépenclance privée &esprit ; par sa fuite hors Drolt une valeur positive. Cette valeur négative, consiste en cela
de l'effectivité, cette conscience atteignait seulement la pensée qué l'effectif a la signification da Soi comme pensée, comme
de l'indépendance ; elle est absolument pour soi en tant qu'elle .?'universel en soi quant á cette valeur positive, elle consiste en
rae lie son essence á aucun atre-lá, mais veut abandonner tout ceci que l'effecfif est mitin dans la signification de la Catégorie,
étre-lá et ne pose son essence que dans l'unité de la pum pensée. comme un valoir reconnu et effectif". » Une' fois encare
C'est de la mame manare que le clroit de la personne n'est lié ni l'abstraction totale d'un contenu posé dans son unilatéralité
á un atre-lá plus riche et plus puissant de l'individu comme tel, objective » fait place á rabstraction plus radicale encere d'un
ni. encore á un esprit vivánt tmiversel, mais plutót au pur Un monde pleinement reconnu dans son essentialité- « subjecdve ».
de son effectivité abstraite ou á lui comme conscience de soi en Mais, avec cette ampleur nouvelle et cette portée plus essentielle,
général 48 . c'est bien le mame principe qui est ici á l'auvre : «. L'un et
Cette premiare ,forme que revat la conscience dans rEtat du rautre sont le mame universel abstrait ; le contenu effectif ou la
droit n'est ainsi définie que par sa situation, á la fois positive et déterminité du mien [...] ne sont pas contenus dans cette forme
négative, á l'égard de la conscience stoTque individuelle. Quant vide et ne la concernent en riera. 11 appariient done á une
á son propre dépassement, il n'est ,conunand6 par nulle autre puissance propre [...] 52. »
49.Ph. G., 344/6 (II 45/27).
46.Ph. G., 343/22 (II 45/4). 50.Ph. G., 344/8 (II 46/2).
47.Ph. G., 343/24 (II 45/6). 51.Ph. G., 344/30 (II 46/22).
48.Ph. G., 343/33 (II 45/14). 52.Ph. G., 344/37 (II 46/29).
128 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT ILV-IS L'IlLEMENT DE LA ('¿ii9SCIENCE 1
' 29

Dans la dialectique de la Conscience de sol, ce caractére explicites sont particuliérement nombreuses ; mais elles reiévent
étranger du contenu essentiel s'exprime dans la scission du presque toutes de ces « faux paralléles qui assurent simple-1
monde intérieur, déchiré entre l'en-degá et l'au-delá ; et la ment la continuite du discours en soulignant la retraduction dü
conscience demeure affrontée au « malheur » qu'engendre cette contenu, page aprés page, dans l'élément de sa vérité. II serait
division de sa substance. cette « pufssance propre D ne peut fastidieux de relever ici toutes ces micro-citations, qui n'apportent
étre qu'un. Soi, puisqu'elle est nécessairément posée dans l'élé- d'ailleurs aucune lumilre sur les structures de l'wuvre ou le sens
ment de la Catégorie, autrement dit dans l'identité du monde et unitaire du mouvement qui l'anime. Nous nous bornerons aux
de l'Esprit. C'est pourquoi la perte del tante assurance essen- plus signifieatifs de ces passages, ceux qui instaurent-une relation.
tielle est ici beaucoup plus radicale « Nous avons vu antérieu- de section á section, ou tout au moins de cette sous-section a celle
rement l'indépendance staque de la pure pensée traverser le qui la précéde.
Scepticisme et trouvcr sa vérité dans la Conscience malheureuse, Les premiers paragraphes rappellent quelle était la situation
— la vérité sur ce qu'il en était de son étre-en-et-pour-soi. Si dans la dialectique de la Substance éthique, et définissent en
ce savoir ne se manifesta alors que- comme la vue unilatérale regard le point de départ du mouvement nouveau. L'opposition
de la conscience comme telle, ici s'est produite la vérité effective entre l'essence et le Soi. qui demeurait incluse dans l'unité de, •
de cene vue. Elle consiste en ceci que ce valoir universel de la conscience simple, est ici déployée pour elle-méme ; le Soi.
la conscience de sol est la réalité qui lui est devenue étranglre. de l'Esprit est l'absolument séparé (dans son existente comme
Ce valoir est l'effectivité universelle du Sol, mais une telle effec- personne ») : son contenu se tient face á lui comme une effec-
tivité est aussi bien imraédiatement son renversement ; elle est fivité. Pourtant, ce monde, comme essence spírituelle, est l'inter-•
la perte de son essence ". pénétration de l'Ure et de l'individualité : son étre-lit est done
Le parallélisme avec cette, nnisilme figure de la Liberté de la á la fois rceuvre de la conscience de soi (de toutes les conscientes
conscience de soi est monis nettement souligné que les deux pré- de soi) et une effectivité étrangére, immédiatement Présente, dans
cédents.- Non point que la scission qui la caractérise soit ici laquelle la conscience de soi ne se reconnait pas. Voiíit qui
moros fortement marquée qu'alors ; tout au contraire, la perte impose au Soi un double mouvement : ne pouvant demeurer en
d'elle-méme qu'éprouve la conscience est beaucoup plus étendue lui-méme (oit il est privé de substance et de réalité), il doit renon-
et plus profonde. Mais il lui fuudra du temps, précisément, pour cer définitivement á toute aliénation dans ce qui lui est étránger
mesurer l'ainpleur de cette perte. Toutes les dialectiques qui vont (Entfreindung), et acquérir pie effectivité gráce á.' une véritable
suivre ne sont que l'histoire de cette découverte : l'Esprit est sortie de sol (Entáusserung).
devenue étranger á lui-méme z, non plus selon tel ou tel de ses L'ambigurité de ces deux mouvements imbriqués donne nais-
aspects,•mais au plus intime de sa réalité esSentielle. Nous ver- sanee, d'une part á la conscience pure (= en se livrant au monde
rous que Hegel; au tenue de cette Section, pourra á nouveau étranger, la conscience disparait, en méme temps que celui-ci),
évoquer cette figure de la Conscience malheureuse, qui, alors, et d'autre part á la conscience effective unité consciente de
mais alors seulementi aura déployé tout ce qu'elle contient : l'essence et du Soi). D'oü le déploiement corrélatif d'un monde
&est á l'intérieur de respaCe- qui s'ouvre maintenant en cette double », dont les termes se séparent et s'oppoáent : á la
corrélation que la totalité spirituelle va pouvoir se donner ii conscience de sol effective répond le royaume de la « .présence »,
connaltre dans l'oppósition de ses richesses contrastées. tandis que la pure conscience a affaire á la réalité de l'au-delá,
aú royaume de la « foi ». Le tout de l'Esprit est ainsi devenu
une réalité étrangére á soi, dans un déchirement effectif dont la
Conscience malheureuse n'était pour nous que la forme abstraite.
HL LE MONDE DE LA CULTURE D'nne telle division (et de sa réconciliation á- venir, telle
qu'elle s'exprimera au turne de ce mouvement), nous trou-
vons le « modéle » ébauché dans le mouvement que nous venons
Dans la seconde division majeure de la section « Esprit 2, de suivre : « Comme le monde éthique, á partir de la séparation
— L'Esprit deVenu étranger á soi ; la Culture — les corrélations de la loi divine et de la loi humaine et de leurs figures, comme
la conscience de ce monde éthique á partir de la division dans
53. Ph. G., 346/26 (U 48/33). le savoir et l'inconscience, retournent dans leer destin, dans
9
L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIENC.E 131

le Soi comme la puissance négative de cette opposition, de cience de soi est et se sait ici comme la puissance effective de
méme aussi ces deux royaumes de l'Esprit devenu étranger á soi ces essences ".
retourneront dans le Sol". » Sans doute, il ne s'agira plus alors Notons encore deux autres paralreles qui vont dans le méme I
de la « personne », autrement dit du Soi abstrait de l'Etat du seas_ Le premier concerne, le rapport de la consciente noble avec
droit, mais du « Soi universel, la cónscience saisissant le son essence, c'est-á-dire avec la substance universelle 'de l'État :
concept s5 ; pourtant, c'est le méme mouvement qui nous a Se rapportant á elle de faeon positive, elle se comporte néga-
d'abord amenés de l'objectivité jusqu'au! Soi, et qui nous fera tivement á l'égard de ses propres buts, de son contenn parfieu-
maintenant découvrir la valeur objective ,de ce Soi lui-méme. lier et de son étre-lá, et les fait disparaitre" ; de la sorte, elle
C'est pourquoi les corrélations se multiplient qui mettent en accomplit ce que n'avaient pas pu faire ni la conscience ver-
rapport le mouvement actuel avec celui qui a abouti á la personne tueuse'ni la personne du Droit" : elle est « l'héreisme 'da
du Droit. Le Soi, nous le savons, 'n'a de réalité que dans la service, — la vertu, qui, sacrifie l'étre singulier á runiversel, et,
mesure oh ii s'affronte de fagon effective á runiversel, á cette ainsi faisant, améne l'universel á l'étre-lá, — la personne, qui
totalité qui, pour l'heure, lui demeure encore « étrangére 21, ; il renonce á la possession et á la jouissance de soi-méme; agit et
acquiert, par lá, une égalité avec tous dans le royaume de reffec- est effective dans l'intérét du pouvoir existant" 1. Le second
tivité, une égalité passée par le creuset de la négation : « L'uni- paraille exprime lui anssi l'accomplissement que réalise la
versalité sans esprit du Droit accueille en sol n'importe quelle situation actuelle au regard de calle de la dialectique précédente.
modalité naturelle du caractlre comme de et les La logique du « service » qui renchaIne á l'Etat comme 4 sa
justifie. Mais l'universalité qui a valeur ici est i'universalité propre essence met la conscience noble en totale dépendance
devenue, et c'est pour cela qu'elle est effective". Désormais, d'une réalité objective qui, possédant elle-méme le Soi, est libre
la confonnité l'universel n'est plus seulement objet d'affir- d'aecorder o-a de retenir en caution cet enracinement du sujet
mation abstraite : elle est- médiatisée par l'extériorisation véri- en sa propre substance ; de cette dépendance, la . distributiori 1
table du Soi. de la richesse devient le signe et le moyen. Par la, la conscience
Par lá, d'ailleurs, c'est la substance spirituelle effective elle- atteint au plus absolu déchirement ; car ce qui lui apparait
méme qui se trouve organisée selon l'opposition des moments étranger e'est son propre étre-pour-soi, effectivité solidifiée
qui consfituent le Soi. En elle, les « essences spirituelles ' s'ar- qu'elle doit recevoir d'un autre : son Sei est au pouvoir d'une
ticulent de maniére á exprimer son effectivité sous la forme de volonté • énangére. Plus aucun moyen d'échapper, comme ii
la conscience de soi. C'est pourquoi 1'Esprit, comme áme, du tout, potivait le faire nagulre : « .Dans l'Etat du drok ce qui est au
comme puissance de différenciation et d'unité, en vient á se pouvoir de l'essence se manifeste comme un contenu contingent
diffracter en elle, d'une part comme, essence universelle étant dont on peut faire abstraction, et le pouvoir ne concerne pas le
en soi (l'Etat du cené de la conscience effective, et le Bien du Soi comme tel, mais celui-ci est bien pinten. reconnu. Tandis
cené de la pure conscience), et d'autre part comme essence qu'ici le Soi volt sa certitude de soi, comme telle, étre la chose
pardculiére étant pour soi (la Richesse sous le premier aspect la plus vide d'essence, la pure personnalité étre rabsolue imper-;
et le Mal sous le second). Cene opposition entre l'en-soi de la sannalité". » Aucune échappatoire n'est laissée á l'esprit sin-
substance permanente et le pour-soi de la substance se sacrifiant gulier, qui ne pcut plus se retirer dans la conscience de sa
reprend, mais en l'accomplissant dans runiversalité véritable propre valeur : la situation est identique, mais , elle est infiniment
d'un Soi désormais objectif, la séparation entre les deux moments Plus urgente et plus radícale.
de 1'Esprit vrai : « Nous voyons que ces essences correspondent
á la Cemmunauté (Gemeinwesen) et á la Famille du Monde Au-delá des dialectiques de l'Esprit vrai,. le regard porte'
éthique, mais sans posséder l'esprit privé (heitnisch) que cedes-ci plus loin encore, pour signifier sembiablement et la différence
ont ; au contraire, si le destin est étranger á cet esprit, la cons-
57.Fh. G., 354/13 (II 59/6).
58. Ph. G., 360/10 (II 66/14).
54, Ph. G., 349/12 (II 52/24). 59.Ph. G., 279/29 (I 318j7).
55. Ph. G., 349/21 (II 53/1). 60.Ph. G., 346/6 (II 48/13).
56, Ph, G., 351/14 (II 55/15). 61.Ph. G., 360/13 (II 66/18).
62.Ph. G., 368/15 (II 75/231.
L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA cONsCIENcL 133
132, L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES

profonde et le mouvement d'accomplissement qui reiient les — pour cene conscience [i. e. icil, l'essence, bien qu'ayndelá de 11
figures actuelles á cenes des sections precedentes. On pourrait l'effectivité, vaut cependant comme essence effeetive. De mame
évoquer tout d'abord l'ensemble, évidemment intentionnel, de le Tuste en soi et le Bien de la Raison législatrice et l'Universei 11
reprises verbales qui, au debut de la détermination du monde de la conscience examinant les lois n'ont pas la détermination de a
de, la Culture", exprime la réassomptiori d'expérieaces bien l'effectivite". » Pareille reprise de la situation antérieure q
déterminées Domination et SerVitude á travers, précisément, niveau de son effectivité accomplie se retrouve dans un parallcle
le tenue de a culture D, — le RIgne animal de l'Esprit gráce global entre la pure intellection et la Raison : la pure intellection
au vocabulaire de « substance », « etre óriginairement deter- « en vient á sursumer toute dependance autre que celle de la
mine », « but », étre-lá moyen" •), « caractére" conscience de soi, qu'il s'agisse de ce qui est effectif ou de e
genre" — termes que, pour une bonne part, nous avons l'étant-en-soi, et á le réduire au concept. Elle n'est pas seule-
deD.:rencóntres, au niveau du pour-nous, dans le texte ment la certitude de' la raison consciente de soi d'étre toute
duction á la section « Esprit 11, , qui expose justement la relation vérité ; mais elle sait qu'elle est cela" ».
de celle-cLavec les dialectiques de la' Raison". Ainsi se trouve Toutes ces notations ont, on le voit, une signification sem-
auggéré (mais nón affirmé) un paralkle entré Maitre et esclave / blable. Elles n'indiquent pas des rapprochements nets, ,déte-
Régne,animalde l'Esprit / Culture, — sans que soient nullernent mines, precis, entre une figure et une autre figure correlativr
nbolies=les différences de niveau entre ces trois figures. elles marquent pintót le mouvement d'ensemble qui, dans le
Deux autres corrélations négafives marquent la distante prise déploiement nouveau d'une forme identique (bien que, jouant
par rapport á. une attitude antérieure desormais dépassée. Au sous mode plus prégnant, plus radical) opére une nouvelle tota-
debut- de la dialectique La foi et la pure intellection, nous trou- lisation du contenu antérieurement déployé. Dans cette série
vota une détermination des objets qui peuplent le monde de d'évocations sans ordre bien défini, dont l'ensemble repond á une
Cau-delá. Pour nous, ou en soi, ce monde est celui de la pure nécessité sans que chacnne puisse étre tenue pour pleinement
pensée ; mais la conscience, qui était immergée dans reffectivité sinnifiante, quelques sommets émergent, plus souvent cites,. á
dueroyaume 'de la Culture, reste condifionnée, dans le passage cause de l'intégration partielle qui déjá se trouvait réalisée en
qu'elle opére, par ce point de départ : au lieu d'acceder á l'élé- eux. Le dernier paragraphe de Foi et pure intellection en evoque
ment de la pensée pure, elle transpuse l'effectivité qui était á nouveau quelques-uns : Régne animal de ' l'Esprit", Chose:
sien= ici-bas, en.lui donnant une figure dans le monde de l'au- mame", Jugement infini". En fait, ainsi que nous l'avions noté,
delánla pensée-se degrade alors en représentations, et le monde ce Jugement infini, au turne de la Raison observante, est dejá
de la foi: se trouve rempli d'objets qui se présentent faussement la vérité totale, mais camine simple affirmation formelle, sous
comme des 'effectivités voilá qui'distingue cette situation d'pn la forme. abstraite d'une pure identité á soi ; les dialectiques
certain nombre d'attitudes precedentes dans lesquelles ressence suivantes de la Raison ont cornmencé de lui donner un contenu
seininesentait au contraire'comme l'ineffectif : « Une tele différencié :mais demeurait unilateral, puisque l'univer-
essence doit etre différenciée essentiellement de l'en-soi qui est sante de la Raison y était encare enracinée dans une certitude
ressenee de la conscietmes stoTqueJ pour celle-ci valait seulement individuelle ; c'est précisément á ce pian que' Hegel ne cesse
hvforrne de la pensée comme tele; qui a un contenu quelconque maintenant, par des touches successives, de signifier raccóm-
étranger á elle, extrait de reffectivité ; mais pour cette conscience plissement qui s'est operé.
[i.e. celle du monde de la foi] ce n'est pas la forme de la pensée Accomplissement au niveau da contenu tout d'abord : c'est
qui compte ; — de mame cette essence est distincte de l'en-soi désormais la totalité du monde humain et historique, politique,
de conscience vertueuse, pour laquelle l'essence se trouve institutionnel, culturel, moral, et mame religieux elejá 7s, qui se
bien en rapport avec l'effectivité, pour laquelle elle est essence de trouve requis pour que la conscience puisse s'appáraitre á elle-
l'effectivité mame, mais essence qui n'est d'abord qu'incffective ; mame' en vérité. Au niveau de la forme ensuite : au debut de
68.Ph. G., 376/40 (II 85/8).
63.Ph. G., 351/19 sq. (II 55/20 sq.). 69.Ph. G., 382/10 (II 91/25).
64.Ph. G., 285/17 sq. (I 324/22 sq.). 70.Ph. G., 382/38 (II 92/19).
65.Ph. G., 287/9 (I 326/30). 71.Ph. G., 383/3 (II 92/23)-
66.Ph. G., 295/40 (I 336/31). 72.Ph. G., 383/12 (II 92/32).
67.Ph. G., 314/5 (II 10/7). 73.Ph. G., 377/29 (II 86/3).
134 L'ORGAN1SATION DES EXPERIENCES L Lbet(11 1/PUNZ .

la dialectique sur Le cornbat des a Lumiéres » avec la supers- elle est plutót l'absolue vérité". v Enfin, le troisieme moment
tition, Hegel souligne que le pouvoir de pénétration et de disso- détermine la relation véritable entre l'absolu et le siñgulier ;
lution universelle de la reine Einsicht est sans commune mesure puisque l'absolu est le vide, tout le contenu . de la relation
avec celui mis en ceuvre par la conscience dans les tentatives provient de l'effectivité sensible ; mais l'accomplissement de la
qu'elle a menées jusque-lá : a les divers modes du comportement forme comme négation elle-méme absolue permet de penser
négatif de la conscience, pour une part du Scepticisme, pour ce contenu selon l'égalité de l'en-et-pour-soi et du pour-un-autre : ,
une part de l'Idéalisme théorétique et pratique'}, sont des dans ces pures déterminations formelles enfin rassemblées, robjet ;
figures subordonnées au regard de celle de la pure intellection devenu transparent se définit maintenant de fagon exhaustive
et de son expansion : les Lumiéres ; en effet, elle est née de par le concept d'Utilité.
la substance, sait le pur Soi de la conscience comme absolu, et L'Utile est ainsi le résultat de toute cette sphlre. Hegel sou-
se mesure avec la pure conscience de l'essence absolue de toute ligue, dans un texte récapitulatif, qu'il rassemble en lui-méme'
effectivité". n Rien d' « étranger » né tient plus devant cette les vérités partielles des deux mondes de la Culture et de la 1
négation radicale, devant cette uarisParence t lui-méme de Foi 89 _ Plus lointainement, ii accomplit ce que la conscience
l'Esprit dans son propre monde. immédiate, demeurant prisonniére de la perception contradictoire
. Les Lumiéres donnent á ce mouvement de pure pénétration de la chose, n'avait pu réaliser : l'appréhension du réel a la fois
sa véritable ampleur. Aprés s'étre dressées centre le monde de dans sa simplicité et sa richesse diversifiée. Le « retour a a la
la foi pour dénoncer la fausse effectivité des représentations qui certitude sensible est ici significatif ; nous l'avons déjá rencontré
le peuplent, elles se développent en une doctrine positive qui une fois, dans la Raison observante et dans ce qui hit son
définit un nouveau rapport entre l'essence singulilre et ressenee aboutissement : le Jugement infini. Il est le signe d'un mouvement
absolue". Le premier moment en est la ppsidon de cette essence achevé, d'un terme enfin possédé dans sa vérité originelle,
absolue comme « un vacuurn auquel aucune détermination, — raccomplissement d'une structure par régalité devenue du
aucun prédicat ne peut arre attribué 2> ; le second est constitué mouvement qui Pa engendrée avec son point de départ. Jugement
par raffirmation de « la singularité en général, de la conscience infini, Utilité, ce sont lá les deux premilres figures qui récapi=
et de tout étre, exclue d'une essence absolue, comete absolue tuleront le devenir de l'Esprit dans rélément de la conscience,
étre-en-soi-et-pour-soi" s ; ratiitude de respra singulier, dans lorsque, á l'intérieur du Savoir absolu, s'imposera rultitne retour
ce retour en lui-méme, rapparente au mouvement de la Certitude á. la certitude immédiate ".
sensible La conscience qui. dans sa toute premiare effectivité, Mais, pour l'instant, cette réconciliation de la certitude et
est certitude sensible et visée, retourne ici á ce point hors de tout de la vérité dans paree qu'elle est le résultat, de la. fusion
le chemiri de son expérience, et est de nouveau un savoir du pur en un des deux « mondes » que représentent les royaumes de
négatif d'elle-méme ou de choses sensibles, C'est-D.-dire dans la Culture et de la Foi, se pose encere sous mode objectif la
l'élément de !'étre, qui- se tiennent indifférentes en face de son conscience de soi, quant á elle, ne peut étre i déterminée par
étre-pour-soi. Toutefois elle n'est plus ici conscience naturelle cette catégorie de rUtilité : L lui faut done • exprimer pour
immédiate, mais elle est devenue telle pour soi. Tout d'abord elle-mame á son tour la vérité rle sa propre certitude, — et. ce
livrée en proie á toute la confusion dans laquelle elle est plongée sera l'affirmation du Soi pleinement négatif de la liberté absoluc,
par son déploiement, reconduite maintenant á sa premiére figure c'est-á-dire de la figure dans laquelle i'esprit „s'ah que « le monde
par la pure intellection, elle i'a expérimentée comme le résultat. lui est uniquement sa volonté" ». — L'égallté des moments de
Fondée sur l'intellection de la nullité de Imites les antes figures l'Utile et du Soi absolu aboutit á une « parfaite compénétration
de la conscience, et par conséquent de tout au-delá de la certi-
tude sensible, cette certitude sensible n'est plus un avis, mis 79. Ph. G., 397/30 (II 110/8).
80.Ph. G., 412/30 (II 128/1).
81. Certes, ce ne sont pas les deux seules foís nous avons trouvé men-
74. L'Idéenme théorétique conespond A la Raison observante, et l'Idéa- tion de la Certitude sensible : on sc souvient, par exemple, de la correlation
lime pratique a l'Effectuatiou de la conscience de sol rationnelle. Sur la soulignée entre cette figure et le début du Monde éthique (318/11, II 15/14).
liaison entre Id6alisme et Scepticisme, cf, 181/2 (I 202/14). Mais, alors, la Certitude sensible' était évoquée comme point de départ d'un
75.Ph. G., 385/9 (II 95/13). mouvement (avec la nécessite qui est sicnne de « passer » dans la Perception);
76.Ph. G., 398/16 (II 111/4). ici, au contraire, =une ancore dans le cas du Jugement ialini, la Certitude
77.Ph. G., 397/15 (11 109/30). sensible est terme du mouvement, repos, attitude simple redéceuverte en vérité.
78.Ph. G., 397/26 (II 110/4). 82.Ph. G., 415/18 (II 131/24).
136 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIEÑCE

de la conscience de soi et de la substance" », tout á la fois au l'effectivité évanouissante du mort ou la personne abstraite de
'plan , de :Fobjet et á celui du sujet ; non point cependant de l'Etat du droit". Ii a done échappé íi soi pour s'extériorise r
telle sorte que nous soyons renvoyés á la fusion immédiate de dans ce monde trop compact et le faeonner selon la puisir
l'indiviciu et de son monde qui caractérisait le début de l'Esprit sanee de sa propre négation. Désormais, puisque «. l'objet
vrai:: en effet, tout au long du mouvemeUt de leur opposition, est, pour la conscience de soi elle-méme, la certitude de soi,
les termes en presence ont acquis" une portée. et une profondeur le savoir" », ii devient clair, non seulement. pour nous, mais
radicalement nouvelles ; ils sont devenus, d'une part le monde pour la conscience méme, que sont véritablenaent dépassées leá
comme volonté universelle, et de l'autre la conscience de sol oppositions partielles caractéristiques des deux premiéres divi-
comme Soi simple et absolu. Au cours des dialectiques de sions de l'Esprit.
Culture, la conscience de soi revenait toujours á elle-méme, Le troisilme moment, L'Esprit eertain de soi-méme, la M'oral
hors de son aliénation, nantie de quelque positivité : honneur, lité, comporte beaucoup moins de corrélations avec des figures
richesse, langage, del, de la .foi, Utilité de l'Aufklicirung"; ici, antérieures que n'en contenaient les deux premiers ; dé plus,
au.contraire, son lot est le pur néánt, la dissolution totale, le ces corrélations ne portent guére au-delá des Ihnites de la sectido.-
3110Zatifyabsolu. Pourtante dans cet anéantissement radical, elle « Esprit » elle-méme. Voilá qui n'est point pour nous étonner :
ne.disparait.point, puisqu'une telle négation de son effectivité le Monde éthique et la Culture constituant conime les denle
ne .lui survient pas de l'extérieur, comme d'un principe z étran- termes d'une convele opposition qui resume toutes cenes del
ger„›. (ainsi qu'il en allait dans i'engloutissement du Monde développements passés, force était de manifester que rien du
éthique, ou dans la spoliation dont était victime la conscience contente antérieur n'échappait á ces déterminations totalisatrices ;
dé,chirée ") ; elle est l'ceuvre de la volonté universelie, pur négatif désormais, au contraire, l'Esprit certain de soi posséde lá, dans
,sansa doute, mais avec lequel la conscienee de soi doit bien ces deux premiers temps, tout ce qui est requis pour sa propre
confesser son égalité c'est done Par elle-méme comme uni- affirmation, et point ne lui est besoin d'évoqüer directément unk
everselle que la conscience de soi se sait nié-e dans sa singularité contenu plus lointain, puisque !'Esprit immédiat et l'Esprit
ponctuelle. Ainsi s'affirme-t-elle á nouveau en elle-me:1131e, mais devenu étranger á soi le lui présentent déjá sous un niode plus
cette fois dans son universalité réelle : elle ne cherchera plus concrétement elaboré.
a• se, fare reconnaltre comme singuliére, mais seulement comme Regardons d'abord ces quelques allusions, " dont la .portée
pur savoir et pure volonté; Mouvement ancien, et pourtant u'est guere considérable, aux sections précédentes. La prémilre
Iteaut nouveau ; nous avioris- déjá vu le royaume de l'effec6.vité se situe vers la fin de la dialectique de la Duplicité. La cons-
passer dans ceux de la foi et de rintellection : de mémé l'Esprit cience morale a tout d'abord déployé, l'un aprés l'ante, les
sort7ilici de-son effectivité, mais pour aborder maintenant á une trois postulats que la certitude de son -universalité réelle
/erresnouvelle ob. se réconcilient les mondes opposés : la cer- l'aménent á poscr : harmonie de la moralité et de la nature, de
titude réelle de lui-méme: • la moralité et de la sensibilité, existente d'un législateur universel.
Mais chacune de ces affirmations est contradictoire et se change
immédiatement en son contraire, puisque la conscience monde
ne peut s'empécher de considérer son objet, c'est-Wire le monde
IV. ;'LE ; MONDE DE LA MORALITÉ moral développé selon ces trois postulats, tour á 'tour cornme,
'produit,par elle-méme (puisqu'il n'est nutre chose qu'elle-méme
•entendue comme réalité effective), et entume, existant en dehors
L'Esprit s'est d'abord fié aveuglément au monde qu'il cardes- d'elle-méme (extérieur á cette conscience juSqu'en la nécessité
sait comme sien : mais i1 ne s'est retrouvé en lui que comme qui le relie á elle). Cette serie de contradictions virevoltantes
fait que s'écroule toute prétendue essence morale absolile -et
pure (3' postulat), et la conscience morale, renoneant á sa
83. Ph. G., 420/35 (R 138/11).
84; Ph. G., 421/14 (II 139/6). Renvois respectifs, pour chacun de ces « vision du monde », se trouve renvoyée en elle4néme, affron-
termes,. aux passages suivants : 360/23 (II 66/26), 367/5 (II 74/10), 370/6
(II 77/22), 377/26 (II 86/1), 410/32 (II 125/32).
G.,:421/26 (II 139/17), qui renvoie a.; 345/40 (II 48/8) et á 369/5 86.Ph. G., 423/4 (II 142/3).
(11 76/18). 87.Ph. G., 423/19 (II 142/17).
138 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIENCE 139'

tée á nouveau á son imperfection fondamentale, au conflit sait en général la réalité spirituelle : l'expression de l'Individualité -
moralité / nature, á la pluralité des devoirs dont chacun résalte est l'en-et-pour-soi, tel était son concept. Mais ila figure l epli
d'une multiplicité de rapports moraux « effet, chaque cas exprimait immédiatement ce concept était la conscience lionnéte,
est la concrétion de multiples rapports `,moraux, comme un qui s'affairait autour de la Chose méme abstraite. Cette Chose
objet de la perception en général est une: chose aux multiples méme était alors prédicat ; mais ce n'est que dans la Bonne
propriétés". » 11 y a, sans mil doute, une situation semblable, conscience qu'elle est sujet, sujet qui a posé en lui tous les .
mais de fagon si lointaine que Hegel ne pré.cise pas, comme il moments de la conscience, et pour lequel tous ces. moments,
le fait ailleurs, en quoi la comparaison s'applique et en quoi substantialité en général, étre-lá extérieur et essence de la pen-
elle ne s'applique pas ; ii passe aussitat au résultat, qui est sée, sont contenus dans cette certitude de soi-méme v°. » Autre-
tout autre que celui auquel aurait mellé un parallélisme strict : mcnt dit, la « réalité spirituelle » était déjá présente das la
ce n'est point ici la conscience qui prend sur elle-mame runité figure de la Chose méme, mais de telle sorte que son accomplis-
qui fait défaut á l'objet, au contraire; puisque la conscience sement plénier, au plan de la forme comme á celui du contenu,
morale n'est pas pure, c'est que sa réalité, dont elle est certaine, requéralt son passage par les mouvements de 1'Esprit vrai, par
se trouve bien dans une autre essence : non plus dans une ceta de 1'Esprit devenu étranger á lui-méme et pár les premiares
essence pure, au-delá mais dans une essence effec- dialectiques de la Moralité ; au plan de la forme, la Chose
tive ; la moralité devient rapport (et unté) entre le pour-sói de acquiert ainsi la valeur du Sol, et, de prédicat, devient sujet ;
la premiare conscience et l'effectivité en soi de la deuxilme : á celui du contenu, « toas les moments de la conscience »,
ainsi l'effectivité libre est-elle réintroduite dans le rapport moral. ,réassurnés dans le Monde éthique, dans les univers opposés de
11 ne reste plus á la conscience qu'á fuir l'hypocrisie consistant l'Effectivité et de la Poi, et dans la figure de l'Esprit moral,
á faire valoir altemativement cm rautre des moments par- se trouvent versés dans la forme abstraite de la Chose mame
courus ; alors, les recueillant en elle, et s'affirmant elle-mame pour constituer sa richesse : « La substantialité en général,
dans la simplieité de sa certitude morále, elle- est la « bonne la Chose méme l'a dans le Monde éthique, retre-lá extérieur
conscience » (Gewissen) qui réconcilie en soi l'abstraction du dans la Culture, ressentialité se sachant soi-méme de la pensée
savoir et l'effectivité du faire_ dans la Moralité ; et dans la Bonne conscience elle est le sujet
Plus importante (et aussi plus évidente) est la relation, déjá qui sait en lui-méme ces moments". » Et Hegel termine cette
soulignée par la Darerité de leurs titres respectifs, entre cette dia- comparaison en reprenant les deux termes extrémes pour eux-
lectique de < L'Esprit certain de soi-méme » et cene de « L'in- mémes : « Si la conscience honnéte n'attrape toujours que la
dividualité qui pour soi est réelle en et pour sol ». De part Chose merme vide, la Bonne conscience par contre l'atteint dans
et d'autre, il s'agit du sujet véritable revenu en lui-méme au sa plénitude, que celle-ci a moyennant la Bonne conscience. Elle
terme de son extériorisation, et se déployant dans la plénitude est cette puissancc paree qu'elle sait les moments de la conscience-
de ses déterminations objectives. 11 y a pourtant deux diffé- comme raornents, et, comme leur essence négafive, les domine". »
rences fondamentales : ce n'est plus l'individualité qui est en Derniare corrélation avec Pune des figures des sections anté-
jeu, mais l'Esprit uniVersel, -cet Esprit a désormais égalisé rieures, mais corrélation qui passe elle aussi par le prisme que
son savoir de soi avec sa propre vérité " : il et certain de Mí- constituent les premiers développements de !'Esprit : parallale
mame. — 8'11 y a parallale, la relation qu'il instaure est dono entre la Selle ame et le mouvement de la Conscience maihen-
une. relation d'accomplissement. Ici se vérifie ce que nous disions reuse. Nous avons noté plus haut", dans le développement
plus haut ce contenu lointain n'est désormais présent qu'á tra- propos de l'Etat du droit, que la mention de la Conscience
vers la transformation prófonde que lui font subir les premiares malheureuse ouvrait alors l'espace spirituel dans lequel allait:
dialectiques de 1'Esprit. Hegel l'affirme avec beaucoup de pouvoir se déployer et se « cultiver », en sa division essentielle,
vigueur dans une corrélation assez fortement soulignée : « Consi-
dérons rétrospectivement, dit-il, la sphare avec laquelle surgis- 90. Ph. G., 451/9 (II 176/9).
91. Ph. G., 451/19 (II 176/19).
92.Ph. G., 451/23 (II 176/23). Dans cede méme perspective, Hegel llene
88.Ph. G., 442/40 (11 166/20). que, aii plan formal, le fait que leur devoír soit indifférent l'égard de
89. C'est lá ce qui distingue la a bonne conscience de a tout ce qui tout contenu était un a résultat déjá acquis á propo1 de ¡'examen des
se présentait dans les figures précédentes s. Cf. 453/10 et 18 (II 178/30 et lois », i.e. dans ¡'ultime figure de la Raison : 453/24 (II 179/6).
36). 93. Ci-dessus, p. 128.

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••• • A.. is-ol• y...3 ....ni, 1,.....1.,/1.14.11.:0
L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE LA CONSCIENCE 141

toute la r6alité véritable assumée par le Soi universel. Et, depuis du pur devoir. Ainsi divisée, la Bonne conscience apparait comino
-lorse.ndus• avons vu .s'affirmer la « compénétration » toujours le mal, plus encore comme l'hypocrisie, puisqu'elle sait son oppo-:
plus'intimeede la substance et du sujet, au point que la cons- sition l'universalité cffective dans l'instant ménie oil elle s'af-
cience de. soi, 'désormais, assurée en sa puissance negative, se . • firme comme effectivement universelle_ Pour revenir á son égalité
lient.face k•robjet qui est son essence comme en face d'un. autre avec elle-méme (une égalité désormais absolue, paree que recon-
soi-mme: il est « le parfaitement transparent, il est son Sol, et . nue comme telle dans le monde spirituel), II faut qu'elle soit
sa conscience n'est que le savoir de sol. Toute vis et toute démasquée, et qu'elle se reconnaisse comme duplicité. Dans le
essentialité spirituelle sont revenues dans cé Soi et ont perdu leur « oui » de la réconcillation, oil se trouve pardonnée la faute
diversité á l'égard du le lui-méme" ••». C'est le moment de la ainsi avouée, l'Esprit, • dans la liberté de ses moments qui de-
lumihre Tultime, et c'est aussi, á causé de celaninéme, celui du .' meurent pourtant transparents les uns aux atines, accéde á la
danger supréme. Qüel est, en effet, cet- autre d'elle-méme face pleine maitrise de sa réalité il est sorti de rélément compact
auquele se-tient la conscience, et quelie va étre son attitude. de la simple conscience pour s'affirmer comme conscience de soi.
- •soni:égard?, Qu conscience peut le respecter dans son Revenons pour un instant au débüt de cette demilre figure de
altérité libre; ou: bien elle peut ne le considérer que comme un l'Esprit. FIegel nous y proposait une relecture de toute la section
moment évanouissant de sa propre .affirmation. Dans le premier sous la raison de l'affirmation progressive du véritable Soi « Ce
ecas,eelle:poserae l'Esprit .dans sa vérité derniére, et ce sera la Soi de la Bonne conscience, écrit-il, l'Esprit imméd.iatement cer-
parfaite:. reconnaissanceedeseconsciences de soi dans la figure tain de soi comme de la vérité absolue et de l'étre, est le:
du Mal -et de son pardon.e mais II lui faut d'abord exerciser la siérne Sol, qui est venu pour nous hors du trieisilme monde de
seconde attitude, qui tend toujours á surgir á nouveau. En quoi l'Esprit, et qu'il faut comparer brilvement avec les précé-
:,- consiste celle-ci ? En ce que les «. moments de la conscience » '', dents ". » Le premier Soi est celui qui s'est présenté dans l'Etat
:re(CeUx-1á. mémes qu'éváquait la conélation.précédente, savoir du droit, comme la résolution des contradictions de l'Esprit vrai.
lae..substantialité• en général de l'Esprit vrai, l'étre-lá extérieur du « Son étre-lá est l'&re-reconnu '° » ; c'cst-ir-dire que, renongant
monde de-la. culture, et ressence de la pensée de la moralité) ne á toute effectivité, il se contente d'aftinner simplement une uni«
sónt. cónsidérés que: emulé « des abstractions extrémes, dont i versalité qui demeure sans contenu « La personne vuut, et elle
aucune ne reste debout, mais - se perd dans l'autre et l'en- vaut sous mode immédiat L'universel en lui est présent,
gendre »• C'est alors réchapPement á toute réalité dans le vain mais de tele maniére qu'il coIncide sans plus avec le singulier
redoublement-intérieur de la.conscience de soi « C'est r_lchange dans son étre-lá immédiat « Le Soi et l'universalité n'ont ni
.45.daelaeconscience_malhenreuse avec. soi, mais qui se passe pour tnouvement ni rapport mutuel ; l'universel est salís séparation
l'intérieur da soi, et qui.' est conscient d'étre le en lui et n'est pas le contenu du Soi, et le Soi non plus n'est pas
concept de..1a,-Raisoneque n'est qu'en-. sol". Elle se rempli par soi-méme 1". » Le second Soi a surgí au terme du
,elpettleau• mirage-, de sa 1:iropre.'pureté ; car « 11 lui manque la monde de la Culture, dans la dialectique de la Liberté absolue.
• -5.,- force de l'extériorisation la force de se faire soi-méme une chose [ Cette fois, l'universel n'est plus absorbé dans ley singulier, car
etde .supporter l'étre "e» -; dans cette.pureté transparente de l'harmonie postulée n'a point résisté ir l'expérience faite sur elle,
.• • ,••,: sesemoments, elle: devient uneernalheureuse Belle drne, comme et l'essence se pose pour elle-méme, dans son altérité. Mais ce
onla nomme; elle s'obscurcit peuTá- nell en soi, et elle s'évanouit surgissement le rend totalement relata par rapport au sujet du-
une-•vapeur sans figure qui se dissout dans l'ah" se quel II est issu ; il n'a plus, bien sfir, étant tont pénétré du négatif,.
"eee:•Accepte-4-elle, au. contraire, de se livrer á l'extériorité dans le la rigidité compacte d'un monde « étranger »:« 11 reste essence
mouvement de l'action effective, et de « se manifester » ainsi purement spirituelle, étre-reconnu, ou volonté et savoir univer-
elle-méme- en sa vérité, elle traduit alors dans l'étre-lá la dualité sels, est objet et contenu du Soi et son effectivité universelle.
- qui demeure sienne lorsqu'elle cherche un contenu á l'expression Mais il-n'a'pas la forme de l'étre-lá libre du Soi ; ji ne parvient,
94. Ph. G., 462/18 (11 188/37). 99. Ph. G., 445/33 (U 170/2).
95,9:12. G., 462/24 (11 189/3). 100.Ph. G., 445/39 (II 170/8).
96;;Ph.G.,462/25 (II 189/4). 101.Ph. G., 446/2 (II 170/10).
97. Ph. G.,• 462/38 01 '189/17).. 102.Ph. G., 446/5 (U 170/13). Pour l'apparition de ce premies Soi, cf.
•.' .:•98.1 Ph. G., 463/12 (II 189/29).
343/18 (U 44/25).
L'ESPRIT DANS L'ÉLÉMENT DE- LA CONSCIENCE 143
142 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES

par conséquent dans ce Soi á aucun accomplissement et á. aucun (qui n'est pas un paralléle á proprement parier, puisqu'il évoque
contenu, á aucun monde ". » Quant au troisiéme Soi, c'est celui un mouvement global et indéterminé que ron ne trouve nulle
de la Bonne conscience (Gewissen) : il conjoint la certitude du part comme tel dans l'eeuvre). Hegel y explique, en prenant un
premier (gewiss) á l'effectivité du second.-Renongant á des affir- exemple, comment le Gewissen conjoint immédiatement son
mations simplement alternées (la liberté de son essence univer- savoir moral á l'effectivité de l'étre ; il y a « simple conversión
selle d'une part, la stricte relation de; cette universalité á la de l'effectivité comme d'un cas dans l'élément de l'étre dans
conscience d'autre part), cette Bonne éonscience les réconcilie une effectivité exécutée (getan) 1" ; et il éclaire ce mouvement
en elle-méme : « Dans sa certitude de soi elle a le contenu pour á l'aide d'une comparaison : « Comme la certitude sensible est .
le devoir auparavant vide, aussi bien qüe pour le droit vide et immédiatement recueillle ou pinten convertie dans l'en-soi de
le vouloir universel vide ; et puisque cette certitude de soi est l'Esprit, ainsi cette conversion est également simple et non mé-
aussi bien l'immédiat, elle a rétre-lál méme 304, 2, diatisée, un passage á travers le pur concept sans.altération du
Cette relecture permet d'embrasset d'un coup d'eeil le sens de contenu, qui est déterminé par l'intérét de la conscience ayant
toute« la section. Remarquons d'abord que chama de ces Soi une connaissance de lui 100» En cette identité inunédiate du
surgit au troisiéme temps de la sous-section á laquelle il corres- connaitre et de l'opérer, la chose en vient vraiment á étre sue
pond, c'est-á-dire en ce point oii, comme nous l'avons souligné comme le Soi (ainsi que le dira le Savoir absolu en réassumant
á propos de l'état du droit, la dialectique bascule tour entilre c¿.4. trois figures), non plus seulement dans l'iminédiateté de son
dans la situation nouvelle qui est en train de naitre : le Soi de étre (Jugement infini) ou dans sa détermination (Utilité), mais
la personne « se présente comme la vérité da Monde éthique "' encore comme essence ou Intérieur"' : c'est bien lá que l'Esprit,
mais 11 exprime déjá en lui-méme (dans l'impossibilité qui est tel qu'il existait dans l'élément de la conscience, en vient á s'af-
sienne de se réaliser) la division et l'impuissance da monde de firmer dans l'intériorité de la conscience de soi.
la Culture ; le Soi de la liberté absolue, á son tour, « est le
monde de la Culture parvenu á da vérité 1" », mais cette vérité
est la naissance de la conscience morale (ou, en termes histo-
riques ; la vérité de la Révolution frangaise est le systéme kan-
tien) ; ainsi en va-t-il encare dans le troisiéme cas, celui du Soi
universel et libre de la Benne conscience celui-ci est la vérité
du Monde moral, et, comme tel; nous offre déjá une imago de
ce qu'est l'Esprit dans sa conscience de sol (Religion) "1.
Un autre signe de raccomPlissement de l'Esprit comme
conscience dans cette ultime figure est le retour, indiqué á la fin
de ce texte sur les trois Soi, á l'immédiateté de la certitude de
Comme pour les figures du Jugement infini et de l'Utilité,
cette meittion nous montre ici., que le mouvement en vient á se
recueillir en lui-niéme dans la vérité de son point de départ. Ce
e retour se trouve aussi mitad tras fortement, au début de
cette figuro de la Bono conscieneo, dans un paralléle fort curieux
103.Ph. G. 446/13 (U 170/20). Ce second Sol était apparu en 414/35
(II 131/2).
104.Ph. G., 446/24 (II 170/31).
105.Ph. G., 445/38 (II 170/7).
106.Ph. G., 446/9 (II 170/17).
107. Une entre lectura unifiée de cette section pourrait se faire sous la
raison du Langage nouveau dans lequel, á chaque étape, se donne á connaitre
l'universel en ses déterminations successives. Comme 11 ue s'agit pas vraiment 108.Ph. G., 477/16 (II 171/24).
d'un parallble, nous nous contentons d'indiquer ici les passages dans lesquels 1 109. Ph. G., 447/20 (II 171/28). Cf. le passage de la Préfsce, proche de
Hegel souligne les moments successifs de cette totalisation ; 362/18 (II 69/7); lui-ci, analysé ci-dessous pp. 253-254.
370/6 (II 77/22); 458/30 (II 184/29). Coi10. Ph. G., 551/37 (II 296/32).
CFIAPITRE III

L'ESPRIT DANS PÉLÉME1NT


DE 1,4 CONSCIENCE DE SO!

Lorsqu'ils réfléchissent sur les articulations de rceuvre 'et sur


ses structures essenticlles, les commentateurs, ainsi que nous
l'avons souligné plusieurs fois, insistent volontiers sur la rupture
que représentent leurs yeux les développements 'de la seefion.
« Esprit » par rapport au contenu antérieur et á son mouvement
par contre, le passage á la section « Religion », tras souvent, n'a
point á leurs yeux le mame relief et il est vrai que, si Pon
cherche á retrouver avec rigueur dans la Phénornénologie de
l'Esprit les divisions majeures du « Systéme » de Iéna, Pon peut
soutenir avec vraisemblance que la distance est 'plus graúde entre!
l'Esprit subjectif et l'Esprit objectif qu'entre ce dernier et l'Esprit
absolu. Mais les analyses menées jusqu'ici suffisent déjá á dé-
montrer la fragilité d'une telle vision des choses. E est exact, sans
doute, qu'entre la Raison et l'Esprit s'opere un elivage extréme-
ment profond : nous passons des figures de la conscience aux
figures d'un monde, et des attitudes de l'individu au mouvement
de l'histoire humaine universelle. Mais ce « passag » s'opére
á la faveur, non point d'une modification de la perspective pre-
milre, más de son approfondissement : c'est
objet de la premiare totalisation au niveau de la Raison, qui,
au terme de l'expérience faite sur lui, manffeste son universalité„;
et se révéle en lui-méme comme « un monde 11 ». C'est pourquoi
l'analyse, en un sens, ne quitte pas le plan • originel oit elle se
déployait dés l'abord : les deux conscienees qui échangent le
oui » ,de la réconciliation accomplissent la pleine « reconnais-:
sanee 77 spirituelle dont l'exigence avait été déjá . pleinement posee
au terme de la dialectique de la Vie.
Cette imité fondamentale des quatre premilres sectionS, s'est
imposée avec une entiere évidence dans la lecture des eorré-
lations qui a été opérée au cours du chapare, précédent. Rappe
lons ici leur caractéristique essentielle : elles ne cbnstituent pas,
pour la plupart, des paralleles proprement dits qui indiqueraient
la résurgence d'un mouvement ou d'un niveau d'intelligibilité,
1. Pli. G., 315/26 (II 12/7).
10
146 L'ORGANISATION DES EXPEIRIENCES L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SOI 147

mais elles soulignent presque toujours l'accomplissement effectif dernilres conséquences ; nous verrons, dans la lecture du Savoir
de ce qui fut tenté en vain dans l'une des figures précédentes. Et absolu, que cette figure exprime deja, et pour la premilre fois. •
ces indications concretes, au niveau du contenu, ne font que dans le cours de la Phénoménologie, la réconciliation véritable
corroborer cenes que Hegel lui-méme nous,donne, au plan d'une de l'Esprit avec lui-déme. Mais si la totalité est Id présente, son'
réflexion plus directement structurelle, dans les introductions sens ne s'est point encore fait jour. L'homsne, il est vrai, s'est
l'Effectuation de la conscience de soi rationnelle et á l'Esprit. réconcilié avec l'homme, sous cette forme que leur reconnaissance
De sorte qu'il est conforme á l'économie de rceuvre d'enfermer mutuelle n'est plus un au-delá de leer savoir inunédiat : dans ,
dans un seul mouvement signifiant les deux totalisations que le « oui » qu'ils échangent, chacal" éprouve conjointement la
constituent, d'une part l'Esprit universel tel qu'il s'exprime dans certitude de lui-méme et de l'autre ; mais le contenu effectif de
l'individu éleyé á la rationalité, et d'autre Dart le sujet singulier cene forme parfaite n'est pas encore manifesté; Entre eux,
qui se découvre, á l'intérieur d'un peuple, engagé en un pro- désormais plus proches, respace spirituel s'est á ce point dis-
cessus de reconnaissance universelle toutes deux constituent tendu qu'il devient le lien de la révélation totale : « Le Oui, de
ensemble l'Esprit dans rélément de la conscience, c'est-á-dire la réconciliation [...] est le Dieu se manifestant au milieu d'eux
dans robjectivité de son étre-1á substantiel. qui se savent comme le pur savoir 2. » 1Viais que signffie done-
Tout change avec l'entrée dans la section « Religion A. La cette « manifestation » ?
relation de ce nouveau développement avec ceux qui le précédent Arrivé á ce terme, le mouvement doit done s'inverser. Eit
ne se donne plus á connaitre sous la forme d'un « accomplisse- parlant de fagon tres approximative, on pourrait dire que i'Esprit, •
ment », mais plutót d'une sorte d'opposition, comme la déter- jusqu'alors, ne s'est donné á connaitre que de fagon indistincte,
mination d'un autre moment de la totalité spirituelle. Non pas par le truchement des éléments objectifs qu'il s'assimilait, et
que les corrélations explicites avec des figures appartenant á des derr1re lesquels 1 nous était loisible de suivre le mouvement de
sections antérieures y soient plus rares : elles sont au contraire son affirmation progressive ; mais sa voix, nous ne Pavona pas
plus nombreuses que jamais ; mais leur sena est bien différent : encore entendue. II était « la sourde agitador"' », « ragitation-
il s'agit le plus souvent d'un jeu de corresponda.nces entre deux inconsciente », qui, dans les profondeurs encore scellées de
totalités structurées de fagon idenfique. On se demande : quel est la substance, élaborait la trame du monde véritable encore á
1' « esprit effectif » qui correspond á tel moment du développe- naitre ; ii faut maintenant qu'il se manifeste pour ce qu'il est,
ment de la Religion Autrement dit : quelle est la période his- et qu'apparaisse dans sa force propre le dynamisme 'qu'il a caché
torique dans laquelle la substance du monde fs'est trouvée suffi- jusqu'alors dans Pauto-déploiement de son propre eorderrn. Mou-
samment structurée, suffisammentaccomplie dans son existente vement inverse et paralléle, ainsi qu'on peut le voir, mouve-
comme :sujet pour permettre á l'Esprit de se manifester en elle ment qui va dégager, au-dessous du devenir précédent (c'est
sous telle et telle forme ? C'est lá ce: que, dans notre typologie pourquoi nous avons parlé d'écriture verticale), ce qui en lui
des paralléles, nous avons appelé des « contrepoints », tionnant n'était présent qu'en .filigrane : son fondement réel, la raison
á entendre cette superposition harmonique de deux thlmes, de de son développement. En d'autres termes encore, l'Esprit, dans
deux registres d'expreSsion- qui soient á la fois différents et en son esdstence propre, dans sa conscience de soi, va révéler pro-
exacte consonante. gressivement qu'il opére en lui-rieme et de son propre chef la
Comment, dans une premilre apprqximation, caractériser et méme renonciation á une solitude abstraite qu'il a poussé l'indi-
la continuité et la nouveauté qu'implique une telle perspective vidu á réaliser de son cété.
Nous passons d'une écriture horizontale á une écriture verticale. Le rapport de la section « Religion » á ce qui:la préelsde est
En suivant la logique de l'Esprit qui s'extériorise dans rélément
objectif de sa propre consciente (c'est-á-dire de son étre-lá 2. Ph. G., 472/40 (II 200/10).
substantiel), nous avons atteint, dans la figure du Mal et de 3. Ph. G., 406/26 '11 120/29); 407/19 (II 121/30); 409/11 (II •124/9).
son pardon, un point de réconciliation ultime, au-delá duquel M. Hyppolite traduit Weben para tissage », ce qui exprime bien l'élaboration
progressive d'une réalité sous-jacente ,• mais la dernlére des citations, dans
ii n'est plus d'obstacle á la libre communication des sujets les laquelle Weben se trouve conjoint á Bewegen, contraint de recen&seas
uns par rapport aux antes e en ce sens, la fin de la section primitif ; remuer, agiten. La signification; d'ailleurs, est bien 'la Mame :
l'Esprit est le dynamisme qui Ineut en secret les figures de la conscience, qui
« Esprit », beaucoup plus que cene de la Raison, présente le les déploie er, elles-mémes et les relie les unes aux autres.
terme accompli d'un mouvement qui s'est déployé jusqu'á -ses 4. Ph. G., 409/27 (il 124/22).
1. .111 t. IN1 1■11,11.3
■./11 1lS.0 1,1

L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SOI


done d'un tout autre type que la relation entre l'Esprit et les
trois premiares sections. Par contre, un « modlle » de ce rap- propos des structures autour desquelles s'organise, á scs yeux,
port nous est fourni á l'intérieur de la premiare totalisation, et rteuvre et son contenu. Le Savoir absolu lui-manee, s'il done.
c'est la relation qui oppose les moments de la Consciente et de l'intelligence de renchaine-ment signifiant d'un certain nombrel
la Conscience de soi avant de les rassembler dans la Raison. de figures remarquabies; et livre par. lá l'équation du livre dans
Nous avons remarqué alors que le mouvement se déployait en son dé,ploiement total, n'offre pas au mame titre une réflexion
deux analyses partielles, l'une qui mane dei la Conscience á la sur les relations formelles qu'eutredennent entre elles les MI_
Conscience de soi, et l'autre qui ramane cette Conscience de soi rentes masses de rwuvre, — figures, sous-sections, sections.
ii i'aperception simple du réel saisi dans son égalité rationnelle L'exposé de ces corrélations structurelles constitue, en titis
avec le sujet qui l'appréhende. C'est le méme mouvement qui, paragraphes tras denses, le centre de ce texte. E est précédé de
au plan de la totalité, se dessine ici : á l'Esprit dans rélément sept paragraphes, •qui réassument les éléments de la Religion
de la conscience fait suite la détermination de l'Esprit dans rélé- épars dans les sections précédentes (cinq paragraphes) et.a.nnons
ment de la conscience de soi, avant quele Savoir absolu n'exprime cent les dépassements qui demeurent opérer dans la présente
á ce niveau ultime la méme totalisation des. moments divers que section (deux paragraphes). Enfin, deux autres paragraphes
la-Raison avait déjá réalisée au niveau de l'individu et de sa reprennent, au terme, cette insuffisance de la Religion elle-
valeur universelle. Ce qui ne veut pas dire que la Religion méme, et manifestent le chemin qui l'amanera s'accomplir en.'
n'offrira de corrélations qu'avec les dialectiques de la section vérité dans le savoir de l'Esprit absolu.
« Conscience de soi », — mais qu'elle se manifestera comme •
consciente de soi vis-á-vis des quatre premiares sections prises Hegel rattache á la considération de la Religion tout ce qui,
globalement comme la conscience de l'Esprit S. C'est ce qu'af- dans les sections précédentes, ressortit á l'appréhension de l'In-
firme Hegel dans le tout premier paragraphe de rintroduction á térieur ou du Supra-sensible ; ainsi déjá, dans, Force et Enten-
la Religion « Dans les figurations [traitées] jusqu'ici, qui se !dement, la réalité énoncée par la conscience comme le fonde-'
différencient en général colme Conscience, Conscience de soi, 'tient de la chose — de runa:, et de la pluralité qui la consti-
Raison et Esprit, la Religion aussi s'est bien présentée comme tuent — est comme une premiare approximation de l'Esprit tel
conscience de l'essence absolué en général, — mais seuiement qu'en lui-méme ; mais il nc se manifeste pas encore, á ce
du point de vue de la conscience qui est consciente de l'essence comme un'Soi, et n'est que le pur universel qui n'a
absolue ; mais ce n'est pas l'essencé absolue en-et-pour-soi elle- pas conscience de lui-méme comme Esprit Avec la. figtire de.
méme, ce- n'est pas la conscience de soi de l'Esprit qui s'est la Conscience malheureuse, dans la section «.Conscience de sol, 2,
manifestée dans ces formes nous sometes, s'il est possible, encore plus loin du but, puisque
l'esprit singulier s'y épuise dans une vaine poursuite d'un au-
dela qui demeure hors de ses prises 9. Déjá, dans un texte
L INTRODUCTION sur lequel nous aurons á revenir, Hegel avait parlé de. cene
A LA SECTION « RELIGION » Consciente malheureuse comme de la « figure du mouvement
sans substance de la conscience elle-méme," ; en fait, l'esprit
se dissout dans cette aspiration vide et cet effort infructueux,
Cette introduCtion á la section « Religion'D représente sans coupés de toute effectivité. Quant aux figureá de la Raison, étant
doute le texte le plus explicite et le plus élaboré de Hegel á
• doné qu'elles se cantonnent dans rexploration oú l'élaboration
5. S'il est vais de chercher 3 comprendre la Phénoménologie en la coal:ron- de la réalité immédiate, elles ne prétent, par définition, aucune
tant simplement au Systáme de la Philosophie de Iena, fi le serait plus encore attention á un supra-sensible, quel qu'il soit.
d'évoquer á propos de ces trois premiers chapitres de notre développement,
'
les trois totalisation kantiennes que sont les idées régulatrices du Ivloi, du Avec les dialectiques de i'Esprit, par contre, nous retrouvons,
Monde et de Dieu. Chez Knut, elles conitituent des totalités ultimes, irréduc- toujours plus profonde et plus accentuée, cette faille dans l'uni-
tibies les unes aux autres, tandis que, par exemple, la relation Raison/Esprit vers des apparences qui prepare et permet la manifestation de
dans Pauvre de Hegel, montre* que les deux sont en rapport d'inclusion,
de tele matare que jamais le -singulier ne puisse étre isolé de sa relation la Réalité absolue. Dans le Monde éthique, le Destin est l'uni-
constitutive á la totalité historique.
6. Ph. G., 473/3 (II 203/2).
7. Ph. G., 473-480 (II 203-211). 8.Ph. G., 473/11 (II 203/10).
9. Ph. G., 473116 (II 203/15).
10.Ph. G., 377/30 (II 86/5).
L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS LA CONSC1ENCE DE SÓI 151
150
versel indéterminé, encore privé du Soi et du savoir de lui- de l'Esprit, la confession réalisée et le pardon r egu opérent la
m'eme, qui préfigure la puissance de l'Esprit dans sa conscience réconciliation de l'essentialité et de reffectivité : dans cette
de soi ; quant au mort, qui est le singulier disparu (et qui est reconnaissance de lui-méme par son autre, l'esprit peut contem-
done posé négativement camine universel), if se trouve évidem- pler ce qu'il est réellement ; figure posée dans rétre-lá, el qui
ment doté d'un Soi, mais d'un Soi tout á la fois privé de siani- pourtant exprime vraiment le Soi : l'Esprit a done surmonté la
fication positive et en dépendance étroite á l'égard de la réalité dualité qui l'affecte comme conscience, et il existe. vraiment,
particuliére en laquelle il s'enracine ". Le Royaume de la foi dans l'unité de ses moments distincís, comme -conscience de sói.
a tenté de dégager le sens positif de cette réintégration du Soi Mais ce terme demeure tributaire de l'unilatéralité du mouvement
dans la substance '2 "; mais, contrairement á la religion véritable, oú il s'engendre ; ce qui s'exprime de la sorte : la transparence •
entendue comme « conscience de soi de ressence absolue », la totale de l'étre au Soi est telle que son independance (ou sa
foi n'est que a la !tate du monde effectif " ». de sorte que son liberté) demeure plus pensée que réelle, et c'est comete effecti-
contenu demeure totalement abstrait, posó dans l'élément de la vité encore abstraite que se présente ici la conscience de soi de
pure pensée : « l'essence est devenue étrangere á son étre-lá », l'Esprit. Autrement dit la Religion, échappant á l'unilatéralité
elle est « posée dans l'élément de la pure conscience au-delá de de l'Esprit dans sa conscience, tombe á son tour dans l'unilatéra-
reffectivité" » ; il n'est pas etonnant des lors que cette fokne lité d'une conscience de soi qui ne fait plus vraiment droit á la
puisse tenir contre les attaques d'une raison éclairée ur foi d'opposition de la conscience ; l'étre-autre, pon respecté dans
elle l'avantage de demeurer fermement fixee dans son:•'' ort sa « liberté », trop aisément absorbé, se pose done á nouveau
d'intelligence du monde effectif " : celle-ci ne peut qu'abandonner en dehors du Soi, en dehors de la Religioñ : d'oil une opposition
á nouveau á sa vacuité totale rau-delá inconnaissable qu'a nouvelle entre cette Religion et la Vie tele qu'elle se déploie
déserté le Soi ". Dernilre étape, enfin : dans l'univers de la dans le monde effectiL Sans doute, nous ne pouvons douter de
Moralité, le contenu positif du savoir religieux (les trois postu- l'unité réellc de ces moments divers ; mais cette unité doit se
lats kantiens) resurgit á la faveur du mouvement qui a fondu. manifester concrétement, gráce au passage de chacua des termes
en un le Monde abstrait de la foi et celui de reffectivité ; mais l'un dans l'autre, — l'un de ces moments étant _celui de 1'Incar-
la puissance négative de l'Aufklárung qui l'accueilie ne cesse de nation, dans lequel l'Esprit en-et-poar-soi, existant dans sa
faire éclater l'impuissance et la contradiction de cette aspiration consciente de soi, se pose á nouveau comme conscience en révé-
vaine qui cherche á se faire passer pour un savoir réel ; seule la lant son identité avec son étre-autre effectivement indépendant :
renonciation á cette prétention permet au contenu essentiei, de alors sera possible raffirmatio.n de la vérité ultime au niveau de
réintégrer le Soi effectif : c'est alors, la substance absolue comme l'Esprit absolu, gráce á la suppression de la forme réfflanente
telle qui accede á la conscience de sol". d'une représentation privée de liberté.
Une telle réassomption du contenu antérieur semble procéder
Les trois paragraphes suivants soulignent des corrélations pro-
de fagon arbitraire, selon un mouvement de sélection qui recueille
prement structurelles, qui permettent de déterminer par avance
certains éléments, positifs-ou négatifs, et ne tient nul compte des
Je développement de la Religion, en le mettant en, rapport avec
autres. En fait, comme va nous le niontrer l'équation structurelle le déploiement de « l'Esprit dans son monde » (ou de « l'étre-lá
que présente ensuite cette introduction,, c'est bien la totalité des
de l'Esprit ») 18, c'est-á-die avec l'organisation des quatre pre-
quatre sections précédentes qui commande le développement de
milres sections. Ce parafine est mené successivement á un double.
la Religion (ayant d'abord été commandée par elle). Mais aupa-
niveau : le premier considére « le devenir de la Religion. en
ravant, pour suivre de plus prés le texte lui-méme, il nous faut général », en l'envisageant selon ses masses essentielles,' ses
jeter les yeux vers l'avant, et considérer le mouvement qui reste
á accomplir en cette section nouvelle. Au terme de la dialectique divisions majeures ", et le second entre plus avant dans le détaif
de rorganisation concrete pour rejoindre « les déterminités de
11.Ph. G., 473/28 (II 204/1). la Religion méme » dans leurs rapports aux « c'ótés singuiiers
12.Ph. G., 474/16 (II 204/17). des sections précédentes ".
13.Ph. G., 350/19 et 22 (II .54/9 et 10-
14.Ph. G., 377/40 et 34 (II 86/14 et 9). 18.Ph. 476/15 (11 207/2).
15.Ph. G., 378/2 (II 86/17). 19.Ph. G., 476/14 (11 207/1) á 477/22 01 208/14).
16.Ph. G., 474/24 (II 204/24).
17.Ph. G., 474/29 (II 204/29). 20.Ph. G., 477/22 (II 208/14) á 479/9 (II 210/9).
122 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DAAS LA CONSCIENCE DE SOI 153
L'Esprit dans son monde s'est présenté á nous á travers une n'étant précisément qu'un « moment », n'a pas d'étre-lá diffé-
série de a moments 2, dont l'organisation exprime le syllogisme rent de celui des autres, et n'a done aucune existente tempo-
de la totalité absolue dans l'élément objectif de la conscience. relle ". Remarque importante, sur laquelle nous- devrons revenir,
Ces moments, á propremént parler, sont constitués pár les sec- au cours de notre troisiéme partie, en traitant des rapports entre
tions elles-mames, c'est-á-dice par la Consciénce, la Consciente Logique el Clu-onologie ; pour i'instant, elle nous confirme dans
de soi, la Raison et — ce demier étant entendu ici la certitude déjá acquise que c'est la figure, et non pas la section;
comme a Esprit immédiat qui n'est pas encóre la conscience de qui est réellement concrete et porte tout le poids du mouvement
l'Esprit" D ; mais chacun d'eux ne peut atre pensé hors de son dialectique ; et elle nous explique comment les analyses de deux
organisation propre, c'est-á-dice en dehors de la « détermination sections (par exemple Esprit et Relifflon) peuvent se superposer
singularisée » qu'il acquiert en chacune des figures qui se diffé- en exprimant des points de vue divers sur une méme période
rencient en lui : « Ainsi, par exeinple,' dans la Conscience se historique.
distinguaient la Certitude sensible et la Perception". » Nous Un schéma peut nous aider á coinprendre cette organisation
sommes de la sorte en présence de trois registres d'expression, syllogistique de l'Esprit universel dans son monde :
de trois traductions, imbriquées les unes dans les autres, de la
réalité spirituelle dans son atre-lá‘:.
l'enchainement signifiant de ces moments suecessifs consti-
tue l'Esprit comme Totalité, dans la détermination de runiversel ;
chacun de ' ces quatre moments, pris pour luí-mame,
exprime un point de vue, une détermination pardculiére de cette FORCE ET I LIBÉRTE DE tA i INDIViDUATE. ...
ENT1NDERENT : i/\ CONSC.DES0 , \ REELLE I1ORAIrre
Totalité ; TV
.1 / /9‘
entro, les figures que contiennent ces moments présentent,
chacune pour elle-mame, l'effectivité concrete et singuliére de :7 j \
cette Totalité. / \ i/ DEbElIDANC61 I/ ACTUAL! SADON: CsOli
PERCEPTiáti /' &UNGER rl
1 \ 1/DEPENDANCE/ / I/ DR/ ISt
De la sorte, conclut ce texte, a l'Esprit descend de son uni- / i il.-:'‘.•••• /,
versalité, á travers la détermination, jusqu'á la singularité" a. / /
Sous la premilre et la troisisme de ces formes, il a « effectivité 1 (1)/
I ',
. /
&-1/5c6e/uársill. l...../
proprement dite" », et, par conséquent, 1 posséde a la forme ESPRIT
Vi 8112VAhl E: : VRAI
de la pure liberté á l'égard d'autre, chose, [forme; qui s'exprime
com.= temps », alors que chacun .des moments particuliers,
21. Ph. G., 476/21 (II 207/7). Cet e Esprit imtnédiat » est distingué
de 1' e Esprit total » (der gane Geist) constitué par la récapitulation des
Sections antérieures telle qu'elle se trouve opérée, précisément, dans la
section a Esprit » : l'Esprit immédiat n'est_ cutre_ par conséquent, que l'Esprit CONSCIENCE CONSDENC6 DE 501 'AISON ESPRIT •
vrai, c'est-a-dire FOrdre éthique, ou encare l'Esprit dans son surgissement
premier, tel que I'expose la premilre sous-sectioh de cette partie de rceuvre
ou plus précisément, c'est l'ensemble de cette Section, mais en tant qu'elle Le tout Les moments détermi- Les figures singuliéres :
permet de passer de cet Esprit immédiat A l'Esprit conscient de lui.méme de l'esprit nés : conscience, cons- certitude sensible, per-
comme Esprit : Ph. G., 476/21 (II 207/7), et surtout 315/27 (II 12/7). cience de sol, raison, ception, etc..
Bien qu'elle se trouve, sous sa forme immédiate, connumérée avec les
autres sections, la section e Esprit » est done privilégiée, puisqu'en elle, grAce esprit.
au jeu de récapitulation des moments antérieurs, la totalité spirituelle est bien
présente 'en sa conscience ; des sections précédentes, le contenu ne sera plus
évoqué qu'ir travers ce jeu d'aasomption et d'élévation gráce auquel !'Esprit . La ligne continue qui relie les figures entre elles signifie leur
s'est ainsi arraché á son immédiateté pour se déployer comme totalité dans enchainement linéaire, en sorte que a chacune contienne én elle:
l'élément de la conscience. les précédentes " », tandis qúe leur disposition en ligues brisées
22. Ph. G., 476/38 (II 207/24) et 477/3 (II 207/27).
23. Ph. a, 477/6 (II 207/30).
24. Ph. G., 476/33 (II 207/18) et 477/11 (U 208/3). 26. Ph. G., 476/28 et 35 (II 207/13 et 20).
25. Ph. G., 476/34 (II 207/19) et 477/12 (II 208/4). 27. Ph. G., 477/12 (II 208/4).
154 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESI'RIT DANS LA CONSCIENCE DE SO1 155'

permet de saisir leur regroupement ternaire á l'intérieur des de l'Esprit en general), « Conscience de soi » (pour-soi), et •
diverses unités médiates que constituent les sections, et prépare « Raison/Esprit » (en-et-pour-soi)" :
pour la suite leur rassemblement par niveaux horizontaux et la
moisson de corréiations qui s'ensuit pour chacune des trois sous-
ESPRIT DANS SA CONSCIENCE (6fFECTMT6 DE _ZSPRÜ TOTAL)
sections de la Religion. La section « Esprit enfin, regoit ici
un traitement special, étant elle-mline cette « Totalité
•,:•
constituée par la récapitulation des trois moments précédents EN SOI POUR 501 EN E.T POI/ SOI
(cf. ci-dessus, p. 152-, note 21). .„."
/.. /
,
Reste maintenant, avant d'en venir au second niveau d'analyse, / I
i RAISON
á tirer les conséquences, au plan du «j devenir de la Religion en s..¿ONICIEI4 .
général », de cette organisation de l'EsPrit dans son monde. C'est ONSC.DES01
lá l'objet des premiares lignes du paragraphe suivant : « Si done ■.. / I
la Religion est l'accomplissement de l'Esprit dans lequel les
moments singuliers de celui-ci, Conscience, Conscience de sni, i N i
.'RELIGION e FILIGiON S '"-RELIGION !
Raison et Esprit, retournent et sont retournés comme dans leur lIKWRI.1.1.6/.j&l........
HARTIMANIFESTE6
fondement, alors ils constituent ensemble l'effectivité'étant-lá de
l'Esprit total, qui n'est que comme le mouvement de différencia-
tion et de retour en soi de ces cótés siéns. Le devenir de la ESPRIT DANS SA CONSCIEN% DE SOI
Religion en général est contenu dans le mouvement des moments
universels 28. »
Hegel, en ce passage, n'en dit pas plus long, et ii enchaine Telle est la premiare série de corrélations structurelies que
aussitót sur la deuxiame analyse structurelle. Mais, quelques nous indique ce texte. Elle concerne « le devenir de la Religion
pages plus loen, commentant Je plan qu'il clon.ne alors de toute i; .¡ en général », c'est-á•fiire la relation entre ses trois divisions
la section, il précise la détermination dans laquelle se pose cha- mjeures et les sections precedentes prises dans leur unté,
cun des développements qu'elle contient, savoir la Religion comme des « moments » cohérents du contenu total., Mais il est
naturelle, la Religion de et la Religion manifestée) : « Si
dans la premiare l'Esprit est en général dans la forme de la 31. Ce schéma risque, pour une part, de fausser les perspectivas réelles
durcissant les corrélations et les oppositions. Par exemple, s'il est vrai
conscience ", dans la seconde dans celle de" la conscience de soi, que la Raison se trouve déjá du dité de la Totalité et peut done are
alors il est dans la troisiline dans la forme de l'unité des deux.; mise, en mame temps que l'Esprit, sous la détermination en l'en-et-pour-soi,
il est vrai aussi que la différence de niveau est tras profonde entre l'une
il a la figure de l'étre-en-et-pour-soi". e On peut done en et rautie de ces sections : ce que tente d'exprimer le trait qúi les sépare
conclure, semble-t-il, á ce niveau encore abstrait d'une organi- ici, — ainsi que la courbe enveloppante, qui montre cotnment l'Esprit ne se
déterudne qu'en récapitulant tout le contenu des sections anterieures (y compris
sation générale, que les trois'saos-sections de la Religion vont la Raison). Cf. p. 152, note 21. Si ron voulait exprimer finan tras
répondre respectivement aux sections « Conscience » (en-sol rigoureuse les déterminités logiqucs de ces sections « Raison r et Esprit 1,s,
il faudrait dire que la premiare expose l'en-et-pour-soi, de l'Esprit dans son
en-soi, mais seulement en-soi (ou pour-nous), tandis que la seconde exprime
cet en-et-pour-soi de l'Esprit dans son en-soi de telle sone qu'il est cela
.28. Ph. G., 477/14 (II 208/6). A noter qu'il ne faut point trop presser, dans aussi pour soi-nzénte. Cf. Ph. G., 24/16 (I 23/5).
ce passage comme aussi dans le paragraphe précédent, le vocabulaire employé Par aiileurs, si les trois sous-sections de la Religion correspondeot bien aux
pour caractériser les diverses déterminations en jeu. « Les « moments trois déterminations de Peo-soi, du pour-soi et ren-et-pour-soi, ü faudrait
qui, dans le syllogisme total, relavent de la particularicé (ou encare de la exprimer que leur rapport aux premiares Sections n'est pas direct, et lie se
détermination ») sont dits id tour á tour « moments singuliers » et « mo- fait qu'l travers le prisme de leur assomption dans l'Esprit :
ments universels ». Il est vrai que leur róle de médiation fait d'eta des
singuliers á régard du tout et des universels par rapport aux figures qui se ESPRIT GARS SA consmce
Vi Cr AZAR ad
différencient en eux. tr1: 101

29. On peut entendre aussi : « Si.,. l'Esprit en général est dans la forme
de la conscience... », —• l'Esprit en général désignant alors l'ensemble des
quatre premiares sections, qui le constítuent effectivement dans son étre-lá
universel.
30. Ph. G., 480/22 (II 211/15).
!al.9111C rAla nwrxnsuu,nrc.
L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE VE SOI
156 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES

une autre série de rapports possibles, entrant davantage dans


le détail, et qui permet í~ chacun des trois déveioppements de Cette représentation graphique suit simplement á la lettre la
la Religion de réassumer, á l'intérieur de chacrine des sections, description tres piécise que Hegel nous donne ici : Si done;
la ou les figures qui correspondent á la détermiriation du concept l'Unique série considérée jusqu'ici marquait en elle par des
qu'il exprime. La raison de cette nouvelle órganisation tient en ce nceuds, au cours de son progrés, les retours en arriére, mais se
que la Religion doit élever l'Esprit dans sa conscience de soi dégageait de ces nceuds pour poursuivre dans une marche linéalre
depuis le savoir de ne qu'il est en soi jusqu'au savoir de ce qu'il une; elle est désormais comme brisée en ces ncuds, les moments.
est en et pour soi, tout comme chaeune dés sections précédentes universels, et fractionnée en beaucoup de ligues, qui, rassemblées
élevait l'une des déterminations de la conscience de l'en-soi á en un unique líen, se réunissent en méme temps de fagon symee
l'en-et-pour-soi ; de sorte que s'imposera, cette fois, une corres- trique, de sorte que les différences semblables dans lesquelles
pondance horizontale, qui dépécera chacun des < moments » chaque ligue particulilre se constituait en figures (sich gestaltete)
antérieurs pour recomposer différemment son contenu selon les . á l'intérieur d'elle-méme edincident ".
étages successifs de son déploiement : a Si done á l'Esprit par- Remarquons que cette nouvelle organisatien difiere de la pré-
cedente sur deux points essentiels. Le premier est que, plus que
venu au savoir de soi (dem sich wissenden Geiste) appartien-
nent en générl Conscience, Consciente de sol, Raison et l'autre, elle inelut dans le mouvement qu'elle esquisse la réas-
Esprit alors appartiennent aux figures déterminées de l'Esprit somption du contenu comme tel de l'Esprit dans sa conscience.
parvenu au savoir de soi les formes déterminées qui se dé- Elle ne reprend plus seulement, en faveur de la Religion, les
ployaient á l'intérieur de la Conscience, de la Conscience de sol, déterminations formelles des e moments D antérieurs saisis dans
de la Raison et de 1'Esprit, en ehaeune particuliérentent. La 'leur particularité anhistorique (nous avons vu que les' sections,
comme telles, ne sont nuliement extraposées dans le temps),
figure déterminée de la Religion s3 se saisit, dans les figures de
chacun de ses moments, pour en faire son esprit effectif, de niais elle descend dans toute la richesse des déterminations singu-
celle qui Mi correspond. L'Unique déterminité de la Religion lieres que reellent les figures ; autrement dit, et Hegel insiste
se saisit de tous les cótés de son étre-lá effectif et leur imprime plusieurs fois sur ce point ", ce qu'alors elle découyre et fait
i sien, c'est a l'esprit effectif determiné » qui correspo.dd, comete
cette empreinte comitune ".,
Une fois encore, un sehéma peut nous aider á comprendre fordement historique, á chaque moment déterminé da concept
cette structure : qu'elle exprime : c'est lá exactement le type de corrélations, que
nous avons montré ci-dessus étre propres á cette section e Reli-
gion D. On volt comment, en cette lignc de recherche, nous pou-
vons espérer trouver des éléments qui JIDUS éclairent sur les
-EN trame sa' -(- • kawar
I
7 =m> :rapports entre Logique et Chronologie dans la Phénoménologie.
La seconde différence tient en ce que l'une des organisations
aboutit á un rapport statique de l'Esprit tel qu'en lui-méme á
Pa,, So/ .=> peuEmy DE ealer sa réalité effective, tandis que i'autre manifeste davantage le
dynamisme qui est le sien á l'égard de son ebiectivité subStan;-
tiene. Dans ce dernier cas, en effet, la conscience de sol de
rwv SO.' Vs; iiI4TUTILC l'Esprit n'est pas seulement la résultante actuelle d'un mouve-
ment tout entier posé dans le passé : au contraire, nous vo3ions
l'Esprit se constituer peu á peu comete conscience de soi en
ESPRIT UNIVERSE!. DANS SA CONSCIENCE ESPRIT IIIIIVEkSEL DANS SA investissant de fagon active les figures antérieures, en lesa péné-
CONSCIENCE Dk SOI trant 2> de sa déterminité unique, en e se saisíssant » pour
s'approprier leur contenu. En effet, la substance du déploierhent
de l'Esprit dans son étre-lá s'est affirmée pour elle-méme ell a
32. Comme cl-dessus, ola peut aussi rattacher überhaupt á Geist, et traduixe :
Si done á rEsprít en général parvenu au savoir de soí appartiennent... » 35. Ph. ti., 478/28 (II 209/23).
33. I. e. la Religion naturelle, la Religion de l'art et la Religion manifestée. 36. Ph. G., 477/37 (II 208/28) ; 478/23 et 27 (II 209/18 et 21).
34. Fh. G., 477/38 (II 208/29).
158 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE Sol 159
« surgí au dehors ; elle est la profondeur de l'Esprit certain de niveaux harizontaux a pour corrélatif la reconnaissance d'un
soi-méme, qui ne permet pas au príncipe singulier de s'isoler et type d'écriture vertical qui définit les différents plans la réalité
de se constituer soi-mame comme tout, mais, rassemblant et se donue á connaitre, selon les harmoniques plus ou mojos
tenant unis en soi tous ces moments, elle progresse dans cette riches, plus ou moins profondes, de ses significations diverses. Ce
richesse totale de son esprit effectif, et toús les moments pard.- qui fait que nous pouvons, recouvrant les deux schémas, nous
euliers de cet esprit prennent et recoiveni en soi en commun attendre théoriquement, pour chacune des trois sous-sections de
la mame déterminité du tout '7 ». L'Esprit de la Religion est celui la Religion, á une double série de corrélations qui rassemblent
de la Totalité, qui se prouve et s'affirme comme tel en imposant les déterminations semblables dans l'ordre horizontal et dans
au monde effectif, qu'il sait comme son própre contenu, le sceau l'ordre vertical (voir figure page précédente).
de son universalité ; c'est done une nouvelle lecture de la totalité .
La R.eligion naturelle, par exemple, devra normalement réas-
bistorique qui va pouvoir ici se déplo'yer, — une lecture plus sumer et le contenu total de la section « Conscience » (premier
adéquate, puisque faite, si ron peut aire, du point de vue du trait vertical, vers la gauche, tiré du premier schéma), et chácun •
Tout, qui est le véritable moteur de son devenir : «. L'Unique des premiers temps des quatre sections en cause (trait horizontal
déterminité de la Religion se saisit de tous les catés de son ztre- inférieur, corre-spondant au deuxiéme schéma) : dans l'un et
lá et leur imprime cette empreinte commune as. » l'autre cas, la réalité visée y est atteinte en effet sous. la moda-
Ce deuxiame type de paraltéles structurels semble done lité de l'en-soi, qui sera celle, précisément, de la Religion natu.-
répondre davantage aux caractéristiqúes de la section « Reli- relle. Quant á la Religion de l'art, puisque l'Esprit dans sa
gion », d'une part á l'activité que l'Esprit doit y manifester en conscience de soi se manifeste en elle comme pour-soi, elle
tant que conscience de soi, et d'autre part á cette seconde lee- reprendra le mouvement de la section « Conscience de soi »
ture qu'il luí faut y effectuer de la réalité histórique (détermi- (qui est la section déterminée comme pour-soi dans le premier
nation des « contrepoints 1) : le libre mouvement de la conscience schéma), ainsi que tous les deuxilmes temps, rassemblés en fais-
de soi s'inscrit en filigrane au-dessous du mouvement aveugle de ceau, de. chacune des sections considérées (qui sont également
la conscience. Mais cette derniére remarque exprime aussi que dans la détermination du pour-soi, selon le deuxilme schéma).
ce second schéma, loin d'exclure le premier, l'appelle bien pinta Enfin, la Religion manifestée, qui est la Religion dans son en-et-
et doit se conjuguer avec lui : la prévalence d'une reprise par pour-soi, correspondra aux sections « Raison. » et « Esprit »
(c'est-á-dire á l'Esprit comme en-et-pour-soi dans sa conscience
6/Y SO/ PO11? SO/ I EA' e- POUR SO/ — premier schéma) et aux troisiames temps de chacune de ces
sections (qui sont aussi, dans leur ordre propre, au niveau de
l'en-et-pour-soi — deuxiame schéma) ".
EN 6T PcüR 501 RELIGO HANIFCSTI
La compara ison de ce schéma total avec les parallalCs expli-
cites que nous rencontrerons au niveau du contenu sera du plus
FIUGi014 De CART haut intér8t, tant pour rintelligence de la totalisation ultime
opérée dans le Savoir absolu que pour la détermination de la
nature de reuvre, — de sa valeur au regard de la Logique d'une
part, et d'une Philosophie de l'histoire d'autre' Parte Mais aupa- ,
NATurlue ravant il nous faut, en lisant los deux derniers ,paragraphes de
o , __„._,—, cette Introduction á la Religion, reconnaitre ce que Hegel
Rel. iY4711111(
lAG. 06* 1 ART RE7/6/0A I 11.41/111S7CE annonce das maintenant á propos de ce dépassement nécessaire.
« La différence qui a été faite entre l'esprit effectif et l'Esprit •

39. Cornpte tenu, évidemment, des nuances apportées ci-dessus á prOpos


de la premiare série de corrélations : différence de niveau entre Raison et
Esprit au sein de l'unique détermination de l'en-et-pour-soi; et réassomp-
37.Ph. G., 478/17 (II 209/13). tion du contenu des premiares sections á travers la récapitulation qu'en réalise
38.Ph. G., 478/6 (II 209/2). l'Esprit. Cf. p. 155, note 31.
160 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SO1

(ihm) qui se sait comme Esprit, ou entre lui-méme comme puisque son fondement (son « élément ») n'est autre que 1'unit,,4
conscience et comme conscience de sol, est sursumée dans l'Es- consciente, sous une modalité logique déterminée, de la subs,
prit qui se sait selon sa vérité, sa conscience et sa conscience tance et du Sol ; c'est pourquoi liegel parle des trois étapes de
de soi se sont égalisées ". Cet Esprit, dans lequel la vente est cette histoire comme des « effectivités de l'Esprit » : l'Absolu
identique á la certitude" et l'effectivité posée dans une idenut.e se manifeste d'abord dans son identité á la réalité immédiate,-
parfaite au Soi, c'est 1'Esprit absolu, dont l'ultime section expri- puis comme le Soi qui investit totalement de sa puissance 'nége6é
mera le savoir. Más pour l'heure, cet ESprit, s'il accede déjá réel- cette « naturalité immédiate, avant de se déployer librement
lement au savoir de lui-méme, ne le fait encore que sous mode dans l'identité (enfin devenue manifeste) de son universalité
immédiat ; autrement dit, comme nous l'avons déjá lu dans la pre- essentielle et de sa singularité effective. Mais paree que cette
miare partie de cette Introduction, « ii a pour soi, représenté manifestation s'opére en suivant le mouvement des detenni_
comme °Net, la signification d'étre l'Esprit tmiversel qui contient nations unilatérales du concept", elle se! déploie encore selon
toute.essence et toute effectivité ; mais il n'est pas dans la forme de un mouvement d'intégation linéaire tel que le contenu totale
l'effectivité libre ou de la nature se martifestant. sous mode indé- n'est point présent dés la premiare figure : dans l'unité de l'Esprit
pendant" Sans doute, étant doné qu'il existe comme cons- qui les investit toutes, les figures se distinguent done l'une de
' cience, et puisqu'U a recueilli dans le Soi qui le constitue la Iota- !I l'autre et se poseed comme réellement différentes. C'est aussi
lité de son étre-fa, il s'objective bien par rapport á lui-méme dans ! la raison pour laquelle la dernilre de. ces figures, paree que la
l'élément de l'étre ; mais sa relation á cette « figure », trop trans- vérité totale qu'elle exprime enfin est le résultat de toutes ces
parente au Soi pour étre vraiment libre, implique encore, á cause figurations partielles, ne présentera pas encore ce Tout dans' !
de'cela méme, une inadéquation entre l'essence et la conscience" ; sa pureté conceptuelle, mais seulement comme une « figure
de sorte que chaque « figure » religieuse, si elle exprime bien, vraie " ». C'est dire que ces trois moments (Religion naturelle,
en un sens, la totalité de 1'Esprit, le fait encore dans la forme Religion de l'art, Religion manifestéc) nermettront seuleinent á
inadéquate de la représentation ; cette forme ne sera sursumée 1'Esprit posé dans sa conscience de soi de passer de son affirma-
que quand l'Esprit aura parcouru l'ensemble des figures distinctes tion de lui-méme sous la modalité de l'cn-soi á la pleine déter-
(et done partielles) qu'il pose á l'intérieur de sa puse imité (et mination de ce qu'il est en et pour soi, mais sous cette forme
donc dans une égalité absolue) ; alors # aura pouvoir, en son non encore pleinement accomplie de la conscience de soi.
absolue simplicité, de déployer hors de lui une Nature qui ne — Nous allons suivre ce. mouvement en reprenant chacune de ses
soit autre que lui-méme posé dans sa libre subsistánce 44. étapes.
La section « Religion a constitut de la sorte l'exemple le Plus
achevé du mode selon lequel l'Esprit se révale tout au long de
la Phénoménologie, se dotinant ii connaltre de fagon réelle, mais
encore dans la forme de l'objectivité", c'est-á-dire dans la II. LA RELIGION NATURELLE
forme inadéqtiate de la' succession temporelle. C'est pourquoi
il existe bien une histare des, formes relileuses, histoire dont
11 est possible de dresser le bin=an et de deviner le sens progressi- Dans les neuf pages de la Religion naturelie, nous ne trouvons
vement dévoilé. 11 s'agit, bien sOr, d'une histoire « effective que trois parallales explicites, un au début de chacun des déve-
loppements majeurs L'Essence lumineuse, La Plante et l'animal,
L'Artisan. Mais ces corrélations revétent une force singuliére.
40. Ph. G., 479/10 (II 210/10). La premiare met tras normalement en relation ce premier temps
41. Ph. G., 479/30 (II 210/28).
42. Ph. G., 475/8) II 205/16). de la Religion immédiate avec les développements correspon-
43. Ph. G., 479/29 (II 210/27-28), dants dans les sections « Conscience n et « Conscience de soi b.
44. Ph. G., 480/4 (II 210/40). Cette réflexion sur l'insuffisance de la figure
religieuse en tant que tele surgira de nouveau, et de fa9on eminente, á Voici en quels termes elle se trouve présentée : Dans la pre-
propos de -la personne du Christ : celle-ci, surdétenninée par l'Absolu, ne
peut, á cause de cela mame, se déployer librement au sein de l'existence
naturelle; c'est aussi pourquoi, au termo du Savoir absolu, le dépassement de 46. Ph. G., 480/10, 13, 19 (IT 210/5, 8, 13). Ce niveau d' « effectivité
cette forme inadéquate pennettra á l'Esprit de se poser enfin comme Nature. avait déjá éte ancha, dans' la détermination complénientaire de l'en-soi, au
Cf, ci-dessous, p. 192, note 16, et p. 262, note 62. debut de la section « Esprit » : 314/6 (II 10/8). • .
45. Ph. G., 480/30 (II 210/24). 47. Ph. G., 480/22 (II 210/15).
48. Ph. G., 480/28 (II 211/21).

11
169 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SC4: 163

miére division immédiate de l'Esprit absolu qui se sait sol-mame, et se définit un moment particulier du mouvement total. Cette
sa figure a cette détermination qui survient á la conscience immé- disjonction, au vrai, apparaissait déjá au debut du second móu-
diate ou á la eertitude sensible. L'Esprit s'intuitionne dans la vement de cette section « -Consciente de soi » (dans l'introduction
forme de l'étre, non pas pourtant de l'atre, sans esprit rempli á la Liberté de la conscience de soi), puisqu'alors nous avonl
des déterminations contingentes de la sensaton, qui appartient vu le sens, si i'on peut• dire, déserter la figure ,du Maitre pour
á la Certitude sensible, mais c'est l'are rempli par l'Esprit. Cet se poser du cóté de celle de l'Esclave". Dans ce cas, le Maitre
are inclut aussi bien en soi la forme qui advenait á la conscience représente la consciente de soi dans son immédiateté premiare
de soi immédiate, la forme du Maitre á. l'égard de la conscience (ou la conscience qui est immédiatement et abstraitement 'pour
de soi de i'Esprit se retirant de son objet". >> A l'égard de la soi), tandis que 1'Esclave désigne l'attitude de la conscience de
Certitude sensible se trouvent done soulignées tout á la fois soi qui accepte de se mesurer aux choses, de descendre dans
des ressemblances et des différences. La e détermination », en la réalité substantielle et de séjourner en elle ; on peut dire
effet, est identique : elle consiste, daos! le cas de la conscience encore que le Maitre, alors, exprime le rapport initial de la
religieuse, á se rapporter á soi-mame dans l'élément de l'ate conscience de soí avec la Vie (rapport qu'il exprime concréte-
de telle maniere que cette appréhension demeure définie comme ment en acceptant de jouer son existente jusqu'au bout dans la
une saisie intuitive immédiate ; mais l'étre en question n'a plus lutte á mort) : il est la traduction contrate, siugularisée, « figu-
la pauvreté de l'ici et du maintenant : il inclut en fait la totalité rée », de ces mouvements de besoin et de jouissance (dialectique
du déploiement de l'Esprit dans son étre-lá, et se trouve visé du Désir), de mort et de renaissance (dialectique de. la Vie),
dans toute la piénitude spirituelle qu'il a acquis peu á peu au dont les premiares pages de la Section « Consciencc de SO1. »
cours du dépioiement des quatre premiares sections ; c'est done donn.ent l'épure abstraite sous mode d'introduction".
la totalité de l'Esprit se manifestant dont le contenu se trouve La premiare figure de la Religion naturelle exprime done
id en cause, — la totalité de i'Esprit considérée sous la raison l'immédiateté de la conscience de soi qui était le propre de la.,
formelle d'une certitude et d'une intuition immédiates. figure du Maitre, si pleinement un avec son essence objective'
A cette évocation, Hegel ajoute celle de la figure dans laquelle que rien ne l'en peut détacher, rien et pas mame la peur de la
s'exprimait la conscience de soi immédiate, référence normale mort. Est-ce le sens de la derniare phrase que nous avons citée,
puisqu'il s'agit ici de déterminer ce qu'est, sous mode immédiat, selon laquelle dan.s lequel l'Esprit conscient de soi se
l'Esprit universel dans sa conscience de soi : c'est pourquoi, connait et se donne á reconnaitre .sous mode immédiat « inclut
dans l'étre-lá total qui constitue sa substance, cet Esprit conscient en soi... la forme du Maitre a l'égard de la conscience de soi
de soi recueille et fait sienne « la forme du Maitre », l'attitude de l'Esprit se retirant de son objet » ? Ce retrait peut désigner
qu'exprimait celui-ci dans son monde. Cette conélation pose l'attitude de l'esclave renongant á une liberté dont le prix serait
pourtant des problUnes c,omplexes. Remarquons tout d'abord la mort, et manifestant par lá la distance qu'il conserve, dans
que la référence vise la figure du Maitre comme tel, et non point sa conscience de sol, á l'égard de son essence. Le développement
la dialectique Domination et Servitude dans la totalité de ses de cette attitude sera, dans le « second » mouvement,
articulations. Nous avioni dit, en son temps que l'économie de
,
la section « Conscience de soi », avec le e double mouvement » 51. Ph.G., 151/5 (I 167/3).
qui la constitue", ne livre pas á premiare lecture la plénitude de 52. D'un certain point de vue, le textc sur le Désir et sur la Vie peut
étre comité comme le premier Temps de cette section, le second étant constituí
sa signification. En fait, nous comprenons maintenant que les par Domination et Servitude, et le troisiéme par la dialectique de la Liberté
deux termes mis en présence dans le premier mouvement qu'elle de la conscience de soi. Ceci dans la perspective d'une évocation globale
du mouvement de la Conscience de sol. Au contraire, lorsque, comme ici,
comporte (á savoir la figure du Maitre et celle de l'Esclave), íl s'agit d'une réassomption du contenu concrct, c'est i'expression en figures
bien que leur signification respective ne se révéle que dans le qui l'emporte, et les trois temps de la Conscience de soi deviennent : Maitre,
Esclave, Liberté de la conscience de soi. — A noter une autre division
jeu de leurs rapports mutuels, demeurent pourtant formellement possible, qui se trouve simplement amorcée dans la dialectique de l'Etat • da
distincts, de sorte que chacun d'eux .peut acre évoqué pour lui- droit (343/27, II 45/9) Domination et servitude, u comme étre-lá inunédiat
m'ame, comme un Ole autonome autour duquel se rassemble de la Conscience de soi », représeuterait le premier temps de cette section, et
la conscience stolque, comme arrachement á cette immédiateté, en represen-
terait le second temps. — Le sena précis des dialectiques du Désir et de la
Vie, le type particulier d' n expérience » qu'clies mettent en jeu, ne pourraient
49. Ph. G., 483/27 (II 215/1). ressortir qu'au terme d'un commentaire détaillé de ces pages qui n'entre
50. Evoqué comme tel en 255/29 (I 289/4). Cf. aussi 177/1 (1 197/17). point dans la visée limitée de notre étude actuelle.
L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SO1 l'6•5
I64 L'ORGANISATION DES EXPÉR1ENCES
lb
mation d'une liberté mutiléé, á travers les dialectiques du Sta- termina, assumés dans runiversel ; le retour de l'Esprit 'en sa
cisme, du Scepticisme et de la Conscience malheureuse ; et ce mline est analogue á la position de Pacte du percevoir, premier sé
sont elles, de toute évidenée, qui sont visées á travers un texte de embryon du si:jet ; quant á la pluralité diversifiée des « esprits
l'introduction á la Raison qui n'est pas sans évoquer celui que elle correspond á la multiplicité des propriétés á l'intérieur de t
nous cherchons á comprendre ici : « objet de la conscience de la chose, avec, comme alors, les deux aspecis de - repos e,t de zd
soi libre » y est décrit comme un objet « qui se retire des autres, iutte (ici, dans la religion des plantes, puis dans la religion. des
59
lesquels valent encore á cóté de lui ». Ici, au contraire, l'Esprit animaux). Nulle autre allusion explicite dans le texte qui snit
est totaleinent et immédiatement engagé. dans la substance oit ii mais le second paragraphe, qui traite du róle de rartisan, évoque di
s'appréhende colme conscience de soi, au point que cette par son mouvement et son vocabulaire, la figure de reselave,-)
identité immédiate détermine l'abstraction (normale en ce pre- :
ce qui corrobore i'interprétation proposée ci-dessus au 'sujet te
mier temps) de cette expression objective de lui-méme, oil le Soi de la corrélation entre I'Essence lumineuse vt. le MaItre. Il est
ne se retrouve plus comme Soi dans un& essence encore translu- vrai que ce paragraphe est un texte charnilre, qui appartient déjá..
cide, sans « liberté » authentique (cánime l'était, au fond, la pratiquement au troisilme temps de la Religion naturelle, puisque
liberté fallacieuse du Maitre; laquelle resurgit, dans les dialec- Hegel lui-méme prend soin de souligner que, das cet instant,
tiques suivantes, á l'intérieur de celle de 1'Esclave, pour signifier « l'Esprit entre dans une autre figure 57 ».
son non-accomplissement véritable). L'Esprit n'est alors que 1 Le troisiame parallale est encore plus elliptique, en méme
la pure essence lumineuse de l'aurore qui contient et remplit temps que la relation devient plus extrinséque. 11 est difficile, en
tout, et qui se conserve dans sa substantialité sans forme 54 ». effet, de prétendre que l'attitude de l'Artisan, dont l'activité
Ce n'est que plus loin, dans la figure de 1'CEuvre d'art vivan te, opérationnelle á régard de lui-méme et de son objet est soulignée •
lorsqu'elle aura été fagonnée par la puissance négative de l'arti- d'entrée de jeu ", reprend exactement celle, plus passive, plus
san-esclave, que cette essensvimmédiate perdra son abstraction immédiatenient d'ordre cognitif, de la dialectique Force et Enien'-
pour acquérir reffectivite d'une conscience de soi vraiment dement. II est vral que Hegel parle ici de « travail instinctif,
libre'. comme celui des abeilles qui fabriquent leurs alvéoles" », ce
Les deux autres parafines que nous rencontrons dans la qui maintient la perspective d'un mouvement aveugle, assez
Religion naturelle, posent beaucoup' moins de problames. Ils proche 'de la simple expansion de la conscience encore privée'
mettent en relation les dialectiques de La Plante et et de retour sur soi ; néanmoins la différenee demeure profonde, et
de L'Arlisan avec les moments correspondants de la section fait que la reprise est ici bien lointaine et extérieure . « La
« Conscience » : Perception et Entendement. — Voici le pre- premiare forme, paree qu'elle est Timmédiate, est: la • forme
mier : « L'Esprit conscient de soi-méme, qui hors de l'essence abstraite de l'entendement, et rwuvre n'est pas encore en elle-
sans figure est alié en soi-méme ou a élevé son immédiateté au méme remplie par l'Esprit. Les cristaux des pyramides et des
Sei en général, détermine sa simplicité comino une multiplicité obélisques, les connexions simples de ligues droites avec des
de srétre-pour-soi, et est la religion de la perception spirituelle, surfaces planes et des relations égales des parties, dans lesquelles
dans laquelle il se désagrage en une pluralité innombrable d'es- l'incortunensurabilité cht cercle est éliminée, tels sont les travaux
prits plus faibles et plus forts, plus riches et plus pauvres". » de cet artisan de la stricte forme ". » Encore cette évocation ne
Nal appel, on le volt, au mouvement qui de la Certitude sensible s'applique-t-elle qu'aux tout premiers travaux de rartisan, puis-
á conduit la conscience jusqu'á l'universel conditionné de la que tras vite il dépasse cette « forme abstraite de l'entendement »
chose pergue ; mais la simple mention, au début de ce déve- pour donner effectivité á une « forme plus anirnée" ». ;
loppement nouveau, d'un parallélisme des situations, développé Ces trois corrélations permettent done d'assurer,' sous mode
en une sorte de table des correspondances : ressence sans figure plus ou moins prégnant, une reprise de la section « Consciencé »,
est comme la totalité rassemblée des ici ét des maintenant indé- dans- la totalité de son développement ; c'est á quo/ la premiare

53.Ph. G., 176/31 (I 197/8). Mis á part la dernier, les soulignements 57.Ph. G., 485/33 (II 217/17).
indiqués ici ne se trouvent pas dans le texte de Hegel. 58.Ph. G., 486/16 (H 218/10).
54. N. G., 484/3 (II 215/14). 59.Ph. G., 486/19 (II 218/13).
55. Pi:. G., 503/8 (II 238/7)- 60.Ph. G., 486/21 (II 218/15).
56.Ph. G., 485/3 (II 216/16). 61.Ph. G., 487/24 (II 219/26).
166 L'ORGANISATION DES EXPÉR1ENCES L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE 1 E SOi '167

série de paralleles structurels exposée dans l'introduction á la i'activité de l'artisan qui consiste dans la conscience de soi- s'op-•
Religion nous permettait de nous attendre. Quant á la seconde pose un intérieur également conscient de soi et qui sc dit. ll s'est
table des corrélations, celle qui procede par regroupements hori- élevé dans son travail jusqu'a la division de sa cqnsciencc, dans
zonta-ax, elle ne regoit ici qu'un commencenaent d'illustration, laquelle l'esprit rencontre l'esprit ". a Autrement dit, rceuvre
avec la mention de la figure du Maitre á propos de la dialectique qu'il produit est désormais dotée d'un intérieur ; elle a une signi-
de l'Essence lumineuse. Il est normal qu'aucune corrélation fication propre, un Soi, qu'il est possible d'interroger, avec lequel
directe n'ait été exprimée avec le moment de la Raison obser- on peut entrer en dialogue : « En tant que la figure a gagné la
vante, puisque, nous le savons, la Raison,' á cause de rimmédia- forme de l'activité consciente de soi, l'artisan est devenu tra-
teté du mouvement qu'elle déploie, « ne contient aucune reli- vailleur spirituel ". »
gion" D. L'absence de toute reference au lMonde éthique parait, La situation nouvelle étant ainsi caractérisée, Hegel, en une
á premiére vue, moins explicable ; c'est la, á nouveau, un pro- démarche seconde, se demande á quel moment de l'Esprit dans
bleme complexe, que seul l'examen deá iicurrences prochaines son étre-la elle correspond, c'est-á-dire en quelle, période histo-
nous permettra d'aborder á son véritable niveau. rique elle a été vécue et s'est donnée a ccnnaitre comrae telle
(recherche du « contrepoint ») : « Si nous nous demandons aprés
cela quel est l'esprit effectif qui a dans la Religion de. l'art la
conscience de son essence absolue, il se trouve que c'est 1'Esprit
II1. LA RELIGION DE L'ART éthique ou l'Esprit vrai". » On peut are tenté de donner de
cette affirmation, présentée ici comme une évidence qui va de .
soi, une explication d'ordre purement historique : n'est-ce point
C'est précisément sur un long parallele avec le moment de dans le monde grec, décrit dans cette dialectique de 1'Esprit vrai,
la substance éthique que s'ouvre le second temps, c.elui de la que virent le jour les ceuvres d'art (eonstructions, statues, épos,
Religion de l'art. Comment expliquer cela, puisque cet « Esprit jeu théátral, langage de la tragédie et de la: comédie) sur. les-
vrai » (le monde grec) représente, á l'intérieur de la quatriírne quelles Hegel va faire porter son analyse dans les pages qui
section, le moment de ren-soi ? Est-ce que son contenu, de ce suivent ? Mais il resterait á expliquer la non-correspondance de
fait, ne devrait pas cohérer davantage, si Pon en croit la table ,ette considération avec le pur mouvement tu coucept, et la
des paralléles structurels exposée par Hegel lui-méme, avec la distorsion que celui-ci subit dans le traitement qui lui est ainsi
dialectique de la Religion naturelle ? Comment comprendre le imposé. En vérité, la reponse est plus complexe que cela, et elle
fait que cette corrélation ne surgisse 'qu'au niveau. de la Religion va nous permettre d'entrer dans une intelligence plus precise
de l'art, c'est-á-dire du pour-soi ? Pour répondre á ces quesiions, de la nature des paralilles qui structurent rceuvre, á tout le
il nous faut d'abord lire le texte dans lequel ce rapprochement morosa ce niveau de son développement.
se trouve souligné. La premiére remarque de Hegel, le point de départ de' sa
Dans la Religion naturelle, l'Esprit dans sa conscience de réflexion, va á manifester sous mode positif la convenance, par
sol est objet h dans i'extérlorlté de la conscience rapport á l'épanouissement de rart conscient de lui-meme, 'de
autfernent dita 11 se contemple dans l'unité iminédlate de son Sol cette substance éthique entendue dans sa déterminité la plus uni-
avec l'atre-1á u'II investir de sa Pasence: Le développement de verselle, sans distinction en elle de moments plus precis. A ce
cette figure, depuis rabstraction et la substantialité sana forme premier niveau d'appréhension universelle, on peut dire en effet
de l'essence lumineuse jusqu'á la production par l'artisan de que le propre de cette substance est qu'elle est ante á exprimer
la figure humaine dans la statue qu'il édifie, exprime le retour l'intériorité effective de la conscience, puisque chacun des sujets
de cette extériorité « dans la forme de la conscience . méme" », en elle a son essence « Cet esprit n'est pas seulement la subs-
c'est-á-dire dans l'élément de la conscience de soi : e Dans cette tance universelle de tous les singuliers, mais en tant qu'elle a
reuvre cesse le travail instinctif qui, en face de la conscience Pour la conscience effective la figure de la conscience, cela sigui-
de soi, engendrait rcenvre sans conscience ; en effet, en elle, á fie que elle, qui a individualisation, est sue par eux commk leur

62.Ph. G., 473/23 (II 203/21). 64.Ph. G., 489/14 (H. 221/23).
63. Ph. G., 490/4 (II 223/3). 65. Ph. G., 490/8 (II 223/5).
66.Ph. G., 490/10 (11 223/9).
158 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES :'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SO1 169

propre essence et muere 87. » On peut dire alcirs que la substance, dans la dissolution méme de cet esprit éthique dans lequel elle
dans son égalité effective avec la conscience singuliére qui trouve pourtant son effectivité. — Ce qui constitue le fondetneut
trouve en elle son fondement, vient á sa rencontre lorsque d'aven- du monde éthique, dans sa spécificité, c'est immédiate
ture cette conscience, s'étre chargée de_toute la plénitude du singulier et de l'universel ; voilá qui don.ne unjuniVers
de l'Esprit conscient de soi, s'efforce d'expriMer, dans ce monde pact, sans faille, dans lequel l'acticn de chacun est réellement
qui est sien, la totalité qui l'habite. 11 est évident alors, et Hegel coextensive ú l'essence de tous. Dans cene mesure, il n'est point
le souligne dans les Upes suivantes, que cet esprit effectif n'a de place en luí pour ce type d'attitude religieuse partielle que
riera de commun avec le monde dans lequel ;s'exprimait la Reli- Hegel exprime en ce second temps de la Religion, attitude.
gion naturelle ; dans ce monde, en effet, le Soi de la conscience caractérisée précisément par le fait que la conscience de soi
de soi, loin de peuvoir se donner á connaitre de fagon adéquate, n'a noint encore reioint pleinement son expression substantielle.,,
ou bien était ábsorbé par ressence luMMeuse sans figure, ou D'ailleurs, il est caractéristique que les deux formes de religion.
bien s'éparpillait sans cohérence en une inultitude d' « esprits rencontrées dans le Monde éthique (la religion du destin et celle
opposés entre eux, rassembléá seuleinent dans l'ordonnance de l'esprit dispara) impliquent toutes deux une rupture de l'équi.
abstraite d'un organisme social privé de liberté. Seul peut corres- libre qui est essentiel á l'affirrnation de ce monde dans sa per-
pondre au mouvement de l'art un esprit qui est « le peuple fection originelle ; voilá qui avait été déjá souligné dans l'Intro-
libre, dans lequel les moeurs constituent la substance de tous, duction á cette section " ; ici, nous retrouvons la méme idée sous -
substance dont tous et chaque singulier savent l'effectivité et une autre forme : « En tant que le peuple éthique vit dans
Pétrea comme leur volonté et leur opération" ». runité immédiate avec sa substance et n'a pas en luí le 'príncipe
L'affirrnafion est, on le volt, d'une netteté totale, dans son de la singularité une de la conscience de soi, sa religión ne surgit •
paradoxe méme : l'esprit effectif qui correspond au pour-soi de dans sa perfection que lorsqu'il se détache de sa subsistance : »
la Religion, c'est Fen-soi que constitue l'Esprit vrai déployé C'est done á l'instant de sa dissolution, lorsqu'elle en vient
comme monde. Pourtant, Hegel ne s'en tient pas lá, et il nous á perdre son « irnmutabilité trarquille en face de l'absolu mou-
faut le suivre dans une détermination plus exacte de cette corré- vement de la conscience de soi" », que ressence éthique peut
lation. Car la substance éthique, comme telle, représente un porter le poids de la révélation du Soi de l'Esprit, et done,
« monde », un monde soulevé par une évolution permanente, exprimer une attitude religiense. A son niveau, cela) se naduit
un monde qui a une naissance, un plein déploiement, et qui en p...1: la perte d'elle-méme et son retour dans le Soi abstrait de
vient finalement á s'écrouler dans sa diviSion intérieure : est-ce l'Etat du droit : « Le perfectionnement de l'ordre éthique
que religion de l'art trouve également la « matilre »' de son la libre conscience de soi et le destin du Monde éthique spnt
affirmation dans toutes ces .phases disfinetes ? Prend-elle ce done l'individualité qui est allée en soi, l'absolue légéreté de
monde tel qu'il est, exprimant simplement la plénitude de la l'esprit éthique qui a résolu en soi toutes les différences solides
conscience de soi de ce monde, ou pas plutót le dyna- de sa subsistance et les masses de son articulation organique,
misme intime qui I'entraine vers son terme ? En ce cas; rae pour- et, complétement súr de soi, est parvenu Pall_égresse sans limites
rait-on dire qu'elle correspond plus spécialement á telle ou telle et á la plus libre jouissance de soi-méme ". » Résultat qui, comme
phase de son évolution, — á ce qüi-, dans l'en-soi qu'il est, cons- tout résultat, peut étre appréhendé sous la raison de l'accom-
titue la naissance progressive de son pour-soi ?. piissement qu'il opére ou sous celle de la disparition , qui le
C'est ce que Hegel sugglre en montrant qu'il ne peut y avoir rend possible : « Cette certitude simple de l'Esprit en soi est •
de eorrespondance immédiate entre l'un et l'autre de ces termes ; réalité ambigué : calme. subsistance et solide vérité aussi bien
en effet, a la religion de l'esprit éthique est son élévation au-dessus qu'inquiétude absoiue et la disparition de l'ordre éthique" » ;
de son effectivité, le retour hors de sa vérité dans le pur savoir mais en fait, c'est cette dernilre explication qui a prévalu et qui
de soi-méme" a. Affirmation capitale, que Hegel développe en prévaut ici : « En effet, la vérité de l'esprit éthique n'est tout
un long paragraphe ; elle révéle que la religion de l'art s'affirme
70.Ph. G.. 473/28 (11 204/1).
71.Ph. G., 490/31 (II 224/3).
67.Ph. G., 490/13 (II 223/12). 72.Ph. G., 491/4 (11 224/8).
68.Ph. G., 490/25 (II 223/25). 73.Ph. G., 491/21 (II 224/25).
69.Ph. G., 490/29 (II 224/1). 74.Ph. G., 491/28 (II 225/1).
170 L'ORGANISATION DES EXPERIENCES 1. 1*..S1.1(11. li..\;.\b LA LONJU1Li\1-1: L

d'abord encore que cette essence substantielle et cette confiance, Toutes ces considérations nous engagent á ne point simplitier
dans lesquelles le Soi ne se sait pas comme singularité libre, et abusivement la situation en l'enfeimant á l'intérieur de ebor-
qui par conséquent dans cette intériorité ou dans la libération données trop rigides. En fait, il est vrai que, sous un aspect, les
du Soi s'abime en son fondement (zu Grunde geht)". » Dés développements de la Religion de l'art corrcspondent á ceux
lcrs, la conclusion s'impose, qui éclaire, en reprenant ses termes, du Monde éthique, — et il est vrai également (plus vrai peut-
l'affirmation initiale de ce paragraphe : '« Quand done la étre) qu'ils se trouvent accordés avant tout á ce qui, dans ce
confiance est rompue, la substance du peuple brisée en soi, alors Monde, opére progressivement, sa transformatión d'abord - sa
c'est que l'Esprit, qui etait le moyen terme des extremes s,ans disparition ensuite : n'est-ce pas normal; puisque l'Esprit dans
subsistance, est désormais sorti dans l'extreme de la conscience sa conscience de soi est le principe actif qui organise la substance
de soi qui se saisit comme essence. Celle-ci est l'Esprit certain universelle pour en faire peu á peu un monde spirituel ? On peut
en soi qui se lamente de la perte de son monde et qui mainte- done dire que l'esprit effectif de la Religion de l'art, c'est 'ce
nant, á partir de la pureté .du Soi, produit son essen.ce, élevée au- qui, dans l'en-soi de l'essence éthique, trahit déjá son pour-soi
dessus de l'effectivité". » á reeuvre, présent en lui des rorigine comme le dynamisme de
Le parallélisme instauré en ce debut de la Religion de l'art son auto-mouvement.
ne vise done point l'essence éthique comme telie considérée dans Voilá qui laisse á Hegel, si l'on peut dire, une « masse de
sa totalité compacte et sans faille, mais (et ron pourrait presque manreuvre » suffisante pour lui permettre de ne sacrifier aucune
dire : au contraire) l'instant de sa disparition, de son engloutisse- des harmoniques du mouvement qu'il déploie. Par exemple, au
ment dans le Soi de la personne, et dans i'activité que celui-ci debut de la Religion manifestée, dans un texte récapitulatif qui
va développer á travers l'univers de la Culture, — oú l'Esprit réassume, en fonction de la perspective nouvelle, les moments
cherche á recomposer régalité perdue avec sa propre substance. antérieurs, il réaffirme une perspective tout á fait semblable á
C'est aussi bien á ce mouvement de l'Esprit dans un monde qui celle que nous venons de développer : « La Religion de l'art,
lui est devenu étranger et á l'activité religieuse de l'artiste que écrira-t-il alors, appartient á l'esprit éthique que nous avons vu
peut s'appliquer le jugement que nous venons de lire : l'Esprit ci-dessus disparaitre dans rEtat du droit, c'est-á-dire dans la
est « dans l'extreme de la cónscience de soi se saisissant comme proposition : Le Sol comme tel, la personne abstraite, est essence
essence », et il s'efforce, á partir de cette pureté du Soi, de absolue" .» ; mais cela ne l'aura pas empéché, dans le troisiéme
produire son essence », laquelle n'est plus simplement offerte temps de cette Religion de l'art, c'est-á-dire dans FCEuvre d'art
dans son unité immédiate avec la conscience de soi (Monde spirituelle, de déployer un liaste paralléle, au double plan du
éthique, attitude religieuse naturelle), mais doit etre conquise et contenu et de la forme, entre la détermination religieuse de
fagonnée par elle. — « C'est dans une telle époque que surgit l'univers de la tragédie et les moments qui structurent le déve-
l'art absolu". » Auparavant (= Religion naturelle), l'art n'était loppement de la subst.ence éthique elle-méme : le cercle des
qu'un travail instinctif, en dependance étroite de la matiére dans dieux, auparavant dispersé, se rassemble dans ropposition simple
laquelle il s'exprimait : il n'avait pas « sa substance dans rordre des « puissances » qui s'étaient alors affirmées, et qui regoiverit
éthique libre" » ; plus loin. (= Religion manifestée), l'art se ici, en retour, leur ultime individualisation (droit divin/droit hu-
dépassera lui-méme, n'engendrant plus seulement la substance main, caractére féminin/caractlre masculin) ; de méme, l'atti-
née du Soi, mais le Sol lui-meme présent dans la substance tude du héros fase á ces dieux se partage selon l'une ou l'autre
(Incarnation) ; ici, en ce monde médiat, prévaut le mouvement des déterminations formelles que nous avions alors rencontrées :
de l'art en toute sa pureté, car l'Esprit, liberé de retre-lá immé- selle du savoir ou celle du non-savoir".
"diat, existe en lui-méme comme pure forme : 11 peut done déve- On voit l'inanité, ou tout au moins le caractére tres aPproxi-
lopper, en lui et. á partir de lui, toute réalité". matif, d'une table des parafines qui, comme celle présentée par
Wilhelmine Drescher, se contente d'indiquer deá relations
75.Ph. G., 491/31 (1I 225/5). bales, trop lifitivement définies. En réalité, n'y a jamais simple
76.Ph. G., 491/36 (II 225/9). Ce soulignement n'est pas dans le texte
de Hegel.
77.Ph. G., 492/4 (II 225/18).
78.Ph. G., 492/6 (II 225/21). 80.Ph. G., 522/22 (II 259/25).
79.Ph. G., 492/16 (II 226/1). 81.Ph. G., 512/33 et 513/16 (II 249/17 et 29).
172 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES
L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE 501 rd.
correspondance d'une totalité homogIne á une autre totalité sol" ». Sans le viser directement, ce texte en evoque un autre,
homogIne, pour la tras simple raison que chacune des masses du que nous avons analyse dans le chapitre précédent, et qui indique
développement est un monde en mouvement, traversa de cou- précisément une corrélation entre l'appárition des « multiples
rants contraires qui expriment sa richesse Intime, et qui pré- rapports éthiques 2, et cene des propriétés intérieures á la chose
parent, á. travers le dérouiement de rexPérience actuelle, le de la Perception ". On voit qu'il lá de trois mouvements qui
surgissement d'une figure et d'une situation nouvelles. Voilá ce se déroulent effectivement selon le mame tracé : le concept
que nous voulions signifier en disant qu'il existe plusieurs lec- simple exprime tout d'abord sa richesse intérieure en se divisant
tures possibles du réel, á divers niveaux :de profondeur ; par én deux termes dont chacun se trouve investi, á cause mame de
exemple, au plan de la totalité, auquel nous nous trouvons cette origine, de la force du Tout ; le dialogue qui en resulte,
maintenant, il y a pour le moins deux:types de lecture : celui et l'échange de déterminations qu'il engendre, reconduit le
de la section « Esprit 2,, celui de la section « Religion » ; et concept dares son fondement simple, c'est-á-diré dans un Soi qui
ces deux mouvements ne se recouvrent pas exactement, chacun se pose en lui-méme á un nouveau niveau de profondeur. — Ce
d'eux s'organisant en des imites originales dont les limites ne paralléle, comme déjá ceux que nous avons rencontrés dans la
s'ajustent pas nécessairement les unes aux autres. Chacun d'entre Religion naturelle, presente done une simple corrélation formelle,
eux a son rythme propre, développe ses propres catégories, et importante sans doute pour souligner la résurgence, d'un bous
s'articule á l'intérieur de lui-méme, dans son auto-mouvement, dé l'oeuvre á l'autre, d'un mouvement dialectique unitaire, mais
selon des « nceuds » qui n'ont point toujours, ici et lá, la mame qui ne pose point les mames questions complexes que les panal-
importante ni la mame signification. Ainsi, encune religion ne Illes indignara une reprise du contenu, lesqueis concernent. plus
correspond vraiment á l'Esprit éthique comme Esprit éthique, directement les rapports entre Logique et Ilistoire.
c'est-á-dire comme un universa compact et dos sur lui-méme ; Toutes les autres corrélations (une quinzaine) que nous ren-
mais cela n'empache point- de reprendre ses déterminations, controns dans le cours de la Religion de l'art sont fort loin
puisque celles-ci expriment déjá en luí l'au-delá de lui-méme, d'avoir la méme importante. Presque toutes situent l'un des
la scission du Soi véritablement spirituel qui le mane vers sa trois moments qu'elle comporte (l'(Euvre d'art abstraite, T(Euvre
perte et son accomplissement. C'est done bien une maniere de d'art vivante, l'ffluvre d'art spirituelle) dans une relation d'accom-
réécrire l'histoire dans rhistoire, en. manifestant le dynamisme plissement á l'égard de tel ou tel passage de la Religion naturelle.
réel de son évoludon ; ainsi que nous i'avons lu á propos des Par exemple : dans la sculpture et l'architecture; la forme n'cst
réflexions stracturelles contenues dans l'Introduction á la section plus, comme naguére, le simple cristal de l'entendement, et non
Relig;ion l'unique détermilité religieuse, qui exprime le Tout Plus un mélange des formes de la uature et de la pensée" ; ou,
dans le moment de son activité, pénétre activement les moments bien : la lumiére de la consciente illumine maintenant la figure
du développement antérieur, pour manifester leur poids veritable, du diva, lequel jusqu'alors était purement intérieur, — tandis
et révéler ce que d'eux-mémes ils ne pouvaient livrer : l'Esprit que, de son cóté, la figure humaine se separé de la figure ani-
male ; ou encore : de mame que les esprits des peuples, devenus
qui en eux se done á cánnaltre. conscients de leur essence dans un animal particulier, s'étaient
d'abord opposés les uns aux autres avant de se reunir toas
Notis .avons omis, dans ce texte introductif á la Religion de ensemble, de méme, accomplis maintenant en leur beauté Spi-
l'art, un passage qui, á l'intérieur de la relation au Monde rituelle, vont-ils se reunir en un .seul Pantheon, sous l'égide du
éthique, découvre, á un niveau plus fondamental, la reprise, dans langage B6...Toutes ces mentions (comme aussi cene, 'deja
la section « Consciente », du mouvement de la Perception. Panal-
léle normal, puisque Religion de l'art et Perception appartiennent
82. Ph. G., 491/16 (II 224/20).
toutes deux, dans leurs dialectiques respectives, au second temps, 83. Ph. G., 318/16 (II 15/20).
á celui du pour-soi. Voici le texte : « La multiplicité des droits 84. Ph. G., 493/20 (II 227/13), qui renvoie á 486/21. (11 218/15) et
487/23 (II 219/25).
et des devóirs, comme l'action limitée, sont, dans l'Ethique, le 85. Ph. G., 493/33 (11 227/24), qui renvoie á 488/28 (II 220/32) ct á
méme mouvement dialectique que la multiplicité des choses et , 488/7 (II 220/12).
de leurs déterminations, — un mouvement qui ne trouve son 86. Ph. G., 506/19 (11 241/25), qui renvoie á 485/24 (II 217/8). Colme
dans la section Esprit, le langage constitue, á chacune des étapes traversécs,
repos et sa solidité que dans la simplicité de l'esprit certain de l'élément récurrent dans legue! la réalité, sous mode plus ou moins prégnant,
174 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES I. 'ES PR 1 ; DANS LA CONSCIENCE DE SON 1.75

analysée plus haut, qui montre comment l'essence lumineuse c'est-á-dire de la substantialité de l'Esprit et de son activité
abstraite acquiert ici une effeefivitér ont la mame signification : comme sujet". Dans le déroulement linéaire de la dialectiquc
souligner que tout le contenu des moments antérieurs se trouve ascendente suivie au travers des deux premiéres pitases-, l'F.sprit
assumé dans la vérité nouvelle qui depuis ,s'est fait jour. Voilá a d'abord été reconnu en son élément le plus extérieur, le plus
qui n'intéresse point l'économie de rceuvre 'dans son ensemble : lointain, le plus impersonnel ; et nous avons vu cette extériorité
c'est l'expression, identique á chama de 'ses moments, de la faire retour á la plénitude du Soi conscient de lui-méme, au fur
continuité linéaire qu'elle déploie au travers de ses structures et á mesure que s'est affirmée en elle l'activité libre du sujet
diverses. spirituei : artisan, artiste, poste, acteur. On voit giren vérité
Si nous comparons maintenant le diagramme dé ces paralléles cette assomption de la substance dans le sujet est bien plutót
du second temps de la Religion avec ce que la table des rapports la decente du sujet véritable dans cette réalité substantielle
structurels exposée dans l'introduction á cette section nous per- qu'il manifesté comme Sienne ; toute l'histoire de la Religion,
ntettait d'attendre, nous constatons que la prédominance d'une depuis ses premiers linéaments; est celle de la Menschwerdung
reprise « verticale a constatée dans la Religion naturelle a fait de l'essence divine (de sbn « humanisation », cm de son « inear-
place id á une réassomption d'ordre « horizontal », puisque nation a) ".
les corrélations les plus marquantes visent la Perception, et sur- Dans l'introduction á ce troisieme temps de la Religion, Hegel
tout cet intermédiaire entre le Monde éthique et celui de la reprend de. la sorte le seas de tout le devenir antérieur. Il écrit :
Culture que constitue le mouvement de rEtat du droit. Nous « Cette incarnation de ressence divine part de la statue, qui
n'avons rencontré, en particulier, aucune allusion á aucun pas- n'a en elle que la figure extérieure da Soi, alors que l'intérieur,
sage á la section « Conscience de Soi a, dont la Religion de son aetivité,- tombe en dehors ; dans le culte, par contre,
l'art devait pourtant répéter le dessin. Contentons-nous de les deux cbtés sont devenus une seule chose, dans le résultat de
remarquer ces faits, sur lesquelá il est encore trop tót pour porter la Religion de Fan cette unté, dans sa perfection, est en méme
un jugement ; mais est évident qu'ils ont trait á un probléme temps aussi passée á reXtréme Ou Soi". » C'est en effet dans
que ces pages, on s'en souvient, souhaitent pouvoir éciairer le demier moment de la Religion de l'art, c'est-á-dire dans la
quelque peu : celui des reladons entre le développement logique dialectique de la Comédie, que l'essence divine abstraite, man-
(peut-G-tre plus purement présent dans les premiares sections) et quant encore d'effectivité, s'est totalement dissome: dans la
le contenu concret, chronoiogique (qui entre en lice plus pleine- figure de rindividualité humaine : revétu de son masque, raeteur
ment avec la secdon « Esprit a) d'une Histoire qui est á la fois dénonce la prétention comique du divin á l'autonomie ; puis,
l'objet passif de la compréhension et le révélateur du seas. déposant ce masque et revenant á la vie courante, il se découvre,
L'examen des paralléles contentas dans la troisisme sous-section en tant qu'homme, comete le véritable Soi"
va nous permettre d'acquérir de nouvelles données á ce propos. L'homme, en sa conscience de soi, se pose done comete la
seule vérité : « Dans l'esprit qui est parfaitement - conseicnt de
soi dans la singularité de la conscience, tome essentialité s'est
enfoncée" a ; vollá qui recouvre l'essence naturelle
IV. LA RELIGION MANIFESTÉE demeure ", omement", offrande consommée ", mystere - du pain
et da vis' aussi bien que l'essence éthique, peuple comme
Etat" et comete famille", pensée rationnelle avec les idécs de
La Religion manifestée traduit le mouvement gráce auquel
l'Esprit absolu, dans la plénitude de sa conscience de soi libre, 88.Ph. G., 521/3 (II 258/2).
89.Ph. G., 521/3 (II 258/6).
en vient á s'exprimer de fanon adéquate dans la réalité immé- 90.Ph. G., 521/8 (II 258/6).
diate qu'il investit de sa presence. Elle est done réconciliation 91. Ph. G., 518/5 (II 254/22).
92. Ph. G., 521/14 (II 258/12).
de ce qui constitue la Religion naturelle et la Religion de l'art, 93.Ph. G., 487/23 (II 219/25).
94. Ph. G., 487/30 (II 219/32).
95. Ph. G., 501/4 (II 235/3o).
se.prouve et se done á connaitre comme universelle : cf. 496/6 sq. (II, 230/ 95. Ph. G., 504/26 (II 239/28).
15 sq.); 505/32 (II 241/2); 507/28 (II 243/12). 97.Ph. G., 318/30 (II 16/7).
87. Ph. G., 503/8 (II 238/7). 98.Ph. G., 319/30 (II 17/17).
L'OIWANISATIQN DES EXPÉRIENCES
L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SúI 177
176

bien et de beau dans lesquelles elle s'exprime : tout ce contenu par lá c'est que se produit runification ct la compénétration
se trouve investi maintenant dans la conscience de soi, totalement des deux natures, et qu'en ce mouvement les deux natures; avec ,.
ráatif á elle, ramené á sa mesure ; mais en retour, cette cons- une valeur égale, sont aussi bien essentielles qu'elles sont aussi. •
cience de soi est élevée jusqu'á cette totalite dont elle est le seuiement des moments ; par lá l'Esprit est aussí bien conscience
fondement et qu'elle accueille en elle : g Le Soi est l'essence de lui-méme comme de sa substance objective, que conscience
absolue 100. de soi simple, demeurant en soi 1". »
Cette certitude nouvelle, exclusive de tout autre, sonne le C'est le paragraphe suivant qui precise quelle est la figure
gias du paganisme et de son del peuplé 'de dieux. Est-ce pour de l'Esprit effectif dont la reprise permet ici cette purification •
autant rapparition de la religion véritable ? Nen point encore, reciproque et cette égalisation des termes en presente. Le texte
bar si la rente est libre désormais pour la révélation du vrai nous confirme que le mouvement exposé id réalise le pasSage
Dieu, la tentation est grande, pour rhomme investi de pouvoirs entre la Religion de l'art et la Religion révélée, puisque c'est 4-1
houveaux, de se fermer á cette manifestation et de s'enclore dans partir de la premiare que le probléme se troiwe repris : « La
sa piénitude retrouvée. C'est pourquoi il lui faudra repasser Religion de l'art, lisons-nous, appartient á Pesprit éthique que
par des étapes purifiantes que nous connaissons déjá bien : nous avons vu ci-dessus disparaitre dans l'Etat du droit, c'est-á-
Stokisme, Scepticisme, Conscience malheureuse, — et faire dire dans la proposition : le Sol comme tel, la personne abstraite, •
i'épreuve á nouveau de la vacuité de son Soi. Oil sometes-nous ? est essence absolue'. » Nous avions déjá lu ce texte ci-dessus,
Encore dans la Religion de Part, ou ciéjá dans la Religion révé- lorsque, au debut de l'exposé des corrélations de la Religion de
-lée ? En vérité, nous sometes dans cet espace intelluediaire i'art, nous cherchions en quel sens cele-ci nouvait correspondre
oh l'une bascule dans nutre, oil le mouvement qui allait de au premier temes de la section «Esprit ». Maintenant, au-delá de,
la réalité immédiate, vers Dieu s'inverse pour ailer maintenant cette dialectique, le paralllie pour etre abordé dans sa richesse
de celui-ci vers Ríen d'étonnant, par conséquent, et sa complexite vérítables ; en effet, ce qui est visé ici, Ce sont
ce que la correlation développée en ces premiares pages nous á la fois les dialectiques lointaines de rEtat du droit et la tra-
tamane une fois encore á. cette chamilre entre le paganisme duction nouvelle qu'en a donnée précisément la Religion de
bt le christianisme que constituent l'époque romaíne et sa tra- l'art dans l'élément de la conscience de soi, — ainsi qu'en
ductiun comme moment du concept dans 1'Etat du Droit. témoigne la mention du « Panthéon » dans le texte suivant
a a Cette proposition : le Soi est l'essence absolue, appartient, Dans la vie éthique le Sei est piongé dans resprit de son peuple,
comme il est clair par soi, á l'Esprit non: religieux, rEsprit ii est l'universalité remplie. Mais la singularicé simple se soull-ve
effectif ; et il faut se rappeler quelle esti, la figure de cet Esprit hors de ce contenu, et sa la purifie jusqu'á la personne,
qui rexprime 1". » La raison de ce rappel nient en ce que cette jusqu'á l'universalité abstraite du droit. Dans cette derniare, la
figure a contiendra le mouvement et la conversion de cette pro- réalité de l'Esprit éthique est perdue, les esprits saos contenu des
position, qui abaissent le Soi au prédicat et élévent la substance Individus nationaux sant rassemblés dans un Panthéon, non
au sujete' ; de la sortea il n'y aura plus aliénation et perte du pas dans un Panthéon de la représentation dont la forme impuis-
Soi dans l'objectivité du monde .(comme dans la Religion natu- sante laisse faire chacun [comme bou lui semble], mais dans le
relle), et non plus simple traduction imparfaite de Van dans Panthéon de l'universalité abstraite, de la pare pensée, qui les
Paute (contrae dans la Religion de l'art), niais égalité effective supprime et donne en partage l'étre-en-et-pour-soi sans esprit,
de la conscience de soi avec son expression substantielle, — ou á la personne singuliére 106. » Autrement dit, au-delá de la
encore de l'essence divine avec l'essence humaine : b Prenons reprise partielle et unilatérale qui en fut faite dans la Religion
les deux propositions : si, dans selle de la premiare substanfialité, de l'art, nous cherchons á rejoindre id, dans son radicalisme
le sujet ne fait que disparáitre, et si dans la seconde le sujet extreme, l'affirmation pure de l'Esprit en lui-méme, dans une
n'est que prédicat, et si done dans chacune les deux c6tés sont abstraction total: á l'égard de son contenu 107, la « consciente
présents avec l'inégalité opposée de la valeur, ce qui est atteint
103.Ph..G., 522/11 (II 259/14).
99. Pour toutes ces corrélations. cf. Ph. G., 518/23 (II 255/5). 104.Ph. G., 522/22 (II 2.59/25).
100.Ph. G., 521/17 (II 258/14). 105. Cf. Ph. G., 491/23 (I 224/27).
101.Ph. G., 521/23 (II 258/20). 106.Ph. G.. 522/25 (II 259/28). — Cf. 506/19 (II 241/25).
102.Ph. G., 521/26 (II 259/2). 107.Ph. G., 522/38 (II 260/5).
12
178 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SOI 179

ineffective r : « Elle n'est done que la stoYque indépendance de ou tragédie, - autant de fruits disparus avec le monde qui
la pensée, et celle-ci trouve, traversant le mouvement de la les portait : seul en demeure le souvenir'.
conscience sceptique, sa vérité dans cette figure qui fut nommée Les twuvres d'art demeurent mais le rapport á elles n'est
la conscience de soi malheureuse 1". » plus celui de la religion, il est celui de la culture. Pourtant,
Cette sorte 'de conscience malheureuse de l'Esprit absolu paradoxalement, cette perte du monde effectif dansla conseience
s'oppose terme á terme á la conseience heureuse de la comédie : de la comédie, et régalité qui en resulte pour celle-ei avec la
celle-ci absorbe la substance en elle-méme, alors que celle-lá conscience malheureuse, tout en signifiant la disparition défini-
éprouve sa radicale séparation á l'égard de ressence ; l'homme tive d'un certain type de religion (la religion du Monde éthique,
de la comédie sait que les dieux n'ora 'aucune existente, et, avec sa double forme, universelle et siuguliére : le destin et
assuré en lui-méme, se rit de leur autonomie prétendue, aiors l'individu disparu), ouvrent la voie á la révélation véritable de
que rhomme reiigieux douloureusement divisé en lui-méme sait l'Esprit : l'Esprit est en effet plus que les fignires qui dispa-
qu'il n'a nulle cousistance hors de cet au-delá auquel il n'a pour- raissent en lui, puisque, nouvelle expression d'un « destin n qui
tant nul accés. Mais l'entrée dans le mouvement de la Religion échappe á son abstraction initiale, il les recueille et les confíe
manifestée exige que ces deux figures ne soient pos seulement á l'intériorisation du souvenir 113 11 est done normal de confelser
saisies dans ce rapport d'opposifion, mais aussi dans une relation dans toutes les productions de l'art comme des extériorisations
de complémentarité 109 : l'Esprit absolu ne surmontera sa soli- uccessives de l'essence absolue 1" ; c'est déjá l'Esprit dans la plé-
tude qu'en acceptant de se mesurer aux déterminations de la nitude de sa conscience de soi qui s'est presenté á nous, comme 116
conscience humaine, et surtout, pour échapper á la force chose d'abord 1", puis comme le langage pur. de l'hymne ,
dissolvante de son rire universel, devra expérimenter ce que comme l'imité immédiate précisément avec la conscience de soi
confesse, pour sa part, la conscience malheureuse : « Dia( est universelle, puis comme unité médiate avee cette méme cons-
118
mort'," » cience dans le culte"7, comme belle corporéité , comme repré-
Or cette unité et cette complémentarité se sont déjá posees sentation d'un monde d'essences absolues 1", enfin comme pura
dans le mouvement relata de ces deux figures, et il suffit de certitude de soi-méme "c. A ces figures proprement religieuses,
la prise de conscience qui vient d'étre opérée pour que la réca- il faut ajouter reffectivité vide du Monde du droit, la personne
pitulation de ce rapport véritable puisse etre faite maintenant. abstraite du StoYcisme (le pur Sol), l'inquiétude de la conscience .
Voici ce qu'écrit Hegel á ce propos : é Dans l'Etat du droit, sceptique : tout cela exprime la présupposition et l'attente de!
le Monde éthique et sa religion ont done sombré dans la la naissance de l'Esprit absolu 121. La douleur de la conscience
conscience comique, et la conscience malheureuse est le savoir malheureuse, c'est-á-dire la certitude éprouvée de la perte du •
de cette perte totale "". » On voit á quelle fusion des plans monde en sa réalité substantielle, penetre toutes ces. figures : elle
superposés nous assistons ici, á quelle lecture synoptique, en est la douleur méme de l'enfantement du concept': Le rassem-
piden synthétique : la déterminité religieuse, ici, penetre si
bien la substance spirituelle dont elle représente la conscience 112. Ph. G., 523/29 (11 261/6). Tous ces termes reprennent les moments
de soi, elle réalise si bien la reprise de ses propres présupposés, •successifs dans lesquels s'est exprimée la Religion de l'art.
qu'elle se revele aprés coup, a:- l'intérieur de cette substance, 113. Ph. G., 524/29 (II 262/6) : « de: Geist des Sch icksals... ist die
Er-lnnerung des in ihnen noch verüusserten Geistes ». - C'cst lá le second
comme le fondement de son auto-mOuvement, le lieu de sa dis- emploi de Erinnerung, aprés 507/36 (II 243/19), dans la dialectique .de
parition et de son dépassement. - La conscience qui se dit heu- l'E-uvre d'art. spirituelle : méme mouvement dintériorisation (et d'accessiori
á la vérité de l'Esprit) pour la substance immédiate. Quant au verbe
reuse est en fait une conscience malheureuse, puisqu'en elle verüussern (qui ne se trouve qu'en ce passage), ii exprime le déchirement et
tout s'est abírné, et qu'elle éprouve par conséquent la perte totale l'état de dispersion totale qui affectait ici l'Esprit, dans une extériorité oú
de son essence. Rien ne vaut plus pour elle de ce qui jusqu'alors il se perdait de fagon radicale.
114. Ph. G., 524/39 (11 262/15).
avait valeur oracle, statue, hymne, pain et vin, fétes, épopée 115. Ph. G., 493/11 (II 227/4).
116. Ph. G., 496/1 (II 230/11).
117. Ph. G., 498/33 (II 233/14).
108. Ph. G„ 523/3 (II 260/10). - Cf. 343/26 (II 45/8), 344/9 (II 46/2), 113. Ph. G., 505/8 (II 240/12).
346/28 (II 48/35). 119. Ph. G., 507/8 (II 242/24).
109. Ph. G., 523/14 (II 260/19). 120. Ph. G., 520/4 (II 256/26).
110. Ph. G.. 523/25 (II 261/3). 121. Ph. G., 525/12 (II 262/26).
111. Ph. G., 523/26 (II 261/4). 122. Ph. G., 525/19 (II 262/33).
IOU L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES L'ESPRIT DANS LA CONSCIENCE DE SOI 181
blement de tour ces moments dispersés, la saisie du mouvement renciés l'en-soi immédiat ou la nécessité qui est, — une diffé.'
unitaire qui les a engendrés tour á tour, voilá qui conditionne et rence qui, en méme temps, n'est pourtant pas située hors du .
prépare immédiatement la reconnaissance de l'extériorisation concept, puisque runité simple du concept est l'étre immédiat .
ultime de l'Esprit absolu, — de son Incarnation. lui-méme ; le concept est aussi bien ce qui s'extériorise • soi..
Le concept qui surgit de la sorte est réconcilia.tion des moments méme ou le devenir de la nécessité intuitionnée, qu'il est en elle
mulatéraux que nous avons parcóurus : Il a en lui les deux prés de soi, et la sait et la congoit ». Le plein accomplisse-
cótés qui ont été représentés plus haut corrime les deux proposi- ment de l'Esprit dans son pour-soi implique done son retour á
tions inverses : l'une .est cede-ci, que la substance s'extériorise l'immédiateté de fen-soi. Comment pourrait-il en étre autrement,
hors d'elle-méme et devient conscience de soi, l'autre inversement dés lors que ce Soi de l'Esprit est né lui-méme, pour nous,.de la
que la conscience de soi s'extériorise hors de soi, et se fait mutation interne de la substance spirituelle et de son accession á
choséité ou Soi universel. Les deux c8tés sont de cette manilre la consciente ? : « L'en-soi immédiat de l'Esprit qui se dome
venus á la rencontre l'un de l'autre, et par lá a pris naissance la figure de la conscience de soi ne signifie rien d'autre sinos
leur unification vraie 149. » En ces a deux propositions », on n'a que l'esprit effectif du monde est parvenu á, ce savoir de soi ;
nulle peine á reconnattre, de fagon directe et immédiate, les c'est seulement alors que ce savoir entre aussi dans sa conscience,
attitudes respectives de la conscience heureuse et de la conscience et coturno verite - 128. » Le texte ajoute : « Comment cela est
malheureuse, telles qu'elles viennent d'étre décrites en des termes arrivé s'est déjá montré plus haut > ; plus haut, c'est-á-dire dans
presque identiques 4. ceux utilisés ; mais, á tavers elles, le texte que nous venons de lire, qui porte mention des présup-
c'est tont le contenu des sections antérieures qui resurgit ici, positions de la révélation pléniare de l'Esprit dans la Religion
appréhendé sous la doubie raison formelle qui définit la richesse man ifestée
et la tension intime de la conscience de soi comme telle : la L'Incarnation, par conséquent, reprend et achlve le mouve-
totale inmanente de la substánce au Soi, et raffirmation abstraite ment total de la Religion ; exprimant 1a présence de Dieu dans
d'un Soi coupé de son essence. Ce sont lá deux actitudes oppo- l'immédiat, elle se pose face á une conscience qu'elle détermine
sées, aussi dissembiables qu'il est possible d'imaginer ; mais comme l'exacte autithése (et le complément) de la conscience
elles sont aussi, nous venons de le voir, dans une exacte corréla- malheuteuse í29 En effet, le Soi de l'Esprit n'est plus alors une
tion, puisqu'elles se dépassent et s'accomplissent l'une dans réalité « pensée ou représentée » (Religion naturelle), et non
l'autre. Au vrai, l'une et l'autre sont des -mona . ents coinplémen- • plus une réalité « produite » (Religion de l'art)" : « Maís
taires, et ce n'est qu'ainsi qu'elles peuvent déterminer conjointe- ce Dieu est intuitionné immédiatement comme Soi, comme , un
ment l'Esprit dans sa conscience de soi. homme effectif singulier ; c'est ainsi seulement qu'il est cons-
Car ce n'est encere, ne l'oublions pas, que la conscience de cience de sol'. » Reste Que l'immédiateté méme de son appa-
soi de l'Esprit qui se trouvc déterminée par cette identification rition pose la nécessité d'un dépassement de la figure singuliére
de la conscience heureuse et de la conscience malheureuse. cn laquelle il s'exprime : la mort du Christ est la condition de
Toutes deux se réunissent dans une commune a oppositioa z á .sa résurrection dans l'étre-in enfin universel de la communauté
l'Esprit tel qu'il existe dans sa conscience. Opposition ? Le terme des croyants. Résultat iui-méme partid', en tant que cette « mai-
est inadéquat ; car, au contraire;voici que la totalité reconstituée versalité », comme « totailté des Sol » qui demeurent effective-
au niveau du Sol absolu nous raméne á l'immédiateté de la tra- uhent disfinets et séparés les uns des autres, n'existe d'abord
duction de soi-méme dans l'étre-autre : l'Incamation est préci- que dans l'élément de la représentation : « Pour preiadre un
sément l'apparition, dans l'élément de la conscience, de l'Esprit exemple déterminé, conune le ceci sensible sursumé n'est d'abord
déployé dans la plénitude de son Soi. Mouvement nécessaire,
puisque, méme dans la modalité du pour-soi, l'Esprit demeure
totálité, et doit par conséquent s'exprimer comme en-sol ; et 125.Ph. G., 527/5 (11 254/31).
cela, il ne lui suffit pas de le savoir, mais 11 faut qu'il le réalise : 126.Ph. G., 527/13 265/3).
127.Ph. G., 524/35 (II 262/13).
car « de ren-soi pensant ou du savoir de la nécessité sont diffé- 128. Ph. G., 527/35 (II 265/22). En fait, la conscience maltieureuse repré-
sentait une seule des déterminations du costeen total que nous retrouvons
ici, — i'autre détermination étant cene de la « conscience croyante » :
330/10 (II 89/11), opposé á 377/30 (II 86/5). Cf. 533/31 (II 272/28).
123. Ph. G., 525/24 (II 263/4). 129.Ph. G., 527/39 (II 265/25).
124- Ph. G., 523/17 (II 260/22). 130.Ph. G., 528/2 (II 265/28).
L'ESPRIT DANS LA CONSC1ENCE DE Su! 1 83
182 L'ORGANISAT1ON DES 2XPÉRIENCES

que la chose de la Perception, pas encore l'universel de Falten.- avec l'ultime dialectique de la section ú Esprit ». Une telle
dement "', z Seul le Savoir absolu nous permettra de passer corrélation, it ce niveau de l'en-et-pour-soi, achevera alors, et
au-delá de la forme encore imparfaite de ce résultat vrai. alors seulement, le « programme » tracé dans l'introduction á
cette avant-derniére section.
Si nous confrontons la table des corrélatións que comporte ce De la sorte prend tout son sens le basculement des perspec
troisiéme temps avec ceile que Hegel a exposée dans les réflexions tives qui s'est opére', peu á peu au long du déroulement de ces
structurelles qui ouvrent cette section, nous cpnstatons qu'il n'y a, dialectiques de la Religion : la prévalence initiale d'une reprise
semble-t-il, que peu de rapports entre l'une 'et l'autre. Nul paral- verticale a fait place progressivement á une attention plus grande
lele avec la section « Raison » prise dans son ensemble, et portée aux corrélations horizontales au fur et á mesure que
non plus avec rEsprit comme tel, c'e'st-á-dire avec les deux l'Esprit en venait á gagner la plénitude de son contenu. C'est
moments qui devaient globalement córrespondre á la déter- dire que la réassomptioa selon les déterminations logiques des
mination de ren-et-pour-soi, qui est ¿elle de la Religion mani- sections a fait place de plus en plus á une réassomption selon
festée. Quant á la reprise par niveaux horizontaux, qui devait rordre historique des figures ; le premier- temps du Savoir
intéresser ici le troisilme temps de chacune des sections ante- absolu, avec la coafrontation qu'il instaure entre la figure du
rieures, seule la mention plusieurs fois renouvelée de la cons- Christ et selle de la Belle Ame qui aceepte d'agir, mettra le
ciente maiheureuse semble répondre au program.= qu'elle tra- sceau á. ce renversement, — ou pinten manifestara qu'il n'est
pa ; elle est faite, ainsi qu'il est normal, á travers le prisme que plus nulle distance entre l'ordre des sections et celui des figures,
représente la section « Esprit' et plus précisément gráce á entre le déploiement au niveau de la forme et le parcours du
la traduction que l'Etat du droit donne de cette Conscience 'contenu concret. C'est pourquoi cette totalisation de totalités
malheureuse dans le passagé de l'en-soi da Monde éthique au nous conduira tout naturellement (c'est lá l'objet du second
pour-soi de la Culture. développement du Savoir absolu) á considérer les relations qui
En somme, la correspondance entre les indications de struc- existente dans cette ceuvre, á partir de leer unité enfin devenue
ture et l'organisation concrete du contenu semble etre devenue claire, entre rordre logique des sections et l'ordre historique
de moins en moins précise au fil du déroulement de cette section, des figures.
depuis la rigueur relative qui s'exprime dans la Religion nata-
relle chacun des trois temps de la Conscience se trouve
evoqué) jusqu'á rapparente indétermination que nous eonstatons
dans la Religion manifestée. Faut-il done pcnser que Hegel a
d'abord tracé des catires assez précis, mais ne les a point
ensuite « remplis » comme il l'avait annoncé ? 11 est possible,
en fait, de tenter une explicafion qui épotise davantage le sens
du développement tout d'abord en soulignant que
les perspectives dessinées dañs l'Introduction it la Religion
débordent en réalité cette section encore partiCuliere pour annon-
cer, le mouvement qui demeure á réaliser jusqu'a la pleine affir-
mation (lit concept colme concept. C'est dire que l'équation qui
sera mise en ceuvre dans le premier développement du Savoir
absolu prolonge en fait, en le menant á son terme, le type de
corrélations qui caractérise la Religion manifestée. En ce sens,
nous n'en avons pas encore fini avec le déploiement de la Reli-
gion comme Religion : il faut encore pour cela que la figure du
Christ atteigne á sa véritable signification dans sa comparaison

131.Ph. G., 531/10 (II 269/32).


132. Cf., ci-dessus, p. 155, note 31.
CHAPITRE IV

LE SAVOIR ABSOLU

Wilhelmine Drescher, dans l'ouvrage auquel il a été fait


allusion plusieurs fois, cl& son étude des paralreles dans la
Phénoménologie sans futre nc serait-ce qu'une simple allusion au
texte du Savoir absolu. A la réflexion, voilá qui n'est pas aussi
scaudaleux qu'il pourrait sembler tout d'abord:: en effet, cette
ultime section ne peut etre traitée sur le mame plan que les
nutres, non seulement paree que, aux réconciliations partielles.
que celles-ci nous proposent, elle substitue le mouvement d'une
totalisation demia,re qui les rédcit au róle de moments, mais
surtout parte qu'elle ne procede pas, comete le font les sections
précédcntes, par enchainemetit d'expériences de la conscience ;
en ce sens, il est parfaitement vrai que ron ne peut relever, en
ces pages, de corrélations semblables á celles rencontrées jus-
qu'alors, qui expliquaient une structure ou un molvement par
'r5.fu'rence á une autre structure ou á un autre motrvament. Reste
pourtant qu'il serait illusoire de vouloir présenter une réflexion
complete sur « 1'organisation des expériences é dans cette cuvre
sans nous arréter longuement sur l'équation d'ensemble que
développent ces pages.
Le Savoir absolu, d'ailleurs, a sa place marquée dans la typo-
lole des paralleles, telle qu'elle a été établie en la premiére
partie de cate étude. C'est. avec rintroducdon h. la Religion,
run de ces textes architecturaux dans lesquels llegel, réflé-
chissant, au plus haut niveau, sur l'ordonnance des figures et
des sections qui constituent les masses rédacdonnelles de neuvre,
nous livre la clef, non.seulement de leur équilibre statique, mais
u mouvement unique qui les relie les unes -aux autres. vrai
dire, et cette derniére remarque le sous-entend déjá, le texte du
Savoir absolu échappe 4 tout canon trop strict, relevant tout á
la fclis de l'ordre des narallélismes structuraux et de celui des
corrélations de mouvement : il nc se contente pas, en efei, de
mettre en relation des totalités déjá constituées, mais il le,vicons-
fitue dans leur relation méme en manifestant le dynamisme
encore caché qui opere leur unité intérieure et les situe les unes'
par rapport aux autres. C'est pourquoi Une intelligence des
186 L'ORGAN1SATION DES EXPÉRIENCES 1 E SAVOIR ABSOLU 187

structures de la Phénoménologie et de son mouvement unitaire tion des dimensions iinéaire et circulaire á l'intérieur du mou-
exige impérieusement que ron « séjourne » aussi dans cette vement dialectique determine une progression du raisonnement
ultime section, comme on a séjourné auparavant, suivant la qui se traduit par la résurgence, dans une figure nouvelle, de
consigne de Hegel lui-méme, dans chacune, des figures du déve- la signification et des caractéristiques des figures antérieures.
loppement. De cette manilre, il se trouve que c'est l'ultime figure d'un Mou-
veinent ou d'une totalité partielle qui porte en elle tout *le
L'unique problame de la Phénoménologie (ou tout au moins poids et tout le seas de ce mouvement doit suffire alors de
i'une des expressions que Pon en peut donner) est celui de la confronter ces figures ultimes, en saisissant comment le dyria.-
réconciliation de la conscience et de la conscience de soi. Nous misme, qui s'était dépioyé dans toute la richesse du contenu; se •
avons vu que ces deux termes structurent en vérité le mouvement repose en elles dans son unité simple, pour qu'apparaisse, dans
qui l'anime, s'opposant une premiare fois dans l'individu sin- l'identité de lene structure, la vérité de la relation qui les unit.
gulier (les sections r. Conscience n et « Conscience de soi », C'est á cette totalisation de totalisations que va procéder le
avec leur unité dans la Raison), et une seconde fois au niveau Savuir absolu.
de l'Esprit appréhendé dans sa totalité (les quatre premiares Comment se présente ce texte ? Les six premiers paragraphes
sections constituant l'Esprit dans l'élément de la conscience, COnstituent une nouvelle lecture, du point de vire de la Totalité •
tandis que la Religion le considére dans l'élément de la cons- absoiue, des quatre premiares sections de l'ceuvre, autrement dit
cienee de soi). Le Savoir absolu remplit, á l'égard de ces deux de. l'Esprit dans sa conscience = ; jis procadent par réassomption
moments, le role que joue la Raison envers les deux premiares des figures remarquables dont chacunc integre l'un des aspects
sections de l'ceuvre : il manifeste l'imité des points de vue uni- de l'itinéraire parcouru, et montrent cemment toutes ces figures
latéraux que chacun d'eux développe pour se rassemblent et s'accomplissent dans la dernilre d'entre elles,
Voilá qui n'est pas malaisé. En effet, cette unité existe déjá c'est-l-dire dans celle du Mal et de son pardon. Le paragraphe
pleinement en soi, de sorte que ce qui est en jeu c'est la prise suivant 3 forme charnilre, et exprime l'équation totale de cette
de conscience de ce qui fut réalisé. Ceci vaut á tous les étages nouvelle lecture, en mettant en relation cette réconciliation de
du raisonnement dialectique et, depuis le début de la Perception, l'Esprit avec lui-méme dans l'élément de la conscience avec
oú il se trouve formulé pour la premiare fois, nous avons reírouvé l'autre réconciliation, celle- qui, au tenue de lá dialectique de
ce príncipe á chacune des articulations du mouvement ; rappelons l'Esprit dans sa conscience de soi (Rcligion) s'est posée Bous
ce texte, déjá cité, dans lequel Hegel détermine la situation ini- mode objectif dans la figure du Christ. En méme temps, ce para.-
tiale en cette figure de la Perception : « Cornme l'universalité graphe central trace l^ programme qui demeure á réaliser
est son príncipe en général, ainsi le 'sont aussi ses moments qui montrer l'unité effective de ces deux réconciliations. Cette unité,
se différencient en elle sous mode immédiat, Je comme un uni- elle s'est déjá produite, tras précisément dans la figure de la
versel et l'objet cornete un universa'. » 11 en va de mame ici, Belle Ame, que nous sommes désormais en mesure de Com-
au niveau de la totalité, puisque, nous le savons, c'est l'Esprit prendre pour ce qu'elle est : c'est á quoi vont s'employer les
comme tel qui s'est donné á conitaitre, une premiare fois dans trois paragraphes suivants". Aprés cette premiare série de déve-.
la forme de la conscience, et une seconde fois dans celle de la loppements, qui porte directcment sur le surgissement du Savoir
conscience de soi, posant ces moments camine égaux dans leur absolu et sur les présuppositions structurelles de son affirrnation
différence mame ; chacun de ces termes, en effet, est cette tota- dans la totalité de l'ceuvre, viennent tout un ensemble, de 'consi-
lité en laquelle il s'enracine, de sorte qu'u serait faux d'opposer dérations 5 sur les rapports entre ce Savoir absolu et la Science
ici la conscience et la conscience de soi : disons que l'un de ces comme telle ; on. peut, si l'on veut, y distinguer diverses
moments représente l'unité conscience/conscience de soi du point réflexions, qui s'enchainent de la maniere suivante : tout d'abord .
de vue de la conscience, et l'autre cette méme unité du point de la relation entre le mouvement de la Science et. celui de la cons-
vue de la conscience de soi. cience phénoménologique qui se déploie dans le temps (cinq pa-
Cela entraine une conséquence directe pour le type de relec-
ture qu'II nous faut maintenant opérer. On a vu que la conjonc- 2. Ph. G., 549/3 á 553/4 (II 293/3 298/13).
3. Ph. G., 553/5 (11 298/14).
4. Ph. G., 553/24 á 556/14 (II 298/32 it 302/19).
1: Ph. G., 89/17 (1 93/6). 5. A partir du paragraphe qui comience en Ph. G., 556/15 (U 302/19).
LL SAVOIR ABSOLU 189
188 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES
dans la communauté, exprime la totalité de l'Esprit dans l'une
ragraphes) ; puis la concordance entre cette conquate de soi de ses déterminations, ce texte poursuivait : « De mame que
de l'Esprit dans le temps et renchainement signifiant des sys- pour nous le concept de l'Esprit était déjá vena á rétre.lorsque
tames de pensée qui se sont succédé dans l'histoire (deux para- nous entrámes dans la Religion, ú savoir comete le imouvement
graphes) ; enfin l'équation totale de ces mouvements divers
et le problame du retour á l'immédiateté (les quatre derniers de l'Esprit certain de sol-mame, qui pardonne au mal, et en
paragraphes). méme temps se démet en cela de sa propre simplicité et de sa
Toutes ces parties, on le volt de suite, ne nous intéressent dure immutabilité, ou le mouvement au cours duque] l'absolu-
pas ici au mame titre. Le but que nous poursuivons, est-il ment opposé se reconnait comme le .méme et ce reconnaitre
besoin de le rappeler, n'est pas de faire un commentaire du s'épanouit comrne le oui entre ces extremes, — ce concept, la
Savoir absolu- en tant que tel, consideré dans la totalité de ses conscience religieuse, á laquelle l'essence absolue est manifesté,
implications, mais de tenter de saisir, ;á partir des indications l'intuitionne, et sursume la différenciation de son Soi par rapport
qu'il nous livre, quelle est l'éconornie vraie de neuvre, autrement á ce qu'elle intuitionne ; de méme qu'elle est le sujet, ainsi encore
dit le rassemblement de ses structures multiples dans l'unité est-elle la substance et est donc elle-méme l'Esprit, paree que
du mouvement dialectique qui les déploie. De ce point de vue, et en tant que elle est ce mouvement »
c'est évidemment la premiare moitié de ce texte qui doit nous Cette correlation exprime bien ce qui fait, dans leur différence
retenir le plus ici, puisqu'elle porte directement sur l'interroga- mame, regalité des deux figures : ici et lá se déploie le méme
tion qui est nótre dans la secunde partie de cette étude. mouvement essentiel, qui abolit la distante entre la conscience
et la consciente de soi, entre la substance et le sujet, entre
l'are et le Soi, en partant de l'un ou de l'autre de des termes.
Ñulle mention, en ce passage, du terme fondaméntal déjá ren-
contré dans le texte dU Savoir absolu : celui de « réconciliation »,
L L'UNWICATION de Versanung. Mais nous le trcuvons plusieurs fois, précisé-
DES DEUX RÉCONCLUATIONS ment, au cours de ces pagel finales des sections « Esprit » et
« Religion », et, semble-t-il, uniquement dans ces passages a.
Ce terme a des harmoniques reiigieuses, exprimant uhe récon-
E sera bou sans doute d'analyser tout d'abord le paragraphe ;,, cilLdon qui se fonde dans le pardon accordé ou dans l'expía-don
central de cette prendare partie, dont nous ,avons dit ci-dessus assumée : voilá qui precise encore le niveau de parenté réelle
qu'il exprime l'équation totale 'de cette nouvelle lecture : voilá entre ces deux figures considérées.
qui nous permettra en méme temps de préciser quelques points Ces « deux cates », poursuit le texte du .Savoir absolu, e se
de vocabulaire d'une grande importante. Apras avoir, dans le dirférencient l'un de l'autre en ce que celui-lá est cette réconci-
développement précédent, montré comment la lignum du Mal et liation dans la forme de l'étre-en-soi, eelui-ci dans la foque de
de son pardon réalise 1'unit-é de la substance et du sujet du point l'étre-pour-soi 9 ; entendons : la réconciliation « dans l'esprit
de vue de la conscience, Hegei erichaine ainsi : « Cette récon- religieux c'est-á-dire dans la communauté spirituelle, se pose
ciliation de la conscience avec la conscience de 'sol se montee dans la forme de ratre-en-soi, tandis que la réconciliation « dans
ainsí produite des deux cótés, une fois dans l'esprit religieux, la conscience comme tele », c'est-á-dire dans le Mal et son
l'autre fois dans la conscience méme comme telle'. » Nous recon- pardon, se pose dans la forme de rétre-pour-soL E y a, á pre-
naissons en cela l'affirmation fondamentale selon laquelle, miare vue, quelque apparence de paradoxe dans ca échange des
ce niveau de la totalité, tout le contenu de la 12,1;b1-9méno/ogie
se presente dans l'opposition simple des deux figures qui recuen-
lent en elles la signification des _deux moments dit concept uni- 7.Ph. G., 547/3 (II 288/12).
8. Your la figure du Mal et de son pardon : 470/14 (II 197/21), 471/19
versel. Pareille" afdrmation avait déjá surgí au terme de la Reli- (II 198/26), 472/36 (1I 200/6).
gion.manifestée, dans un parallale que nous n'avons pas souligné Pour cene du Christ et de la conununauté spirituelle • 541/37 et 40 (U
282/17 et 19), 543/12 (II 284/1). 548/10, 16, 28 et 31 (1, 289/26, 32,
alors, et qui trouve maintenant tout son sens ; ayant manifesté 290/8 et 11).
comment la figure du Christ, mort á sa singularité et ressuscité futre emploi dans ce mé'ine conteste de pardon et de rédemption : 516/5
(II 252/24).
6. Ph. G., 553/5 (II 298/14).
9. Ph. G., 553/8 (II 298/17).
IYU L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES LE SAVOIR ABSOLLI 1.91

déterminations, étant donné que, comme on l'a vu, les quatre et l'inteiligence de la réalité historique dans son déroulement
premiares sections représentent l'Esprit dans sa conscience, autre- concret. L'ordre logique est celui selon lequel ces figures « sur-
ment dit dans son en-soi, et la Religion l'Esprit dans sa cons- vinrent pour nous r : dans cette perspective, la réconciliation
cience de soi, autrement dit dans son pour-soi. En fait, cette « dans la forme du pour-soi », au terme du développement sur
interversion n'a den que de tres naturel, et elle nous éclaire, l'Esprit dans son en-soi, est survenue longtemps avant l'autre.
une fois de plus, sur l'intime connexion, caractéristique de cette S'agit-iI, au contraire, de l'ordre chronologique il est évident; en
muvre, entre les structures de la pensée et le mouvement qui ce ras, que la réconciliation « dans l'esprit religieux a, c'est-41-
les déploie. Il serált totalement faux de diviser simplement la dire dans la figure du Cluist, doit étre considérée comme la pre- •
Phénoménologie en deux masses homoganes, opposées terme á étant le fondement et la présupposition de la réconci-
teme dans leur abstraction monolithique : bien plutót, s'agit-il liation « dans la conscience méme comme telle », laquelle ne
par' exemple de l'Esprit dans sa cónscience, ce qui le déficit peut se pose:, dans la forme que lui donne Hegel, qu'en 1807,
alors c'est le mouvement continu gni le conduit 'á se manifester au terme d'une histoire depuis longtemps faeonnée par le chris-
comme conscience de soi, et, inversement, l'Esprit dans sa tianisme.
conscience de soi, paree qu'il est totalité, se caractérise comme Ces deux réconciliations étant déterminées de la sorte, reste
le retour á l'objectivité de la conscience. De sorte qu'il faut la táche ultime, qui consiste á exprimer leur égalité effective.
dire, comme le fait le texte allégué ici, que le point d'aboutisse- Hegel l'indique ainsi : e L'unification (v'ereinigung) des deux
ment de l'Esprit dans sa conscience est sa réconciliation avec c8tés n'est pas encore indiquée ; c'est elle qui conclut cette
mame dans la forme de rétre-pour-soi, tandis que le terme du série des formations de l'Esprit ; car en elle l'Esprit en vient á
développement de l'Esprit dans sa conscience de soi est cette se savoir, non pas seulement comme il est en soi, ou seion son
méme réconciliation dans la forme de l'étre-en-soi. A l'intérieur contenu absolu, ni non plus seulemcnt comme il est pour sol:
de chacun de ces deux mánients, le mouvement ne eesse pas qui selon sa forme sans contenu ou selon le cené de la conscience
entrame la détermination posée vers le contraire ou de soi, mais comme il est en et pour soi 11. » Autrement dit :
plutót qui fait naitre une nouvelle détermination au sein du dans la communauté spirituelle, tout le contenu de l'Esprit est
développement mame dé la détermination initiale ainsi avons- présent, mais sans avoir surmonté pleinement la forme encore
nous vu, par exemple, au niveau moins complexe d'une section étrangare de la représentation " ; á l'inverse, les deux conscientes;
particuliare, que la dialectique de l'Etat du droit traduit la s'accusant elles-mames et se pardonnant mutueilement, déploient
présence déjá agissante dans le monde de l'Esprit vrai du prin- entre elles l'espace spirituel, « le Je étendu jusqu'á la dualité " »,
cipe « étranger » qui va le diviser á l'intérieur de lui-mame, — de — c'est-á-dire la forme d'une réconciliation qui doit encore
sorte que cette figure du Sol pouvait constituer l'esprit effectif manifester son contenu. Ce qu'accomplit le Savoir absolu par
du second temps de la Religion. Cette remarque sera d'une rapport á tout le mouvement des figurations antérieures, c'est
extréme importante lorsque nous aurons á nous interroger sur proprement cette Vere!nigung der zwei Versólmungen.
les relations entre les rythmes divers du dynamisme logique et
du développement chronologique.
Ces deux réconciliations de-l'Esprit avec lui-méme, « telles
qu'elles ont été considérées, tombent tout d'abord l'une á l'exté- II. LES TROIS FIGURES REMARQUABLES
rieur de l'autre ; la conscience, dans l'ordre selon lequel ses DE L'ESPRIT DANS SA CONSCTRNCE
figures survinrent pour nous, est parvenue, d'une part aux
moments singuliers de ces figures, d'autre parta leur unification,
longtemps avant que la Religion également ait donné á son Ayant pris, depuis ce sommet, la mesure de l'itinéraire á
&jet la figure de la, conscience de soi effective" .. Nous voici parcourir, redescendons tout d'abord vers son premier versant,
done ici en présence d'un ordre de priorité inverse de celui que pour suivre le chemin de la réconciliation opérée dans i'élément
présentait le début de ce paragraphe ; et une fois encere ce
renversement a trait au rapport entre le déploiement du concept
11.Ph. G., 553/17 (II 299/25).
12.Ph. 0., 549/9 (II 293/8).
10. Ph. G., 553/11 (11 298/19). 13.Ph. G., 472/38 (II 200/7).
122 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES
LE SAVOIR ABSOLU 193
de la conscience. Cette considération, sur laquelle s'ouvre le undatérale, selon laquelle l'objet se montrait comete faisant
texto du Savoir absolu, est introduite de fagon nécessaire par
rinsuffisance méme du résultat de la section « Religion retour dans le Soi, mais, de facon plus déterminée, - sous cette
Puisque, dans ce résultat, le contenu est celui de l'Esprit absolu, forme que d'une part l'objet comete tel se présentait au Sol
il ne reste alors qu'á sursumer la forme inadéquate ; mais en quoi comme disparaissant, et plus encore d'autre part que c'est
est-elle inadéquate ? : en ce que, pour l'esprit religieux, la riorisation de la conscience de soi qui pose la choséité, et que .
conscience de soi effective n'est pas l'objet de sa cons- cette extériorisation n'a pas seulement signification négative,
autrement dit : l'objet est bien posé dans la totalité mais positive, pas seulement pour nous ou en soi, .mais pour
cience " elle-méme ". » Pour la conscience de soi, ainsi que l'affirme
du contenu spiritnel, mais fi demeure: dans un rapport d'exté-
riorité á régard de la conscience de sol", ou encore : son la suite de ce texte, reprendre en elle-méme son mouvemeñt
unité avec la conscience de soi n'est posée que dans rélément premier d'extériorisation, loin d'impliquer une négation de la
de la représentation". C'est done du caté de l'objet (du cóté chose, doit poser celle-ci dans la pleine liberté de son autonomic ;
de l'Esprit camine monde) qu'il kilt se tourner pour surmonter .c'est pourquoi elle ne s'accomplit comme telle qu'en manifestant
cette séparation rémanente : « Puisque cette forme appartient la coincidente de son propre dynamisme avec celui qui.a struc-
á la consciente comme telle, sa vérité doit s'étre montrée déjá turé le déploiement de son objet : « Elle doit... se rapporter á
dans les figurations de cette conscience". l'objet selon la totalité de ses déterminations [i.e. cies détermi-
Ce qu'il importe de salir, c'est la totale réciprocité des deux nations de l'objetj, et l'avoir ainsi appréhendé selon chacune
mouvements en cause : l'objet se prouve contuve Esprit dans d'elles. Cette totalité de ses déterminations éléve en soi l'objet
l'acte méme par lequel il accucille en lui la conscience de soi, á l'essence spirituelle, et il deviene cela en vérité poni. la cons-
et celle-ci ne peut s'exprimer comme chose que dans la mesure cience par l'appréhension de chacune de ses déterminationS sin-
oíd. elle reconnait que l'objet s'affirrne en luir-méme: comme réa- gulilres comme [rappréhensioni du Soi, ou par le comportement
lité spirituelle pleinement développée et libre. Exprimons cela spirituel déjá mentionné envers elles". » Reconnaitre son objet
encore d'une autre maniére : l'Esprit ne peut s'affirmer vraiment comme Esprit en chacun des moments de cet objet, c'est le,
comete conscience de soi sans reprendre á son compte et mani- moyen qu'a la conscience sol de s'affirmer, en scln compor-
fester comme sien le mouvement gráce auquel tout d'abord teinent, comme conscience de soi de l'Esprit. . •
il s'est déployé comme conscience. « Que l'objet de la conscience Nous connaissons ces déterminations de l'objet. Il est .« en
se dépasse ainsi lui-méme (Diese Ueberwindung des Gegens- partie étre immédiat, ou une chose en général — ce qui uor-
tandes des Bewusstseins), n'est pas á prendre comme ropération respond á la Consciente immédiate ; en parte un devenir-autre
de soi, sa relation ou étre pour un autre, et étre-pour-soi, la
déterminité — ce qui correspond á la Perception —, en partie
14. Ph. G., 549/5 (II 293/5). essence ou comme universel, — ce qui correspond . á l'Enten-
15. Extériorité spatio-temporelie de la vérité totale posée par le croyant demertt. II est, comme Tout, le syllogisme ou le mouvement de
dans la figure du Christ. En somme, la conscience de soi croyante demeure Puniversel, á travers la détermination, vers la singuiarité, aussi
dans l'abstraction lorsqu'elle se référe directement á cette figure historique
du Chast, 'aquello, considérée en 'elle-méme, n'exprime pas la totalité libre bien que le mouvement inverse, de la singularité, á travers la
de l'essence absolue (cf. note suivante). Seule l'intelligence de rhistoire du singularité camine sursuméc ou la détermination, vers
monde peut lui donner une effectivité concréte, — non a représentée ».
16. L'Introduction á la section « Religion » souiignait déjá, par avance, C'est done selon ces trois déterminations que la conscience
l'insoffisance du mouvement qui s'amoreait alors (cf. ci-dessus, pp. 150, 159). doit le savoir comete soi-méme" ». Ce qui signifie que le Soi
Si l'objet y demeure dans la forme de la représentation, c'est que la figure doit reconnaitre l'objet ~me Soi selon les trois moments de
effectivé dans laquelle l'Esprit conscient de soi se pose est ancore trop pleine-
ment transparente (durchslchtig), non affectée de l'opposition de la conscience, son afftrraation• comme objet : l'immédiateté, c'est-á-dire le caté
— manquant par conséquent de e la forme d'effectivité libre ou de la Nature du singulier ou de l'en-soi, — la reta-don, c'est-á-dire la détermi-
apparaissant colme indépendante (selbstündig) » [Ph. G., 475/11, II 205/19,
cf. l'ensemble de ce naragraphej. Si la Religion demeure en retrait par rapport nité selon son double aspect du pour-soi et du pour-un-autre, -
a la Philosophie, c'est done paree que la force de l'Essence absolue y investit l'essence intérieure, c'est-á-dire funiversalité comme affirMa-
de facon irnilatérale le monde objectif, et le surdétermine, sans respecier en
lui le caractére toujours nouveau de son surgissement libre et imprévisible.
C'est ce que souligneront á nouveau, comete nous le verrons, les deux der-
nitres pages du Savoir absolu. 18. Ph. G., 549/13 (II 293/12).
17. Ph. G., 549/11 (II 293/10). 19. Ph. G 550/2 (II 294/13.
20. Ph. G.. 550/10 (II 294/21).
13
194 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES LE SAVOIR ABSOLU 195

tion de l'en-et-pour-soi. De la sorte sera pleinement déployé


a) Le ft:gement infini.
l'Esprit absolu, dans l'unité véritable de ses moments et dans
leur indépendance mutuelle. « Done, pour ce qui est de l'objet en tant qu'il est immédiat,
Sans doute, Hegel, le rappelle imniédiatement, toutes ces un étre indifférent, nous avons vu la Raison obserVante se cher-
déterminités ne se posent pas ici dans la pureté qui sera la leur cher et se tmuver elle-méme dans cette chose indifférente, c'est-
á l'intérieur de la Science de la Logique ; nous demeurons tri- á-dire étre consciente de son opération comme d'une [opération]
butaires du savoir phénoménologique et de son extraposition aussi bien extérieure qu'elle est consciente de l'objet seulement
par rapport á lui-méme dans le temps, Ide sorte que « les mo- comme d'un immédiat. Nous l'avons vu aussi, á son sommet, pro-
ments du concept authentique ou du pur savoir doivent étre indi- noncer (aussprechen) sa détermination dans le Jugement infini,
qués dans la forme de figurations de •la conscience" ». Et done, fá savoirj que l'étre du fe est une chose 2 . r La répétition de ce
bien qu'il soit vrai que toute figure phénoménologique, ainsi que « nous » traduit ce que Hegel a déjá affir me ci-dessus, á savoir
nous l'avons vu, soit expression de: la Totaüté, et entretiene, que l'intelligence da mouvement unitaire est ici noire fait, et
comme tele, des relations avec les moments du concept pur", il qu'elle nous situe vraiment au niveau de la détermination d'un
faut dire que ce n'est pas la conscience comete tele qui est parallélisme structurel. Le texte méme qui vient d'étre cité son-.
capable d'opérer cette récollection des déterminités de san objet : ligue, pour sa part, que le phiiosophe, en recueillant ce qui fUt
c'est nous qui le pouvons", faisant commc la « somete » des l'attitude de. la conscience, se dégage lui-ménte des limitations
figures fondamentales dans lesquelles se rassemble la signification qui étaient les siennes alors". En eifet, on rappelle comment,
globale du mouvement dans lequel, pour sa part, la conscience d'une part, la conscience observante s'est engagée dans la recher-
se trouve immergée. che de sa propre vérité rationnelle en s'identifiant puremént et
Un mot encore avant d'aborder tour á tour chacune de ces simplement avec la réalité la plus hupénétrable et la plus morte
trois déterminations. Hegel, on l'a remarqué, les rattache aux qui soit : « l'esprit est un os » ; et d'autre part, on montre
trois temps successifs de la section « Conscience » : á la Cons- comment le langage, échappant á cette conséquence extréme de
cience immédiate (c'est-á-dire á la Certitude sensible), á la Per- la phrénologie, sut donner de ce mouvement une formulation
ception et á l'Entendement. Mais ce. n'est pas á dire que la universelle, celle-lá méme que nous pouvons maintenunt recua-
« récollection » qu'il nous , faut opérer concerne directement lir : « l'étre du Je est une chose ». Ce double plan d'intelligence
les trois figures concrétes ainsi évoquées : car ce qui se trouve de ce qui fut alors opéré est á nouveau dégagé au tenue de. ce.
visé en elles, c'est la déterminité logique abstraite qu'elles expri- paragraphe : « Ce jugement, gris ainsi selon sa teneur immédiate,
ment sous un mode particalier ;' cela signifie done seulement est sans Esprit, ou plurót est l'absence méme d'Esprit. Mais,
que les trois figures retenues devront appartenir respecdvement selon son concept, il est en fait ce qu'il y a de. plus riche en
au niveau de la Certitude sensible (c'est-á-dire de l'en-soi), á. Esprit (das Geistreichste), et cet Intérieur sien, qui en lui n'est
celui de la Perception (du pour-soi et da pour-un-autre), enfin pas encore présent, est ce nue les deux autres moments á envi-
á celui de l'Entendernent (de l'en-et-pour-soi), selon le tablean sager prononcent (.aussPrechen)'. »
de la réassomption « horizontale » des figures antérieures établi Le Jugement infini, au turne de la figure de la. Raison obser-
dans l'introduction á. la Religion". En fait, chacune d'elles sera vante, est done ce qui prononce le mouvement de la conscience
située au point oto s'achlve et s'accomplit le mouvement de la dans son acception conceptuelle. Dans son ordre, qui est celui
déterminité correspondante. de l'observation simple, suivant en cela la loi qu'elle s'est.donnée,
cette conscience aboutit á une impasse ; mais la vérité du résultat
se pose dans l'universalité du langage : l'Esprit se donde á
21. Ph. G., 550/25 (II 295/5). connaitre en lui selon l'un des extrémes de sa signification,
22. Nous aurons á revenir sur ce point dans la troisfeme partie de ce travail. comme identifié totalement á. l'étre en sa compacité immédiate ;
23. Ph. G., 550/34 (II 295/14). Reste, bien sal., que ce nous n'est pas exté-
rieur á la conscience, mais qu'il manifeste ce qui fut vécu par la conscience
elle-méme, par le truchement de son développement en figures. Hegel exprime 25. Ph. G., 550/41 (II 295/21).
cela par un teiis... reils (Ph. G., 550/32-33 — II 295/12/13) qui n'exprime 26. Ou plutót qu'II arrache la conscience elle-mItne á l'abstraction dont elle
point une opposition quantitative, mais le mouvement de révélation réciproque demeurait encore tributaire dans ce surgissement premier.
de deux points de vue égaux en soi. 27. Ph. G., 551/13 (II 296/8). Sur la signification de aussprechen, cf. 82/7
24. Cf., ci-dessus, p. 156. (I 84/20).
LE SAVOIR ABSOLU 197
196 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES

aprés avoir longtemps « joué á cóté » ou autour de son contenu, riorisation produit la chose comme soi-mérne, par .conséque/t
l'Esprit accepte de se perdre en lui, de telle matare qu'il se conserve encore soi-rnérne en elle et sait laldépenclance de
n'existe, dans cette ligne, nulle possibilité d'une expression plus cette chose, ou que la chose essentiellement n'est que étre pote
radicale ; ce Jugement infini exprime clOne le point d'aboutisse- un autre ; ou hien, étant parfaitement exprimée la relation,
ment ultime du rapport de l'Esprit á l'étre du point de vare de c'est-á-dire ce qui seul ici constitue la nature de I'objet, alors la
ren-sol. Mais en méme temps cette « perte » de soi dans son chose vaut pour elle comrne une [chose] étant pour sol, elle pro_
autre ne peut étre pour 1'Esprit une..renánciation á ce qu'il est ; nonce la certitude sensible comme vérité absolue, mais cet étre.
bien piutót, son pouvoir négatif investit la totalité de rétre pour pour-soi iui-méme comrne moment qui ne fait que disparaitre et
l'exprimer comme « relation » : c'est en, ce seas que le second passer dans son controle, dans l'étre pour un autre livré en
moment á envisager se déploie en vérité á partir de ce premier, proie". »
dont il exprime la portée réelle en son « devenir-autre" ». Pour la conscience de soi, trouver la chose comme un Soi,
c'était rabaisser l'Esprit á une píate objectivité ; au controle, .
la produire comme ce Soi, c'est manifester la profondeur spiri-
b) L'Utilité. tuelle de l'objet immédiat. Le mouvement de l'Aufkiarung, dans
Un pur jugement d'égalité demeure ce qu'il est en interver- son appréhension du monde, tend au dépasserdent de toute rigi-
tissant les termes qu'il met en relation ; ainsi de raffirmation : dité, de toute opacité : la chose est en dépendance radicale de
l'étre du Je est une chose. C'est pourquoi le texte poursuit : la conscience qui la pose, et se trouve dono vraiment définie
« La chose est fe; en fait dans ce Jugement infini la chose par son rapport á elle ; elle est totalement transiucide, puisque
est sursumée ; elle n'est riere en soi ; elle n'a signification que son essence méme consiste dans sa relation il n'est rien en
dans la relation, qu'el travers Je et son rapport á lui". n Ainsi elle qui se pose en son indépentiance, rien qui ne soit « utile ».
se réalise de fagon concréte ce que Hegel affirmait ci-dessus Mais, puisque cette détermination exprime la chose en son inté-
l'Esprit se mariifeste comme Esprit en montrant que la substance, gralité, il faut done dire qu'elle se trouve, en cela nnéme, décrite
dans la totalité de ses déterminations concrétes, n'est autre que telle qu'elle est en elle-méme : son étre-pour-un-autrt est identi-
le Sol. « Ce moment s'est présenté pour la conscience dans la onement son étre-pour-soi. Dans cette mesure, la chósc.-., á Finté-
pure Intellection et l'Aufklarung. Les choses sont tout simple- rieur méme du mouvement de médiation dans lequel elle se
ment railes, et ne doivent étre considérées que selon leur uti- trouve incluse, resurgit dans son immédiateté, puisqu'il n'y á en
lité". » On se souvient en' effet que ce concept d' « Utilité elle aucune distance entre ce qu'elle est et l'appréhension dont
surgit, á l'intérieur du second, temps de la section « Esprit », elle est l'objet : c'est lá un retour á l'attitude de la certitude
comme terme de la lutte entre l'Aufkliirung et la superstition ; sensible, mais de telle sorte que cette attitude se déploie désor-
cette dernilre, s'appuyant sur « la conscience naive de l'essence mais dans sa vérité, comme l'un des rnoments du 'dynamisme
absolue », se fie immédiatement au monde de l'au-delá, répli- total, — car ce qui est immédiat ici, c'est l'acceptation de la
que de ceiui-ci élevé á la dignité d'un en-soi absolu ; c'est contre chose dans son mouvement méme ele médiation ; c'est cela, en
cette confiance que- rintellectkineva se dresser, montrant que ce vérité, qu'implique le concept d'utilité ".
monde-el, loih de s'évanouir devant raffirmation de l'autre,
porte vraiment en soi tout le poids de 1'Esprit, lequel se donne c) La Conscience de soi morale.
á connaltre en lui en le « produisant » par le mouvement de la
« culture ». Par ce prc'cessus, en effet, la conscience spirituelle E n'est done point besoin d'autre transition que celle-lá pour
pose la chose selon sa double déterminité, ainsi que le souligne aborder la troisilme des déterminations, celle de l'en-et-pour-
la suite du texte : « La conscience de sol cultivée, qui a par- soi ; puisque eri effet le déploiement de chacun de ces, deux
couru le monde de l'Esprit devenu étranger á soi, a par son exté-
33.Ph. G., 551/25 (II 296/20).
34. A la fin de la sectirm « Raison a, opposant la conscience éthique au
28. Ph. G., 550/12 (II 294/23). mouvement de la « foi a, Hegel exprimait déjá, dans un -contexto proche de
29.Ph. G., 551/19 (II 296/14). celui-ci, que l'immédiateté véritable implique tont le déploiement de la media-
30.Ph. G., 551/22 (II 296/17). don : « Cene conscience [éthiquej... s'est sursumée comrne singullére, cette
31. Ph. G., 399/5 (II 112/2). médiation est accomplie, et c'est seulement paree qu'elle est accomplie qu'elle
32.Ph. G, 386/35 (II 97/18). en conscience de soi immédiaie de la substance éthique a:311/1 (1 353/33).
LE SAVOIR ABSOLU 199
198 L'ORGANISATION DES EXFÉRIENCES

moments, envisagé en lui-méme, conduit á l'affirmation de elle.n'est plus ce placer et ce déplacer alternara encore de 1'étre-1a
l'autre, c'est doivent etre tenus ensemble et qu'aucun nc et du Soi, mais elle sait que son étre-1¿« =lime tel est cette pure
peut s'imposer de fagon unilatérale. Ce que Hegel exprime certitude de soi-méme ; l'élément objectif dans lequel elle s'ex-
ainsi : « En ce point cependant le savoir-de la chose n'est pas pose comme agissante n'est rien d'autre que le pur savoir que le
encore achevé ; elle doit étre sue comme le Soi, non seulement Soi a de soi''. » Une fois encore, l'identité de l'étre et du Soi
selon l'immédiateté de l'étre et selon la déterminité, mais aussi s'exprime ici en termes de « certitude », et tel est bien le signe
que le mouvement a fait retour á son origine ; la transparente
comme essence ou intérieur". » L' « intérieur », nous le savons,
n'est pas á entendre ici dans son acception unilatérale, comme du pour-soi (identique á la pure dépendance de l'étre-pour-un-
opposé á l'extérieur ; bien plutót, il est l'universel, « l'étre-lá du autre) est saisie comme en-soi dans l'immédiateté devenue de
Te étendu jusqu'á la dualité », ou, pour reprendre le vocabulaire son rapport á la conscience.
ufflisé dans le- paragraphe précédeM, l'are pour soi compris
comme étre pour un autre. « Tels sont les moments á partir desquels se compose la
Ce résultat s'est posé au terme de la section « Esprit », « dans réconciliation de l'Esprit avec sa conscience proprement dité". »
la Consciente de soi morale » : « Celle-ci sait son savoir comme Ou, pour precises encore, ce dont il s'agit á etravers cette réas-
l'essentialité absolue, ou l'étre tout simplement comme le pur . somption, c'est de l'affitatation de l'Esprit comme réconciliation
vouloir ou savoir ; li n'est rien que seulement ce vouloir et de la conscience avec la conscience de soi, mais de telle sorte
savoir ; c'est á un autre que survient un 'etre seulement inessen- que cette réconciliation se pose ici « dans la conscience méme
c'est-á-dire n'étant pas en-sol, seulement son écorce vide ". » comme selle " ». Le mouvement qui aboutit á ce résultat consiste
Au point de départ de cette dialectique, la conscience de soi se á « composer y (zusammensetzen), c'est-á-dire it poses ensemble,
pose dans son pouvoir absolu á l'égard de son monde, dont elle les trois moments dont le souvenir a été evoqué. Remarquons
définit l'essence par son seul vouloir et son seul savoir ; il suit que, dans tout ce développement que nous venons d'anaiyser,
de lá que l'étre lui-méme, étant produit de la sorte, n'est rien Hegel nc parle pas de « figures », mais de « moments .». Ce n'est
d'autre que ce vouloir et ce savoir. Sommes-nous done encore au pas á dire, bien sur, qu'U sois fait ici abstraction du centena ;
niveau oit l'objet s'évanouit simplément devant l'esprit qui, face mais celui-ci est repris sous la raison de sa signification logique.;
á lui, s'affirme comme totalité ? Non pas, car cette dependance Hegel l'avait d'ailleurs annoncé dans l'introduction it ce dévelop-•
radicale est ce qui constitue l'étre dans son étre mérne et c'est pement : ce dont il s'agit, c'est de reconnaitee l'obiet coinme Soi
pourquoi la conscience a affaire, en cette relation, á une réalité selon toutes les déterminités de _et objet ; c'est pourquoi, á cha-
en soi, qui « tient » réellemerit devant elle. Voilá qui nous permet cune de ces étapes (l'en-soi, le pour-soi/pour-un-autre, l'enret-
de dépasser du second moment, puisque l'objet, pour-soi), se trouve visée non point directement la situation phé-
désormais, subsiste en lui-méme, dans sa liberté propre. Pour- noniénologique comme telle mais sa traduction dans le langage,
tant, ce n'est pas un retour á la particularité du premier moment, — dans l'universalité d'un jugement logique.
puisque l'étre, dans sa liberté méme, n'a plus nulle opacité, et L'unité de ces trois moments, le fait que tous ensemble coin-
que son essence n'est plus différente de celle de la conscience. posent l'unité de l'Esprit avec lui-méme dans Sa conscience,
Hegel ramasse en une seule expressipn cette double composante : s'exprime en cela que le dernier d'entre eux rassemble en lui-
« En tant que la conscience morale, dans sa représentation du méme la signification des deux autres : « Pons soi jis sont
monde, affranchit l'étre-lá par rapport au Soi, elle le reprend guliers, et c'est seulement leur unité spirituelle qúi constitue- la
aussi bien de nouveau en soi sp, » force de cette réconciliation. Mais le dernier de ces moments
Derniare étape : la conscience morale, qui a voulu tout d'abord est nécessairement cette unité elle-méme, et,- comme ii est clair,
s'en tenir á une attitude simple en s'attachant tour á tour á l'un les relie tous, en soi ". » Hegel moníre alors comment chacun
des termes en présence, renonce á cette hypocrisie et se reconnall des deux premiers trouve sa vérité dans le troísieme, et cela,
elle-méme comme leur unité : « Comiste Bonne conscience enfin comme il vient d'étre souligné, par l'assomption du niouvement
33. Ph. G., 552/8 (II 297/9).
35.Ph. G., 551/37 (II 296/31). 39.Ph. G., 552/14 (II 297/15).
36.Ph. G., 351/41 al 297/2). 40. Selou le paragraphe central analysé plus haut : 553/8 (II 298/16).
37.Ph. G., 552/5 (II 297/7). 41.Ph. G., 552/16 (II 297/16).
LLIU L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES 1.E .SAVO1ft A MOUT 201
dans l'universalité du langage : « L'Esprit; certain de soi-mame vée sur la reconnaissance de l'égalité du 3e irsT2C Ini- rneme en
dans son atre-lá n'a comme élément de l'étre-lá rien d'autre que son redoublement" ; en termes logiques, ji s'agit lá de la pro-
ce savoir de soi ; le orononcer, selon lequel ce qu'il fait, il le fondear universelle• découverte au cceur du singulier, gráce ti
fait par conviction du devoir, ce langage sien est le valoir de l'unité devcnue de l'en-soi et du pour-soi/pour-un-autre ;
son agir". Autrement dit, en ce qui concerfie ce premier temps, termes phénoménotogiques, le subjectif en vient á Confesser:ici
la certitude immédiate de l'Esprit dans son monde rejoint la l'objectif comme subjectif selon les trois temps qui expriment le:
certitude devenue qu'il acquiert gráce á rexpression morale de déveioppement plénier de l'objet lui-méme.
son Soi authentique on se souvient qué ce: terme caractéristique On pourrait se dernander quelle raison a poussé
de « certitude » est apparu á nouveau ;dans rexposé de ce troi- choisir précisément ces trois moments pour résumer en eux le
silme moment. En second lieu, pour marquer. que cette dia- mouvement de l'Esprit en sa conscience ; en effet, ce ne sont
lectique de l'Esprit certain de soi-méme accomplit aussi le se- pas ceux-lá qui s'imposent par priorité au cours d'une lecture
cond temps du mouvement total, c'est-á-dire celui de la division des quatre premilres sections de la Phénoménologie. Ce qu'alors
du concept et de la dépendance radícale de l'objet utile dans son nous avons appelé les « figures clés » ou les « mouvements
étre-1 lui-méme, i1 suffit de souligner en elle; non plus l'aspect remarquables », tous ces passages dont l'évocation dans une
de certitude, mais le mouvement concret qui, dans le processus dialectique postérieure avait une valeur normative, ce sont
de racdon, opare la scission de ce concept dans runité de son d'abord; en tout premier lieu, les figures du Stoicisme, du Scep-
en-soi : « L'agir est le premier séparer étant-en-soi de la simpli- ticisme et de la Conscience malheureuse ; ce sont ensuite, á un
cité du concept et le retour hors de cette séparation. Ce premier niveau moins prégnant, les dialcctiques da Jleu des t'orces, de
mouvement [á savoir la scission] se convertit dans le second du de la Catégorie, de la Chose méme ; pour 'ce
[c'est-á-dire dans le retour en . soi.] en tant que l'élément du qui est des séquences-modéle, jl fauí ajouter le passage Certi-
reconnaltre se pose comme savoir simple du devoir en lace de tude sensible/Perception ; enfin, on se souvient du róle que joue
la différence et de la division qui réside dans l'agir comme ter, et plusieurs fois la réfárence á rEtat du droit dans les moments
qui forme de cette maniare..une effectivité de fer en face de subséquents de la section « Esprit " Quant au Jugement infini
l'agir. Mais nous vimes dans le- pardon comment cette dureté et á l'Utilité, ils sont loin, sernble-t-il au premier abord, d'avoir
renonce á soi-méme et s'extériOrise ". » Dans la reconnaissance une importance comparable.
(au sens technique de ce terme) qu'engendre le pardon, l'étre-lá S'en tertir á ce jugcment serait demeurcr prisonnier d'une'
perd en effet toute opacité et toute autonomic comprise sous le erreur de perspective ; en fait, ces deux types de références re
mode d'une réaiité « étrangare » : 11 accomplit de la sorte l'éga- répondent ni au méme dessein ni á la méme logique. Les trois
lité du pour-soi et du pour-un-autre qui caractérise le moment moments récapitulés en ce début du Savoir absolu correspondent,
de l'Utilité. Enfin, ces deux affirmations disjointes sont rassem- si foil peut dire, aux « nTuds » du raisonnement, aux passages
blées dans le jugement final : « L'effectivité n'a done ici, pour dans iesqueis ie mouvement se recueille en lui-méme el s'accom-
la conscience de soi comme étre-lá immédiat, aucune autre signi- plit dans sa vérité originelle ; nous l'avons noté en son temps :
fication que d'étre le par savoir. ; — pareillement [pour la chaque fois, il est fait mention du retour á la « certitude » ini-
conscience de sor] comme étre-lá déterminé, ou comme relation, tiale, et cette indication souligne l'importance du pasáage consi-
ce qui est opposé á soi est un savoir,. pour une part de ce Soi déré, le fait que, au niveau qui est le sien, ce passage represente
purement singulier, pour l'autre du savoir comme universel. En un point d'aboutissement, un terme qui ne peut étre dépassé dans
cela est en mame temps posé que le troisilme moment, l'univer- la perspective de sa déterminité propre. Au contraire, les figures
salité ouressence, vaut pour chacun des deux [moments] opposés évoquées ci-dessus, celles qui revicnnent le plus souvent dans
seulement comme savoir ; et ils sursument finalement aussi l'op- les corrélations qui se trouvent ailéguées, désignent ordinairement
position vide qui demeure encare,. et sont le savoir du Je Je ; non pas le terme accompli, iríais le mouvement de sa naissance,
ce Soi singulier, qui est immédiatement savoir pur ou univer- ou le dynarnisme de son affirmation progressive. En somme,
sel » La dialectique de la Bonne conscience s'était ainsi ache-
45. Ph. G., 472/26 (II 199/39).
42. Ph. G., 552/20 (II 297/20). 46. Cette dialectique rfest envisagée ici que par rapport au mouvement de
43. Ph. G., 552/24 (II 297/24). l'Esprit dans se conscience ; son importance serait évidemrneat beaucoup plus
44. Ph. G., 552/33 (II 298/3). grande si ron terma compte de ses résurgences dans la section « Religion
202 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES LE SAVOIR ABSOLU 203,

Jugement infini, Utilité, Bonne conscience représentent les cirti- opéré en réalité. La ne s'arréte pas, d'ailleurs, l'affirmation ini- •
culations d'un raisonnement dont le déploiement concret se dale ; nous savons aussi, nous est-il dit, en que]. lieu cette unité
trouve jaloneé par la résurgence d'un certain nombre de situa- s'est posée, et quelle attitude 1 faut prendre pour étre en mesure
tions ou d'attitudes fondamentales, exprimées précisément dans de la déchiffrer. Voici le texte : « Cette unification est déjá
les figures recurrentes. Il n'est plus possible„ il est vrai, d'op- arrivée en soi, á la vérité dans la Religion aussi, dans le retour
poser ici des structures statiques et le dynamisme d'un mouve- de la représentation dans la conscience de soi, mais non selon
ment, puisque cclui-ci conduit á celles-I et s'accomplit en elles ; la forme propre, car le cóté religieux est le caté de l'en-soi qui
ce n'est que dans le développement phénóménologique concret, se tient en face du mouvement de la conscience de soi. L'unifi-
avec l'extériorité temporelle par rapport á lui-méme dans la- cation appartient par conséquent á cet autre caté, qui á l'inverse
quelle il s'exprime, que peut surgir cette dualité de registres est le caté de la réflexion en soi, done celui qui contient soi-
d'expression : maintenant, ils se rassemblent dans la reconnais- mame et son contraire, et non [comme] en sol ou d'une mamare
sanee du sens qui est-lá. Pourtant, puisqu'il s'agit ici de "Intel- universelle, mais [comme] pour sol ou [sous mode] développé et
lígence du contenu de l'ceuvre, on peut garder référence ii cette . différencié ". » Autrement dit : dans le mouvement de sa propre
dualité, et évoquer, sous mode analogique, la différence dans manifestation, l'essence absolue s'est avancée aussi loin qu'il était
l'unité qui s'était posée, au debut de la Perception, entre l'objet possible, assumant le contenu de l'existence singuliére pour le
et le mouvement de son connaltre : « L-'objet est selon l'essence poser dans une unité réelle avec l'universel ; mais la conscience
la mame chose que le mouvement, celui-ci le déploiement et la de soi, en prenant ainsi la forme de l'objectivité de la conscience,
différenciation des moments, celui-lá leur étre-saisi-ensemble'?. se soumet á sa ioi, de sorte qu'elle deineure tributaire de l'exté-
riorité de Fen-soi ; elle ne peut, cae son caté, lever cene ultime
Le paragraphe suivant a été analysé au début de ce chapitre, opposifion, car elle ne peut rien centre l'autonomie du potir-soi,
11 situe cette réconciliation de l'Esprit avec lui-méme dans sa rien que tenter de se faire recommitre par elle. De sorte que
conscience par rapport á celle qui fut réalisée dans l'élément de cette unification souhaitée doit venir de la consciente de soi
la conscience de soi á travers les dialectiques de la Religion. Ici, singuliére, dans Pacte mame oil, comme nous l'avons vu, elle
point n'est besoin de se plater pareille récollection des moments a renoncé á cette singuiarité pour agir en ce monde comme
divers : le mouvement, sans étre plus facile á saisir, est davantage eenscience spirituelle universelle : c'est ici le caté de la forme
ramassé sur 'ni-mame, et la figure du Christ ressuscité dans la absolue qui doit montrer que le contenu pareiliement absolu
communauté spirituelle s'impose évidemment comme, le terme qu'elle rencontre est en réalité un contenu sien. _
de ce mouvement, rassemblant en soi le contenu total de l'Esprit Ce qui surgira alors, c'est « l'unité simple du concept " ».
conscient de soi et le dynamisme de sa manifestation ; reste á nous savons que ce concept est présent, sous une modaliré.pard-
montrer l'unité de ces deux réconciliations, la cohérence réelle culilre, íá chacune des étapes de la dialectique, et qu'il est le
de la forme spirituelle et du contenu religieux ; c'est á quoi fondement du mouvement oil elle s'engendre ; á ce niveau phé-
s'emploient les trois paragraphes suivants, que nous allons lire noménologique, le temps est la forme dans laquelle il se donne
maintenant. lis marquent l'ultime aboutissement de l'intelligence á connaitre ; de sorte qu'id ne peut étre saisi alors que dans son
unitaire de l'eeuvre au travers dei ses structures diversifiées. extériorité, autremcnt dit il travers une concrétion particuliere :
le concept, dit Hegel, « est déjá présent da cóté de la conscience
de soi elle-mame " ; mais tel qu'il est survenu dans ce qui }iré-
III. UNIFICATION DERNIÉRE cede, il a, comme tour les nutres moments, la forme d'étre úne
figure particaliére de la conscience" ». Et de fait, nous l'avons
DANS LA FIGURE DE LA BELLE AME vu, l'une des caractéristiques de neuvre, c'est la conjonction des

ll est évident que cette unification n'est pas á entendre comme 48. Ph. 0., 553/24 (II 298/32).
49. Ph. G., 553/37 (II 299/12).
une táche nouvelle, qui serait á construire de toutes pilces, mais 50. C'est-a-dire dans la Religion ; maje aussi bien dans l'ultime 'figuie des
qu'elle résulte pour nous de la prise de conscience de ce qui fut quatre premiéres sections, puisque, exprimant le déploiement de Esprit dans se
conseience, elles aboutissent á sa réconciliation avec lui-mérne dans la forme
de la consciente de soi. Cf., ci-dessus, pp. 189-190.
47. Ph. G., 89/29 (I 93/17). 51. Ph. G., 553/38 (II 299/13).
204 L'ORGANISATION DES EXPÉRIENCES SAVOiR ABSOLU 205
mouvements linéaire et circulaire qui fait que la totalité est pré- cience sombre ». Autrement dit, dans cette suppression total
sente á chacun des moments du développement, en chacune des de la liberté de l'objet, s'opére le passage á la consciente de soi
figures qu'elle comporte ; mais non point de fagon identique, de l'Esprit que dévcloppera la section « Religion » ; nous sommes.
puisque, au fil de ce développement, l'Esprit en vient á se done á la charniare de l'cruvre, au point précis oil elle bascule'
posséder et á se donner de fagon plus prégnante, recueillant en de Pune de ses déterminités dans l'autre. Nous retrouvons cela
sa simplicité les déterminations successives: qu'il a acquises dans affirmé á nouveau dans le texte du Savoir absolti : la Belle Ame
la succession des expériences de la conscience ; de sorte que c'est est « le savoir que l'Esprit a de soi-méme, dans sa pure unité
au terme du mouvement que nous pouvóns espérer trouver la transparente, — la consciente de soi qui sait ce pur savoir dia
figure qui rassemble en elle toutes les autres, opérant, non plus pur étre-dans-soi comme l'Esprit, --- non seulement l'intuition
seulement la réconciliation de l'Esprit avec lui-méme dans sa du divin, mais son intuition de soi '6 ». Il s'agit bien, á partir de
conscience, mais l'unité de cet accortiplissement formel avec la lá, de l'Esprit dans sa conscience de sol.
totalisation que pose, au niveau du contenu, dans la Religion, la C'est paree qu'elle est ainsi le lieu de ce renversement, paree •
seconde réconciliation de l'Esprit aliee lui-méme, comme cons- qu'elle recueille en elle le devenir de la conscience et contient
cience de soi. déjá celui de la conscience de soi, que la Belle Ame s'impose,
Hegel désigne d'abord cette figure particuliére, avant de « jus- á la fin de tout le processus, comme le terme auquel il faut revea
tifier » le choix ainsi opéré ; c'est le mouvement que nous sui- nir pour saisir l'unité de l'ensembie. Mieux que le passage qui_
vrons aussi dans l'analyse présente. Le concept, dit-il, est « cette fait communiquer un versant avec l'autre, elle est • á la foil,
partie de la figure de l'Esprit certain de soi-méme qui reste dans comme présence de l'Esprit en son immédiateté devenue, point
son concept, et qui fut nommée la Belle Ame" ›. Au terme de de départ et point d'aboutissement de l'un et l'autre des pareours.
la Mbralité, lors de la détermination de cette attitude de l'esprit, Mais la reconnaissance de cette richesse, exige, comme toujours,
Hegel avait écrit déjá, en termes presque semblables : « Nous que ces parcours aient été pleinement achesés ; ainsi seulement
voyons ici.la conscience retournée dans ce qui est le. plus intérieur se trouve levée l'ambigulte dont était affectée cette attitude en
en elle (in sein Innerstes), pour elle toute extériorité comme telle son surgissement premier. Cette ambiguYté se traduisait alors
est disparue, — dans rintuition du Je = Je, oil ce Je est toute par le fait que cette conscience pouvait tout aussi bien disrsaraVre.
essentialité et Itre-lá. Elle sombre dans ce concept de soi- et s'abimer en sa pure abstraction que s'acccimplir par re mou-
mame 'g [...], » E s'agit lá, Hegel le dit, d'une « partie » de la vement de l'action et de la communication : .« En tant que ce
figure de l'Esprit certain de soi-meme, tras précisément du concept se maintient opposé ú sa réalisation, it est 'la figure
moment oit cette figure s'affirme en sa pureté, antérieurement á unilatérale que nous vimes s'évanouir dans la vapeur vide, mais
toute détermination, et en particulier á cette détermination qu'elle dont nous vimes aussi l'extériorisation positivo et la pro-
recevra dans l'expérience du Mal et de son pardon : la consciente gression ". »
a définitivement dépassé toute opposition . á l'égard de l'objet C'est évidemment cette seconde possibilité qui nous intéresse
considéré dans son extériorité ; pour elle, « la substance étant- ici, puisque c'est elle qui porte en germe la promesse d'un dépas-
en-soi est le savoir comme son savoir sement véritable de l'extérieur et de l'intérieur, des: catégories
Que l'unification ultime de- raprit avec lui-méme en son dou- de la substance el du sujet. Ce dépassement, s'est. ópéré á un
ble mouvement de réconciliation ait pour lien cette conscience double niveau, dans la section « Esprit » elle-mame par la déter-
immédiate, si parfaitement transiucide á elle-méme, voilá qui ne mination de la forme véritable, et dans la section « Religion
manque pas d'étonner de prime abord ; en effet, « clarifiée jus- fut gagnée la plénitude du contenu c'est pourquoi la Belle Ame
qu'á cette pureté », cette conscience « est sa figure la plus peut se révéler maintenant colme la source unique et le point
pauvre, et la pauvreté qui constitue son unique possession est de rassemblement de ces deux « réconciliations I. qui sont issúes
elle-méme un disparaitre ; cette-certitude absolue dans laquelle d'elle. La premiare fut acquise, comme nous le savons, dans la
la substance s'est résolue, est l'absolue non-vérité qui s'écroule dialectique du Mal et de son pardon ; en acceptant c'est-a-
en soi ; c'est l'absolue conscience de soi dans laquelle la cons- dire de donner un premier contenu á sa certitude immédiate
52.Ph. G., 554/1 (II 299/16). 55.Ph. G., 462/7 (II 188/27).
53. Ph. G.,. 461/36 (II 188/15). 56.Ph. G., 554/3 (II 299/18).
54.Ph. G., .462/15 (II 188/35). 57.Ph. G., 554/8 (II 299/23).
206 L'ORGANISATION DES EXFÉRIENCES LE SAVOIR ABSOLU 207

d'elle-méme, la conscience brise le cercle de sa solitude, se donne á l'Esprit qui se manifeste dans la Religion, Il s'égale réellement
á connaitre pour ce qu'elle est, dans sa pauvreté et sa. richesse ; á la totalité du contenu substantiel, mais il n'a pas gagné le
ce faisant, elle dessine l'espace spirituel véritable, la forme que Soi, et il se pose en face de lui dans l'altérité de la représentation.
devra revétir toute action humaine élevée á sa vérité : « A Ce qu'il faut done, c'est que tout le contenu -de la Religion 'soft
travers cette réalisation se sursume le se-fixer-obstinément-sur- reversé dans la forme que s'est acquis l'Esprit agissant : alors la
soi de cette conscienee de soi sans .objet et la déterminité du totalité de la substance spirituelle sera présente comme Sói ; .car
concept en face de son remplissement, sa conscience de soi c'est le Sol qui parcourt la vie de l'Esprit absolu et la mane á
gagne la forme de l'universalité, et ce qui lui reste c'est son son terme".
concept véritable, ou le concept qui a gagné sa réalisation ; elle Hegel donne réalité á ce mouvement en deux étapes succes-
est dans sa vérité, á savoir dans l'unité avec son extériorisation, sives : la premiare consiste á rappeler comment Ie contenu de
— le savoir du pur savoir, non comme essence abstraite qui est la Religion s'est déployé dans les termes mames de l'opposition
le devoir, — mais du savoir coMme essence qui est ce savoir, á laquelle fut affrontée la Belle Ame, c'est-á-dire en termes de
cette pare conscience de soi, qui done en mame temps est objet combat entre le bien et le mal " ; la seconde s'impose alors
véritable, car il [= robjet] est le Soi étant-pour-soi ' . » Ce Soi d'elle-mame : la résolution de ce conflit embrasse ici la
étant-pour-soi, c'est l'autre conscience avec laquelle elle entre totalité de la réalité spirituelle), c'est celle-lá méme que connut
en relation, et de laquelle elle se pose comme véritable- la Belle Ame dans l'expérience du Mal et de son pardon ; mais
ment singuliére, au sein de l'universalité accomplie qui est désor- son seas, désormais, n'est plus seulement la réconciliation de
mais leur élément commun ; cette forme authentique, c'est le l'Esprit avec 'ni-mame dans sa conscience : c'est l'unité de cette
mouvement de la pleine « reconnaissance », que n'avait pu effec- réconciliation avec celle opérée dans Pélément de la conscience
tuer l'expérience du combat á mort, mais que réalise mainte- de soi.
nant la dialectique de la confession et du pardon- « Cette figure [ = celle de l'Esprit certain de soi-méme - agis-
Telle est la premiare réconciliation qui s'engendre en l'attitude sant] est; comme nous voyons, ce concept simple, mais qui
de la belle áme, pour peu que celle-ci accepte de développer ce abandonne son essence éternelle, est la, ou agit. Le dédoubler ou
qu'implique le caractare absolu de sa certitude d'elle-méme. Ce l'émerger, il les a dans la pureté du concept, car elle est l'absolue,
faisant, elle s'égale á toute l'amplitude de l'Esprit, de sorte que abstraction ou négativité. Pareillement, il a l'élément de son
s'ouvre devant elle l'autre réconciliation, cene qui, au niveau du effectivité ou de l'étre en lui dans le pur savoir mame, car il
contenu cette foil, s'affir
. -me dans la Religion, second moment [= le savoirj est l'immédiateté simple, qui est aussi bie:n étre
qui se trouve défini tout d'abord dans son opposition par rapport et étre-lá qu'essence, ceux-lá [= atre et étre-lá] la pensée néga-
au premier : « Ce remplissement, ce concept se l'est donné, tive, celle-ci l'essencel la pensée positive mame ". » Formu-
d'une part dans l'Esprit certain de sol-mame agissant, d'autre lation curieuse, qui rassemble en un raccourci saisissant la
part dans la Religion : dans cette dernilre, 11 a gagné l'absolu gion manifestée el la lvlorálité, reversant dans celle-ei le contenu
contenu comme contenu, ou dans la forme de la représentation, de celle-lá : la Belle Ame qui renonce á son abstration, á sin éga-
de l'étre-autre pour la conscience ; par contre, dans la premiare lité vide avec elle-mame, et qui accepte d'agir (Moralité), est en
figure [= l'Esprit agissant], la forme est le Soi lui-méme, car effet la forme du mouvement absolu gráce auquel l'essence éter-
elle contient l'Esprit certain de soi-mame agissant ; c'est le Soi nelle peut se quitter elle-méme pour se donner une effectivitié
- qui parcourt la vie de l'Esprit absolu ". » Texte complexe, que dans l'étre-lá (Religion). Car cc qui caractérise cette Belle. Ame
Hegel développe dans les ligues suivantes. 11 signifie, en premiare agissante, en tent qu'elle est le lieu de la « manifestation » de
approximation, que l'un et Paute de ces deux mouvements a Dieu ", ce n'est pas seulement « Pintuition du divin, mais l'in-
organiquement besoin de Paute pour s'accomplir en vérité : _ tuition de soi du divin " ». Aussi bien, désormais, ce qui sera
l'Esprit agissant, par cela mame qu'il agit, expose le Sei á l'exté-
riorité objective, mais la particularité de sa détermination 60. Durchführen, dans cate phrase, doit probablement etre entendu selon
cette signification étymologique tres prégnante.
concréte ne peut alors remplir l'universalité de sa forme ; quant 61. Religion : 537-538 (II 277-279) et 541-542 (II 281-283); Moralité :
464 sq (II 191 sq).
62. Ph. G., 554/31 (11 300/12).
58. Ph. G., 554/12 (II 299/26). 63. Ph. G., 472/40 (II 200/10).
59. Ph. G., 554/24 300/5). 64. Ph. G., 554/7 (II 299/22).
208 L'ORGANJSATION DES EXPÉRIENCES LE SAVOIR ABSOLLI 2091

dit concernera tout á la fois l'une et l'autre de ces dialectiques, montre en se prouvant capable de développer á partir
ou plutót leur unité effective en devenir ; le signe en est, ainsi méme cette réconciliation qui lui est proposée « L'tine des deux
que nous l'avons vu, la résurgence de déterminations qui sont partes de ropposition est l'inégalité de l'étre-en-soi dans sa
communes aussi bien á l'homme de la Moralité qu'a la figure singularité á l'égarcj de runiversalité, l'autre l'inégalité de son
du Christ, — et singuliérement raffrontement au bien et au universalité abstraite á i'égard du Sol ; cela meurt á son étre-
mal : « Cet étre-lá est finalement aussi bien ce qui, hors de pour-soi, et s'extériorise, fait sa confession ; ceci renonee á la
lui L = hors du concept] — tant conime étre-lá que comme dureté de son universalité abstraite, et meurt par lá á son Spi
devoir — est réfiéehi en soi ou est le mal. Cet aller-en-soi consti- sans vie et á son universalité inerte ; de telle surte que, ainsi,
tue l'opposition du concept, et est ainsi le surgir du pur savoir, cela s'est complété par le moment de l'universalité qui est
non-agissant et non-effectíf, de l'essence. Mais ce surgir dans essence, et ceci par l'universalité qui est Soi ". » On reconnait lá
cette opposition, qui est sien, est kparticipation á elle ; le pur la double renonciation caractéristique de la dialectique du Mal
savoir de ressence s'est extériorisé "en soi de sa siraplicité, car et de son pardon, ainsi que raccomplissement dcs deux singu-.
il est le dédoubler, ou la négativité qui est le concept ; en tant liers l'un par rautre dans l'universalité confessent conime
que ce dédoubler est le devenir-pour-soi, ii est le mal, en tant I'élément de lear mutuelle reeonnaissance « Par' ce mouvement
qu'il est l'en-soi, il est ce qui reste le bien ". » En s'exposant á de i'agir, 1'Esprit — qui n'est Esprit que maintenant qu'il est M,
la particularité de rétre-lá, le concept simple acquiert, en effet, qu'il éléve son étre-la dans la pensée et par wdáns l'opposition
une détermination qui le limite, et qui, au regard de la totalité absolue, et qu'il retourne en dehors d'elle de cette opposi-
qui est sienne, le constitue, en cette réalisation de lui-méme, tion] précisément par elle et en elleeméme — a surgi comme pure.
comme inadéquat á son essence ; pourtant, dans ce mouvement universalité du savoir qui est conscience de soi, — comme
méme, i1 demeure en soi au niveau de i'universel absolu (sans conscience de sol qui est unité simple du savoir ". »
quoi la détermination ne serait point ressentie comme limite). Un salema peut nous aider 4 réaliser ce que signifie cette
Dans la figure religieuse, il est vrai, le mouvement de mort et de unité devenue de I'Esprit et de la Religión qui est le Savoir
résurrection tendait á la suppression de cette dualité : mais dans absolu :
la communauté spirituelle qui le recueille, ce mouvement est
encore afecté d'une extériorité, puisque la consciente demeure
,SSPR(T DANS SA SONSC1ENCE <EN SCO ESPRIT DANS SA CONSC. AE SOI <POIJR 5911.
séparée de son objet (le Christ) et ne produit Das comme sienne
la réconciliation opérée en lui. Le contenu total est bien présent, ONglEiliá)NSUZSI T4SON 6SPIIII KLIGION
mais comme représenté. RECO;YOZ/A710# retC0/07./47;V#
C'est précisément l'insuffisance formelle de ce résultat que va !DAYS 1A /121WE DANS 1,4 TORHE
pouvoir lever la Belle Ame, dans la mesure oil, se livrant á DI/ POW-SCY \ ./ DE IJEN-S0/
l'action, elle surmonte l'intériorité abstraite de son In.sichsein. . \
\,
Ce faisant, elle manifeste que la réconciliadon posée sous mode --I \ i 1- 1
r.. sph-Leue 1 •I cica acqvIrr la
objectif au plan de la substance spirituelle (dans la figure du \\ / forme clu concepb
Christ mort et ressuscité) pea étre assumée par elle comme son r N‘ / T
ceuvre propre : « Maintenant, ce qui arrive tout d'abord en soi
elmt ocquérir \ ‘, í rCootenu tokt
est en méme temps pour la conscience, et pareillement doublé irr. corder.,o \ :/
, \ í•
aussi bien pour elle, que elle son étre-pour-soi ou
\ f ' 1A -
son propre opérer. Cela méme qui est déjá posé en soi se répéte
done maintenant comme savoir que la conscience en a, et comme ■••
SAVOIR ABSOLU
opérer conscient ". a. Autrement dit : la Banne conscience, dans (01 ET ECANt SOI> GéS Da« .
RECONC/L1,177a45
le mouvement de son action, éprouve que ce qui fut réalisé sous
mode objectif dans la figure religieuse est pour elle, et elle le Forme = Cordero

65. Ph. G., 554/40 (II 300/21). 67. Ph. G., 555/24 (II 301/17).
66. Ph. G., 555/9 (II 301/2), 68. Ph. G., 555/34 (II 301/25).
14
210 L'ORGANISATIÚN DES EXPÉRIENCES LE SAVOIR ABS01..11 211

de saisir comete sienne raffirmation progressive de l'Esprit dans


La forme spirituelle qui se pose au terme de la section le temps ".
« Esprit » doit laisser se déployer á nouveau tout le contenu Voilá qui souleve deux questions, connexes et cependant dis-
du monde qui l'a engendrée jusqu'á ce- que ce contenu rejoigne tinctes : l'une concerne les rapports entre le déploiement pleine-
la totalité substantielle qui s'est affirmée pour elle-méme dans la ment auto-suffisant de l'Esprit en lui-méme et sa conquéte labo-
Religion ; quant á ce contenu de la Religion, qui n'est absolu rieuse empruntant les chemins de « l'expérience de la' cons-
que dans la forme de l'en-soi, jl doit se soumettre au développe- cience » ; sous sa forme la plus générale, nous avons déjá évoqué
ment concret du monde dans lequel il apparait, jusqu'e. gagner plusieurs fois á ce propos le probleme des relations entre Logique
en lui la forme spirituelle en laquelle il s'accomplit selon sa et Chronologie. Quant á la seconde des questions, elle touche au
vérité : « Ce qui donc dans la Religion était contenu ou forme retour á l'immédiateté qui ponctue, nous l'avons vu, chacune
du représenter d'un autre, cela méme est ici le propre opérer du des étapes majeures de rceuvre, et qui s'impose sous mode encore
Soi ; le concept le lie de telle sorte que le contenu est le propre plus prégnant á propos de son terme ; voilá qui nous conduira
opérer du Soi ; car ce concept est, comme nous voyons, le á poser le probleme des rapports de la Phénornénologie avec
savoir de ropérer du Soi en soi comme [savoir] de toute essen- les autres ouvrages de Hegel, ou encore la permanence de l'inté-
tialité et de tout étre-lá, le savoir de ce sujet comme de la !rét d'une phénoménologie á rintérieur de l'univers philosophique.
substance, et de la substance comme de ce savoir de son Ce sont les deux points dont traite Hegel á la fin da Savoir
opérer ". » absolu ; ce sont eux aussi que nous allons aborder maintenant
dans notre troisieme partie.
Tel est le point d'aboutissement du Savoir absolu, tout au
moins en ce premier développement qui concerne directement la
réassomption du contenu de rceuvre et la détermination de son
sens, autrement dit l'intelligence da mouvement unique qui
anime ses structures diversifiées. Dans la perspective limitée
qui est celle de cette étude, nous ne pourrons eller plus loin dans
le dessin de l'organisation des expériences ; si nous voulions
préciser davantage, c'est un autre type d'investigation qu'il
faudrait entreprendre, portant sur la résurgence des diverses
couches de vocabulaire propres á tel ou tel niveau. Pourtant, les
résultats partiels auxquels nous sommes parvenus, et la trame
da raisonnement que nous avons pu dégager, pour grossilre
qu'elle soit, posent déjá, et permettent d'éclairer en partie, des
questions qui ressortissent á l'interprétation de l'ceuvre, á sa
situation aussi bien dans le corpus hégélien que par rapport
au mouvement de l'interrogadon philosophique comme telle.
Hegel lui-méme, d'ailleurs, dans lds pages du Savoir absolu qui
suivent cenes que nous venons d'analyser, opere, pour sa part,
ce « .retour au sens » ; non point que son analyse ait jamais pu
l'en écarter, puisque nous ne sommes point sortis de l'unique
probleme qui soit, — celui des relations entre le sujet et la 70. Pour éviter toutc ambiguTté, précisons que ce « retour au seas »
substance, entre le singulier et runiversel : mais la consciente, n'implique aucun jugement sur l'ensemble, de Preuvre nutre que celui que
qui s'est égalisée á son .1-evoir-ltre spirituel, est désorrnais capable Hegel lui-méme développe en ces dernikres paces. Par• exemple, on ne sera
pas arnené á se demander ce que signifie l'Esprit absolu par rapport aux élé-
de com-prendre le mouvement i'assure en cette plénitude, et ments d'un autre systéme possible (fút-ce par rapport au concept de Dieu),
puisque Heeel ne se pose pase cette question á cet endroif de son cetore. —
Rappelons que cette étude ne cherche pas á donner une interprétation
exhaustive de la pensée de Hegel, mais qu'elle s'en tient résolument au déchif- -
69. Ph. G., 556/1 (II 302/4). frement d'un texte précis.
TROISIÉME PARTIE

RETOUR AU SENS
CHAP1TRE PREMIER

LOGIQUE ET- CHHONOLOGIE

L LA FORMATION DE LA CONSC1ENCE
ET LES PROGRÉS DE L'ESPRIT DU MONDE

« La conscience, entre l'Esprit universel et entre sa singularité,


ou la conscience sensible, a pour moyen 1-time le systIme des-
figurations de la conscience, comme une vie de l'Esprit s'ordon-
nant jusqu'au Tout, le systIme qui est consideré ici, et qui a
comme histoire du monde son étre-lá objectif » C'est dans la
Raison observante, au tei.....ue de la considération de la nature
et de l'existence naturelle, que Hegel introduit cette remarque
sur l'équation genérale de rceuvre. L'Introduction á la sectionu
Religion », nous l'avons vu, reprendra cette affirmation, et
dans des termes presque identiques les « figurations » de la
conscience, ce sont les sections diverses, constituées par un .
ensemble organisé de figures ; elles sont le moyerk terme entre
l'universalité de l'Esprit et la singularité qu'ir acquiert, precisé-
ment, gráce au contenu concret que déploie chacune des figures
(par exemple, á un premier niveau, la «. conscience sensible ».) ;
le syllogisme de cette relation se pose selon. un double Motive-
ment, puisque, ayant acquis une singularité immédiate dans. la
figure concréte, l'Esprit demeure présent en elle comme le dyna-
misme interne qui la . conduit, de proche en proche, jusqu'a
l'accomplissement plénier d'elle-méme dans le systéme total qui
constitue la vie de l'Esprit : du Tout á la figure singuliére, et de
celle-ci á l'Esprit cléployé dans sa vérité, c'est une 'm'eme vie qui
circule et se donne á connaitre.
La question la plus intéressante que nous pose la Phénohiéno.::
logie tient en définitive dans la relation qui existe entre.les deux
formulations possibles de cet unible syllogisme. Car on Be peut
évidemment s'en tenir de la sorte á un pur ordre de succession
qui conduirait d'abord de i'universei au sing,ulier,, puis de celui-ci

1. Ph. G., 220/2 (I 247/13).


2. Ph. G., 476/14 (II 207/1).
216 RETUUR AU SENS LOGiQUE ET CHRONOLOGIE 217

á nouveau vers la vie de l'Esprit saisie comme totalité ; mieux, mettant une relation de subordination entre l'un et de
le dépioiement phénoménologique de l'ceuvre, le fait qu'elle pro- ces mouvements « Puisque la substance de l'individu, puisque
gresse vers le Tout á partir des expériences les plus simples, méme l'Esprit du monde a eu la patience de parcourir ces
impose comme un renversement de ce scheme, puisque ce n'est formes dans la longue extension du temps, et d'entreprendre le'
qu'au tenme de son parcours que la conseience peut reconnaltre prodigieux labeur de l'histoire du monde, dans laquelie il. a
le Tout comme Tout ; car la PhénoménOlogie est un itinéraire déposé en chacune des figures tout le contenu de soi' dont. elle .
de la conscience, et, si la totalité est présente á cette cons- est capable, et puisqu'il ne pouvait á moindres frais atteindre
cience dés l'origine; elle n'est confessee comme totalité que la conscience de soi (über sich), alors, selon l'ordre des chqses,-
dans le retour á l'immédiat en lequel se résout le mouvement : •1 rindiVidu ne peut avec moins [= avec moins de peine] saisir
le Vrai, en effet, est « le devenir de soi-méme, le tercie qui conceptuellement (begreifen) sa substance`. » Il est et
présuppose et a camine point de départ sa. fin comme son but Hegel l'ajoute aussitét, que le travail de l'individu sera moins
et qui. n'est effectif que moyennant raccomplissement (Aus- ardu, en fait, que ne le fut celui de 1'Esprit du monde, puisque .
führung) et sa fin'. » la récapituiation du chemin de la Culture lui présente, dans
C'est done au teme que le sens du parcours accompli est rinteriorité du• souvenir, une substance dont: l'aire-1.a a déjá
reeónnu comerle tel ; mais cette consciente acquise exige alors ete investi par la puissance du Soi ; mais cette remarque, qui
Trois laisse se déployer á nouveau la totalité de l'itinéraire, can ábuligne une modalité de l'itinéraire á parcourir, n'abolit pas
le « sens » n'est rien s'il est separé du contenu concrét oú il l'exigence qui s'exprime en iui : l'individu doit reprendre á son
puise son effectivité: Telle est la richesse de la Phénoméno- compte et faire siennes les ¿tapes qui jalonnent et structurent
logíe de l'Esprit, telle aussi sa difficulté : il y a en elle comme l'affirmation de l'Esprit dans sa determination la plus universelle.
Une transcendance reciproque de ces deux aspects, — ce qui Face á. cette entreprise nouvelle et audacieuse, les questions
reVient á dire que le Tout ne se pose comme Tont que dans le ne pouvaient manquer de surgir : un tel projet ne fait-il pas fi
déploienient et la suppression de ces deux formes qu'il assume ; d'une saine distinetion des genres, qui veut qu'un livre d'his-
il n'est concept simple que dans la mesure oü il se présente toire ne se donne pas comme réflexion phiiosophique, et que
colme la récapitulation de ses moments suecessifs ; et, inverse- l'analyse d'un mouvement rationnel ne pretende pas épouser
nient, les figures diverses ne sont cansí saisies.comme « mo- exactement les méandres d'une histoire oii la contingente tient
ments » que dans la mesure al elles expriment toutes ensemble toujours, seeuble-t-il, une si grande place ? En somme, que veut
cette imité du sens. Processus.complexe, qui a un point de départ Hegel : faire une Philosophie de l'histoire, ou déployer dans
et un terme, et qui pourtant n'admet ni commencement ni fin : toute sa rigueur inteligible la logique d'une évolution de la
rentrée dans sa compréhension comnaande la fidélité aux deux conscience, guate á illustrer ensuite ce mouvement á Palde de
intentions fondamentales B de rwuvre, celle qui vise .á une quelques traits empruntés á l'histoire ? A quoi done avons-nous
decription de l'expérience, et celle qui, de cette expérience, affaire : á des figures historiques proprement dites, á des atti-
entend donner une intelligence systématique'. tudes humaines fondamentales, ou á de purs moments du
Tel est précisément rintérét_ du texte de la Raison observante concept ?
cité au debut de ce chapitre Til . donne toute sa dimension au Hegel, nous le savons, répondrait á ces questions en niant,
rapport entre relement descriptif et l'élément « intelligible pour une part, leur légitimité. Il a pour ambitiou de parvenit,
en affirmant que le system des figurations de la conscience a dans ce livre, á une presentation de la Science qui.procde « á
relation á rahistoire du monde » colme telle, autrement dit en la fondation du savoir en prenant la place des explications psy-
liant de la fagon la plus étroite le chemin par lequel la conscience chologiques ou encore des débats plus abstraits 6 ».• Si la phi- •
se forme á la philosophie et celui gráce auquel 1' « Esprit du :losophie tente d'exprimer la réconeilialion de l'homme avec hui-
inónde » a pu atteindre, dans les temps -modernes, le plus haut méme, dans la particalarité de son étre-lá et dans runiversalite
point de son affilemation de soi. La Préface, dans un texte de son sens, elle ne le peut qu'en refusant, au point de &pata
que nous avons déjá evoqué, precise encore cette assertion, en les séparations tranchées qui écartent le sujet de la réalité subs-

3. Ph. G., 20/16 (I 18/7). 5. Ph. G., 27/38 (I 27/11).


4. Cf. J. Gauvin, Le Sens et son PhénomIne, negelStudien T11, p. 272. 6. Selbstanzeige. Ph. G., XXXVII-XXXVIII.
218 RETOUR AU SENS 1OGIQUE El CHRONOLOGIL 219

tantielle en laquelle il s'enracine ; on a vu avec quelle hauteur, de soi, l'apparition du concept de l'Esprit et l'entrée dans « le
dans l'Ineoduction, Hegel rejette tout préalable, en affirmant jour spirituel de la présence » marquent ensuite raccession á
qu'il snffit de laisser apparaitre ce qui est : seul le parcours la possibilité concrate d'analyses historiques : mais en fain• aux
concret de ritinéraire permet en effet, á réquation totale du correspondances soulignées, par exempfe, á proptys du Seep-d-
savoir de se déployer dans la distinctioñ et dans la relation de cisme ou de la Conscience maiheureuse, font suite, dans la
ses termes. Raison, une série de dialectiques oil se mélent, apparemment
« Ainsi l'idée de la Phénoinéizologie procade-t-elle d'une cor- sans ordre bien determiné, des allusions historiques,. de simples
respondance radicale entre deux nécessités, celle que la philoso- attitudes de la consciente, °u des analyses d'ceuvrés littéraires
phie sok Science et celle qu'elle deviene Science au temps pré- contemporaines. Dans la section « Esprit », nous rctrouvons, il •
sent, d'une correspondance radicale entre la Science, telle est vrai, le fil d'un développement continu, qui nous conduit
est en elle-mame, et les expériences ;de la conscience comprises depuis les fondements de la Cité grecque jusqu'au résultat de
comme objet de science ; étant done souligné que c'est á l'heure 'la Révolution frangaise, en passant par le Monde iomain et par
actuelle seulement, en 1807, qu-ii est devenu possible de saisir la Société des xvir et siécles : mais, outre que cette reprise
la philosophie eomme Science et de comprendre les expériences de l'histoire depuis son début pose la question de la signification,
de la consciente scientifiquement 7. » 11 fallait en effet que soient des analyses historiques contenues dans les sections précé,dentes,
parcourues toutes les grandes étapes de l'affirmation de. l'Esprit, il est évident que cette lecture se déploie selon une certaine
fallait la Cité grecque, la Scepticisme antique_ l'Eglise du abstraction, insistant (au nom de miel critére ?) sur telle période .
Moyen Age, la Révolution frangaisc et le Kantisne, il fallait déterminée, et passant totalement telle autre sous silente nenfin,
toutes ces tentatives particlles et complémentaires pour que la section « Religion », qui fait suite á celle-lá, reprend tout
les significations dispersées se rassemblent enfin dans le sens bonnement á son tour et de son propre point de vue une inter-
unitaire auquel introduit la Phénoménologie et que développent prétation de ce mame ensemble historique, au point qu'il devient
la. Logique et l'Encyclopédie, — á savoir l'affirmation de la possible et nounal d'indiquer simplement á quel « esprit. effec-
liberté radícale de rho/orne dans la réconciliation effective de .tif » puisé dans la section précédente correspond tel moment
la substance universelle et du sujet. Pour parvenir, en 1807, développement.
á- cette intelligence historique du concept, il ne faut rien moins . En somete, il est évident que la Phénoménologie ne se pré-
qu'une intelligence conceptuelle de la réalité historique. sente aucunement comme une « Philosophie de l'histoire. », á tout
C'est dans la perspectiva de ces rapports entre Logique et le moins si ron entend par lá un effort d'intelligence rationnelle
Histoire que nait la quesfion plus précise, plus délicate encore, des événements tels qu'ils ont surgi effectivement dans leur
des relations entre Logique et Chronologie. Hegel prétend que la .succession chronologique. Est-ce .á dire pour autant qu'il- faille
conscience doit parcourir á nouveau les grandes étapes du dérou- la considérer comme la mire en ceuvre d'une analyse purement
lement de rhistoire, — jusqu'á parvenir á cette réconciliation logique, — l'appel á des élémcnts historiques n'étant lá que
avec la Conscience de soi absolue que le surgissement de la pour servir d'illustration tras libre au mouvement du concept!?
« nouvelle époque » rend possible en 1807' ; mais il est impos- Il est évident que ce serait lá renier rintention fondanientale de
hible, en fait, de reeonnaitre, tout au long du livre, la ligne rceuvre, á savoir la « correspondance radícale. » qu'elle. entend
cohérente d'un développement ehronblogique continu. Soulignons • manifester entre les « deux nécessités coniOint en son
quelques évidences tout le début de raeuvre, á tout le moins dessein unique : manifester que la philosophie est Science. (aspect
la section a Conscience », semble bien ne répondre á aucune . inteligible, nécessité logique), et qu'elle, ne peut étre Science
période historique déterminée, et présenter seulement, dans ieur qu'au temps présent, recueülant en elle l'acquis des, siécles passés
enchainement logique, quelques attitudes fondamentales de •dont elle manifeste le sens (aspect descriptif, nécessité historique):
l'honune á l'égard de son mondes; au début de la Conscience
7. J. Gauvin, Plaisir et Nécessité, Archives de Philosophie, octobre-décembre série d'influences et de résurgences historiques (sous forme, par ex pie,
1965, pp. 485.486. d'allusicns manifestes á des théories de l'épcque), il reste qu'il s'agit lá
8. Cf. le jugement de Hegel luirméme, rapporté par Itosenkranz. O. d'attitudes de la conscience, et non point de « figures historiques » comme
op. cit., p. 281 (trad., p. 220), telles. La section a Conscience », c'est évident, n'aurait pu étre écrite comme
9. Sana nier les résultats auxquels a permis d'atteindre l'étude de Purpus, nt. 1807, — mais le contenu qu'elle vise n'est pas celui d'une époqiie
dteéilteeavaée
Car s'il est vrai que l'on peut déceler, méme dans cette parle de l'ceuvre, une déterminée.
220 RETOUR AU SENS t.vuiQUi ET CHRONOLOGIE —

Puisque rhistoire est l'effectuation de l'Esprit, puisque c'est elle, d'un unique mouvement, commandent pourtant emane deux
et elle seule, qui engendre la prise de conscience de la signification pareours da contenu total ; l'un est constitué par les quatre pre-
rationnelle du devenir de l'homme, il ne suffirait point de pulsen atieses sections, et l'autre par la section « Religion 3 : chacun
simplement en elle tel ou tel trait, comme dans un arsenal d'eux opere une lecture intégrate du réel, legue! se trouve ainsi
d'exemples qui seraient allegues en un -t-emps second, pasté- évoqué deux fois, á partir de points de vue différents, mais de
rieurement á la compréhension déjá réalisée : bien plutót, c'est telle sorte pourtant que son unité fondamentale, soulignée tout
la rationalité méme du développement histárique qui est la mani- au long du développement gráce á une serie de correiations,
festation du sens ". apparaisse sans peine dans l'ultime récapitulation du Savoir
Mais alors, comment expliquen que ce' développement histo- absolu.
rique soit presenté dans un désordre apparent, qui admette des Pourtant, cette réponse, si elle explique par exemple comment
ruptures, des omissions, des redites ?; que la mame période se le monde grec se trouve évoqué deux fois au moins sous mode
trouve considérée en des passages diVers, dans des textes ü la explicite (une premiére fois da point de vue de la substanee dans
portee tras différente ou bien encone qu'un texte unique ras- l'Esprit vrai, une secunde fois du point de vue de la manifestation
semble, dans un raccourci inattendu, des réalités tras éloignées .de l'Esprit absolu dans la Religion de rant), nous laisse mtale-
dans le temps, comete ce passage de la Religion de l'art qui Ment démunis face aux questions que pose l'organisatión des
introduit sans crier gare des considérations sur Hamlet au milieu figures historiques á l'intérieur de chacune de ces totalités ; or
d'une analyse de la tragedia grecque" ? On pourrait renondre c'est 4 ce niveau du contenu effectif que se decide le rapport
déjá qu'il est loisible á un philosophe de rhistoire, comme. le véritable entre Logique et Chronologie, et kc'est done en cet
fera plus tard un Spengler, de consideren comme « contem- examen concret qu'il nous faut penetren pour tenter de definir
porains » des événements appartenant á des époques differentes, le seas de rwuvre. Pour le faire, nous garderons la méthode
mais qui répondent á un certain nombre de critéres identiques, suivie tout au long de cet ouvrage, méthode qui consiste 4 corti-
au plan de leur surIssement ou de leur évolution, c'est-a-dire au menter d'abord le texte dans legue' Hegel lui-méme expuse` son.
niveau de leur significalion, Mais ron peut surtout, de fagon entreprise, pour aborder ensuite l'organisation concrete telle
plus précise, en tenánt compte des caractéristiques de rauvre qu'elle se revele au niveau des expériences elles-mémes.
elle-méme telles que les analyses precedentes ont permis de les
rnettre en lumilre, evoquen un autre type de réponse qui, sans
nous dispensen auctinement d'investigations plus precises, nous
permettra d'aborder la question dans des perspectives fidéles, LA SCIENCE EN TANT QU'ELLE. SE FONDE
autant qu'il se peut, au mouvement et comme au 4 style » de DANS LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE L'ESPRIT
cette euvre.
La Phénoménologle, nous l'avons vu, est essentiellement une .RÉINTERPRÉTATION FITSTORIQUE
tentative qui a pour but de manifester runité de l'Esprit avec DU CONTENU DE LA CONSCIENCE
lui-méme au travers des a figurations successives qui consti-
tuent son effectivité ; ce qui revient á dire qu'elle entend mani- C'est dans les pages centrales du Savoir absolu, aprés celles
fester, á tous les niveaux atixquels elle se déploie, réelle
de la conscience et de la conscience de soi. Cela exige, au plan qui ont été commentées ci-dessus, que Hcgel instaure une
de la totalité, que la réconciliation visée se pose tour á tour dans réfiexion sur les fondernents phénoménologiques de la Science,
Pune et retare des déterminations en cause, dans le contenu de autrement dit sur les rapports entre le mouvement logique du
la conscience qui s'accomplit en la forme de la conscience de concept qui se congoit lui-méme et le déploiernent .du contenu
sois pul dans la révélation du Soi absolu qui se donne á connaltre de la consciente réinterprété dans les perspectives d'un develop-
dans rélément de la conscience : points de vue divers, qui, tout pement historique, Cinq paragraphes traitent pour eux-mémes
en n'étant, comme le monte-le Savoir absolu, que la double face des rapports entre le concept et le temps, et deux antes, essens
deis mur notre propos, operent cette réinterprétation du contenu
de rceuvre en fonction de critéres historiques".
10. Cf., ti-desSuI, pp. 216-211.
11: Ph. G., 513-514 (II 250). 12. Ph. G., 556/15 sq. (II 302/19 sq.).
RETOUR AU SENS LOGIQUE ET CHRONOLOGIE 223'

T'out ce « second temps n du SáVOir absolu, il est essentiel Hegel vient de montrer corrunent la llene Ame qui accepte
de le noter, se situe immadiatement, au plan de sa signification, d'agir arrache sa solitude l'essence éternelle, et dessine poúr
dans le prolongement du premier, — portant á son terme le elle le lieu de son accomplissement en vérite'f. Et il enchaine :
mouvement ascendant de la conscience, qui, l'ultime ungícation « Cette den-riere figure de l'Esprit, l'Esprit qui, á son contenu
opérée, se dépasse elle-mame en s'arráchant 'á la forme du temps. parfaít et vrai, donne en mime temps la forme du Soi, et par lá
Autrement dit, s'il s'agit bien ici de la Science, elle n'est point réalise aussi bien son concept, est le Savoir absolu ;11 [-='-.• le.
encore visée telle qu'elle se déploiera en elle-mime, dans sa Savoir absolu] est l'Esprit se sachant luí-mime en figure spiri-
pureté logique, selon des canons originaux qui feront prévaloir Or fi est évi-
fuelle (in Geistesgestalt) ou le savoir concevant". a
la liberté totale de l'Esprit se donnant á connaitre dans le dent que le Savoir absolu, comme tel, n'est pas une « figure, »
concept accompli comme concept : cela, c'est le Systeme qui le au mime titre, par exemple, que la Raison observante ou
réalisera, tel qu'il sera exposé dans, la Logique et l'Encyclopédie ; san de la Reliiion naturelle : en luí s'exprime -bien plut'ót le
pour l'heure, ce qui est envisage, c'est l'enracinement de la dépassement de toute figure entendue comme la réalité singuliére
Science dans la conscience, la maniare dont celle-ci se . qui, dans le syllogisme total, s'oppose encore á l'universálité de
dépasse et s'accomplit dans celle-lá (ultime suppresssion de l'Esprit. Mais ce qui est affirmé ici, c'est que le Savoir absolu
l'extériorité temporelle), — la maniére aussi dont celle-lá plonge n'est autre que la « derniare figure de l'Esprit » savoir celle
ses racines dans celle-ci, pour y trouver sa substance et son cette
-del la Conscience morale) comprise selon sa vallé
contenu. Si le premier développement du Savoir absolu opérait figure, en effet, le contenu parfait et vrai de I? essence absolue
un rebrassage de tout ce contenu en le structuraat gráce á une . se trouve acquérir la forme du Soi, celle-la mame qu'expriment
justification logique de l'enchainement des trois figures remar- les deux conscientes dans l'expérience du pardon qu'elles se
quables qui jalonnent le mouvement selon lequel se déploie le donnent : en peut done dire indifferemment que le savoir se
concept (en-sol, pour-soi, en-et-pour-sol), le second développe- Caneca alors lui-méme dans sa pureté (c'est-é-dire dans Pega- .
ment, quant á luí, apare une réinterpretation de ce contenu lite de sa forme et de son contenu), ou que l'Esprit se connait
gráce á une justification historique de ces mimes figures remar- hui-mime, en cette figure nniverselle, dans la plenitud& de' son
quables : Hegel, en effet, va montrer comment les divers systemes existente spirituelle (c'est-á-dire dans la liberté pleinement ',ar-
philosophiques apparus dans la succession des temps s'enchainent mee de l'objet déployé (mame le Sol).
et s'ordonnent en réalisant le dépassement des diverges formes
que le contenu substantiel de la Religion a assumées au cours C'est done ea 1807, a.pres avoir recapitulé dans raffirmation
de Phistoire, et tont particullerement dans les trois détermi- de la Conscience. morale (exprimée historiquement dans les!
'nations dont les premiares pages du Savoir absolu ont manifesté systames de Kant et dr, Fichte) les moments de son propre
-Pimportance par rapport á l'afarmation du concept. Autrement devenir, que l'Esprit peut se poser en lui-méme, et se donner á.
dit, ce qui se trouvait chronologiquement dispersé dans l'en- connaitre dans un savoir pleinement accompli. Nous avons déjá
semble de l'ceuvre se trouve ici repris et réinterprété dans son souligné l'importance ,que revét, aux yeux de IJegel,, cette
`mouvement chronologiqüe, comme les étapes ordonnécs de « actuante » de la Philosophie, autrement dit le fait qu'elle ne
histoire effectiVels ». pouvait naitre avant que 1' « histoire effective D. n'ait déployé, ,
11 est un signe de cette liaison étroite entre les deux premiers dans leur enchainement signifiant, toutes ses figures, ainsi que
temps du Savoir absolu : il se trouve dans le texte mime sur leur dépassement dans les divers systames de pensée. Or le; sys-
'lequel s'ouvrent les pages qui vont étre maintenant commentées. tame auquel se heurtait Hegel, en 1807, et contre lequel; pour-
13, Ph. G., 559/21 (II 306/21). Nous pouvons rait-on dire, il éprouva l'impérieuse nécessité d'écrire cette Phé-
déjA noter, par contraste,
que le troisibme temps du Savoir absolu (qui sera étudié dans le prochain noménologie de l'Esprit, c'est celui de l'Idéalisme. La Préface .
chaPitre) développe une réflexicrt dont le mouvement est en rapture par rap- de Preuvre, qu'il écrira immédiatement aprés ces textes du
port á celui que dessinent les deux premiers ; ce dont fi s'agit s'ion
plus » ce n'est
de la constitution de la Science en elle-méme et de son enracinement Savoir absolu, reviendra tras larenement sur ce problame de la.
moderne
dansle contenu de la conscience, mais de la Philosophie entendue comme le 1 signification du Je, et sur l'oubli que fait
retour é l'immédiateté de l'exístence quotidienne. Nous ne suivons plus alors
le mouvement ascendant de cette consciente, mala la « redescente » du
concept, qui pose A nouveau la phénoménalité, et achAve de la sorte le cercle
de 14. Ph. G., 554/31 (11 300/12) et 556/13 (II 302/17). Cf., ci:dessus, p. 207.
son déploiement signifiant.
I 15. Ph. 556/15 (II 302/19).
224 RETQUll. AU SENS ET CIIRONOLOGIE

clu ehemiu do son propre sur,Issemeut". C'est pourquoi il qui est Je. Je en lui comme séparé est réfléchi en soi ; le contenu
insistera alors, comme il le fera aussi daits la dernilre page du n'est co-neu que paree que Je dans son are-entre est prés de soi-
Savoir absolu, sur rimportance de la « Culture »; c'est-4-clire méme. Ce contenu, déclaré de fagon plus déterminée, n'est rien
Sur la reeollection des expériences diverses dans lesquelles la d'autre que le mouvement méme énoncé ci-dessus, car il est
conscience s'est trouvée engagée ", Et vOilá, au fond, ce qu'il l'Esprit qui se parcourt soi-méme, et se parcourt pour sol comme
féalise conerltement en ce seeond temes du- Savoir absolu : Esprit, en cela qu'il a la figure du concept dans son objecti-
une réinterprétation historique du contenu 'de la Phénoménologie, .
autrement dit la réassomption du Chemin de culture gráce auquel vitIZill qui concerne l'apparition de l'Esprit comme Esprit' :
l'Idéalisme, en 1807, peut échapper ár son abstraction vide pour mouvement d'unité et d'égalité á soi dans la différenciation
s'affirmer enrome le systéme absolu qui recueille en lui la sigui, qu'engendre le dynamisme de la conscience. Or cette extra-
fic,ation de tour les autres, position nécessaire des moments du concept dans Pexpérience,qui
Pour cela, Hegel, tout d'abord, afirme á uquveau l'unité fon- l'amene au jour constitue proprement Féléinent temporel de la
. damentale de la logique et de rbistoire, avant de préciser ce manifestation de la Science (ou, ce qui ici est la méme ellos;
quo signifie la suppression de la forme du temps. Gráce au l'élément temporel de la « Phénoménologie de PEsprit ») « En
mouvement de laelle Ame qui se livre 4 raction, l'essence der., ce qui concerne l'étre-lá de ce concept, la Science ne se manifeste
pelle a obtenu une etfectivité conerate dans l'étre,lá,. tandis pas dans le temps et Peffectivité avant que l'Esprit soit parvenu
que le contenu substantiel, pour sa part, gagnait « la figure á cette conscience de soi (ilber sich)". » Autrement dit,
du Sol « Par 14 est devenu pour la conscience dément de l'étre.- mafion de la Science comme telle, en 1807; exige que soit réca,
lá ou forme de l'objectivité ce qui est l'essence mame, 4 savoir pitulé le parcours intégral des divers moments du concept extra-
le concept. L'Esprit, apparaissant 4 la conscience dans eet élér. poses dans le temps ; en effet, c'est gráce á ce mouvement que
ment, ou, ce Q11/ est ici la méme chose, produit par elle en lui, la consciente de soi • « s'enrichit, jusqu'á ce qu'ene ait arraché.
es( la Science 19. » C'est .done bien dans cette ultime figure his- á conscience toute la substance, et absorbé en soi tout rédi-
torique que l'Esprit s'affirme comino Science, c'est,á-dire dans fice de ses essentialités, et — en tent que ce comportement néga-
uno forme logique adéquate au contenu qui est sien. On peut tif á l'égard de l'objectivité est aussi bien positif, un poser —
dise alors qu'il appardit á la conscience, mais tout aussi bien qu'u [jusqu'a ce qu'ellel les ait engendrées hors de et par lá les
est produit par elle, puisqu'il est le dynamisme mame de son ait en méme temps restaurées pour la conscience" ».
aceomplissement en vérité,,-Nous retrouvons ici la perspeetive C'est done maintenant, et maintenant seulemente qu'il est tos-
fondamentele de tout ce passage, selon laquelle - la Science sible de comprendre le sens unitaire del expériences 'pardelles
s'affirme dans la ligne du. déplóiement de la. consciente, comme et successives dans lesquelles la conscience s'est trouvée engagée ;
enraeinée en elle et dans le 'contenu qui la Constitue. La véritó et si Hegel le peut, c'est qu'il est désormais en. possession du
qu'elle énonce rle$t phis distante de la certitude immédiate du: concept absolu qui a commandé ce devenir de la conscience, et
Te qui Vaceneille " ; á rintérieur de cet Individu 4 valeur.aniver- qui autorice par conséquent une réinterprétation de son contera :
selle, le savoir a un contenu, qu'il différencie de soi ; car il car « dans le concept qui se sait comme concept les moments
est la pure négativité_on diviser ; il est conscience. Ce surgissent plus lit que le Tout rempli dont le devenir est le mou-
contenu est dans sa différence méme le Je, car il est le mou- vement de ces moments. Dans la consciencé, inversement, le
vement de se sursumer soknéme, ou la mame pure négativité Tout, mais non congu, est plus tót que les moinents " », Ce qui
importe ici, c'est de comprendre que, dans un cas comme dans
l6. On se souvient que la deseription de VIdéalisrne, au début de la section dans l'aurre, c'est toujours le concept qui s'affirme en son
Raiscp y, souligne PareWM eent get cubil qtril fait des étaPes de son existente temporelle : l'extraposition des moments divers consti-
engéndrement ; en cela, l'Idéalisrne de 1809 s'apparente au Sceptícisme roo-
derne, vide et destructeur : cf., ci:clessus, pp. 93,94 et 97. — Bien d'éton- Die en effet la forme du processus gráce auquel posé
nant 4 ce que, se posant dans son affirmation simple, comme un point de d'abord en soi dans l'élément de la consciente, en viene á
départ absolu, un tel Idéalistne ait donné naissance á cene autre affirmation
compacte sur laquelle se fonde la pensée de Shelling, et que Hegel combattra
pareillement dans la Préface : l'Absolu existe comme tel des l'origine. 20,Ph. G., 556/33 (II 303/12).
17.Ph. G., 26/25 (I 25/23) et 30/16 (I 30/1). 21.Ph. G., 577/10 (II 303/23).
18.Ph. G., 556/27 (II 303/3). 22.Ph. G., 558/1 (II 304/24).
19.Ph. G., 556/34 (II 303/8). 23.Ph. G., 558/6 (II 304/31).
15
RE TOUR AU SENS LOGIQUE ET CHRONOLOGIE 227

s'affirmer comete en-et-pour-soi en sa plénitude conceptuelle. temps, ct dans le contenu ou dans l'en-soi ; la substánce a en
Ain
' si se trouve introduite la définition capitale « Le temps est elle, comme sujet, la nécessité d'abord intérieure de se pré,sénter
le concept méme qui est la et se représente á la conscience en elle-méme compite ce qu'elle est en soi, conznze Esprit La
conime intuition Vide 24. » erésentation objective parfaite n'est en méme temps que sa ré-
Hegel, on s'en doute, ne peut s,en tenir a cette « représen- flexion ou son devenir Soi (das Werden derselben van Selbst)".;»
tation » de type kantien : le temps, pour lui, loin d'étre une Cette dissociation entre le contenu véritable et la forme impar-
« intuition vide », est vraiment la 'forme que prend le concept faite, c'est celle-lá méme qui fut éprouvée á la fin de la sec-
quand il se manifeste á la conscience, et il subsiste tant que le tion « Religion », et qui nécessita le passage á la Science, —
concept, au terme de son engendrement historique, n'est pas c'est-a-dire á la compréhension du devenir historique tele qu'elle
apparu dans sa Dureté native. Deux conséquences découlent de est devenue possible en 1807: en effet, « tant que 1'Esprit ne
cette affirmation ; elles se trouvent énoncées aussitót aprés le s'est pas accompli en sol, ne s'est pas accompli colme Esprit
texte qui vient d'étre cité : « C'est pourquoi l'Esprit se manifeste du monde, il ne peut atteindre sa perfection comme Esprit
nécessairement dans le temps, et il se manifeste dans le temps conscient de sol. C'est pourquoi le contenu de la Relilon
aussi longtemps qu'il ne suisit pas son concept pur, c'est-á-dire exprime dans le temps plus tót que la Science ce que 1'Esprit
n'élimitte pas le temps ". » — La premiare de ces affirmations est ; mais c'est qui est seuleruent son vrai savoir de
ne fait que reprendre ce que contenaient déjá les paragraphes lui-méme 2" ».
précédents : en effet, puisque la « rnanifestation » de l'Esprit Plus rien ne s'oppose, désonnais, cette nicollection des étapes
emprunte les chemins temporels gráce auxqucis la conscience historiques gráce auxquelles l'Esprit s'est manifesté á la cons-
le « produit » comme le termo de son propre devenir, il est cience (ou a até produit par elle)) puisqu'II vient d'étre démontré
évident qu'on ne peut l'atteindre hors de cette forme du temps : que « le mouvement de produire la forme de son savoir de sbi
On doit dire pour cette raison que rien n'est su qui ne soit . est le travail qu'il [=-- 1'Esprit] accomplit comme histoire .eflec-
dans l'expérlence". » Quant á la se conde conséquence énoncée tive" ». Mais il serait illusoire de tenter simpleraent, á ce propos,
en ce texte, elle découle de la nécessité, á laquelle la conscience une nouvelle lecture de l'ceuvre telle qu'elle se présente dans la
se trouve affrontée, d'assumer pour son propre compte toutes les succession de ses figures' et de ses moinents ; ibien plutót, c'est
étapes par lesquelles est passé l'Esprit du monde dans son déve- d'un réinterprétation qu'il s'agit, et qui se présente comete un
loppement historique ; en somme, si la táche de la Philosophie rebrassage compiet des éléments historiques qu'elle présentait
consiste á élever á sa forme véritable le contenu total de la snrm ordre défini. Et puisqu'il s'agit de l'apparition dans le
substanee déployé dans l'histoire, elle ne peut accompiir ce temps des momento da concept, c'est alors tout naturellement -
dessein qu'en supprimant le temps, puisque celui-ci est défini les trois figures remarquables stracturant ce développement lo- .
précisément comete l'extériorité du contenu par rapport au Soi. bque qui vont servir d'axe de référence en cette réorganisation
Reste á savoite évidemment, ce que signifie cette disparition historique du contenu de la conscience.
du temps colme nous le verrons dans le chapitre prochain, La premiare attitude historique visée par Flegel est selle, de
loin d'abolir la contingence, c'est elle bien plutót qui la pose la « communauté religieuse » ; elle est « la conscience brote (das
á nouveau. Mais i1 suffit pour I'instant de recueülir l'affirmation rohe Bewusstsein), qui a un étre-la d'autant plus barbare et
tras nette selon laquelle la Philosophie exige á la fois un par- plus dur que plus profond est son esprit intérieure et son Soi
cours intégral de l'histoire et le dépassement de la forme du sourd a un travail d'autant plus dur avec son essence, avec le.
temps ; « En tant done que l'Esprit est nécessairement ce contenu qui lui est étranger de sa conscience' ». La situation,
différencier en soí, son Tout surgit intuitionné en face de sa le vocabulaire, nous remanent; on le voit, au plan de la Cons-
conscience de sol simple, et done, puisque ce Tout est le diffé- cience emalheureuse, dont on a remarqué á juste titre
rencié, il est différencié dans son pur concept intuitionné, le exprime l'attitude que Hegel attribue á l'Eglise du Moyen
24.Ph. G., 558/10 (II 305/4). 27.Ph. G., 559/4 al 306/5).
25.Ph. G., 558/12 (II 305/5). Le prochain chapitre reviendra sur cette
question capitale du rapport de la Philosophie au temps (suppression et position
28.Ph. G., 559/14 (II 306/14).
de la forme du temps). 29: Ph. G., 559/20 (II 306/20).
26.Ph G., 558/28 (II 305/21); 30.Ph. G., 559/22 (II 306/22).
31. Trad. T. Hyppolite, U, p. 306, note 34, et I, p. 181, note 31.
228 RETOUR AU SENS LOGIQUE ET CHRONOLOG1 E 220

Mais s'il est vrai que le Soi, en elle, était ,déjá ú l'ceuvre, aux Soi, si l'on peut dire, s'affirmer comme Soi ; mais le processus
prises avec l'objectivité de l'essence, et si, par conséquent, tous de son surgissement, comme aussi son identification immédiate
les éléments de la manifestation de l'Esprit lui étaient déjá pré- avec l'étre extérieur, avait entramé aussitót ce Soi vers une .perte
sents, la dualité insurmontée qui demeurait ,son lot fait que cet de lui-méme ; il apparaissait, non plus (ainsi qu'il en allait aupa-
Esprit en elle était encore tout « intérieur », et que le concept, ravant) comme étranger á son monde, mais au contraire comme
par conséquent, demeurait caché, saos se donner á connaitre dans absorbe et fonda en lui. Contre cette attitude extreme, l'Esprit,
un savoir adéquat á sa réalité ; il n'y a alors' pas de « Science », paree qu'il est totalité, « s'écarte avec horreur de cette unité
á proprement parler, puisque la conjonction de la substance et :abstraite, de- cette substantialité privée du Soi, et afirme contre
du sujet ne se donne pas á connaltre dans Pélément de l'étre-lá. elle l'individualité " v. Face á Spinoza, c'est Leibniz qui est .ici
11 faudra la Renaissance et son esprit nouveau pour que évoqué ; et, dans ces deux systemes, il semble á nouveau que- la
vienne au jour une attitude plus authentiquement rationnelle. En réalité soit radicalement scindée : pourtant, de part et d'autre,
effet, 1. ce n'est qu'aptas avoir abandonné Pespoir de sursumer méme si l'un des éléments en jeu s'impose avec une force telle
l'étre-étranger d'une maniere extérieure, c'est-á-dire étranglre, qu'il semble absorber l'autre, reste que les 'deux sont toujours
qu'elle [= la consciente] se tourne, puisque la maniere étran- présents ensemble, et que luir unité réelle va pouvoir s'affirmer.
gére sursumée est le retour dans la consciente de soi, vers son Aprls i'évocation de Descartes accomplissant l'attitude du Jugé-
propre monde et [sa propre] présence, les découvre comme sa niot infini, nous allons retrouver maintenant les deux autres
propriété, et a ainsi fait le premier pas pour descendre du figures remarquables, celle de 1'Utilité et celle de la Conseience
monde intellectuel, ou plutót pour animer spirituellement (begeis- morale, avec leur dépassement philosophique dans la doctrine
ten) son élément abstrait avec le Soi effectif " Alors surgit de l'Aufklarung d'une part, et dans les systémes de Kant et de
le premier savoir de la réalité spirituelle ; en cette prenaiere affir- Fichte d'autre part ; voilá qui permet de rejoindre le probléme
mation de l'égalité de la substance et du Soi, il n'est point diffi- du Je et de i'Idéalisme moderne. Lisons le texte dans lequel
cile de reconnaitre le systeme cartésien, qui représente le dépasse- Hegel évoque ces étapes nouvelles. Leibpiz, dit-il, avait montré
ment par la Philosophie de l'attitude historique exprimée dans le progrés qui demeurait á réaliser en portant á nouveau Patten-
la Raison observante : « Par robservation, d'une part elle la tion sur l'individualité (c'est-á-dire sur le Soi) : « Mais ce n'est
consciente] trouve l'étre-lá comme pensée et le congoit, et inver- qu'apres ávoir extériorisé celle-ci rindividualitél dans la
sement [elle trouvé] dans sa. pensée retre-lá.". » Ce qui est visé Culture, avoir par lá fait d'elle un étre-lá, — apies etre venu á
ici, c'est le Jugement infini, entendu colme « unité immédiate de la pensée de l'Utilité, et dans Fabsolue Liberté avoir saisi
la pensée et de l'étre" » ; avec cette premiere des tras figures comme son vouloir, que l'Esprit fáit sortir sa pensée de
clés qui structurent le déploiement logique du concept, nous sa profondeur la plus intime, et exprime ressence comme
eonnaissons done maintenant, en méme temps qüe la période Je = Je ". »
histofique qui l'exprime aux yeux de Hegel (Renaissance), le il faut reconnaitre que la seconde des figtires remarquables;
systéme scientifique qui Opere son dépassement et son accom- celle de 1'Utilité, semble évoquée ici par simple mode de transi-
plissement en vérité (Descartes): Hegel acheve alors, en cette pre- tion ; elle n'est pas traitée avec le méme relief que'la premiere
miare étape, le rebrassage du contenu, de la conscience en maní- et la troisiéme. Est-ce paree que la Philosopliie ne peut s'affir-
festant comment la Religion naturelle; celle de P « essence lunai- mer comme telle que dans l'identité confessée entre le Soi ét la
neuse b (ou encore de la « substance de raurore échappe ici substance ? Descartes et Kant, á leer maniere propre, se plient
la rePrésentation dont elle demeurait prisonniere, et se pose, l'un et Pautre á cette loi, tandis que 1'Aufkldrung affirmd tout
en sa vérité philosophique, dans ce que ron pourrait appeler le .au contraire l'éclatement radical d'un monde privé du Sol et gni
substantialisme inimédiat d'un Spinoza ", n'a plus consistance en Quoi qu'il en soit,
Le Cartésianisme, rompant avec l'objectivisme radical de pour un Fichte, recueille si bien en lui-méme l'objectivité de la
l'époque antérieure, avait done pour la premiare fois laissé le
36.Ph. G., 560/4 (II 307/11).
32.Ph. G., 559/27 (II 306/27). 37.Ph. G., 560/6 (II 307/13). Que ce texte présente une, articulation nou-
33.Ph. G., 559/35 (II 307/3). vena du raiscnnement, nous en avons un indice dans l'identité de sa formule
34, Ph. G., 559/38 (II 307/6). initiale avec celle utilisée plus haut pour le premier pas dé cette démarche,
35. Ph. O., 559/38 (II 307/5). propos de Descartes et Jugement : cf. 559/27 (II 306/27).
230 RETOUR AU SENS LooiQuE ET caRoNoLootE 231

substance extérieure qu'il pose la pure différence en son éga- est devenue apte á recevoir la totalité du contenu substantiel que1
lité méme avec sol ; mais telle est précisément la raison de son tente d'exprimer le systIme de Schelling : l'Esprit du monde, et,!
insuffisance : car ce a retrait de la conscience de soi dans sa partant, la conscience, découvrent ici, au terme de ce long che-
pure intériorité » a pour corrélatif l'autonomie de la réalité objec- min de Culture, la possibilité concrete de leur accoraplissement
tive, qui a retenu en elle le Soi et s'est organisée en monde spi- mutuel et de leur affirmation en vérité.
rituel. C'est pourquoi, de méme que Paffirmation massive du
Spinozisme avait engendré chez Leibniz l'insistance nnilatérale
sur une individualité abstraite, voici qu'inversement la pure inté-
riorité de la consciente chez Kant ou chez Fichte suscite cette ORGANISATION EH'ECTIVE DU CONTENP: .
autre affirmation massive qu'est lae pensée de Schen:lig, — en ORDRE HISTORIQUE DES FIGURES
laquelle la conscience de soi s'engloufit a dans la substance ET ORDRE LOGIQUE DES SEgTIONS
et le non-ate de sa différence ». Nous voici done á nouveau
en présence de deux positions extremes, l'une oh. prédomine le
sujet, et l'autre dans laquelle c'est la substance qui s'affinné par
priorité ; on recomnait id cet Idéalisme vide doublé d'un empi- C'est ainsi que la Science s'enracine dans le déploiement -d'une
risme radical qu'évoquait le début de la section a Raison » histoire des idées dont chaque étape exprime le d.épassement,
car a si i'on devait cependant parler d'un contenu, d'une part dans l'élément du savoir vrai, de toute une tranche du contenu
ce serait seulement pour le jeter dans l'abime vide de l'absolu, de la conscience que présente la Phénoménologie. On le volt, une
mais d'autre part il serait ramassé d'une maniere extérieure á • telle réinterprétation ne consiste nullement dans une table de
partir de la perception sensible ; le savoir semblerait etre venu correspondances strictes qui puisse nous livrer le secret ultime
á des choses, á la différence de lui-méme et á la différence de des rapports entre logique et chronologie á l'intérieur de cette
choses multiples, sans aire Pon congoive comment et d'oh [cela (euvre ; en effet, ce dont il s'agit, en ce second déveioppement
provientf " ». du Savoir absolu, c'est seulement d'un rebrássage du contenu
En 1807, au terme de ce devenir historique, la pensée hégé- total gáce auquel ce qui était dispersé et sans ordre se trouve
lienne peut se présenter cortante lá réconciliation du Soi de Kant conceptuellement saisi et réexprimé dans une succession histo-
et de la substance de Schelling, dans la reconnaissance de la fique signifiante. Cette réflexion, par conséqüent,' laisse place á
eirculárité du mouvement gni constitue l'Esprit : car celui-ci est un autre type d'interrogation; qui considere i'ceuvre, non plus
ce mouvement du Sol qui s'extériorise de soi-méme et s'en- directement du point de vue de la Science, non - plus en tant
fánce dans sa substance, et, comme sujet, est aussi bien alié en qu'elle se déploie et se recompose autour des ligues de force qui
soi hors d'elle, et la fait objet et contenu, qu'il sursume cette expriment les moments de son déploiement logique, mais au
différence de l'objectivité et du contenu" ». Cette parfaite et niveau du contenu eoncret et des corrélations qui se révélent en
unique liberté du Sol qui se fait objet sans cesser d'étre lui- 'luí.
nnéme" et de la- réalité subsfantielle animée par le Soi tout en Ce n'est pas rabaisser la Phénoménologie,•c'est au contraire
continuant pourtant á se mouvoir dans sa différence et á retour- Papprécier á sa juste valeur, que de voir en elle tont autre chose
ner dans son unité «, voilá qui opere le dépassement de 1'Idéa- qu'une simple lecture de l'histoire entendue en sa pure conti7
lisme abstrait oh s'est enlisé le savoir : 1807 marque l'instant oú nuité chronologique. Les sections dont elle se compose regroupent
eette prise de conscience est devenue possible, paree qu'alors, en fait sous une e raison » unique des traits signifiants que le
pour la premiare fois, la récollection des figures historiques dans philosouhe recueille, parmi d'autres, dans Phistoite, eñ fonction
lesquelles la pensée se donne -á connaitre. en vient á coincider de leur influence concrete sur le développement du concept ét
avec le cycle des déterminations logiques du concept ; la forme sur l'apparition de l'Esprit. Ce n'est pas á dire que l'histoire nc
parfaite, en et pour soi, qui se dessine dans la pensée kantienne, soit appelée que pour corroborer une these précongue ;- mais
c'est dire que le phiiosophe, dont le but est de ,cornprendre le
.38. Ph. G., 560/38 (II 308/14). devenir de l'homme et de l'humanité, tente de saisir le mou-
39. Ph. G., 56119 (II 308/24). vement de l'histoire en son surgissement méme; plus exacte-
J; 40. Ph. G., 561/24 (II 309/6). ment, 1 tente de saisir l'histoire contrae le lieu (et le rnoyeii)
41. Ph. G., 561/33 (II 309/15).
232 RETOUR ALT SENS LOGIQUE ET cintoNotmott: 233

du surgissement de Phomme dans son monde ; c'est pourquoi les la difficile qucstion que represente le rapport. dans la Phénom,'-
traits historiques ne sont évoqués que par rapport au progrés noiogie, entre l'ordre des figures et l'ordre des sections' ; c'est
que l'homme accomplit en les assumant et er. les vivant. La Phé- méme probInne que nous retrouvons maintenatit,.et sur lequel
nonzénologie de l'Esprit n'est pas une Philosophie de l'histoire, il nous faut tenter de jeter quelque lumié.re. Encore une fois,
elle est la Science des expériences de la conscience : « Dans la c'est l'introduction á la section « Religion » qui peut lel orienter
Phénoménclogie, ce qui survient, ce n'est pas la nature, mais notre réflexion. On se souvient qu'aprés les corrélations' de type
seulement l'observation de la nature, ce n'est pas l'histoire, mais vertical entre le développement global de la Religion et celui
seulement l'organisation conceptualisée de l'histoire, ce n'est pas cles quatre sections precedentes, Hegel expose ensuite une g. autre
la Logique dans sa pureté, mais seulement les moments de la 'disposition » plus précise, selon laquelle chacun des trois temps
Logique qui sont enclos dans les figures, de la conscience ". » de la Religion pourra réassumer la ou les figures qui lui corres-
Non seulement il faut dire que les sections ne représentent pondent á l'intérieur des niveaux horizontaux qui divisent sembla--
pas des. chapitrcs correspondant auX tronches successives d'un blement le cours de ces sections rassemblées en un 'seul faisceau.
développement historique, mais encore il faut souligner, en repre- Dans le premier cas, Religton naturelle, Religion de l'art et Reli-
nant un palsage capital de l'introduction á la section « Religion » gion rnanifestée reprennent le mouvement des sections comete
déjá cité plus haut en un autre contexte", qu'elles n'ont en réalité telles, respectivement Conscience, Conscience de sol. et Rai-
aucune existence dans le temps. Hegel vient de définir les sec- sdnlEsprit : alors, « chaque moment, s'approfondissant en soi,
tions comme étant les « moments » de l'affir ' mation du Tout se culfivait jusqu'á un Tout dans son principe propre ; et le
dans sa forme conceptuelle ; et il poursuit : le parcours de ces connaitre était la profondeur ou l'Esprit dans lequel ces moments
moments, « en relation á la Religion, ne doit pas au reste atre [sic], qui n'ont pour soi aucune subsistance, avaient leur subs-
représenté dans le temps. L'Esprit entier seulement est dans le tance " ». Affirmation identique á cene rencontrée plus haut :
temps, et les figures qui sont figures de l'Esprit entier comme tel dans leur devenir et leur organisation interne, les moments,
se présentent dans une succession temporelle ; car seul le Tout c'est-á-dire les sections, n'out aucune subsistance propre ; leur
a effectivité propre, et par conséquent la forme de la pure liberté réalité üent seulement en ce qu'ils constituent tous ensemble la
á l'égard d'un autre, [forme] qui s'exprime comme temps. Mais substance .de l'Esprit qui se manileste ; voil ce qui peut désor-
ses moments, Conscience, Conscience de soi, Raison et Esprit, mais éclater au grand jour, maintenant que l'Esprit s'est révélé
n'ont, paree qu'ils sont des moments, aucun étre-lá différent les en son effectivité concrete dans la figure da Mal et de son
uns des autres ". » Ainsi, dans le syllogisme total qui structure pardon : « Mais cette substance, confirme le texte, a maintenant
Pceuvre et fait d'elle la révélation de PEsprit, les deux termes surgi au-dehors ; elle est la profondeür de l'Esprit certain de
extrémes ont une réalité temporelle : le Tout comme déploiement soi-méme " qui: ne permet pas au principe singulier " de s'isoler
et récollection du contenu -universel, — et les figures singuliéres et de se constituer en soi-méme en un Tout, mais, rassemblant
qui constituent l'Esprit dans son effectivité concréte ; más le ces moments tous en soi et les tenant ensemble, elle progresse
moyen tenue, c'est-á-dite les sections, n'a aucune existente effec- dans cette richesse totale de son Esprit effectif, et tous: ses
tive dans le temps. A la fin de- ce paragraphe, nous lisons de moments particuliers [ = les moments particuliers dé cet Esprit]
nouveau : « L'Esprit descend de son universalité, á. travers la prennent et regoivent en commun la déterminité égale : du.
détermination, jusqu'á la singularité. La déterraination ou moyen Tout 5°. » De la sorte, en effet, les figures de la conscience, en .
teme est Conscience, Conscience de soi, etc. Mais la singularité, -leur singularité méme, rassemblant les moments successifs qui
ce sont les figures de ces moments qui la constituent. Celles-el se posaient tout d'abord sans mode disjoint en chacune desi se'c-
présentent done l'Esprit dans sa singularité ou effectivité, et se
différencient dans le temps, en. sorte cependant que la suivante 46.Cf., ci-dessus, p. 66.
garde en elle les précédentes A5, » 47.Ph. G., 478/13 (II 209/8).
48.C'est lá le titre de la dernilre sous-section de l'Esprit, qui s'accornplit
Nous avons évoqué, dans la premilre partie de cette étude, précisément dans le Mal et son pardon.
49.En rigueur de termes, les sections représentent, dans ce syllogisme, le
42. 0. Paggeler, Flegel-Studien I, p. 291 (Trad., loe. cit., p. 232). moment de la particularité, et les figures celui de la singularité ; pourtant, en
43.Cf., ci-dessus, pp. 152-153. étudiant toutes ces pages plus haut, nous avons souligné un, certain flottement
dtr vocabulaire, qui se vérifie encore ici dans rinterversion des déterminations.
" 44. Ph. G., 476/28 (II 207/13). Cf. p. 154, note 28.
45. Ph. G., 477/6 (II 207/30). 50.Ph. G., 478/17 (II 209/13).
234 RETOUR AU SENS LOGIQUE ET CHRONOLOGIE 235

tions, en viennent á exprimer le Tout de l'Esprit dans une déter- ment s'opérant en elle et par elle qui commande rentrée dans
mination pardculiére : c'est pourquoi, coinme le Tout lui-méme, l'ordre historique. Par exemple, le « príncipe propre >le de la
les figures sont « dans le temps », alors que les sections ne repré- section « Conscience », la régle logique qui commande son
sentent aucunement des unités ayant une existente historique déploiemenn interdit de reconnaitre une existenee historique
propre. concréte aux figures qui se distinguent en elle ; en effet, l'histoire
On comprend mieux pourquoi le Savoir absolu, qui veut réas- est constituée par le jeu de libertés en relation les unes avec les
stimer le contenu total en opérant le dépassement de la forme autres, en rapport de coilaboration ou d'affronternenn de recon-
du temps dans lequel ce contenu s'est posé :mut d'abord, délaisse naissance ou de lude ; or il n'est point de liberté lá oú la
entilrement l'ordre des sections pour ne S'intéresser qu'á celui conscience; saos prendre de distante par rapport á elle-mame et
des figures : il choisit pour cela trois figures (Jugement infini, á son savoir, a pour régle de choisir immédiatement comme le
Utilité, Conscience de soi morale) qúi,' étant donné le rassem- vrai soit l'objet, soit le savoir, soit la relation de l'un el de
blement des sections en un faisceau utique, expriment chacune l'autre. Est-ce á dire qtie les figures de la Conscience sensible,
pour son compte la totalité de l'Esprit dans l'une des détermi- de la Perception, de Forcé et Entendement n'ont aucunement
nations du concept. C'est réellement au niveau de ces figures rapport au temps et constituent de purs moments du concept dans
que s'opére la conjonction entre l'ordre logique et l'ordre histo- leur abstraction logique ? Non, saos doute, car pour elles vat4
rique : l'en-soi du Jugement infini n'est autre que le résultat du aussi ce qui est affirmé de toutes les figures : en. tant qu'elles
nouvel esprit scientifique qui surgit avec la Renaissance ; le présentent l'Esprit dans sa singularité ou effeétivité, se
pour-soi de l'Utilité s'incarne dans l'universelle dissolution de différencient dans le temps " » ; pourtanykil serait vain de
la substance qu'entraine, au xvill° siécle, la doctrine de l'Ad- rechercher quelle époque historique déterminée correspond á -
kWrung quant á l'en-et-pour-soi du Mal et de son pardon, c'est . chacune de ces figures, puisque la régle de lecture de la section
la pleine reconnaissance spirituelle que rend possible, dans les dans laquelle elles se trouvent (á savoir rimmédiateté d'une rela-
temps nouveaux qui suivent la Révolution franealse et le kan- tion qui ne laisse pas de place á rexercice effectif de la liberté)
tisme, l'expérience enfin coinprise d'une liberté absolue á laquelle leur interdit d'exprimer mitre chose qu'une dimension perma-
tous coMmunient. • . nente de toute conscience historique 52 ; de sorte. que ces figures
Pourtant, cette préválence finale de l'ordre des figures, loin ont bien une existente « dans le temps », mais non pas lorsque
d'Oler toute valeur á ce qui constitue l'ordre des sections, met en nous les considérons en elles-mames, dans la limitation que leur
pleine lumfere la signification qu'il revét. En effet, c'est le dé- impose tout d'abord leur apparition dans une section á la déter7
ploiement de la section, autrement dit le mouvement gráce mination encore absiraite : c'est plus tard, dans les dialectiques
auquel, « s'approfondissant en soi », elle se cultive « jusqu'á plus élaborées oh elles surgissent t nouveau (par exemple dans
un Tout dans son principe propre », qui permet á la figure de la Raison observante, dans le monde de la cultu - re ou dans celui
se poser confine expression de l'Esprit dans l'une de ses détermi- de la moralité), que ces traits permanents de l'essence historique
natio= historico-logiques. De la sorte, la figure ne peut tre de l'homme (comme la certitude du « viser », oú la détermina-
reconnue comme le lieit de la réconciliation entre le fait et le ., tion des lois, ou la connaissance de 1' « intérieur »...) réappa-
seas que dans la mesure oh elié•e.st.saisie dans son exacte dépén.- raitront comme les caractéristiques d'une époque déterminée. Lé
dance á l'égard du mouvement de la ,section oil elle acquiert texte de l'introduction á la Religion rappelé ci-dessus précise á
détermination conceptuellé. La section traduit ainsi de faeon gaUse • ce propos que les figures se différencient dará le temps, « en
directe et plus pure le mouvement du concept dans le d sorte cependant que la suivante garde en elle les précédentes » :
ment de ses moments logiques, tandis que la figure présenten, voilá un premier. exemple dans lequel l'ordre des sections fait
traduction de ces moments dans une structure historique déteimi- reculer l'entrée effective dans l'ordre historique.
néen seule la figure; par conséquent, a une effectivité concréte : La sction « Conscience de soi » surgit de la premilre média-
mais, pour étre reconnue comme telle, elle doit etre replacée dans don pleinement déployée, telle qu'elle se pose dans les dialec-'. -
le dynamisme logique de la section, lequel seul peut conférer une tientes du Jeu des forces et ,de l'Infinité. Avec elle, et du fait,
significatíon au matériau historique qu'elle accueille en elle.
Par conséquent, et bien que la section elle-ni me, camelee nous 51. Ph. G., 477/10 (II 208/2).
ravons vu,- ne soit pas « dans le temps », c'est le développe- 52. Cf., ci-dessus, p. 218, note 9.
236 RETOUR AU SENS

de cette médiation, les conditions sont done réunies pour que — ce qui n'est point tellement évident pour qui interroge
s'impose le mouvement total qui définit la liberté, réplique toire ; quanta la Conscience malheureuse, elle correspond. par
consciente, dans un sujet déterminé, de ce qui constitue, dans certains traits tras explicites (par exemple une analyse des Crol-
robjectivité, le parcours intégral du cycle de la Vie. La substance sades), á la Chrétie.--nté du Moyen rige, mais elle éborde large-
elle-méme s'anime au mouvement de cette médiation, et répond ment cene période pour évoquer d'autres attitudes historiques
désormais comme conscience de sol aux sollicitations de la (par exemple la prédominance du sentiment religieux dans cer-
conscience de sol. Cette interaction de deux libertés, voirá qui tains cercles de la pensée allemande á la charnilre -des x-vm° et
représente vraiment, á un premier niveau, l'affirmation d'une siaeles), ou plus simplement des traits permanents du chris-
histoire qui est le devenir de rhomme, 'eléja constitué comme tianisme (ainsi des valeurs d'incarnation, ainsi encore de rascé-
tel dans le ;trillen universel qui est le sien : « Pour nous est fisme ou de l'existence de rites). En somme; tous ces développe-.
déjá présent le concept de l'Esprit, Ce qui sera plus tard ments de la Conscience de soi et de la Raison répondent bien
pour la conscience, c'est rexpression ,de ce qu'est cette á des moments particuliers de r « Esprit du monde » ; mais si la
substance qui, dans la parfaite liberté et indépendance de son relation entre les deux registres d'analyse est bien affirmée de
opposition, á savoir des diverses conscientes de sol étant pour fagon générale, ses déterminationleconerltes ne le sont pas tou-
soi, et leur unité : ¡e qui est Nous, et Nous qui est Je. Dans la jours, — et elles ne peuvent pasgétre, précisément á cause de
conscience de soi comme concept de l'Esprit la conscience runilatéralíté qui, jusqu'au termeMe la Raison, pree aut encore,
atteint son tournant ; de lá, hors de l'apparence colorée de ren.- au plan logique, dans l'ordre dálections.
degá sensible et hors de la nuit vide de rau-delá supra-sensible, •Finalement, ce qui est en cause, c'est la notion méme d' « ex-
elle pénétre et chemine dans le jour spirituel de la présence [pu : périence de la conscience ». fi est vrai que la consciente reprend
du présent] 53. » pour son compte le dérouiement total de rhistóire du monde ;
Cette « présence », c'est évidemment celle de l'Esprit, désor- Hegel raffirme á nouveau au début de la Raison : « La
mais reconnu pour ce qu'il est, non plus dans l'abstraction de ses conscience déterminera sa relation 2 l'étre-autre ou á son objet
moments disjoints,. mais dans le mouvement de médiation de de fagons diverses suivant qu'elle se trouvera précisément á un
son existence effective. Pourtant, cette évidence ne se pose degré de l'Esprit du monde devenant conscient de soi. Comment.
encore qu'au niveau du pour nous, et ce n'est que « plus tard » ii [er = l'Esprit du monde] trouve immédiaternent e déterrnine
que la conscience elle-mame pourra faire « l'expérience de ce sol-méine et son objet á chaque fois, ou comment elle [es = la
qu'est l'Esprit » ; jusque-lá, c'est-á7dire jusqu'au début de la conscience] est pour sol, cela dépeud de ce qu'il [er l'Esprit
quatriame section, nous soMmes bien dans l'ordre historique, du monde] est déjá devenu ou de ce qu'il est déjá en soi 55.
mais de tele sorte pourtant que la consciente. elle-méme demeure Mais si l'attention se porte sur les progrés de la conscience
immergée dans ce devenir qu'elle ne domine pas encare, si bien comme telle, il faut bien reconnaitre que sa transformation peut
que le rapport des figures au temps, á des périodes déterminées, dépendre d'une pluralité de facteurs historiques, entre lesquels le
reste le plus souvent_ambip, incertain ou mame probiématique. philosophe est amen á. opérer un choix, ne retenant que les
S'agit-il des dialectiques contenues dans le moment de la
« Liberté de la conscience de- soi s ? Elles correspondent évi- 56. La signification de cene. phra5e n'est pus douteuse : elle exprime, si ron
demment á des époques définiesi a Hegel le souligne explicite- peut dire, que la conseience ne devanee pas le développement de l'Esprit du
ment á. propos de la premiare d'entre elles : « Cette liberté de monde, — qu'elle ne devient pour-soi que ce que lui-inéme est déjá devenu en-
sol. Reste que Penchevétrement des pronoms er et es demeure bien curieux..
la conscience de soi, en tant qu'elle surgit dans rhistoire de Le texte A (édition orilnale) est tel qu'il se trouve actuellement chez
l'Esprit comme manifestation consciente d'elle-méme, s'est appe- Hoffmeister. Scbuizc, dans ses deux éditions (1832, 1841) avait change, sans
justifier cette modification, le wie es Jur sich. ist en wie er... [cf. Hoffineister,
lée, comme c'est bien connu, Stdieisme". » Mais nulle précision Varlantenverzeichnis, p. 588, textes B et C]. Lasson, dans ses deux premiares
ensuite á propos du Scepticisme, présenté simplement comme éditions (Leipzig, 1907 et 1921) reprend le texte de Schulze, la premiare fois
« la réalisation de ce dont le Stoicisme n'est que le concept " sans remarquer la modification intervenue, la seconde fois en .1a soulignánt
simplement sans prendre position ; t1 fait de méme dans se troisiéme édition
[cf. Hoffrneister, Variantenverzeichnís, ihid., texte El. Hoffmeister, enfip, dans
ses diverses éditions (1937, 1949, i952) revient au texte original : c'est éviidere-
53. Ph. G., 140/28 (1 154/16). ment á lui qu'il faut s'en temr, - - en comprenant ce passage, Semble-t-i1,
54. Ph. G., 152/30 (I 169/1). comme on vient de le faire eu début de cette note (renseignements communi-,
55. Ph. G., 154/37 (I 171/21). gués Dar O. Piiggeler).
RETOUR AU SENS LOG1QUE ET CHRONOLOGIE .239
238
éléments qui semblent les plus significatifs, de sorte que demeure torique, et les figures que nous rencontrons se posent vraunent
une certaine indétermination dans rutilisatiOn du « matériau » !« dans le temps ». C'est que 1' t ordre des sections » permet
historique ; á la limite, on trouve des exemples, fort peu nom- maintenant á. l'Esprit, tel qu'il se déploie dans l'élément de la
breux il est vrai, dans lesquels l'appel á une réalité historique conscience, de s'affirmer dans son en-et-pour-soi, non plus seu-
semble bien ne représenter qu'une illustrátion extrinseque au lement pour nous, mais pour la conscience elle-méme ; en serte
mouvement mame de la pensée : ainsi de l'évocation du peuple que le contenu des « expériences de la conscience » se trouve
juif et de son sort au terme des dialectiques "de la Phrénologie ". désormais constitué par l'effectivité contrate que le mouvement
. On peut done dire -que, jusqu'á la section. a Esprit », une dialectique exprime toujours au troisilme temps de son déve-
certaine ambiguité demeure á propos de la significalion des corré- loppement, dans son retour á l'immédiateté ". Pourtant, ce n'est
lations historiques. Mais voilá qui, au fond, ne saurait surpren-
dre : rapparition de la réalité reconnue :comme telle (c'est-á-dire 59. Ilerbert. Marcuse, dans son livre intitulé Hegels Ontologie und die
Grundlegung ehzer Theorie der Geschichtlichkeit, parvient, á partir d'un
comme liberté authentique, déployée dans rélément de ratre) cutre tupe de réflexion, á une perspectivo assez semblable. E distingue, h
présuppose le parcours intégral du a mouvement dialectique », l'intérieur de la Phénoménologie, différents niveaux d'historicité, surtout
lequel n'est effectif qu'au terme de la « premiare totalisadon a l'histoire de la Vie comete conscience de soi » et a l'histoire de l'Esprit »
(299 et 314 ; 337 ; 340 ; 348 ; 355). 11 semble dono reconnaitre thistoricité:'
constituée par les trois sections « Conscience », « Conscience de piénihre des dialectiques de la Vie (pp. 257 sq.), de Domina/ion, et de servitude
soi » et « Raison ». Jusque-lá, nous avons plutat affaire á des (pp. 288, 291), de la Liberté de la conscience de soi (p. 301) et de la Raisoi3
attitudes deis de la conscience, á des « types », qui peuvent (pp. 305-306). Et 11 est vrai que d'un bout á l'autre déi la Phénoménologie
il y a toujours une a histoire », puisque l'Esprit progtesse á travers son
avoir et ont parfois une traduction historique obvie, .mais qui contenu en se révélant comme a ein Bewusstmachen des Gewordenen.» (p. 307).
peuvent aussi et tout aussi bien ex-primer des traits perma.nents de Mais paree que cette histoire n'est jamais évoquée pour elle-méme, indépendam-
ment de sa réassomption systématique (p. 258), elle ne se déploie . que comme
l'essence humaine. Sans doute, á partir de « l'Effectuation de la sursumée dans sa signification conceptuelle : a Schon mit dem erstcn Schrift
conscience de soi radonnelle par elle-mame », nous sommes ,.der Phánomenologie wird das Leben als geschichtliches Gcgenstand, aber Mit
• dem erstcn Schrift ist auch schon diese Geschichtlichkeit von der aufhebenden
déjá, si-ron peut dire, dans la zone d'inffuence de rEsprit, et I Idee des absoluten Wissens her gesehen » (ibid.). Cela fait que la Phénotnéno-
déjá pour nous s'est. entrouvert le Monde éthique ", avec l'en- jlogie est á la fois a historique » eta non historique » (p.. 340), et cela se
semble de ses figures, cette fois, pleinement historiques ; mais, traduit par le fait que l'entrée dans la signification vraie de ce . devenir. ¡listo-
- ligue (c'est-a-dire dans sa signification á la fois positive et négative) est elle-
Précisément, c'est pour nous seulement que ce concept a mani- méme historique, et -par conséquent se fait de fagon progieslive. En effet,
festé son « esprit intérieur », tandis que la conscience continue ce n'est que peu á peo, au ryíline du déploiement des sections, que s'opére
- une égalité réelle de la conscience de soi et de son monde ; or il n'y a point
de le prendre « daris l'abstraction de l'universaiité 1›, comme d'histoire véritable avant cela (p. 341), — c'est-é-dire avant. que la conscience
une c loi pensée » qui n'a encore aucune, existente effective de soi ait atteint w un comportement positi; h l'égard dé ce monde; cependant,
concrete. C'est pourquoi les dialectiques qui composent cette voilá qui n'est acquis qu'avec les dialectiques de la Raison (de faeon partielle :
pp.- 311, 322-323), et méme seulement avec cenes de l'Esprit: De sorte que
sous-section demeurent au niveau d'une analyse, non pas intem- .¡1'historicité des figures antérieures, qui a été affirmée en principe, n'acquiert
porelle, mais indéterminée dans son rapport á l'histoire, expo- effectivité (et dono ne se traduit dans une succession temporelie) qu'avec
' la section Esprit : a nun erst mit dem Geschehen des Gei4tes beginnt die
sant une série d'attitudes humaines fondamentales qui se sont eigentliche Geschichte des Lebeas » (p. 332 ; cf. p. 328/11 sq.), Par rapport
affirmées dans un certain nombre d'ceuvres littéraires : le Faust eette historicité enfin pleinement effective, rhistoricité des. figures antérieures
' ethe, les Brigands de Schiller, le Don Quichotte de Cer-
apparalt encore incornplIte (par exemple, pour Domination et servitude :
de CT'c cf. 299 et 341) ; elle est le mouvement de son a actualisation » (334/20 sq) :
vantes. Satis doute, á travers ces ceuvres, c'est rEsprit du monde a die vorangegangenen Gestalten des Lebens in der Phánomenologie künnen
qüi se cherche et s'affirme ; mais ii le fait encore, ainsi qu'il a und müssen von der Wirklichkeit des Geistes her gefasst werden : als unmit-
telbare,: unfreie, unwahre Weisen des Geistes » (335).
été dit, « dans l'abstraction de l'universalité a, sans rassembler Marcus„ signffie cet accomplissement en affinnant que la dimension histo-
encore pleinement ses moments disjoints la Logique, ici, se rique présente á toutes les étanes de la Phénoménologie ne s'exprime dans
'1 une succession temoorelle qu'á partir de la section a Esprit » : a Wenn nun
développe encore en elle-mame, sans se soucier de cdincider Geschichte des Geistes von der einen Gestalt der wirklichen Weit zur
totalement avec la Chronolog,le. andereu fortschreitet, so ist dieses Geschehen .notwendig in irgendeinem Sinne
Au contraire, á partir de la section « Esprit i, nous entrons ein zeitliches » (p. 342). 11 se refuse pourtant dans la perspective qui cst
sicane, á traiter pour elles-. rnémes des relations entre l'Esprit et le Temps dans
décidément dans le mouvement d'une lecture de la réalité his- la Phénoménologie (ibid.); >7 n'envisage dono pas la question qui nous retient
ici': quel est le rapport du déploiement du concept au déroulement de l'histoire
concréte, et pourquoi le mouvement de l'histoire se trouve-t-il repris deux foil,
57. Ph. G., 250/8 (I 281/37). á deux niveaux complémentaires ? Mais son aoalyse précédem-
58.Ph. G., 256/23 (I 289/30). ment rappelée n'en vient pas moins comme une confirmation des conclusions
RETOUR AU SENS L 0G IQ UE E T CHRONOLOG E 241
240
pas á dire que toute question soit résolue, sol:1s la forme oú déve- Das comme une totalité simple et homogene, mais comffle un •
loppement logique et dé-veloppement historique cberaineraient monde complexe, en perpétuelle évolution, dan.s lequei la figure
désormais de conserve, dans une harmonie immuable, et jamais á venir est déjá discernable á la rupture qu'elle dessiue par
remise en cause ; au contraire, c'est maintenant, alors que tour avance, entrainant ce monde vers sa perte et son- accomplisse-"
les elements se trouvent réellement en jeu, Cine le probleme des ment : on peut dire alors, si l'on veut, que le logique travaille
rapports qu'ils entretiennent entre eux, en fónction de la nature au eceur du chronologique, comete le mouvemcnt interieur, qui, „
de rceuvre, va se posen vraiment. . en toute période historique, prefigure et opere la mutation cor-
. L'un des points les plus fondamentaux dela pensée hégélierme rélative de l'homme et de son monde qui surviéndra ensuite ;
(auquel un chapitre a été consacré au cours dé la premiare • .; marche tátonnante, ott la dissonance meme est promesse d'har-
partie de cette étude) est rimpossibilité de disjoindre la forme monie, dans l'exigence qu'elle développe d'un ajustement Pro-
et le contenu, autrement dit rimpossibilité d'isoler la « méthode », gressif des termes en dialogue. Ainsi, dans l'exempie précédent,
puisqu'elle n'est en réalité que « rauto-mouveinent du contenu D si le Monde. éthique exprime l'organisation effectivé de l'Esprit
L'interrogation presente n'est qu'une nouvelle formulation de ce dans sa. totalité immédiate, l'art absolu qui nait en lui " marqué á
débat fondamental ; en effet, s'il existe vraiment une science la fois son apogée et sa disparition : car « la -Religion de Fan
des expériences de la conscience, c'est que le dynamisme de leurs appartient á l'esprit éthique que nous avons vu disparaitre dans
relations signifiantes est inscrit_ dans leur effectivité mame, - rEtat du droit 6 », — disparition dont l'art, précisément, était
de sorte que « le logique » n'est en réalité rien d'autre et rien de le signe et l'instrument, puisqu'en lui s'exprimait déjá le Soi qui
plus que « le chronologique » compris dans le déploiement de tenterait par aprés de se faite reconnaitre pour au plan
sa rationalité inmanente. Ce qui ne veut point dire que rhistoire de l'existence sociale.
soit préterminée, ni qu'il ne reste aucune place á la contingence En somme, l'Esprit; en son dynamisme logique, définit
comme tele : il est trop évident que, dans son déroulement comme un sccond niveau dans la lecture du monde et de son
concret, loin d'étre purement rationnelle, elle demeure souvent devenir. E est ce dumpfes Weben, ce mouvement sourd, qui
la proie de particularités scellées sur elles-mémes, soustraites • anime le contenu historique de la conscience á une époque don-,
á runiversel véritable qui est le fondement du sens. Mais, née et dans une détermination parliculiare, lui donnant de signi-
regard de ces fausses particularités, la Phénoraénologie se donne fier toutes les attitudes semblables que la conscience a pu vivre
précisément comme un itinéraire de purification, qui afine da.ns d'antes contextes et á d'autres pétiodes. 'C'est pourquoi
l'homme en l'éveillant á la vérité de son devenir historique ; les traits retenus acquierent en quelque sorte une valeur uni-
rhomme en vient á se comprendre en comprenant le gens réel verselle, — qui se traduit souvent dans le fait que Hegel, pour
du monde dans lequel il vit 6 . ex-primer la siguification d'une époque, expone, non pas lel
Logique et Chronologie correspondent done á des rythmes événements comme teis, mais la traduction qu'ils ont regus dans
divers dans le déploiement de la réalité. Au cours d'un chapitre une forme littéraire : par exemple, la dialectique de l'Action
précédent, on a tenté -de montrer, sur un exemple significatif, éthique s'a.ppuiera en partie sur un commentaire de l'Antigone
quelles disjonctions pouvaiea'- en ,résulter tant que la dernilre de Sophocle, celle de pour une piad, sur.. une
figure n'a pas assuré la réconciliation de ces deux dimensions. ceuvre comme Le Neveu de Raineau de Diderot, tandis que tel
On s'en souvient, en effet, rexamen- des corrélations entre la . passage de la Liberté absolue interprete Le Conírat social de
Religion de l'art et l'Etat du droit a manifesté que la période Rousseau. En lisant de la sorte l'esprit d'un tempS á travers
historique en cause (ici, le monde romain) était présentée, non la réflexion universalisante qui sur lui fut déjá opérée, le philo-
,sophe, sans l'arracher au contexte concret. oú jl s'est' épanoni,
atteintes ici : jusqu'á rEsprit, rabstraction relative de ranalyse conceptuelle découvre en lui des harmoniques plus vastes ; ainsi précisément
(le fait que la réconciliation de la conscience de soi et du monde ne soit pas de l'attitude d'Antigone : quanti elle oppose á l'ordre eludí
encore pleinement effective) retarde l'entrée dans l'ordre historique véri- le devoir de désobéissance qu'elle tire d'une exigencc supérieure,
table ; ce n'est qifavec la section a Esprit » que cette historicité apparait
réellement comme succession temporelle. d'une loi non écrite, elle représente, dans sa particularité histo-
60. Le prochain chapitre nous permettra de préciser cette question. Nous y
verrons que, loin d'abolir la contingence historique, la a Science » en vient ii
la poser á uouveau comme telle ; ce n'est qu'alors qu'elle se trouve accomplie 61. Ph. G., 492/4 (II 225/18).
en tan! que Science. 62. Ph. G., 522/22 (II 259/25).
16
242 RETOUR AU SENS

rique mame, tous ceux qui, au long des temps, vivront ainsi
dans le déchirement des nécessités contradietaires ; la figure
historique tend alors á se confondre avec l'universalité du moment
du..concept qui s'exprime en elle. 1-
Ce n'est pas á dire que le philosophe puiáse traiter l'histoire
á son gré pour luí donner de signifier ce qu'U a pour dessein CHAPITRE Ii
d'exprimer. Autant qu'un autre, plus qu'un entre sans doute, il
se veut attentif á l'objectivité du mouvement du connaitre ; mais PHÉNOI«NOLOGIE ET SYSTÉME
il sait que la vérité des événements n'est pas nécessairement
perceptible en leur succession brote, et ü. est attentif á découvrir,
sous la trame de leur enchatnement, le setas universel qui en eux I. LA PHÉNOMENOLOGIE, COMME SYS
se done á connaltre.
: La Phénoménologie n'est pas un livre d'histoire : elle est la « Dans le savoir, l'Esprit a done terminé, ley mouvement de
:irta-nifestation de l'Esprit dans son extériorité temporelle par son développement en figures (die Bewegung seines Gestaltens),
rapport á: luí-mame. 11 est donc vrai, en cette perspective, que en tant que celui-ci est affecté de la différence non surmontée
le mouvement de la conscience est second par rapport au déve- de la conscience: 11 a gagné le pur élément de son atre-lá, le.
loppement de 1' « Esprit du monde », dont elle reproduit le concept i. » Pour la conscience, c'est dans la figure, nous vencns
dessein pour son compte ; mais cette antériorité logique du de le voir, que s'exprime la temporalité de l'Esprit, ou plu-
chronologique (si ron peut ainsi s'exprimer) a polar corréiatif t6t dans renchain.ement des figures, c'est-á-dire dans le déve-
son accomplissement dans le dynamisme universalisant du loppement figuratif de rexpérience. Si le temps 'est l'extéríorité
comprendré : car la vérité n'est totale que lorsque le mouvement du. concept, sa traduction phénoménologique tient dans l'extério-
•de. rintelligence a rejoint celui= de rexpérience c'est ainsi que rité de la conscience et de son objet, « différence de la cons-
le logique est bien, de faeón réelle, le chronologique compris. cience » qui, avant qu'elle ne soit enfin. « surmontée )) dans le
Savoir absolu, exprime tout á la fois l'insuffisance de chaque
figure á l'égard du Tout, et le dynamisme sécret qui la pousse
vers son propre accomplissement dans ce Tout « L'inégalité
qui trouve place dans la conscience entre le Je et la 'substance
qui est son objet est leur différence, le négatif en général. On
peut l'envisager comme le défaut des deux, mais fi est leur áme
en ce qui les meut toas deux'. »
Tout le mouvement de la Phénoménologic consiste á surmon-
ter cette dualité initiale, én montrant comment la , substance
elle-méme, pénétrée par le Soi, n'est que l'Autre de la cons-
cience, pleinement semblable á elle. Id, le meilleur commentaire
de, ce mouvement qui se pose et s'aehlve dans le Savoir absolu
nous est fourni par le paragraphe de la Préface, dont on vient dé
rappeler les premiares ligues ; il se poursuit 'en reprenant les
termes mames que nous avons rencontrés dans le SavOir absolu,
c'est-á-dire en montrant corement l'Esprit, gráce au parcours
1. Ph. G., 561/37 (II 309/19). Le texte suivi ici est celui de Glockner,
Hoffmeister omet le préfixe négatif en parlant de « la différence surmontée
de la conscience » ; mais il est infidéle en cela á l'édition originalc, qui porte
bien : a mit deni unüberwundnen Unterschiede des Bewusstseins » (précision
fournie par O. Ptiggeler).
2. Ph. G., 32/22 a 32/19).
244 RETOUR AU SENS PHÉNOMÉNOLOG1E ET SYSIÉME 245

total qui s'engendre en cette dualité initiale, en vient á gagner La seconde des figures remarquables est celle de l'Utilité ;
le pur élément du concept : « Si maintenant, lisons-nous, ce l'immédiateté compacte du se-savoir-soi-neme dans l'élément dé
négatif se manifeste comme inégalité du Je par rapport á. l'objet, l'étre fait place, dans la dialectique de la relation, la fluidité
pourtant il est aussi bien l'inégalité de la substance par rapport totale de l'objet dans lequel cffincident les déterminations du
á soi-méme. Ce qui parait survenir en dehors &elle, étre une pour-soi et du pour-un-autre : « Le contenu diversifié est comme
activité opposée á elle, est son propre opérer, et elle se montre déterminé dans la relation, non Das en soi, et son inquiétude est
essentiellement étre sujet. En tant qu'elle a ;montré ceci parfaite- de se sur sumen sol-méme, ce qui est [= oder] la négativité fi. »
ment, l'Esprit' a renda son étre-lá égal son essence - B. est, De la sorte, le contenu, dans lequel l'Esprit sornmeillait, s'anime.
tel qu'il est, objet pour soi, et rélément abstrait de rimmédiateté á son mouvement ; parce que ses différences se déploient dans
et de la séparation du savoir et de la vérité est surmonté. L'étre originaire qui est la sienne, elles s'affirment comme
est absolument médiatis6 ; — il est contenu substántiel, qui moments totalement relatifs les uns aux nutres ; la confession
est tout aussi immédiatement propriété du Je, a le. caractare du de leur richesse simple et multiple, c'est a le troisilme temps
Soi (ist selbstisch) ou est le concept. C'est avec cela que se de l'affirmation de 1'Esprit, qui se posa une premiare ,fols,
termine la Phénoménologie de 1'Esprit. Ce qu'il [= 1'Esprit] comme forme spirituelle encore privée de son contenu, .dans
se prépare en elle, c'est rélément du savoir'. » ' la figure du Mal et de son pardon, et une seconde fois, comme
Avant de caractériser cet « élément » du concept qui forme égalité plénilre de la forme et du contenu, dans le Savoir absolu :
ainsi le terme de la Phénoménologie, Hegel reprend encore une La nécessité, par conséquent, ou la diversité, comme lis sont
fois le mouvement de son devenir. Vu du point de vue de rétre libre, sont aussi bien le, Soi ; et dans cette ¡órete du Soi
l'Esprit, tel qu'il se conquiert lui-méme á travers l'itinéraire de (in dieser selbstischen Form), dans laquelle l'étre-lá. est irniné-
la conscience, le premier moment consiste dans la liberté du diatement pensée, le contenu est concept''. »
Soi qui s'intuitionne immédiatement dans rélément de étre (ce Ce résultat constitue le point (l'achavement de la Phénotnéno-
qui correspond au Jugement infini) : « Le contenu est, selon logie comme phénoménologie ; désormais, ayant déployé l'élé-
la liberté de son étre, le Soi qui s'extériorise, ou l'unité immé- ment de son pur savoir, l'Esprit peut se donner á connaitre en
diate du se-savoir-soi-méme. Le pur mouvement de cette exté- lui, non plus dans l'extériorité du temps, mais das la forme
riorisation constitue, considéré dans le contenu, sa nécessitr. » pare de ses déterminités internes : « En tant que l'Esprit a
On le voit, le point de départ, ici, parce que nous sommes au gagné le concept, déploie et le mouvement dans cet
niveau de la réalisation du Tont comme Tont, n'est pas la dua- éther de sa vie, et est Science'. » Que signifie ce développernent
lité comme tele de lá conscience et de son monde, mais la de la Science comme telle, autrement dit le « Systéme » qu'elle
premiare réconciliation de cette dualité dans la figure oil la engendre; par rapport á l'itinéraire qui- a été suivi dans la « Phé-
conscience s'accomplit pleinement comme conscience en recon- noménologie », voilá ce qu'il importe de savoir si nous enten-
naissant son égalité immédiate avec elle-mame dans son propre dons faire retour véritablement au sens de cette auvre ; das
monde : si l'Esprit se- conquiert vraiment á travers le jeu des maintenant, une remarque á propos du texte que nous venons
figures •(et singuliarement -deil--.trois figures remarquables en de Tire peut nous donner, dans un autre vocabulaire, la vraie
lesquelles se concentre la sigaification du devenir total), il faut, mesure de cette question.
et précisément pour qu'il aPparaisse en elles comme Esprit, Parmi les trois « moments » dont Hegel nous rappélle ici
qu'elles aient déja, chacune dans sa détermination partieuliare, • l'enchainement, le second représente le temps de la distension,
surmonté en quelque mesure la différence de la conscience 5. de l'écartelement des termes (puisque le pour-soi, détaclié de
Cette extériorisation de l'Esprit dans la liberté de son étre irtuné- l'en-soi, en vient á se confondre avec le pour-un-autre, deve-
diat est identiquement la premiare pénétration du contenu par nant ainsi, dans la détermination qui le constitue, étranger
le Soi, autrement dit le premier pas qui conduit á l'affirmation son essence), taadis que le premier et le troisieme expriment
de la substance comme sujet : au sein du contenu, la présence l'un et l'autre l'unité des mamelas sous la méme raison dd leur
de 1'Esprit constitue la nécessité de son auto-mouvement.
3. Ph. G., 32/29 (I 32/25). 6. Ph. G., 562/5 (II 309/25).
4. Ph. G., 562/1 (II 309/22). 11 s'agit de la nécessité du contenu. 7. Ph. G., 562/7) (I1 309/28).
Ph. G., 561/38-39 (II 309/21). 8. Ph. G., 562/11 (Ii 310/3).
246 RETOUR AU SENS PHÉNOldNoLOGIE ET SYSTÉME 247

« irnmédiateté » : á « Punité immédiate du se-savoir-soi-méme Ce développement circulaire est ce qui définit la Phérwméno-
qui se pesait au point de départ répond en effet, au terme du logie comme « systéme » ; il importe de souligner ce point,
mouvement, la « forme du Soi dans laquelle l'étre-lá est Mimé- puisqu'il commande, pour une bonne part, fintelligence des
diatement pensée ». Voilá qui est en pleine-hannonie avec la relations qu'entretient cette ceuvre avec le « Systéme » pro-
réflexion proprement méthodologique que présentera la Préface : prement dit, constitué, par la Logique et 1'Encyclopédie. .« La
le vrai « est le devenir de soi-méme, le tercie qui présuppose et vraie figure dans laquelle la vérité existe ne peut étre que
a pour commencement sa fin comme son, but, et qui n'est effectif son systéme scientifique. Collaborer á ce que la Philosophie
que par i'actualisation et par sa fines' ; de Méme, id y a accord se rapproche de la forme de la Science, — á ce but qu'elle
total entre ce retour á l'immédiateté qui achlve le mouvement puisse déposer son nom d'amour pour le savoir et étre savoir
du Tout et le retour á la Certitude sensible qui, nous ravons effectif c'est ce que je me suis proposé ". » Le systéme. (o:u.
signalé, ponctue i'accomplissement partiel de ce mouvement dans la Science) est ici présenté, .sous le mode le plus général qui Soit,1
chacune des trois figures remarquabies qui l'expriment en l'une comme la selle forme adéquate á raffirmation du vrai comme'
de ses déterminations : Jugement infini 1°, Utilité", Mal et son vrai : « la vraie figure de la vérité, ajoute encore Hegel, est
pardon". poste dans cette scientificité, — ou, ce qui est la méme chose,
On vient de parler de « retour á l'immédiateté ». Bien que la vérité est- affirmée avoir seulement dans le concept
cette expression se trouve dans le sous-titre qui introduit, dans m.ent de son existente 18 » ; formules familiéres, .que nous ayons
certaines éditions, ces demilres pages de la Phénoménologie", déjá lues dans le texte du Savoir absolu ; mais elles se doublent
elle ne peut guére étre soutenue en toute rigueur de termes, car id., dans la Préface, d'une autre affirmati¿m, qu'il nous. faut
riramédiateté « devenue b contient tout autre chose que la recueillir en toute sa rigueur : la Science n'est pas seulement le
plate certitude initiale : a C'est seulement .cette égalité se recons- champ de réflexion qui s'ouvre au-delá de la Phénornénologie
tituant ou la réflexion dans l'étre-autre en soi-méme — non pas et dont celle-ci n'aurait pour róle que de fournir la clef, bien
une unité originaire comme Melle, ou immédiate comme teile -- plutót le parcours méme de cette Phénoménologie offre une
qui- est le vrai ". » Mieux, il faut dire que l'immédiat véritable premiére « présentation » de ce développement systématique :
n'est pas celui, ambigu, qui se trouve a l'origine du processus, « Collaborer á ce que la. Philosophie se rapproche de la forme
mais bien plutót celui qui est au terme, et qui recueille en soi de la Science [el c'est ce que je me suis proposé: » Hegel uti-
la richesse da contenu déterminée au cours du mouvement de lise plusieurs fois ce terme de « présentation » (Darstellung)
l'extériorisation ; dans ce tenme, ainsi cine nous ravons déjá lu, dans d'autres passages de la Préface qui caractérisent préci-
l'étre est absolument médiattsé », et il est « contenu subs- sément le mouvement de la vérité sous la raison densa nécessité
tantiel qui est tout aussi immédiatement propriété du Je 15 a ; scientifique ; ainsi : « Selon ma fagon de voir, qui ne doit se
car la naissance de rimmédiat authentique exige tout le déploie- :justifier que par la présentation du Systéme (4Ie! Darstellung des
ment de la médiation ", de sorte que la totalité du mouvement Systems), tout tient á ce que le vrai soit saisi et exprimé non
se • déPloie á l'intérieur de l'immédiat initial, pour lever son comme substance mais aussi bien comme sujet1 » ; et encore :
abstraction et l'accomplir conifÉe tel. C'est seulement comme Science ou comme Systéme que ,le
Savoir est effectif et peut étre présenté (dargestellt)". » Dans
le méme vocabulaire, mais applíqué de fagon explicite á la PM- -
- Ph. G., 20/16 (1 18/7). noménologie elle-méme, nous lisons aussi : « Ce devenir de la
10. Cf., ei-dessus, p. 104. Science en général o-u du savoir est ce que présente (dar.-5-tellt)
11. Cf., cidessus, p. 135.
12. Cf., ci-dessus, pp. 142-143. cette Phénornénologie de' l'Esprit". »
13. En fait, ces sous-titres ne sont pas de Hegel lui-méme, et se trouvent
pour la premiare fois dans l'édition de Georg Lasson publiée en 1907, pour le
centenaire de la parution de lkeuvre ; on ne peut done en faire état quand
surgit un problame d'interprétation proprement dit.
14.Ph. G., 20/13 (I 18/4). 17.Ph. G., 12/9 (1 8/15).
15.Ph. G., 32/39 (I 33/1). Ces soulignements ne sont pes dans le texte 18.Ph. G.. 12/27 (I 8/32).
allemand.
16. Ce qui vaut du syllogisine total s'applique aussi aux mouvernents partiels 19.Ph. G., 19/24 (I 17/1).
qui structurent le développement ; cf. l'exemple déjá cité : Ph. G., 311/2 20.Ph. G., 23/22 (I 22/5).
(I 353/34). 21.Ph. G., 26/8 (I 25/8). Cf. Ph. G., 66/37 (1 68/30).
RETOUR AU SENS PHÉNOMÉNOLOGIE ET SYSTÉME 249
248
leur diversité est seulement diversité du contenu. Leur mou-
vement qui, dans cet éiément, s'organisc en un Tout, est la .
Logique ou Philosophie spécuiative". » L'opposition de l'étre et '
II. LA SCIENCE clu savoir, en effet, est caractéristique de la conscience ; on se
DANS SES DÉTERMNITÉS MIRES souvient qu'elle se pose, par exemple, de faeon explicite et dans
ces termes mames, dans la dialectique de la Certitude sensible :•
le « vrai » est alors présent, dans robjectivité de la substance,
11 ne faudra pas oublier cette signrficatión essentielle du terme mais il n'est pas « dans la forme du vrai », puisqu'il n'est pas
de « Systame » ou de « Science », qui s'applique déjd au mou- ' penetré par le Soi et ne possIde done aucune liberté. ' Au
vement de la Phénoménologie comme ,telle, en essayant d'éclairer contraire, dans la « Philosophie spéculative » jamais l'Esprit
les relations qu'elle entretient avec les cruwes postérieures : ne se presente ou comme pur sujet connaissant ou contrae savoir
il n'y a en vérité qu'un seul déploieMent de ]'Esprit, mame s'il de la substance, mais il exprime chacune de ses deterrninations
se donase á connaitre, ici et lá, sous des modalités clifferentes. dans la simplicité effective de son concept accompli : la diversité
Mais pour l'heure, en suivant pas á pas le texte du Savoir de ces moments les uns par rapport aux autres n'est plus l'exte-
absolu, c'est sur la constitution du discours philosophique dans riorité reciproque qui ressort de leur caractere unilateral (oppo-
les déterminités pures de la Logique et de l'Encyclopédie qu'il Ilion au plan de la forme), mais elle exprime la richesse du
faut d'abord insisten « Done, en tant que l'Esprit a gagné le concept simple qui se donne á connaitre en plénitude en cha-
concept, il déploie ratre-lá et le mouvement dans cet éther cune de ses déterminations (diversité du contenu).
de sa vie, et est Science". » N'étant plus écartelé entre des Le texte du Savoir absolu dit de fagot" equivalente : « Les
moments opposés, l'Esprit demeure alors prls de lui-mCme en moments de son mouvement [ = du mouvement de l'Esprit], se
la plénitude de sa richesse et de sa vie ; peut se donner á présentent en elle [= dans la Science], non plus comme figures
connaitre réellement en ses moments divers, sans sortir de lui- détermin. ées de la conscience, mais, en tant que la différence de
mame en ce mouvement oú i1 déploie son effectivité. « Dé- celle-ci est retournée dans le Soi, cornee concepts déterminés,
ployer entfalten : 'c'est lá un terme qui, comme ceux et comme leur mouvement organique fondé en soi-maine ". »
d'entwickeln: ou d'ausbreiten, revient plusieurs fois dans la Phé- Le progrés de la conscience, dans le processus phénoméno-
noménologie pour caracteriwr le proeessus de la conscience '=
1 logique,
. n'est pas fondé dans cate conscience mame, mis, dans
comme la résurgence du mouvement d'engendrement de l'Esprit ; l'Esprit qui par elle se manifeste ; sans doute, il n'y a pas ici
mais c'est un terme dont la signification dépasse cette acception de vrai dualisme, et le. terme accompli révélera l'égalité effeci•
purement phénoménologique, et qui connote, en sa pureté tive de la singularlté de la conscience et de runiversalité du Soi
logique, tout parcours concret gráce auquel peut etre manifestée spirituel : la « différence » de la conscience retournera dans ce
la richesse inmanente d'un concept. Dans le cas de la Science Soi ; pourtant, au cours mame du développement, ce rapport
proprement dite, ce déploiement s'Opére dans 1' « éther » de de la conscience á l'Esprit « apparait / sous sa forme négative,
la vie de i'Esprit, sans plus aucune extériorité des termes par- camine la relation de deux réalités étrangéres l'une á l'autre, -
courus. et les figures successives ne se présentent pas alors comme ;des '
Une fois encore, la préface nouá donne un excellent commen- - « concepts déterminés », c'est-á-dice comme le Tont exprime
taire de ce texte, Ce que ]'Esprit se prepare dans la Phénoméno- sous une modalité particuhlre ; c'est au contraire ce qui sellara-
logie, y avons-nous déjá lu, c'est « rélément du savoir » (qui duit dans le déploiement de la Science, puisqu'il n'existe plus de
n'est autre, précisément, que l'éther de la vie de l'Esprit). « Dans distan désormais entre le mouvement et la raison de ce mou-'
cet [élément] se répkmdent maintenant (ausbreiten) les moments ' vement : « Si dans la Phénoménologie de l'Esprit claque monient
de ]'Esprit dans la forme de la simplicité, qui sait son objet est la différence du savoir et de la vérité, et est le mouvement
comme mi-mame. lis ne tombent plus en dehors l'un de l'autre . .. dans legua elle se sursume, par contre la Science ne contient
dans l'opposition de l'atre et du savoir, mais restent dans la - -,-- i pas cette différence et son sursumer, mais, en tant qtte le mo-
simplicité de ce savoir, sont le vrai dans la forme du vrai, et 'v
.i ':1 23.Ph. G.,
1 24.Ph. G., 33/3 (I 33/6).
562/13 (II 310/5).
22. Ph. G., 562/11 (II 310/3).
250 RETOUR AU SENS PHÉNOMÉNOLOGIE ET SYSTE.'1,1E 251

ment a la forme du concept, il réunit la forme objective de la C'est ainsi qu'il faut comprendre la remarque que Hegel intro-
vérité et [celle] du Soi qui sait en unité immédiate 25. b Dans la duit á cet endroit, comme une sorte de parentUse, dans le - texto
Logique, en effet, il n'y a plus de différences qu'au niveau du du Savoir absolu. Il vient de dire que, dans la Science, l'Esprit
contenu,_parce que ce contenu est immédiatement dans la forme n'est plus assujetti á s'extérioriser dans. la différence de la
du concept ; plus d'attention exclusive á la substance ou au conscience ; autrement dit, il exprime en cela la distante • proe
sujet, á la vérité ou au Sol : « Le moment ne surgit pas comme fonde qui separe l'un de rautre ces deux types de dévelopue-
ce mouvement d'aller de-ci dea, de la conscience ou de la ment. Mais il poursuit en marquant les limites .de cette distance :
représentation dans la conscience de sol et inversement, mais sa « A l'inverse, á chaque moment abstrait de la Science corres-
pure figure libérée de sa manifestation dans la conscience, le pond une figure de l'Esprit phénoménal en général (Gestalt des
pur concept et sa progression, dépendent seulement de sa pure erscheinenden Geistes überhaupt)". » L'expression n'est pas
déterminiié 26. » facile á interpréter exactement ; on la rencontre déjá, sous une
Ainsi se trouve introduit Fun des probilmes les plus difficiles forme approchée, au début du Savoir absolu, lorsque Hegel
que nous pose la Phénoménologie : celan des relations concrétes affirme que la récapitulation de robjet dans toute l'ampleur de
. que cette ceuvre entretient, au niveau du déploiement de son ses déterminations spirituelles oblige á le saisir en partie comete
contenu, avec les moments du pur concept tels que la Logique « figure de la conscience en général (Gestalt des Bewusstsein s
les expose dans leurs déterminités singuliéres. D'un Me, en effet, überhaupt) », en partie comme « une somme de telles figures
l'Esprit est lié par la nécessité qui lui est imposée de se mani- que nous collectons" n. Dans l'un et l'autre - de ces cas, ce n'est
fester comme hui-mame dans son autre ; au contraire, dans la pas nécessairement une figure déterminée comme telle qüi se
Science, il est liberé de cette nécessité, n'ayant plus á apparátre trouve visée, mais le fait mame de la traduction de l'Esprit
dans la différence de la conscience. Pourtant, ces modalités dans i'ordre des figures ; autrement dit, la GeS talt... überhaupt
diverses n'annulent point l'identité du mouvement : ici et lá, pourrait désigner tout aussi bien un ensemble organique' de
dans la conscience ou dans la forme pure du concept, c'est le figures singullres, eomme lorsque l'on parle, par exempie, de
mame Esprit qui se donne á connaitre pour ce qu'il est en vérité ; la figure de la Conscienee.
de sone qu'il existe une correspondance de prineipe entre les La suite du texto ne fournit aucune autre indication sur le
moments divers de la Phénoménologie ct ceux de la Logique. contenu effectif de ce systéme de correspondances, mais elle
Mais préciser ces correspondances est une tache infiniment redit l'égalité en soi de ces deux modes d'expression, et les
cate elle ne peut aboutir en effet á rapprocher simplement telle caractérise l'un et l'autre dans leur spécificité : .« De mame que
figure de la conscience et telle détermination logique : la raison l'Esprit étant-lá n'est pas plus riche qu'elle [entendons : que cene
en est que chaguo détermination logique exprime la totalité figure de l'Esprit phénoménal en general), ainsi ! encere il n'est
comme totalité; tandis qu'une figure de la conscience n'en traduit pas plus pauvre en son contenu ". « L'Esprit étant-lá c'est
qu'un .aspect, une détermination unilatérale ; par conséquent, si l'Esprit tel qu'il se donne á connaitre dans runivers propreenent..,
ron tentait ces rapprochements (ce que Hegel lui-méme ne fait logique cette expression reprend celle que nous. al vons lue plus
jamas, bien qu'il en définisse,.au plan théorique, la possibilité haut « En tant que l'Esprit a gagné le concept, il déploie
concrate), il faudrait sana doute:- qu'a un moment du concept, et le mouvement dans cet éther de sa vie, et est Science.
pur tel qu'il est exposé dans la Logi4ue réponde, dans la Phé- Ce que Hegel affirme, c'est que le contenu de -la Logique n'est
noménologie, une totalité constituée comme telle, autrement dit ni plus riche ni plus pauvre que celui de la Phénoménologie ;
un tout spécifique qui rassemble en lui-m8me les déterminations double tentation, en effet, que de dire : puisque dans la Logique
disjointes. 11 est possible, par exemple, que le. mouvement de la l'Esprit s'affirme comme Esprit dans l'égalité de son .contenu
Consciente représente la traduction concrate d'une déterminité et de sa forme, c'est done qu'il se presente la sous mode plus
logique, masi on ne pourrait dire la mame chose de la Certitude
et les « figures » de la Phénonzénologie, c'est paree que, al Lni que nous albas
sensible, laquelle n'est pas, camine telle, une expression adéquate le voir, 17 est essentiel á la Science comme Science de poser á nouveau la
de l'Esprit . phénoménalité, — et de la poser, précisément, dans sa relation par rapport á
la Science.
25. Ph. G., 562/18 (II 310/10).
28. Ph. G., 562/31 (II 310/21).
26, Ph. G., 562/25 (II 310/16).
29. Ph. G., 550/32 (11 295/13). Cf., ci-dessus, p. 194.
27. S'il y a correspondance de príncipe entre les « moments » de SyStbme 30. Ph. G., 562/33 (II 310/23).
252 RE TOUR AU SENS PHEr,d)MÉNOLOGIE ET SYSTLVIE 253

total, plus prégnant, plus adéquat á sa véritable richesse, ses déterminités : « C'est une des connaissances les plus impor-
ou : puisqu'ii s'accomplit dans l'éther du pur savoir, en suppri- tantes que de pénétrer et de retenir fermement cette nature des
mant le temps et la muitiplicité sensible, c'est qu'il échappe au déterminations de la réflexion considérécs, selon
foisonnement du vécu pour se poser dans la pauvreté de son vérité n'est que dans leur rapport mutuel, et consiste done ene ce
abstraction logique. En fait, les concepts de !richesse et de pau- que chacune contiene les autres dans son concept ; sans cette
vreté sont ice sans fondement cornme sans application ; depuis connaissance, on ne pent faire proprement parler aucun pas
la premiare attitude de la conscience jusqu'au triple syllogisme en philosophie ". » II est vrai, cette formule est tras générale,
qui, au terme de rEncyclopédie, tente d'exprimer le sens ultime et sa portée dépasse le cas privilégié de la Logique pour s'appli-
du Systéme, l'Esprit ne cesse en effet d'étre lá, rannifestant sa quer á toute réflexion philosophique, et done aussi á la Phé-
richesse sous des modalités diverses, et ,invitant á la pauvreté de noménologie ; en effet, dans cette wuvre également, ainsi qu'il
l'accueil dans la reconnaissance de sa présence. a été longuement souligné dans la premiare partie de cette étude,
Aprés avoir ainsi souligné ridentité chi contenu, Hegel revient c'est la présence du Tont en chaque figure déterminée qui
sur la différence radicale qui existe entre l'un et l'autre de ces constitue Pauto-mouvement contenu, et fonde par conséquent
registres d'expression : « Connaltre les purs concepts de la la « méthode » de rceuvre entendue comme la nécessité de sa
Science dans cette forme de figures de la conscience constitue le progression scientifique ; mais cette présence, alors, est eneore
cáté de leur réalité selon lequel leur essence, le concept, qui en voilée á la conscience, laquelle demeure immergée dans ratten- •
elle [= dans la Science] est posé dans sa médiatton simple tion !exclusive á l'un des aspects du syllogisme total : par. exemple,
comme pensée, décompose les moments de cette médiation et se • dans le Jugement infini, c'est la pure identité positive du Je et
présente selon ropposition interne ". » Autrement dit : dans la de l'étre qui s'impose á elle, de sorte qu'elle est incapable, dans
Logique, chaque déterminité simple du concept est saisie comme l'instant, de penser la liberté de son objet ; pour cela, il luí *misira
la présence totale de ce concept, et chaque moment immédiat, auparavant laisser venir au jour, dans une unilatéraüté sem-
ainsi que nous l'avons déjá lu plus haut, est riche de la médiafion ' blable, le moment de la différence et de la contradiction (Utilité), •
totale du concept par rapport á lui-intime ; au contraire, dans jusqu'l ce que ces moments divers fassent retour dans le Je
la Phénor~logie, chaque figure, paree qu'elle exprime le spirituel commc dans leur fondement simple (Conscienc morale). '.
, concept en son extériorité, apparait á la conscience comme exté- Et ce qui vaut ici au plan général de l'Esprit dans la conscience
rieure aux autres figures. Par exemple, le chapitre second du , s'applique pareillernent á chacune des dialectiques qui composent
deuxiame livre de la Logique, « Les essentialités ou les déter- -, • ce mouvement total : c'est seulernent comme Tout organiqpe
minations de la réflexion », décrit le processus de la mani- • que les unités de la Phénoménologie peuvent correspondre añx
festation de ressence selon les ¿tapes essentielies de son dévelop- pares déterminités logiques.
pement : Identité, Différence (Différence absolue, Diversité, Dans la préface, Hegel exprime á nouveau, en utilisant
Opposition), Contradiction, et montre son accomplissement • autre vocabulaire, cette différence á rintérieur de l'identité qui
dans la catégorie du Grund, du Fondement ; mais chacune de ces existe entre les deux ezuvres. Il soulig,ne tout d'abord ce qu'est
¿tapes, loin de s'opposer aux autres ¿tapes comme un moment le savoir philosophique comete tel, dans sa pure détermination : •
á un ante, les contient toutes de'fagon explicite : ainsi, C'est dans cette nature de ce qui est d'étre dans son &re ,son
tité n'est pas l'affirmation de ressenee dans sa positivité uni- concept que consiste en général la nécessité Logique ; elle !seule
latérale, mais elle est « rimmédiateté simple comme immédiateté est le rationnel et le rythme du Tout organique, elle est aussi
sursumée. Sa négativité est son atre ; elle est égale á. soi-méme bien savoir du contenu que le contenu est concept et essencet--•
dans sa pure négativité '. » Autrement dit, sous la forme apaisée ou elle seule est le spéculatif ", » Voilá qui vous situe dans l'uni-
de l'identité, la différence et la contradiction sont clé.já présentes vers de la Science accomplie comme Science ; et c'est encoré á.
et reconnues comme telles. Réfléchissant, dans une note placée ce niveau qu'il faut lire l'affirmation suivante, dans laquelle pour-
á la fin du chapitre, sur cette « Unité du positif et du négatif tant le tenme de Gestalt evoque pour sa part le rapport entre
Hegel fera la théorie de cette présence du concept en chacune de ce mouvement logique et le devenir de la, conscience :

31. Ph. G., 562/35 (II 310/25). 33. Logik, II 56/24.


32. Logik, II 26/6. 34. Ph. G., 47/11 (I 49/26).
254 RETOUR AU SENS PHIINOMÉNOLOGIE ET SYSTÉME 255

figure concréte, se mouvant soi-mame, fait de soi une déterminité diennc, — mieux, de la poser, dans sa contingence mame, á
simple ; par a elle s'élave á la forme logique et est dans son partir de lui-méme.
essentialité ; son étre-lá concret n'est que ce mouvement et est
immédiatement étre-lá logique. Il n'est done-pes nécessaire d'ap-
pliquer de rextérieur le contenu concret au formalisme ; le
contenu est en lui-méme le [mouvement del passer dans le for- III. L'EXTÉRIORISATION DE L'ESPRIT :
malisme, mais celui-ci cesse [alorsl d'are ce formatisme exté- POSITION NOUVELLE DE LA PINOIVIÉNAL11—
rieur, parte que la forme est le devenir intrinsaque du contenu
concret mame ". » Ce qui ne signifie pas que chaque figure de
la consciente, prise en elle-méme, puisse étre élevée á une déter- La Science contient en elle-mame cette nécessité de is'exté-.
rninité logique, mais bien pinten qu'elle' exprime, dans son mou- rioriser de la forme du pur concept, et le passage du concept
vement: (et done dans sa relation avec' d'autres figures), ce que dans la conscience". } En effet, sous peine de in'étre qu'uu pur
les pures déterminations, du concept expriment en elles-mames. intérieur évanescent, le Savoir doit fraduire dans l'effectivité ce
Pas , plus dans la Phénoménologie que dans la Logique, bien qu'il est devenu (car une profondeur inexprimablé serait une •
sous une forme différente, la forme ne peut étre extérieure profondeur vide) ; et il ne le peut qu'en laissant ce Savoir
au mouvement du contenu : elle est toujours présence totale du se déployer dans l'extériorité de la conscience, paree que.
dynamisme de l'Esprit, — ici dans la plénitude de son étre-lá 1
ce n'est qu'en ne craignant poiat de se risquer lui-méme dans
reconnu colme tel, et lá dans la disjonction de ses moments l'extériorité objective que le concept manifeste étre vraiment
successifs. En un sens done, Hegel, aprés la Phénoménologie, totalité, ayant assumé tout le sens et le poids de cene objectivité.
n'aura rien de nouveau á dire, -- bien que la totalité du contenu Com-tent cela s'exprime-t-il ? En ce que l'Esprit accompli
qu'elle déploie et le sens du mouvement gráce auquel elle l'en- 1 comme Esprit rejoint, dans sa simplicité acquise, et sous une
gendre exigent impérieusement la retaductión de ce qui est forme désormais consciente et pleinement objective, i'égalité
:•acquis dans un « Systérne » plus adéquat á l'expression du véritabie par rapport á soi que traduisait déjá, sous une modalité
Tout comete Tout : « L'originalité de la Phénórnénologie, parmi non développée, l'attitude de la conscience immédiate : « L'Ese
tous les ouvrages philosophicines, est de ne livrer ainsi son prit qui se sait soi-méme, justement paree qu'il saisit son concept,
idée " que comme - simple et double á la fois, laissant tout á est régalité immédiate avec soi-méme, qui, dans. Sa diffétence,
dire sous une forme nouvelle dans " Science ", sans pourtant est la certitude de l'immédiat, en la Consciente sensible, — le
_rien iaisser qui n'ait déjá, été dit, mais á un lecteur en qui. n'était commencement dont nous sommes paros 4°. » tour l'Esprit,
pas encore suscité le pouvoir de le saisir dans sa radicale « saisir son concept », c'est en effet appréhender, dans son éga-7
unté 38. 3. lité avec soi-mame, la « différence » par rapport á lui-méme qui
Au tenue, le lecteur qui a expérimenté á son véritable niveau s'est affirmée tout au long de son engendrement, et que la figure
ce chemin du doute » i ou plus exactement du « désespoir », initiale, avec son unique certitude différenciée (robjet'et le Zfe'),
qui a perdu ses fausses certitudes, irnmédiates, devenant capable présente sous sa forme la plus simple et la plus inaédiate. En
de saisir le sens unitaire de l'euVre, volt s'ouvrir devant lui ce se déterdnant ainsi dans une égalité effective avec l'attitude la
-f:rciyaunle natal de la véritd » dbs longtemps pressenti°. Ce plus pauvre á laquelle il dut s'arracher pour se cultiver jusqu'k.
oyaume —et c'est lit la deraihre étape qu'il nous faut franchir la •pleine possession de lui-mame, l'Esprit prouve définitivement
pour faire pleinement « retour au sens c'est, ainsi que le n'est pas prisonnier de quelque richesse illusoire. : « Cet
diront les derniers paragraphes du livre, le royaume de la affranchissement de soi hors de la forme de son Soi est la liberté
liberté ; liberté qui consiste dans la possibilité effective, pour et la sécurité suprémes de son savoir de soi". » • 1 ,
l'Esprit, de faire retour á la phénoménalité de l'existence quoti- Que signifie un tel retour á la certitude sensible ? On pourrait
penser qu'II s'agit lá de la conclusion du « cercle qui, • seul,.
35.Ph. G., 47/16 (I 49/31). Cf. un texte assez proche de celui-cl, au terme
de la section « Esprit » : ci-dessus, pp. 142-143. 39.Ph. G., 563/1 (II 311/3).
36.L Gativin, Le Sens et son phénomane, Hegel-Studien, lit, p. 270. 40.Ph. G., 563/3 (II 311/5).
37.Ph. G., 67/16 (I 69/17). 41.Ph. G., 563/8 (II 311/9).
38.Ph. G., 134/6 (I 146/6).
256 RET01111 AU SENS PHÉNOMÉNOLOGIE El' SYSTEME . 257
ainsi que le dit la Préface en un texte déjá evoqué, peut exprimer dire que c'est la liberté de l'objet qui est la plus importante, en
adéquatement le Vrai : celui-ci n'est-il pas « le devenir de soi- ce qu'elle conditionne celle da sujet spirituel ; 'eap c'est l'objet
m'eme, le cercle qui présuppose et a pour commencement sa fin qui, dans la Phénoménologie, fait probleme, c'est lui qui s'impose
comme son but, et qui n'est effectif que par l'accomplissement á la consciente et commande son développement, c'est lui qu'elle
(Ausführung) et sa fin » ? En revenant ici á son point de doit como-prendre pour reconnaitre en sa stracture cela ménie
départ, l'Esprit qui se sait soi-méme manifeste done qu'il assume qu'elle est pour sa part : auto-mouvement, pouvoir d'accomplis-
le chemin de son propre engendrement; en commeneant de par- sement et de négativité. A.utrement dit, cela ainsi. que
courir a nouveau les moments qu'en luilméme il distingue et nous l'avons vu dans la premilre partie du Savoir absolu, que le
réunit. Mais .au vrai, ce dont il s'agit, ce n'est point d'un nou- subjectif en vienne á confesser l'objeclif comme subjectif selon
veau parcours á opérer, — car la Philósophie n'est pas cyclique, les trois moments qui déterminent cette réalité objective.
et ne se répéte pas dans une identité parfaite soi (puisque son Cette liberté nouvelle reconnue au monde, c'est done la pierre
mouvement circulaire ne peut étre separé du progres linéaire de touche et comme la preuve de la vérité du mouvement accom-
qu'elle fait opérer á la pensée et l'expérience) ; ce qui est pli. II y faut un renoncement de l'Esprit á son intériorité pure,
souligné, c'est bien plut6t. « la liberté et la sécurité suprémes » et le a calvaire » qui l'arrache á Fillusion de son Idéalisme
que l'Esprit a acquises, et qui lui permettent de ne plus se definir abstrait : « Le savoir ne se connait pas seulement soi, mais aussi
par opposition á Fobjet du savoir : l'Esprit se sait comme Esprit le négatif de sol-méme ou sa limite.. Savoir sa limite signitie
jusque dans l'attitude de la conscience, — et, comme au terme savoir se sacrifier ". » Ainsi se trouve redécouverte., et definí-
des trois figures remarquables, mais plus encore qu'alors, cette tivenaent fondee, á partir du savoir philosophique, l'existence la
mention manifeste que le résultat se pose dans sa, vérité (comme plus irtumédiate, la plus quotidienne. Paradoxe fécond que ce
totalité désormais, et non plus en ses moments successifs) en retour á la contingente exige par le déploiement //lame de
se reposant en son origine. l'intelligence conceptuelle : « Ce sacrifice, poursuit Hegel, est
Lt sembie que tout sois dit en ce mouvement : que pourrait-il l'extériorisation dans laquelle l'Esprit presente son depenir-Espdt
Tavoir en effet aa-delá ou en sus de cette « liberté supréme ? (sein Werden zum Geiste) dans la forme du librei:événement
« Pourtant, poursuit Hegel, cede extériorisation est encore c"ntingent, itituitionnant son pur Soi comme le temps en dehore
imparfaite 43. » Mais en quoi done ? 11 est exact que l'Esprit de lui, et pareillement son are comme espace., 46 » Espace et
prouve sa liberté totale a Fegard de lui-méme en exposant au temps, ce sont lá les catégories fondamentales de toute effecti-
jeu de la différence et de l'extériorité la certitude de lui-méme vité ; ce sont elles déjá qui, Bous les modalites de l'ici et du
qu'il a acquise ; mais cette extériorisation n'est totale que si maintenant, structuraient la toute prerniere expérience de la
l'Esprit, dans l'instant oú il se livre á l'entre, le considere vrai- consciente (c'est-á-dire la toute premiere effectivité de l'Esprit) " ;
ment comme autre ; c'est dire que l'Esprit, finalement, n'engage et ce sont elles encore qui, dans l'équation totale du Systeme,
et ne joue sa propre_liberté qu'á la mesure de la liberté qu'il definir' ont les elements dans iesquels l'Esprit s'apparait comme
reconnait au monde auqueleil, sé livre ; or l'extériorisation gráce extériorité véritable, c'est-á-dire comme liberté ", Ii na s'agit
á laquelle rejoint la détermination de la conscience sensible point lá, á la maniere kantienne, des cadres vides de. toute aper-
exprime le rapport de la certitude de soi-mérale á l'objet, qui, ception possible, mais de ce qui, essentiel d l'objet en sa deter-
justement paree qu'il [= l'objet] est dans le rapport, n'a pas minado/1 de lui-méme, le définit dans sa liberté propre. Liberté
gagne sa pleine liberté « Mais si l'Esprit, negligeant cede qui, 11 va de soi, ne peut plus se definir par opposition á celle du
liberté de son objet, cherche á s'en tenis á sa propre liberté (qu'il Soi; puisqu'elle est constituée par l'exteriodsation de ce Soi ; si
a acquise en gagnant la forme du Soi) et á se fixer sur elle, il
manifeste alors qu'il demeure prisonnier d'un Idéalisme abstrait; 45.Ph. G., 563/14 (II 311/15). Affirmation qui1 ne faut voint entendre
selon les Mis d'une pure logique quantitative : la « limite », ce n'esit ,pas
lequel est, nous le savons, le pire danger auquel la Philosophie d'abord ce qui circonscrit une réalité, en s'appliquant á elle de l'extérilur,
se trouve affrontée en 1807. Au contraire, ces deux libertes doi- mais ce qui, ceextensif á cette retinte, la determine en !out ce qu'elle est
(Loglk, 1 113/22-27). Sur la différence entre cette limite qualitative et
vent &re posees tout á la fois, et l'une par l'autre. Mieux, il faut limite quantitative, cf. Ibld., 178 Antaerkung). La liberté de l'objet, loin 'de
nier la liberté du Soi, est au contraire ce qui assure son effectivite.
46.Ph. G., 563/17 (II 311/17).
42.Ph. G., 20/16 (I 18/7). 47.Ph. O., 81/16 (I 83/24).
43.Ph. G., 563/11 (I1 311/12). 48.Ene., §5 254 ct 257, au debut de la Plillosephie de lá Nature.
44.Ph. G., 563/11 (II 311/12). 17
258 RETOUR AU SENS PHISOMÉNOLOGIE ET SYSTIME 259

le logique, ainsi qu'il a été souligné, n'est:;nutre que le ehrono- [une lente] succession d'esprits », -c!est-á-dire de figuks histo-
logique compris, celui-ci, en retocar, sente en son exté- riques, — « une galerie d'images dont chacune. est dotée de la
riorité mame, comme le mouvement auquel le concept richcsse totale de i'Esprit " ». Ce sont lá les étapes de l'affirma-
s'affirme comme concept : c'est pourqui2: espace et le temps tion du concept que le second temps du Savoir absolu a exposées
ne sant autres, pour l'Esprit, que son 4 rlEsprit. dans leur succession signifiante ; c'est done du processus de la
Pourtant, il ne faut point ici bruler les; pes, ni parvenir top Culture qu'il s'agit ici, du mouvement gráce auquel lé Soi absolu;
vite á une réconciliation entre le déploiement du concept et rim- travers les déterminations des époques historiques et de leur
prévisible surgissement de la phénoménalité. est vrai que cette traduction dans des systémes de pensée, a pénétré .peu á peu
unité se trouve désormais acquise, elle ne l'est que' comme une toute la richesse de la substance du monde : lente succession
certitude qui doit s'accomplir elle-méme en vérité, et passer, pour de figures historiques, qui apparaissent et disparaissent, et dont
cela, par les longs chemins d'une négatidn effective. Autrement la sigaification ne s'impose, précisément, qu'á rinstant de .leur l,
dit, rextériorisation de 1'Esprit n'cst pas ün faux-semblant, et il disparition, lorsque le mouvement qu'elles expriment se trouve
lui faut réellement se perdre en ce mouvement, sans aucune confié á l'intériorité du souvenir ". Car zulle expérience ne som-
assurance ; et s'il surgit á nouveau de ce devenir, dans la pléni- bre totalement, et chacune, er sa disparition méme, rilse en
tude retrouvée de son existence comme sujet, ce ne peut étre vérité sur la détermination nouvelle que revét le monde á chaqiie
qu'au-delá d'une double négation qui Patache radicalement á épcque de son devenir : « Dans sa concentration en soi "
lui-méme, — qu'il s'agisse de son devenir immédiat, inconscient, [= i'Esprit] s'est abimé dans la nuit de sas‘conscience de soi,
lié á rexpansion du mouvement de la vie (espace, Nature), ou de mais son étre-lá disparu est conservé en elle [ = en cette nuit] ;
son devenir conscient, spirituel, et se médiatisant lui-méme et cet étre-lá sursumé, — le précédent, mais nouvellement né
(temps, Histoire) : a Ce devenir sien ]=-- raspect du devenir de du savoir, — est le nouvel étre-lá, un nouveau monde et [une
l'Esprit qui vient d'étre evoque en dernier], la Nature, est son nouvelle] figure spirituelle ". » Paradoxe vrai, sur legue' repose
devenir vivan[ inamédiat ; elle; l'Esprit extériorisé, n'est, dans son toute la Phénoménologie : la disparition d'une figure en son
rien d'autre qüe cette éternelle extériorisation de son effectivité historique est identiquement sa naissance nouvelle
subsister et le mouvement qui rétablit le sujet. Mais l'autre cóté dans la vérité du savoir ; c'est pourquoi, alors que l'indiVidu doit
de son devenir, l'Histoire, est le devenir qui sait, [le devenir] qui consentir sans cesse á la perte de son monde et s'ouvrir á une
se' médiatise — l'Esprit extériorisé dans le temps • mais cette expérience toujours neuve, nous savons que la vérité éprouvée
extériorisation est aussi bien rextériorisation d'elie-méme ; le est recueillie dans le mouvement de la Culture, et que le savoir
négatif est le négatif de soi-ménie véritable grandit au rythme de ces découvertes apparensnent dis-
Double affirmadon, par. conséquent : celle d'une extériorisa- jointes « Si done cet esprit, paraissant partir (ausgehen) séu-
toin.effective de. l'Esprit par rapport á lui-méme, et cene du lement de soi; recommence sa culture depuis le début, pourtant
mouvement de négation qui entrame cette réalité extérieure, et en méme temps c'est sur un plus haut degré qu'il commence. Le
qui doit restituer 1'Esprit á luianakme ; et cela sous l'une et rait- royaume des esprits qui, de cette maniere, s'est cultivé (gebildet)
tre des modalités que sont l'exis -tence concrete comme Nature dans rétre-lá, constitue une succession dans laqUelle un [esprit]
et comme Histoire. Mais le dernier• aspect (celui du mouvement a remplacé l'autre, et chacun a pris de son prédécesseur le
de négation de rextériorité) fait que le second type d'effeetivité, royaume du monde ". » Aafirmation que reprendra la préface,
celui qui s'exprime dans une Histoire, se trouve privilégié par et sous une forme tés concrete : « Nous voyons, dans la consi-
rapport au premier, puisque c'est en lui que se définit le « sens dération des connaissances, que ce qui, dans des époques anté-
spirituel du monde. En effet, si ron parle en toute rigueur de rieures, occupait l'esprit múri des hommes, est rabaissé á des
termes, il faudrait dire que la Nature n'a pas d' « histoire », et
que le mouvement de son devenir n'est perceptible qu'á travers 50.Ph. G., 563/30 (II 311/29).
Si.Ph. G., 563/39 (11 312/6).
sa réassomption dans l'élément temporel : c'est pourquoi seul ce 52.Insichgehen. C'est le terme , du mouvement gráce auquel le Soi de
mouvement se trouve ici défini tout au long, l'Esprit, en s'assimilaat la substance du monde, i'ordonne en vérité autour
d'un centre signifiant, et, pat lá, s'affirme lui-méme dans son intérlorité authen-
Nous savons en quoi il consiste : en un « mouvement lent et tique.
53.Ph. G., 563/39 (II 312/6).
49. Ph. G., 563/21 (II 311/21).
54.Ph. G., 564/10 (II 312/17).
RETOUR AU SENS PliENoNuSoLoGIE IiT 261
260
connaissances, exercices et mame jeux de renfance, et, dans la subsister l'histoire ea son uspcct de contingenee, c'est lui qui
progression pédagoffinue, nous reconnaissons rhistoire de la l'exige et la posea nouveau : a Leur conservation conser-
culture du monde comme esquissée en ombres chinoises ". vation des esprits teas qu'ils sont en eux-mlmesi, selon le c8té
Une telle « somme » des figures historiques, recueillies et de leur étre-lá libre se manifestant dans la forme de la Confin--;
conservées au plan de leur signification, voilá ce qui, compás gene, est l'histoire (Geschichte), mais selon le bóté de leur
par le philosophe, permet á rEspiit du monde, en 1807, de organisation conque [elle est] la Science du savoir se munifestant ;
' mer en yérité : car « le but [de cette succession] est la les deux ensemble, l'histoire conque, forment (bilden) le souvenir
s'affir intériorisant et le calvaire de l'Esprit absolu, l'effectivité, vérité
révélation de la profondeur, et celle-ci est le; oncept absolu" ».
Affirmation limpide, et qui seule done 'son. sens au devenir qui et certitude de son tróne, sans lequel il serait la solitude sans vie ;
vient d'étre rappelé ; mais il ne faut pas que sa force, s'impo- seulement,
sant sous mode encore immédiat, en viene á absorber le pro- •llors du cauce de ce royaume des esprits
cessus de.son propre surgissement, en nivelant á trop bou comete écume póur lid son infinité". »
les contradictions qui s'y font jour ; c'est pourquoi Hegel, dans
ces derniares ligues du Savoir absolu, insiste á nouveau sur la La Science, ainsi que nous le savons, n'est rien d'autre que
négation qui s'engendre de la positivité du savoir (et qui la « histoire conque », — puisque le logique est le chronologique'
constitue comme telle),, et sur ropacité d'une histoire qui pionge Mais cette saisie conceptuelle du devenir- historique,
pourtant ses racines dans la clarté du concept : « Cette révéla- cette révélation du « seas », s'oparent au travers .crune tension,
tion est par e,onséquent le sursumer de sa profondeur [e-= de la qui ne peut aire dépassée, entre l'opacité de ce qui sur-vient et
profondeur du concept] ou son extension, la négativité de ce Se l'effort d'intelligence que le philosophe déploie á propos de ce
étant-en-soi (dieses insichseienden Ich), [négativité] qui est son donné imprévisible. Le concept de la Philosophie exige done
extériorisadon. ou substance, — et [cette révélation] est son tout á la fois la suppression du temps et sa justification nouvelle :
temps, [qui consiste en ce] que cette extérioriSation s'extériorise car il n'y a d'intelligence du devenir que si la linéarité* qui le
elle-mame, et ainsi dans son extension est aüssi bien dans sa constitue trouve sa négation dans le terme achevé, = maís, 'á
profondeur, [dans] le Soi i7. » l'inverse, ce terme ne peut etre affirmé comme tel que -s'il dis-
Truisme qu'une telle affirmationl: pour que l'Esprit puisse tingue en lui et pose hors de luí les étapes de son engendrement
rassembler ses inóments dispersés, ne faut-il pas en effet que toujours nouveau. Loin de mettre un terme á i'histoire, le Savoir
ceux-ci soient saisis au préalable (comme espace et comme absolu la fonde de la fugan la plus rigoureuse, jusqu'en son mys-
temps) dans leur succession ou leur opposition mutuelle, et tare le plus déconcertant ".
pour que la négation se'redouble, ne faut-il pas d'abord qu'elle
soit prise au sérieux ? Sans denté. Mais il est si fréquent (et 59. Ph. G., 564/24 (II 312/33).
rIdéalisme ambiant, en 1807, én est pour Hegel un exemple 60. On a rappelé ci-dessus la fagon dont Marcuse entend le déploiement de
historie:té 25 dans la Phénoménologie. Les dentares pages de, son étude
párticuliarement frappant) de né pas respecter le monde dans (pp. 347 sq.) donnent l'intetprétation de ce concept tac qu'elle se trouve
son organisation propre et danse son poids réel, qu'il faut sana déterminée á la fin du Savoir absolu. Nous savons déjá pour lui. la
Phénoménologie est á la foil historique et non historique, puisque das ses Pre-
cesse, au nom mame de la rationalité? insister sur la soundssion miers liuéaments la pura successivité est assumé,e dans 1' « unté unifiante »
nacessaire á ce qui apparait comme itradonnel : a Le but, écrit de l'Esprit qui se révale : c'est cela précisément, poursuit Marcuse; qui
ici Hegel, le Savoir absolu, ou rEsprit se sachant comme Esprit, apparait en pleine lumiare au tenue de l'ceuvre. 11 devient alors évident, en
effet, que l'Esprit absolu, dans son savoir de lui-méme, demeure á déperidant »
a comme voie d'accas (zu seinem Wege) le souvenir intériorisant de cette histoire qui l'amena au jour (p. 351) : « histoire de l'Esprit »
(Erinnerung) des esprits, comme ils sant en eux-mérnes et proprement dite, et a histoire de la Vie » qui se présuppose en elle sdus
mode inachevé. L'Esprit absolu a doit done contenir le temps en luí-mame »
[comme] ils accomplissent l'organisation de leur royaume ". (p. 352), et il l'inclut comme sa propre négativité immanente (pp. 358-359) ;
Autrement dit, loin que le mouvement du concept ne laisse pas 'Infla ce qu'exprime la nécessaire Entliusserung dont parlent les derniets para-
graphes du Savoir absolu : non pas que l'Esprit puisse jamaiS « livrer á
Phistoricité » ce qu'il est en soi, mais h lui faut s'abandonner de nouveau á
27/10 (I '26/17).
53. Ph. G., son mouvement s'il veut devenir pour soi ce qu'il est en vérité (p. 353).
564/16 (II 312/22). C'est pourquoi l'Esprit déploie á nouveau l'histoire. Mais paree que ce
56. Ph. G., déploiement ne, peut plus Parracher á ce qu'il est devenu, Ion peut dire que
564/18 (II 312/24).
57. Ph. G.,
564/23 (II 31242). Le dernier soulignement n'est pas dans le
58. Ph. G., cette nouvelle histoire se présente comme une succession .« immobfie
(p. 354). Paradoxe, bien saz-, que cette Ziveideutigkeit der Geschichte (tbid.);
texto de Hegel.
262 RETOUR AU SENS PIIIINOMÉNOLOGIE ET SYSTblE 263

Cette résurgence du négatif, Hegel l'evoque ici en termes Logique dans la Nature et dans l'Esprit fait-elle pleinement droit
religieux. « La vie de Dieu et le connaitre divin, écrira-t-il pareil- á la contingente dans laquelle le concept (puisqu'il est histoire
lement dans la préface, peuvent bien étre exprimées comme un concue) n'est qu'un intérieur vide ? L'étude presente est trop
jeu de l'amour avec soi-méme ; cette idée sombre dans l'édifica- strictement limitée pour permettre de répondre á ces questions ;
tion et méme dans la fadeur lorsque manquent en elle le sérieux, mais elle ne peut éviter de les poser. Ii n'est pás sfir que le
la douleur, la patience et le travail du négatif 61,. » C'est pourquoi déploiement de la Science dans ses déterminités pures accom-
la mention du « calvaire de l'Esprit absolu » revét ici une telle plisse vraiment tout ce qu'implique le mouvement de la Phého- •
force : ce n'est qu'en se- livrant á la contingence et au sérieux ménologie, et ne laissc pas dans l'ombre une part des ricliesses
d'une histoire concréte, laquelle n'est aucuñement déterminée entrevues. Ti se peut, par conséquent, que. bien des questions
d'avance, que l'Esprit se révéle comme le Soi absolu, capable ici soulevées ne trouvent pas pleinement leur réponse dans les
de pénétrer et d'assumer la substance effective du monde ; seuls ceuvres portérieures, de sorte que, aujourd'hui encore, nous
ce « calvaire » et cette mort sont la preuve de son « infinité » aurions toujours avantage á revenir par priorité á ce premier
réelle. Mais si la Philosophie emprunte ici un vocabulaire reli- ouvrage oil la pensée de Hegel, plus bouillonnante, demeure
gieux, elle le fait en levant les ambiguités dont il demeure affecté encore chargée de toutes ses potentialités : « -L'idée de la Phé-
en lui-méme ; en effet, alors que l'objet de la Religion se trouve noménologie, a-t-on écrit excellemment, est une pensée avec
surdéterminé par l'Absolu qui se révéle en lui, et demeure par lá laquelle Hegel, depuis les premilres années de Jena jusqu' la fin
en dépendance étroite d'une forme représentative qui supprime la de sa vie, a toujours lutté de nouveau. L'ceuvre dans laquelle
liberté de son surgissement imprévisible, il est maintenant essen- Hegel voulait déployer cette pensée, la Phénoménelogie, est tou-
tiel de laisser ce méme objet se déployer selon son rythme propre, jours demeurée problématique quant á sa position et á sa situa-
dans l'extériorité effective de rexistence « naturelle » et « his- tion dans l'ensemble du SystIme. Des pensées qui ne pouvaient
torique " D. pas étre élaborées de L'Ion univoque et conséquentc, mais autour
Le SystIme á venir développera cette exigente: C'est du moins desquelles un penseur, sa vie durant, a lutté, ne sont assurément
ce. que l'on est en droit d'attendre, s'il est vrai qu'il doit mettre pas les plus mauvaises pensées ". »
en ceuvre le concept de la Philosophie tel que ces dernilres pages
du Savoir absolu viennent de le dégáger dans sa pureté. Mais en
fait, dans le syllogisme total de ce SystIme, rextériorisation de la

c'est lui qu'exprime Hegel dans la formule fameuse : die begriffne Geschichte.
Nul dente que Marcuse, dans le commentaire qu'il climne de cette formule,
n'insiste de• fagon privilégiée sur l'aspect de conceptualisation déla opérée
(p. 362) Der Geist weiss, dass film in der Geschichte nichts geschehen
kann, dass er in D..r immer nur bel sich selbst bleibt, — und so lüsst er sich
in der Geschichte geschehen » (p. 354). Mais s'il est vrai que le temps n'est
plus extériorité pure (ce qu'il n'a d'ailleurs jamais éto et s'il est désormais,
selon une excelente formule du mame Marcuse, « die erinnernde und erinnerte
Zeit » (p. 362), reste qu'il est ce en quoi l'Esprit se aacrifie réellement en se
reconnaissant lui-méme dans une extériorité parfaitentent libre. C'est cet
aspect tout aussi essentiel, et moins souvent souligné, que l'en a voulu avant
tout mettre leí en Ituuíére : il n'est d'ailleurs pas absent de la perspective
de Marcuse lui-méme (pp. 359-360).
61. Ph. G., 20/20 (1 18/11).
62. Cf., chdessus, p. 192, notes 15 et 16. Dans cette liberté véritable de
I'existence naturelle et historique sont ainsi dépassées respectivement les deux
limitations représentatives dont demeurait grevé le contenu absolu présent
dans la figure du Christ : d'une part l'aspect selon lequel la surdétermination
de son existente singuliére par 1'Absolu faisait de celle-ci une réalité e trans-
parente », non pleinement libre dans l'espace ; d'autre part l'aspect selon legue'
son extériorité temporelle par rapport h la consciente croyante laissait cette
dernare á rabstraction d'une réconciliation non encore opérée. Ou encere :
d'une part absence de contingence dans le déroulement de rexistence du Christ,
et d'entre part absence de conceptualisation historique de ce qui fut réalisé
en lui. 63. 0. Peggeler, loc. cit., p. 294 (trad., p. 235).
CONCLUSION

« La Phénoménologie de l'Esprit doit procéder á la fondation


du savoir, en prenant la place des explications psychologiques,
ou encore des débats plus abstraits. Elle envisage la préparation
• á la Science d'un point de vue qui fait d'elle une nouvelle, int&
ressante, et la premiare science de la philosophie. » Ce texte,
extrait de la feuille de presentation d'octobre 1807, et qui a
déjá été cité au debut de ces pages, manifeste la consciente
qu'avait Hegel, son ceuvre aehevée, de la nouveauté. qui étant
sienne, et de l'importance qu'elle pouvait revétir au regard d'une
.reflexion philosophique á la recherche de voies nouvelles, face au
- monde nouveau qui venait de surgir. Sans doute, la Phénonténo-
logie ne représente que le premier état de la pensée de Hegel,
étant bien, pour une part, cette préparation á la Science »
qu'evoque le texte leí rappelé pourtant, le déploiement de cette.
« Science » (tel qu'U se trouve operé dans l'Eneyclopédie) laisse
subsister les questions qu'elle nous pose ; et ji est peutlétre sigui-
. ficatif que Hegel, quelques mois avant sa mort, ait .éprouyé le
beioin de reprendre cette euvre et d'en corriger les premies
pages, dans le dessein d'en préparer une nouvelle édition.
S'exprimer de la sorte, ce n'est point Ceder au mirage des
commeneements enchanteurs. Ce qui fait la valeur de la Phéno-
' ménologle, ce n'est point le simple fait qu'elle soit la premiare
grande (envie de Hegel. Sans doute, pour Hegel plus que pour
un autre philosophe, on peut dire et on doit dire que le Tout de
sa pensée est reconnaissable das ses premiers linéaments ; anal
cette « reconnaissance », précisément, passe par le long Chemin
de la culture et par le lent devenir de la conscience, la circularite
da mouvement de la pensée exige son déploiement línéaire, et
ce n'est qu'au terme du parcours qu'on saisit l'identité da prin.-
• 1. cipe et du but. On peut done dice, si l'on veut, que Hegel passa
son. temps, apras 1807, á expliciter ce qu'il avait déjá mis dans
la Totalite non développée de l'en-soi, mais it faut ajouter ausSi-
tíit que, en un sens tras réel, cette explicitation a representé un
progrés authentique de cette pensée.
Non, ce n'est pas paree qu'elle est la premiare ceuvre. de Hegel

j1
^1
266 RETOUR AU SENS
CONCLUSION 267
que la Phénoménologie s'impose encore á mitre attention : c'est taphore, luscm'á confesser en elle une expression possible du
en vertu de sa valeur intrinséque, et á cause de la richesse singu- mouvement général de rceuvre : la Phénoménologie ne se peé-
liére de son contenu. Peut-étre méme faut-il dire, comme Hegel le sente-t-elle pas comme une sorte de Symphonie concertante,
confessait lui-méme á ses amis (et pas seulement par coquetterie dans laquelle le soliste, c'est-á-dire l'Esprit qui se révéle, pénétre
d'auteur) que cette richesse n'cst pas toujours pleinement mai- peu á peu, pour se l'assimiler, la substance sonore gráce á la-,
trisée ainsi l'étude presente a-t-elle souligné la non-concordance quelle il va construire et manifester l'harmonie profonde de ibut.
de fait entre certaines indications structurelles, fournies par l'au- le réel ?
teur comme une sorte de prograrnmation de ce qu'il entend réa- Ce terme d' a harmonie » convient en effet au type de récon-
liser, et les corrélations effectives des figures et des moments ; ciliation qu'opére l'Esprit á toutes les étapes de son développe.,
mais ce fait méme rehausse encore l'intérét de rceuvre, puisqu'il ment. Déjá, au plan le plus élémentaire, qui est celui de la pro-
manifeste qu'en elle jamais un schame Ostrait ne prévaut contre position en général (ou du jugement identique), le sens s'exprinie
la loi de la réalité fidale á la a méthode dialectique », telie comete rharmonie des termes que distingue et sépare la struc,
qu'á sa. suite no