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Les Chemins de la philosophie – France culture

Peut-on vivre « sans foi ni loi » ?

Introduction

- Analyse du sujet
Les notions présentes : la justice et le droit, la morale, la religion, la politique, autrui,
la liberté, le bonheur.
Remarque de méthode : Il faut d’emblée éviter le piège qui consisterait à définir
séparément les notions de foi et de loi. Cela viendra par la suite au cours du
développement. Ce qui est en jeu, c’est le sens philosophique de l’expression « sans foi
ni loi » elle-même. Or ce sens ne va pas de soi.
Sens de la question : On emploie souvent l’expression « sans foi ni loi » pour
désigner des individus sans scrupule ni morale, prêts à toutes les exactions pour leur
intérêt ou leur profit personnel, menaçant l’ordre social. Quelqu’un « sans foi ni loi » est
quelqu’un qui ne croit en rien, qui ne respecte aucune loi, refuse en réalité de se
soumettre à quelque autorité que ce soit : ni autorité religieuse, ni autorité politique. Or
ces deux autorités ne sont-elles pas celles qui, traditionnellement, permettent de former
une société ? Nous nous rassemblons, convaincus de partager un destin commun, avec
ceux qui vivent sur le même territoire que nous, partagent souvent la même culture, et
qui ont une même conception du sens de l’existence. Avoir une foi et une loi, c’est en un
mot rendre possible la vie en société avec autrui.
Mais ce n’est pas là le seul sens de cette expression. En effet, nous ne pouvons être
heureux que si nous décidons par nous-mêmes ce que nous voulons être et ce que nous
voulons faire : en un mot, si nous sommes maîtres de nous-mêmes. Dans ce cas, il faut
refuser à tout prix de se soumettre à des autorités politiques et religieuses qui nous
aliènent en nous imposant de vivre selon des règles et des valeurs que nous n’avons pas
choisies. En ce sens, « vivre sans foi ni loi », serait vivre avec la liberté individuelle
comme seul principe et la recherche du bonheur personnel comme seule ambition.

- Formulation du problème
Se demander si l’on peut vivre « sans foi ni loi » revient à se demander dans quelle
mesure nous devons faire primer le souci de l’autre et de l’ordre social sur la recherche
de notre propre bonheur individuel.
Ou bien nous privilégions l’entente avec autrui, nous nous soumettons à des
contraintes sociales pour garantir un ordre social, la stabilité et la sécurité, en postulant
que l’intérêt de la société comme tout prime sur l’individu. Mais cela ne peut se faire
qu’au mépris de notre liberté individuelle, de nos propres désirs et de nos aspirations.
Ou bien, dans une sorte d’individualisme suprême, nous mettons au-dessus de tout
notre quête personnelle de bonheur, et nous refusons toute soumission à des règles
sociales qui brident ou entravent cette quête.
Au fond l’enjeu de cette question est un enjeu moral : Est-ce l’individu qui prime, ou
est-ce la société ? Si c’est la société, alors nous ne pourrions vivre sans foi ni loi : nous
devrions au contraire nous soumettre à un ordre social qui nous dépasse. Notre seul
devoir serait de vivre suivant des valeurs qui nous sont imposées. Si c’est l’individu,
alors vivre sans foi ni loi serait paradoxalement la seule loi qui vaille. Mais dans tous les

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cas il faudra bien trouver un fondement pratique grâce auquel nous pouvons interagir
et construire une vie ensemble.

1e partie. Nous ne pouvons pas vivre sans foi ni loi : Nous en avons besoin de la loi
pour sortir de l’état de nature, et de la foi pour fonder l’idée de justice et donner du sens à
la vie.

a) Idée générale. L’expression « vivre sans foi ni loi » désigne d’abord et avant tout
le refus de se conformer à un ordre et à des valeurs morales qui régulent la vie en
société. Elle désigne des gens qui non seulement vivent en marge de la société, mais en
plus menace son équilibre. Or « vivre » est ici à prendre au sens social : nous cherchons
sans cesse à interagir avec autrui. S’il demeure isolé, l’individu ne peut espérer survivre
bien longtemps. Il faut pouvoir compter sur les autres et instaurer des règles qui
permettent la loyauté, la coopération, la prospérité, et enfin le bonheur !

b) Comment le respect de la loi nous rend-il possible la vie en commun et la


prospérité ?
Hobbes, dans l’Epître dédicatoire du De Cive : « il ne fait aucun doute que ces deux
formules sont vraies : l’homme est un dieu pour l’homme, et l’homme est un loup pour
l’homme ».
C’est la loi, la règle de conduite établie par le souverain et acceptée par tous qui, en
nous donnant des droits, nous fait vivre pareils à des dieux, c’est-à-dire à dépasser notre
état naturel, de prospérer et de cultiver notre humanité et pas simplement survivre,
c’est-à-dire conserver sa vie et assurer ses besoins vitaux. Sans la loi, nous ne pouvons
espérer ni bonheur ni prospérité, mais nous retombons à l’état de nature, un état de
défiance et de rivalité permanente, où nous ne pouvons espérer autre chose qu’une vie
brève, animale et brutale.

c) De même, qu’est-ce que la foi ? Nous pouvons définir ici la foi comme la croyance
en une transcendance, qui donne du sens à la vie. Par la foi, je reconnais que le monde
est constitué selon un ordre préétabli qui me dépasse, et que je dois agir en respectant
cet ordre du monde.
On peut par exemple se référer à la fête de l’Etre suprême, instituée au printemps
1794 pendant la Révolution qui consolide la foi en l’immortalité de l’âme et en une
justice transcendante. Robespierre dans son Rapport des idées religieuses et morales
avec les principes républicains : « Ce qui supplée à l’insuffisance de l’autorité humaine,
c’est le sentiment religieux qu’imprime dans les âmes l’idée d’une sanction donnée aux
préceptes de la morale par une puissance supérieur à l’homme ».
La foi religieuse, grâce à l’espoir d’au-delà et de justice qu’elle nous offre, donne un
sens moral à nos actions. La foi, c’est d’abord la croyance en une justice transcendante.
Nos bonnes comme nos mauvaises actions, même si elles ne sont pas punies ici-bas,
nous sont comptées dans l’au-delà, comme en témoigne l’expression : « il ne l’emportera
pas au paradis ».
- La foi et la loi rendent un avenir possible et pensable, ainsi qu’une existence en
accord avec l’ordre du monde. Ils permettent l’élaboration d’une action complexe, avec
des effets à long terme. C’est en cela qu’ils rendent possible la vie en société.

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d) Transition/problème. La loi et la foi ne sont pas garants du bonheur, mais
simplement d’un ordre moral, c’est-à-dire d’un ordre social implacable qui se construit
sur des valeurs morales et religieuses, régulant la vie publique comme la vie privée, et
auxquelles tout le monde doit se soumettre sans discussion. Cet ordre moral a-t-il
vraiment comme but l’épanouissement individuel, ou simplement la consolidation d’un
régime despotique qui interdit à tous de remettre en cause une société profondément
injuste ? Comment établir un contre-pouvoir et remettre en cause le despotisme du
pouvoir politique quand il se réclame de Dieu ? Marat écrivait en 1774 : « les princes
empruntent tous les voix des ministres de la religion pour plier au joug leur sujet. Des
prêtres, crédules, fourbes, timides, ambitieux, font envisager les puissances comme les
représentants de la divinité sur terre, devant qui le reste des hommes doit se prosterner
en silence ; puis, confondant l’obéissance aux lois avec la basse servitude, ils prêchent
sans cesse, au nom des dieux, l’aveugle soumission. »
N’y a-t-il pas, au contraire, un « devoir sacré » de défendre sa liberté individuelle,
une liberté totale et absolue, comme le disait Marat : « Pour se conserver libres, il faut
avoir sans cesse les yeux ouverts sur le gouvernement ; il faut épier ses démarches,
s’opposer à ses attentats, réprimer ses écarts. Comment des hommes à qui la religion
défend d’être soupçonneux, pourraient-ils être défiants ? »

2e partie : Vivre sans foi ni loi, c’est refuser toute forme de soumission et retrouver
une liberté humaine primordiale et nécessaire au bonheur.

a) Idée générale : Pour construire une vie humaine authentique et libre, il est
contreproductif de vouloir instaurer, comme on vient de le voir, un pouvoir et une
morale autoritaires. Plutôt que se soumettre à des lois lois civiles et morales parfois
injustes, il faut retrouver la justice fondamentale par le biais du sentiment de l’équité et
l’attachement à la liberté humaine absolue.
L’expression « vivre sans foi ni loi » renvoie alors à la devise anarchiste « Ni Dieu ni
maître ! », titre du journal d’Auguste Blanqui en 1880. Qu’est-ce que l’anarchisme ? C’est
l’affirmation que vivre sans foi ni loi est la seule manière de vivre véritablement libre et
heureux.

b) Vivre sans se soumettre à l’autorité d’un Etat, c’est retrouver le sentiment


primordial de la justice.
Proudhon, Qu’est-ce que la propriété (1840), V, § 3 : « l’équité ne change pas la
justice, mais (…) par l’équité, c’est pour nous tout à la fois un devoir et une volupté
d’aider l’être faible qui a besoin de nous, et de le faire notre égal ; de payer au fort un
juste tribu de reconnaissance et d’honneur, sans nous constituer son esclave, de chérir
notre prochain, notre ami, notre égal (…). Voilà pourquoi la force qui opprime en
protégeant est exécrable ».
Distinction conceptuelle : égalité/équité. Selon Proudhon, l’égalité est un principe
rationnel et juridique qui naît de l’observation minutieuse des droits et des richesses
dont les individus peuvent jouir. A l’inverse, l’équité, « sentiment inconnu des bêtes »,
« qui ne vient pas de l’intelligence », n’est pas le fruit de la loi. C’est plutôt un
mouvement spontané mû par le désir naturel de justice. Vivre sans loi positive, c’est
vivre à partir du sentiment naturel de l’équité, bafoué par l’ordre social injuste qui crée
de l’inégalité.

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c) Que signifie « vivre sans foi » ? Ce n’est pas vivre sans aucune espèce de croyance,
mais c’est refuser de se soumettre à un ordre moral et à une autorité transcendante qui
nie la véritable nature humaine, qui interdit la recherche du bonheur ici-bas et la liberté
absolue.
Bakounine, Catéchisme révolutionnaire (1865) : « Pour moraliser la société
actuelle, nous devons d’abord commencer par détruire de fond en comble toute cette
organisation politique et sociale fondée sur le privilège, sur l’autorité divine et sur le
mépris de l’humanité ; et après l’avoir reconstruite sur les bases de la plus complète
égalité, de la justice, du travail, et d’une éducation rationnelle uniquement inspirée par
le respect humain, nous devons lui donner l’opinion publique pour garde et, pour âme,
la liberté la plus absolue ».
Avoir un Dieu et un maître, une « organisation sociale » et une « autorité divine », se
soumettre à la loi et à la foi, ce n’est rien d’autre que mépriser l’humanité, définie
comme ce penchant naturel à l’égalité et à la justice. A l’inverse, vivre sans foi ni loi, ce
n’est pas retourner à l’état de guerre de tous contre tous, mais c’est vivre en refusant
que la nature humaine soit corrompue par des rapports de domination et de
soumission, qui sont autant de ferments de la guerre et de la violence.

d) objection. On pourrait objecter, comme nous l’évoquions dès l’introduction, que


vivre sans foi ni loi, c’est vivre une vie inhumaine, une vie de brute égoïste, barbare et
indifférent à autrui.
Pourtant, l’anarchisme qui professe de vivre sans foi ni loi ne dit pas que, pour
autant, il faille vivre sans justice. Mais ici il faut distinguer la loi civile, qui s’impose aux
hommes de manière contraignante et injuste, en les aliénant ; d’une forme de loi
naturelle qui n’est autre que la justice accessible à tout homme. La justice s’impose
d’elle-même dans le cœur des hommes. C’est encore la formule « ni Dieu ni maître qui
nous l’apprend, dans la chanson écrite par Eugène Pottier en 1884 :

« Nous ne voulons ni Dieu ni maître


Entravant notre liberté
Mais nous voulons voir apparaître
Le soleil de l’égalité ».

- Le « nous » dans la chanson montre bien que l’aspiration à vivre sans foi ni loi est
bien une aspiration collective. Il s’agit toujours de réguler les interactions avec autrui.
Comment cela est-il possible ? Par l’idée morale de justice. Or, la justice dont on parle ici
a cette double dimension d’égalité et de liberté. Par l’égalité, on entend le refus de la
soumission à un quelconque pouvoir ou à un Etat ; par la liberté, la possibilité rendue à
chacun de construire sa vie et son bonheur comme il l’entend, sans devoir se sacrifier
aux intérêts d’une autorité aliénante.

e) Transition/problème : Vivre sans foi ni loi ou sans dieu ni maître, au sens


anarchiste, c’est tâcher de retrouver, par la liberté et l’égalité, ce qui rend possible le
bonheur. Mais une telle conception présuppose une sorte de « bonté naturelle » de
l’homme, qui serait d’abord assoiffé de justice, bienveillant et généreux avant d’être
corrompu par un ordre social et moral inique. N’est-ce pas là une pétition de principe
très discutable ? Comment vivre ensemble malgré toutes les entraves à la justice, les
fautes que nous commettons les uns envers les autres ? Il y a, sinon une contrainte, du
moins une obligation à prendre en compte la présence et l’action d’autrui. Peut-on, en

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un mot, vivre sans foi ni loi, non pas en niant la foi et la loi, mais en les transformant
pour créer les conditions de possibilité d’une vie sociale.

3e partie On peut vivre sans foi ni loi, mais non pas sans repères pratiques qui
rendent l’action humaine possible.

a) Idée générale. La foi et la loi sont deux principes constituants de la morale


humaine. Ils ne servent pas exclusivement à justifier un ordre social ou moral, mais
d’abord à rendre possible l’action collective. Au fond de la loi et de la foi, il y a par
conséquent une exigence pratique : Comment agir ? Quel sens donner à mon action ?
Comment prévoir et mesurer les effets de mon action ?
pratique : sens usuel/ sens philosophique

b) Il faut donc trouver d’autres principes pratiques que la foi et la loi, qui puissent
conduire les actions humaines sans pour autant les soumettre à un ordre moral.
Hannah Arendt, dans la Condition de l’homme moderne (ch. V), décrit deux facultés
pratiques, le pardon et la promesse :
« Ces deux facultés vont de pair : celle du pardon sert à supprimer les actes du
passé, dont les « fautes » sont suspendues comme l’épée de Damoclès au-dessus de
chaque génération nouvelle ; l’autre, qui consiste à se lier par des promesses, sert à
disposer, dans cet océan d’incertitude qu’est l’avenir par définition, des îlots de sécurité
sans lesquels aucune continuité, sans parler de durée, ne serait possible dans les
relations des hommes entre eux. »
L’enjeu de la promesse et du pardon, c’est bien la vie en société, la possibilité
d’interagir avec autrui. Vivre « sans foi ni loi » mais dans un effort pour construire des
relations humaines authentiques et durables, ce serait vivre « avec le pardon et la
promesse ». Comment comprendre cela ?

c) Dépassement de la loi par le pardon : Le pardon est une notion complexe. Ce n’est
pas un oubli du passé. Pardonner, ce n’est pas dire : « faisons comme s’il ne s’était rien
passé », comme si la faute n’avait pas eu lieu. Au contraire, le pardon est un jugement,
une sorte d’acquittement prononcé pour quelqu’un pourtant reconnu coupable. On
reconnait la faute, mais on renonce à appliquer la sanction prévue par la loi. Le pardon
est ainsi une incohérence juridique. En pardonnant, j’agis à proprement parler « sans
loi », mais non pas sans morale : je rends possible la vie humaine en libérant l’action de
la loi, en supprimant la faute et la sanction.
Arendt prend l’exemple des romains qui épargnaient les vaincus après une bataille.
Pourquoi les épargner, c’est-à-dire, au fond, leur « pardonner » leur résistance ? Cela
pouvait mettre fin au cycle de la vengeance et d’incorporer les cités conquises au sein de
l’Empire.
Dans un tout autre registre, la vie de couple par exemple est faite d’une succession
de pardons : Si on est vraiment attaché à quelqu’un, on ne se sépare pas à la moindre
contrariété, ce qu’Arendt appelle « les inévitables préjudices nécessaires à l’action ». Au
contraire : on lui pardonne, c’est-à-dire qu’on décide de ne pas respecter la loi. De même
pour l’amitié : la longévité d’une amitié n’est possible qu’avec le pardon, c’est-à-dire
malgré les inévitables agacements et vexations qui ponctuent une vie d’amitié.

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d) Dépassement de la foi par la promesse :
La promesse quant à elle est bien différente de la foi ; ce n’est pas juste une foi
moins ambitieuse. Avoir la foi, c’est croire en l’avenir, c’est gommer son incertitude :
quoiqu’il se passe, dit le croyant, je crois en la bonté de Dieu et en son sens de la justice :
tout finira bien pour le juste. En revanche, Hannah Arendt souligne bien que la
promesse ne fait que créer des « îlots de sécurité » dans « cet océan d’incertitude qu’est
par définition l’avenir ».
La promesse telle que nous la définissons ici avec Arendt, au contraire, ne supprime
pas l’incertitude quant à l’avenir : mais nous « parions » en quelque sorte sur le fait
qu’autrui va agir comme il s’y est engagé, et planifier mon action, prévoir ses effets, à
partir de ce pari. Ce n’est donc ni un espoir de salut, ni la croyance en une forme de
justice transcendante, mais seulement une entente des hommes entre eux qui les sort de
l’état de guerre par la création de formes d’actions collectives.
Le principe de coopération dans le travail, par exemple, repose sur la promesse que
chaque individu accomplira sa part de travail. On se souvient que, pour Hobbes, c’est la
loyauté, l’assurance que chacun respectera les biens et la personne d’autrui qui permet
la coopération dans le travail, la prospérité et l’amélioration « divine » de la vie. Or cette
loyauté première n’est rien d’autre au fond qu’une promesse grâce à laquelle nous
pouvons nous représenter les effets à long terme de nos actions.
Autrement dit, la promesse est en quelque sorte « l’espoir du désespéré », car il ne
s’agit pas de réinventer une nouvelle forme de foi ou de se fonder sur un sens inné de la
justice. Même si la justice n’existe pas, je peux malgré tout créer une forme d’alliance
momentanée avec autrui, et ainsi construire conjointement notre existence, d’agir de
concert : de créer quelque chose de nouveau, une coopération. C’est ce que Hannah
Arendt appelle « le miracle qui sauve les affaires humaines de la ruine normale et
“naturelle” ».
Que sont, après avoir dit tout cela, la promesse et le pardon ? Une possibilité de vie
sociale et morale, quoique sans foi ni loi à proprement parler.

Conclusion
Vivre « sans foi ni loi » paraît à la fois nécessaire et impossible. Nécessaire, parce
que la foi et la loi sont les deux dimensions d’un ordre social et moral qui rendent la vie
avec autrui possible. Mais c’est en même temps impossible, parce que l’ordre moral
ainsi établi est aliénant. Mais nous avons réalisé que l’ordre moral n’était pas à
rechercher pour lui-même : mais parce que, au fond, il proposait un cadre pratique dans
lequel agir. Dans les « affaires humaines », nous avons besoin de tels repères pratiques
afin de pouvoir interagir avec autrui et de réaliser les conditions d’une vie collective. La
promesse et le pardon tels qu’ils sont décrits par Hannah Arendt constituent de tels
repères. Enfin, nous pouvons répondre à la question posée par le sujet de manière
satisfaisante : on peut « vivre sans foi ni loi » tout en réalisant les possibilités de la vie
collective, si on vit par la promesse et le pardon.