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Stonehenge décodé

Qui a construit il y a 4000 ans


cet observatoire astronomique?
Dominique Arlet

Les mégalithes livrent leurs secrets


Avec l'aide Blocs de grès, dressés ou terrassés, enfermés à jamais dans un
cercle magique de terre nue, lourds de dizaines de tonnes,
d’un ordinateur, Vieux de milliers d’années; cathédrale écroulée d’une huma­
nité inimaginable; immobilité et silence du monde minéral;
un astronome témoignage irréfutable... mais de quoi? de qui? de quand?
C’est Stonehenge. Là, comme à Gizeh, à Carnac, à Tiahua-
américain naco, devant des pierres monumentales qui ne sont pas à sa
mesure, l’homme moderne sent frémir quelque chose en lui,
révolutionne au tréfonds de son esprit et de son corps, quelque part dans
les abîmes de l’inconscient collectif. D ’anciens dieux
l'archéologie. bougent dans leur sommeil mythique. L’imagination s’invente
des alibis: Stonehenge, c’est un temple druidique, une cons­
truction des Atlantes, une œuvre des géants de l’âge de
pierre. La science hésite. Mais voici qu’un astronome amé­
ricain, homme de science autant que d’imagination, vient de
proclamer: « Il ne peut pas y avoir de doute, Stonehenge était
un observatoire.» Il est sûr de son fait. Il a «déchiffré»
Stonehenge. Il en fournit les clefs dans un livre de quelque
deux cents pages1. Il a donné un sens aux gigantesques
hiéroglyphes de pierre. Ils étaient muets. Ils nous parlent.
Et que disent-ils?
1. Stonehenge decoded, p a r G e ra ld S. H aw k in s avec la c o lla b o ra tio n d e J o h n B. W h ite, éd it. D ell
P u b lish in g C o ., In c ., N ew Y o rk , 1965.

Des milliers de tonnes, des dizaines de siècles:


le mystère Stonehenge.
Les civilisations disparues
G erald S. Hawkins, p rofesseur d ’astronom ie présenter assez en détail po ur c o m p re n d re la
à l’université de Boston et chargé de re­ théorie de l’a stro no m e am éricain.
cherches à H arvard, est un savant éclectique. N ous voici d onc à Stonehenge, dans la plaine
Il a à son actif aussi bien une théorie d o u c e m e n t vallonnée de Salisbury, entre
générale de l’univers que des études très G alles et Cornouailles, près d ’une rivière
spécialisées, par exemple sur les t e c tite s 2. Il tranquille, l’Avon. Une rase c am p ag ne sous
est d ’origine anglaise. Il y a q uelques années, un ciel dégagé. Une légère brise m arine:
il fut ra m e n é dans son pays natal: il était l’A tlantique n’est pas très loin. On p rend une
affecté à une base e xpérim entale de missiles route assez proche de celle q u ’am é na g èren t
installée dans le sud-ouest de l’Angleterre, à jadis les bâtisseurs de Stonehenge et qui
Larkill. C ’est à 1,5 km de Stonehenge. suit une ligne de crête, reliant l’Avon au
Hawkins ne savait rien de Stonehenge, sinon m o nu m ent. Le m o n u m e n t lui-même apparaît
que le matin du solstice d ’été, c ’est-à-dire le en ruine et plus ou moins en désordre.
21 juin, en se plaçant au milieu du m o n u ­ Sa structu re initiale était p arfaitem en t rigou­
ment, on voit le soleil se lever au-dessus reuse. Son plan est le suivant: une c irco n ­
d ’une des pierres placées à l’écart des autres. férence de 115 m ètres de diam ètre, délimitée
Subitem ent, l’imagination de l’astrono m e par un fossé b ordé de deux talus, l’un inté­
s’enflamma. Il se fit archéologue. rieur, l’autre extérieur, et ne c o m p o rta n t
q u ’un passage p o u r l’en trée ; presque im m é­
Les archéologues avaient déjà d ia te m e n t co ncentriq ue, un cercle de 56 trous
reconstitué le plan com plet du site dits « tro u s d ’A ubrey», d ’après le nom du
Mais on ne peut pas a b o r d e r ainsi la thèse savant qui les découvrit au x v n r siècle; inscrit
Hawkins. Elle se fonde sur un n om bre assez dans ce cercle et p e rpendiculaire à l’entrée,
considérable de faits q u ’il faut connaître. un rectangle délimité aux q uatre angles par
D ’ab ord , q u ’est-ce que Stonehenge? Des des pierres, dont il ne subsiste que deux; un
mégalithes: des « g ran de s pierres». Les F ra n ­ cercle de 31 m ètres de diam ètre, c o m p o rta n t
çais sont à tort p ersu adés q u ’il s’agit d ’une 30 pierres de 25 ton nes c h acune, reliées les
spécialité breto nn e. Il y en a dans le m onde unes aux autres par des linteaux, form ant
entier. Des «m en h irs» , pierres fichées verti­ donc une suite continue de dolm ens: la roche
c alem ent dans le sol. Des «d olm e n s» , deux d on t ils sont faits est du «sarsen» ; un cercle
ou plusieurs menhirs couverts p a r une table de 59 «pierres b le u e s » 4; un fer à cheval,
horizontale (ou linteau). Des « c ro m le c h s» , orienté vers l’entrée, de dix m onstrueux blocs
ensem bles de pierres circulaires, elliptiques, de sarsen, pesant c hacun une cinq uantain e de
rectangulaires. Élevés il y a quelq ue 4 000 ans. tonnes, reliés deux à deux p a r des linteaux
Stonehenge est un c rom lech — « le plus beau, horizontaux, ce qui forme d on c cinq dolm ens
le plus parfait, le plus ém ou vant de tous les qui, ici, p o rte n t la dénom in atio n spécifique
m on um en ts mégalithiques'1». 300 000 to u ­ de «trilithes» (c’est-à-dire «trois pierres»);
ristes le visitent cha q u e année. Ce sont sur­ un fer à cheval de 19 pierres bleues; trois
tout des touristes anglais. Mais ce n’est pas monolithes ou m enhirs: l’un, au centre, dit
avec leurs yeux q u ’il faut reg ard er S to ne­ «autel», l’autre, à l’en trée, dit « p ie rre du
henge. Le plan com plet a pu être recons­ sacrifice»5, le dernier, à l’ex térieu r du fossé
titué par les archéologues. Il convient de le et placé au milieu de l’avenue d ’accès, dit

88 Stonehenge décodé
« Heel stone», m ot d on t l’étymologie est C ’était un peu c om m e si on avait am ené
incertaine et qui est do nc intraduisible; enfin, O scar à Stonehenge et q u ’on l’ait prié de si­
pra tiq u e m e n t invisibles sur le terrain et en gnaler ce q u ’il voyait dans le ciel, tel mois, tel
partie conjectu rau x, entre les trous d ’A ubrey jo u r, à telle heure, entre tel et tél mégalithe.
et les 30 sarsens, deux cercles co m p o rta n t Les circuits électron iq ues se m irent au tr a ­
l’un 30 trous, l’autre 29 trous, baptisés respec­ vail. Le résultat fut surp re n a n t, p o u r Hawkins
tivem ent Y et Z. tout le premier.
Si les planètes et les étoiles étaient c o m p lè ­
On devinait des intentions te m e n t dédaignées, Stonehenge pe rm e tta it en
complexes; mais lesquelles? revanche de re p ére r toutes les positions signi­
Tel est Stonehenge. La simple nom e n cla tu re ficatives de la lune et du soleil et de suivre
de ses constituants laisse deviner des inten­ leurs variations saisonnières. Les graphiques
tions com plexes peut-être, mais s û re m e n t très et les tableaux établis par H awkins ne laissent
précises. Hawkins en eut l’intuition. Il aucun do ute sur le sujet. C ’étaient des co n clu ­
regarda, co m m e tant d ’autres, depuis l’autel sions excitantes au plus haut point p o u r l’im a­
et à travers une des arch es du cercle de sar­ gination. N otre astron om e américain ne
sens, le soleil du solstice d ’été se lever à la s’a rrê ta pas là. O scar venait d ’expliquer à
pointe de la Heel stone. Et si c ’était bien une quoi servaient les mégalithes. Mais il n ’y a
tradition venue du fond des tem ps? Mais pas que des mégalithes à Ston eheng e: ses
alors, à quoi servaient toutes ces autres con struc teu rs ont élevé des pierres, ils ont
pierres, ces trilithes, ce rectangle, ces trous? aussi creusé le sol. 56 trous d ’Aubrey.
T out cet ensem ble ne recélait-il d ’autres ali­ 30 trous Y. 29 trous Z. 56, 30, 29... A quoi
gnem ents astro nom iq ues valables, o utre celui pouvaient bien co rre sp o n d re ces chiffres?
du lever du soleil du solstice d ’été? Une fois le prob lèm e posé, les d on nées
étaient assez simples: les hom m es de S to ne­
Un prem ier exam en convainquit rapidem en t henge sem blent n ’avoir consacré leur a tte n ­
H aw kins q u ’il y avait une b onne centaine tion q u ’au soleil et à la lune. Les levers, les
d ’alignem ents possibles. C o m m e n t rep érer couchers, les culm inations de chacun de ces
ceux qui étaient significatifs? Il se passe tant astres sont certes dignes d ’intérêt. Mais bien
de choses dans le ciel q u ’un tel décryptage, plus encore certa in em en t ces événem ents
te rriblem ent fastidieux, eût pris des mois et spectaculaires où le soleil et la lune se re n ­
des mois. H awkins est un A m éricain : pou r c o n tre n t: les éclipses.
résoudre son pro blèm e d ’archéologie préhis­ L’astronom ie m od erne se consacre moins à
torique, il d écida de s’assurer le conco urs l’observation des rythm es q u ’à la physiologie
d ’un ordinateur. Lequel fut affectu eu sem ent des mécanismes. Mais Hawkins se souvint
baptisé «O sc a r» . H awkins en parle com m e
2. S u r ce su je t, v o ir d an s Planète n" 32 •< la L o ngue C h asse de T o u c h e
s’il s’agissait d ’un con frère particulièrem ent Skad d in g ».
c o m p é te n t et coopératif. Il fournit à O scar 3. h e rn a n d N iel, Dolmens et Menhirs, co lle c tio n <• Q u e Sais-je », Presses
U n iv e rsita ire s d e F ra n ce .
d ’une part les alignem ents possibles de S ton e­ 4. Le « sa rse n » ou « p ierre d es S arrazin s » est u n g rès; les « p ierres
b leu e s ». b ien q u e g ro u p ée s sous u n e m êm e d é n o m in a tio n , so n t soit
henge, d ’autre part les positions-clefs (levers, des ro ch e s v o lca n iq u e s, so it du g rès, soit du ca lc a ire .
couchers, culminations, etc.) des principaux 5. C es deu x d é n o m in a tio n s o n t é té é ta b lie s alo rs q u e l’o n cro y ait
S to n e h en g e un m o n u m e n t d ru id iq u e . C e qui n 'e st n u lle m en t le cas, on
corps célestes, soleil, lune, planètes, étoiles. va le voir. M ais on a co n serv é les nom s.

Les civilisations disparues 89


de « l’année métonique » : l’astronome grec ce menhir que toutes les observations doivent
Méton remarqua que tous les 19 ans la pleine être faites) est arrivé, non seulement à re­
lune retombait aux mêmes dates du calen­ trouver les dates exactes des éclipses sur­
drier solaire, les éclipses obéissant au même venues à l’époque de la construction, mais
cycle. En fait, il ne s’agit pas exactement aussi à calculer par exemple la date de notre
de 19 ans, mais de 18,61 années — ce qui fête mobile de Pâques, survivance chré­
doit être aménagé pour être inclus dans un tienne, comme on le sait, d’une très ancienne
calendrier régulier (comme nous le faisons tradition païenne. Oui, Stonehenge est un
par exemple avec notre journée supplémen­ observatoire, mais n’est-ce que cela?
taire des années bissextiles). En arrondissant
toujours à 18 ou à 19, l’erreur fût apparue Stonehenge soulève de tels problèmes
trop rapidement. Mais en formant un plus que les préhistoriens l'ignorent
grand cycle à partir de ce petit cycle méto­ Jusqu’à présent, personne ne s’est levé pour
nique aménagé tantôt à 18 tantôt à 19, on réfuter la thèse de Hawkins. Elle date pour­
obtient une exactitude valable pendant des tant déjà de quelques années. Il faut donc
siècles. L’approximation la plus satisfaisante, bien l’admettre. D ’ailleurs le calcul des pro­
le calcul le montre rapidement, est un grand babilités indique qu’il n’y a qu’une chance
cycle 19 + 19 + 18. Calculez. On obtient 56. sur dix millions pour que les alignements
Le nombre même des trous d’Aubrey. astronomiques significatifs ne soient qu’une
coïncidence. Le problème de Stonehenge
L'ordinateur découvre dans Stonehenge n’en est pas pour autant résolu. Il est posé
la date des éclipses ily a 4 0 0 0 ans dans toute son acuité. Ce problème dans son
Hawkins, non content de découvrir ce fait, ensemble est d’ailleurs tel qu’il embarrasse
imagina que le cercle d’Aubrey, associé aux au plus haut point les archéologues et les
mégalithes, notamment à la Heel stone, préhistoriens. Il ne s’insère dans aucune de
pouvait alors permettre la prévision des leurs reconstructions. De sorte que les spé­
éclipses. Les dates des éclipses ayant eu lieu cialistes préfèrent ignorer Stonehenge. Offi­
à l’époque de la construction de Stonehenge ciellement, Stonehenge n’existe pas. Ce n’est
furent calculées. Oscar fut de nouveau mis à pas une boutade. Que l’on ouvre par exemple
contribution. Conclusion positive encore une un des plus récents manuels de préhistoire
fois: un système de pierres déplacées au long paru en France et publié sous la direction
du cercle d’Aubrey devait permettre de pré­ d’un de nos spécialistes, à juste titre consi­
voir les années à éclipses. Et les jours? Le déré comme ém inent6. Il y a 350 pages d’une
mois lunaire est de 29,53 jours. Deux mois typographie assez dense. L’index des sites
lunaires forment donc un compte rond de préhistoriques mentionnés comporte des
jours: 59. On retrouve les 30 trous Y et les dizaines et des dizaines de noms — beaucoup
29 trous Z. On retrouve aussi un autre cercle, connus seulement de rares spécialistes et
non encore cité parce que presque entiè­ riches uniquement de quelques petits silex
rement conjectural, qui aurait peut-être plus ou moins taillés. Mais Stonehenge n’est
comporté 59 pierres bleues... Hawkins, spé­ pas cité. Pas une seule fois. Il y a de quoi être
culant sur les 56 trous d’Aubrey, les 30 trous 6. La Préhistoire, p a r A n d ré L e ro i-G o u rh a n , G é r a rd B aillo u d , Jean
C h av aillo n e t A n n e tte L a m in g -E m p era ire , c o lle c tio n « N o u v elle C lio » ,
Y, les 29 trous Z et la Heel stone (c’est sur Presses U n iv e rsita ire s d e F ra n ce .

90 Stonehenge décodé
surpris. Pourquoi ce voile du silence? Pour­ soleil au solstice d’été, le 21 juin, ne se
quoi le mot Stonehenge est-il tabou? faisait pas parfaitement au-dessus de la Heel
Jusqu’à présent pour deux raisons: les pro­ stone. Il y a un écart de 52 minutes. Se
blèmes matériels et culturels que soulève sa basant sur les variations de Pécliptique, sir
construction d’une part, les caractéristiques Norman Lockyer calcula que le lever du
hétérodoxes du phénomène mégalithique soleil du 21 juin dut coïncider exactement
dont fait partie Stonehenge d’autre part. avec le sommet de la Heel stone en 1850
Examinons Stonehenge dans son seul av. J.-C. Les fouilles faites dans le fossé de
contexte régional. Les roches que comporte l’enceinte et dans les trous d’Aubrey confir­
le monument ne sont pas tirées du sous-sol mèrent cette date, de même que la datation
immédiat. Les pierres bleues, qui pèsent en au carbone 14 d’un morceau de charbon de
moyenne 5 tonnes chacune, proviennent bois.
d’une mine située à quelque 400 kilomètres
de là. Leur transport dut se faire par mer et Qui a pu concevoir Stonehenge
par terre, avec des traversées de rivières. Par 2 0 0 0 ans avant J.-C.?
quel moyen? Les sarsens pèsent entre 25 et Il est maintenant acquis que Stonehenge a été
50 tonnes. Les carrières d’où ces pierres furent construit en trois fois, entre 1850 et 1700 av.
extraites sont plus proches de Stonehenge. J.-C. Or la préhistoire prétend connaître par­
Mais il fallut les arracher au sous-sol, les faitement les hommes qui peuplaient alors les
transporter, les tailler. Toutes les pierres sont îles anglo-saxonnes. Ce sont des hommes de
travaillées de main d’homme, notamment les l’âge de pierre, qui vont bientôt connaître le
trilithes qui sont légèrement incurvées pour cuivre et le bronze et qui commencent à pra­
corriger l’illusion d’optique qui, si elles tiquer l’élevage et l’agriculture. Culturel­
étaient complètement rectilignes, les ferait lement, ils sont nettement sous-développés
voir concaves. Ensuite il fallut les dresser. par rapport aux grandes civilisations méditer­
Puis élever et placer les tables des dolmens. ranéennes qui leur sont contemporaines. On
Le tout avec une précision au centimètre ne les imagine vraiment pas maniant avec
près, à cause des intentions astronomiques virtuosité le fil à plomb, le cordeau d’arpen­
démontrées par Hawkins. L’opération ne teur. Alors? On a essayé de reconstituer la
serait déjà pas si simple à notre époque de construction de Stonehenge avec les moyens
haute technicité. Il faudrait tout un équi­ primitifs seuls admis par l’orthodoxie. Il y eut
pement de grues, de câbles spéciaux, de véhi­ même des émissions de télévision à ce sujet.
cules renforcés. Sans compter les calculs On arriva à des conclusions difficiles à
théoriques faisant appel aux lois mathéma­ admettre: des millions de journées de travail
tiques, physiques, mécaniques. eussent été nécessaires, c’est-à-dire des géné­
Or, de quand date Stonehenge? Il n’y a guère rations entières consacrées à l’édification du
pour l’instant de contestation là-dessus. Le monument. Or Stonehenge n’est pas unique,
calcul a été fait d’après trois méthodes diffé­ il fait partie d’un vaste ensemble. Sur un
rentes qui ont donné des résultats conver­ rayon d’une vingtaine de kilomètres, on
gents: astronomique, archéologique, phy­ trouve d’autres cromlechs, dont certains
sique. En 1901, un astronome anglais, sir géants comme celui d’Avebury (c’est le plus
Norman Lockyer, remarqua que le lever du grand cromlech connu: 365 mètres de dia-

L e s civilisations disparues 91
Solstice d’été, solstice d ’hiver:
les constructeurs de Stonehenge voulurent
scander les grands rythmes de l ’univers.

Photos Bill Brandi.


mètre); des cercles de trous où l’on a retrouvé ont été pris d’émulation. Un professeur
des vestiges de bois, un monument concen­ d’Oxford, étudiant les cercles comportant des
trique appelé le « Sanctuaire »; des tumuli menhirs ou non, mais qui se comptent par
funéraires géants; un rectangle délimité par centaines en Grande-Bretagne, a fait une très,
un fossé de 2,8 km de longueur sur 90 m de très étrange constatation. Si certains de ces
largeur; un tertre artificiel de 500 000 mètres cercles sont orthodoxes, c’est-à-dire si leur
cubes; un cercle géant de 450 mètres de dia­ circonférence peut être calculée d’après pi
mètre; une excavation en forme d’entonnoir valant 3,14159, d’autres sont tracés de telle
et profonde de 100 mètres; des avenues larges manière que, pour calculer leur circonfé­
comme des autoroutes... On pense irrésisti­ rence, il faut donner à pi une valeur aussi
blement à quelque M ecque antique et proche que possible de 3. Surprenante tenta­
barbare. tive de rationalisation mathématique...
Il y a des mégalithes sur toute la terre.
Aucun des cinq continents n’en est exempt. ... Comme si des missionnaires
On a essayé de leur trouver à tous une desti­ avaient parcouru le monde
nation funéraire. Certes il y a de nombreux Hawkins, toujours lui, a fait une autre re­
tombeaux, certains récents parfois et abusi­ marque: Stonehenge se trouve dans l’étroite
vement classés sous ce terme. Certes aussi, portion de l’hémisphère nord où les azimuths
et à Stonehenge même, il y à des cendres ou du soleil et de la lune, à leur déclinaison
des ossements parmi les cromlechs ou les maximale, forment un angle de 90 degrés.
autres alignements. Il y a des cimetières près L’endroit symétrique pour l’hémisphère sud
des églises. Et les églises ne sont pas des serait les îles Falkland et le détroit de
sépultures. Magellan. Les constructeurs de Stonehenge
Les mégalithes sont étrangement répartis: savaient-ils donc calculer la longitude et la
par groupes séparés et sans lien entre eux, latitude? Et il serait intéressant de savoir s’il
jamais très loin des côtes, présentant des y a des mégalithes aux îles Falkland...
caractéristiques semblables malgré mers et « Tout se passe comme si des sortes de « mis­
continents. Le phénomène paraît s’être exclu­ sionnaires», porteurs d’une idée et d’une
sivement produit pendant la première moitié technique, partis d’un centre inconnu, avaient
du II' millénaire avant notre ère et s’être parcouru le monde. La mer aurait été leur
éteint brusquement, sans laisser d’autre trace route principale. Ces «propagandistes»
que des légendes encore vivaces de nos jours. auraient pris contact avec certaines tribus
Çà et là, il est question de géants, d’enchan­ et non avec d’autres. Cela expliquerait les
teurs, du pouvoir mystérieux des « grandes « trous » ou les zones de moindre densité dans
pierres». En de nombreux autres endroits en la répartition, ainsi que l’isolement de cer­
dehors même de Stonehenge, dans les îles tains foyers mégalithiques. Cela expliquerait
Hébrides par exemple, en Bretagne ou en également comment et pourquoi les monu­
Afrique, les populations locales connaissent ments mégalithiques se superposent à la civi­
encore le secret de quelques alignements lisation néolithique. On aurait aussi une expli­
astronomiques significatifs. cation de toutes ces légendes qui en attribuent
La découverte d’Hawkins a déjà suscité la construction à des êtres surnaturels. On
d’autres recherches7. Certains savants anglais saurait enfin pourquoi des hommes capables

94 Stonehenge décodé
de dresser à la verticale des blocs de
300 tonnes et de soulever des tables de
100 tonnes ne nous ont pas laissé d’autres
traces de leur prodigieux savoir-faire8.» La
lumière viendra de Stonehenge. Parce que
c’est le mieux conservé des monuments
mégalithiques. En tout cas le mieux étudié.
Parce que nous avons les sagas irlandaises
remplies de légendes remontant au-delà de
l’écriture et parlant de géants de la mer, agri­
culteurs et constructeurs. Parce que la litté­
rature grecque fourmille d’allusions aux
« Hyperboréens», à leur temple circulaire où
Apollon, dieu du soleil, vient leur rendre
visite tous les dix-neuf ans... Parce que les
découvertes d’Hawkins devraient susciter des
recherches. Le mégalithisme ne s’insère pas La bibliographie
dans le courant normal de la préhistoire. Il s’y La bibliographie sur Stonehenge est très
superpose durant quelques siècles, puis dis­ importante, mais très dispersée, souvent
paraît. Il s’est produit quelque chose il y a ancienne, généralement en anglais.
4 000 ans. « Dans ces pierres, il y a un Voici néanmoins quelques titres :
mystère», disait, parlant de Stonehenge, James Ferguson, les Monuments mégali­
Merlin l’Enchanteur... Dominique Arlet. thiques de tous pays, leur âge et leur desti­
nation, Londres, 1872; traduction française
abbé Hamard.
Salomon Reinach, « les Monuments de
pierre brute dans le langage et les
croyances populaires », « Terminologie des
monuments mégalithiques», Revue archéo­
logique, 1893.
Zacharie Le Rouzic, Carnac, les monuments
mégalithiques, leur destination, leur âge.
G. de Bonstetten, Essai sur les dolmens.
G. Daniel, The Megalithics Builders o f
Western Europ, 1958.
R.J.C. Atkinson, Stonehenge, Hanisk Ha-
milton édit., 1956.
Paul Ashbee, The Bronze A ge Round
B arrow in Britain, Phoenix House 1960.
Patrick Crampton, Stonehenge o f the
7. F red H o y le, le c é lè b re a s tro n o m e a m é ric a in , a vérifié les calcu ls
de son c o m p a trio te et les a confirm és. Kings, John Baker éd., Londres, 1967.
8. F e rn an d N iel, op. cit.

Les civilisations disparues 95

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