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1 Sémantique – 2003-2004

La Sémantique: Définitions

1. Place de la sémantique dans la linguistique


1.1. La linguistique est l'étude scientifique du langage humain, vocal, tel qu'il se
réalise par une langue, système de signes et de règles (Bayon & Fabre). Son but:
la description des langues, une langue étant envisagée comme système
particulier de signes linguistiques.
1.2. Soit le monème canard = association d'une forme acoustique, le signifiant
(Sa) et d'un signifié (Sé).
- Le signifiant, la partie sensible, matérielle du signe linguistique,
comprend un certain nombre d'unités vocales, représentant des unités phoniques
minimales /kanar/. Les unités phoniques minimales s'appellent phonèmes. Une
branche de la linguistique, la phonologie, traite de la segmentation du Sa en
phonèmes, de l'identification des phonèmes et de leur classement. La phonétique
étudie toutes les différences physiques que l'auditeur perçoit dans la réalisation
des phonèmes.
- Le signifié correspond au concept exprimé par le monème, un concept
qu'on peut trouver dans la définition d'une 'unité lexicale dans un dictionnaire
monolingue. Ex: canard - oiseau palmipède de la famille des anatidés, bon
voilier1 et migrateur l'état sauvage se nourrissant de particules végétales ou de
petites proies trouvées dans l'eau et retenues par les lamelles du bec.
1.3. Le signe associe un Sa à un Sé, une expression et un contenu. F. de
Saussure appelle ces deux entités les deux faces du signe linguistique. Après
Saussure: la théorie du signe linguistique développée par le grand linguiste
danois L. Hjelmslev. Le Sa e le Sé sont des entités à deux faces. Le Sa (=
expression) a une forme (les réalités phonologiques le phonème /k/ en français
entre dans une système /p, t, k/ et une substance (ses caractéristiques physiques
et physiologiques: k non voisé = non sonore, a voisé, etc.). De même, le Sé
(contenu) a une forme (fr. canard, occitan [dialectes de la langue d'oc] rit,
anglais duck, ...). La glossématique de L. Hjelmslev conçoit le signe comme
l'unité d'un contenu (le signifié saussurien) et d'une expression (le signifiant
saussurien). Chacun de ces deux aspects renferme une forme et une substance.
Le signe linguistique revêt la configuration suivante:
substance
contenu
forme
signe
forme
expression
substance

La s u b s t a n c e d u c o n t e n u est le continuum amorphe et compact dans


lequel les langues établissent des frontières (soit le sens universel de
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"superficie couverte d'arbres é "bois"). La f o r m e d u c o n t e n u , arbitraire


du point de vue du sens, n'est explicable que par la fonction sémiotique dont
elle est la manifestation solidaire (par exemple, en français, la substance du
contenu est divisée en deux, bois et forêt). Le rapport entre la substance et la
forme du contenu devint claire si nous examinons un célèbre exemple de
Hjelmslev (Prolégomènes ...). Hjelmslev a analysé la manière dans laquelle
langues diverses expriment l'idée de "bois"

: danois : allemand : français : roumain : italien :


: trae : Baum : arbre : copac, arbore : albero :
("arbre, bois") ("arbre") : : : ("arbre") :
: : : : pom : :
: :¯¯¯¯¯¯¯ :¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ :¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ :¯¯¯¯¯¯¯ :
: : Holz : bois : lemn : legna :
:¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ ("bois= lemn") :("lemn"," lieu planté d'arbr. ") : :
: :¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ : : ¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ :¯¯¯¯¯¯¯¯¯ :
: skov : Wald : ¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ : padure : bosco :
("bois, forêt") ("forêt") : forêt : :
: : : :¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ :¯¯¯¯¯¯¯¯ :
: : : : codru : foresta :
: : : (grande surface +temps) : (grande surface):

Selon l'expression de Hjelmslev, chaque langue "trace des lignes de démarcation


propres dans la masse amorphe de la pensée" comme un petit tas de sable peut
être moulé dans des formes différentes.
1. 4. Selon André Martinet, on distingue parmi les monèmes:
- les monèmes lexicaux ou lexèmes; ils appartiennent à des inventaires illimités
(on ignore leur nombre - combien de radicaux nominaux ou verbaux existe-t-il
en français?) et ouverts (on peut les enrichir par des emprunts des langues
étrangères);
- les monèmes grammaticaux ou morphèmes (grammatèmes): ils appartiennent à
des inventaires limités (la liste des prépositions et des conjonctions, la liste des
morphèmes du pluriel des noms en français) et fermés (un locuteur ne peut pas
former consciemment un nouveau morphème).
1.5. Si l'on définit le lexique comme l'ensemble des unités significatives non
grammaticales d'une langue, on peut distinguer parmi celles-ci:
- des unités simples qui coïncident avec les "mots" cheval, international;
- des unités composées, constituées de plusieurs "mots": cheval-vapeur, sous-
chef;
- des unités complexes qui sont des séquences de "mots": pomme de terre, en
avoir ras le bol...
L'ensemble des signifiés d'une langue constitue l'univers de discours;
l'ensemble des unités de signification constitue le lexique de cette langue. Ce
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lexique est l'objet de la lexicologie, étude scientifique du vocabulaire. Certains


linguistes font la distinction entre le signifié ou la signification d'une unité
linguistique et le sens, la valeur précise qu'acquiert ce signifié abstrait dans un
contexte unique. La sémantique est la science ou la théorie des significations
linguistiques; elle étudie l'identité des signifiés ainsi que leurs variantes.
1.6. La morphologie étudie les variations de Sa d'un signe selon les contextes
où il apparaît (l'ensemble les formes d'un certain élément ou classe d'éléments).
La syntaxe traite de la combinaison des monèmes dans l'énoncé, des fonctions
qu'ils peuvent remplir, classe en catégorie les monèmes à fonction identique.
Ces deux disciplines constituent ce qu'on appelait traditionnellement la
grammaire' de la même manière, lexicologie et sémantique étaient confondues
dans le vocabulaire; enfin, la phonologie ne figurait pas parmi les composants de
la grammaire traditionnelle, parce qu'il s'agit d'une discipline crée par l'École de
Prague dans les années trente.

LINGUISTIQUE
GRAMMAIRE
Morphologie
morphème
Signe Syntaxe →Signe = monème
lexème

Signifiant Signifié
Lexique ensemble des lexèmes d'une langue
phonèmes -Lexicologie

-Lexicographie
syntagmatique
Phonologie Sémantique
paradigmatique VOCABULAIRE

mouvements physiologiques
↓ articulatoire
Phonétique acoustique

2. Définitions
2.1. Sémantique est un mot d'origine grecque. Dès la deuxième moitié du XIX-e
siècle, il désigne une discipline linguistique. Le terme est consacré par M.
Bréal Essai de sémantique (1893), un ouvrage dédié à l'histoire des
significations.
2.2. La sémantique est la discipline scientifique qui étudie le plan du contenu
linguistique en synchronie d'abord, et en diachronie ensuite. La sémantique
traite donc du signifié, face interne, non perceptible du signe. Le signifié
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suppose qu'il y ait référence à quelque chose objet, action, ou notion. Un


troisième élément possible constitutif du signe sera un référent, élément
appartenant à l'ensemble des «objets» représenté par le Sé.
2.3. La sémantique
- peut être l'étude La sémantique du signifié des mot. Elle doit répondre à des
questions comme: pourquoi le mot beaujolais désigne-t-il en français un verre
de vin? comment, pourquoi et quand a-t-il acquis celui-ci? quels sont ses
rapports avec les autres mots?
- elle peut être l'étude du signifié des phrases, qui n'est jamais la somme des
signifiés des mots qui la composent. Le signifié de la phrase naît de la
combinaison des mots et il est influencé par la syntaxe: le texte cite le ministre
n'a pas le même sens que le ministre cite le texte. Il fait intervenir également les
problèmes de l'énonciation (qui parle, où et quand) et des présupposés (la
phrase fermez la porte suppose, entre autre, que la porte est est ouverte et qu'il y
a quelqu'un pour la fermer).
La description sémantique d'une langue peut être soit une étude
paradigmatique visant à décrire les monèmes les uns par rapport aux autres,
soit une étude syntagmatique cherchant comment le sens global des énoncés se
constitue à partir du sens de leurs éléments.
2.4. En tant que science, la sémantique étudie des relations. Qui dit relation dit
aussi relata (= éléments mis en relations). En sémantique, les relata sont en
particulier:
- les signifiés ils sont en relation, soit entre eux (dans la chaîne parlée et dans le
système), ;
- le référents: les unités lexicales servent surtout à communiquer des
informations sur l'expérience humaine et sont choisis par le locuteur en fonction
de l'expérience à communiquer.

Signifié
triangle d’Ullmann
-------------------------
Signifiant Référent
Donc, si nous considérons le signe linguistique canapé,
- son signifiant est constitué par la séquence de phonèmes /kanape/,
- son signifié dans le concept exprimé par ce signe (‘meuble à dossier,
pourvu d’accoudoirs, où plusieurs personnes peuvent s’asseoir’),
- son référent est l’objet, ou la classe d’objets que nous appelons ‘canapé’.

Klaus Heger remplace le triangle sémiotique par un trapèze. Il détaille le


signifié du modèle d'Ogden et Richards par trois unités: signifié, sémème (=
ensemble des marques sémantiques ou sèmes) et sèmes :
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sémème
signifié sème noème

signifiant classe de dénotés

Quant au noème, c’est un terme philosophique désignant le contenu d’une


noèse (= l’acte de penser). Le noème n’appartient pas à la langue mais à la
pensée ; un ou plusieurs noèmes sont codifiés dans la langue sous la forme des
sèmes et des sémèmes. La ligne qui sépare dans le diagramme ci-dessus le sème
de noème se propose de symbolise la séparation entre ce qui appartient au code
linguistique (à gauche de la ligne) de ce qui appartient à la pensée (à droite de la
ligne).
Le trapèze de Heger permet aussi d'exprimer les deux points de vue possibles
pour les études sémantiques (surtout pour ceux qui regardent le lexique): on peut
partir du signe linguistique (signifiant + signifié) et voir, en passant par le
sémème et le sème, quelle est la classe des dénoté qui correspondent à ce signe
linguistique. Par exemple, on peut analyser les sens du mot canard en français
(1. un certain animal 2. les plats faits de la viande de cet anomal; 3. une fausse
nouvelle; 4. un journal qui publique souvent des fausses nouvelles 5. morceau de
sucre trempé dans du liqueur), Ce type d'étude s'appelle sémasiologique (du
grec sêmasia «signification»).
sémème
signifié sème

signifiant classe de dénotés

L'autre point de vue, nommé onomasiologique , a comme point de départ la


classe des dénotations et le chercheurs tente à établir quels sont les signes
linguistiques qui désignent ces dénotés (par exemple, une étude sur les mots liés
à la classe des animaux domestiques en fraçais, ou une autre, sur les noms de
couleurs en roumain, constituent des études onomasiologiques – du gr. onoma =
désignation):

sémème
signifié sème
signifiant classe de dénotés

Les rapports de la sémantique avec


d'autres disciplines
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Nous avons vu qu'en tant que discipline linguistique, la sémantique se


trouve dans un rapport étroit avec les autres branches de la linguistique
(morphologie, syntaxe, pragmatique) Mais elle se trouve en communication
directe avec d'autres disciplines, non linguistiques, comme la philosophie, la
logique, la sémiologie, la psychologie, dans le sens qu'il y a un échange de
résultats entre toutes ces matières et la sémantique linguistique.
«La notion qu'évoque le terme de "sens" est une des plus controversées de
l'histoire de l'humanité: elle participe à la fois de la philosophie, de la logique,
de la psychologie et de la linguistique. » (Kassai, dans Martinet, La linguistique,
guide alphabétique, p. 336).

Sémantique et philosophie

1. La philosophie grecque
La sémantique se pose des problèmes comme: qu'est-ce que le sens? D'où
vient que le langage ait un sens? Ces questions ont d'abord été posées par des
philosophes qui s'intéressaient au langage, non parce qu'ils le considéraient
comme un objet de science, mais parce que le langage est le lieu de passage
obligé de leur discours. La notion de «sens» est inséparable du signe, aussi son
examen est-il étroitement lié à celui du signe linguistique.
Les philosophes grecs se demandaient si la langue est régie par la nature
ou par la convention, s'il existe ou non un rapport nécessaire entre le sens d'un
mot et sa forme. Platon, dans le Cratyle soutenait que «les mots signifient de
façon nécessaire, par nature, c'est-à-dire reflètent soit par leur origine
expressive, soit par leur structure étymologique, la réalité qu'ils nomment.»
(Mounin Histoire de la linguistique, 96-97). D'autres, par exemple Aristote,
dans De l'expression, affirment que les mots signifient par convention, par
accord ou par agrément entre les hommes; la langue n'est que le résultat d'un
contrat social entre les membre d'une communauté, et, par là, elle est susceptible
de transformations.
Certains d'entre eux, sensibles aux exceptions de tous ordres qu'ils
découvraient dans toutes les parties de la langue, ne voulaient reconnaître dans
celle-ci qu'irrégularité et désordre, ou, selon le mot consacré, anomalie; pour
eux la langue n'obéit pas sa de vraies règles: tout n'y est qu'usage, qu'arbitraire.
D'autres, frappés par l'aspect organisé de la langue, la cohérence de ses
catégories, cherchaient une régularité, dite analogie, à l'intérieur du langage.
Pour eux la langue est fondamentalement systématique et régulière. Il est à noter
que la controverse entre «anomalistes» et «analogistes» se poursuit encore
aujourd'hui.
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«Dans la linguistique ancienne, le sens serait la relation entre la chose et


le nom; il s'attacherait aux noms par simple nomination d'origine divine ou
humaine; il pourrait aussi bien d'affaire d'une «convention» que l'image
naturelle de la chose elle-même.» (Kassai, La linguistique, 336)

2. La philosophie médiévale
Au Moyen Âge, la scolastique reprend le débat; s'affrontent diverses
tendances: réalisme, nominalisme, conceptualisme. «Pour les réalistes, issus
de Platon et Augustin, les mots sont des manifestations concrètes des Idées, il y
a un rapport intrinsèque entre l'idée et le mot. Pour les nominalistes, qui
procèdent d'Aristote (et de Thomas d'Aquin plus tard), les idées n'ont de réalité
que dans l'esprit des hommes, les mots ne sont pas les choses, ni les germes des
choses, mais ne sont que des noms; et les noms ne sont tels que par
convention...» (G. Mounin p.118). Les conceptualistes intercalent entre les mots
et les choses, des concepts; seuls les noms propres réfèrent à des choses
particulières; les noms communs renvoient à des concepts, obtenus par
abstraction à partir du réel.

RÉALISME: IDÉE (connue par intuition) ← lien objectif → MOT


NOMINALISME: CHOSE ← lien arbitraire → MOT
CONCEPTUALISME: CHOSE ← lien objectif → CONCEPT ← lien arbitraire
→ MOT

Ces thèses ont un point commun: quelle que soit la réalité dénotée par le
langage, cette réalité est déjà totalement organisée avant le langage.
Soit le mot canard. Quel est son sens? tel animal individuel? toute la
classe des anatidés (famille d'oiseaux palmipède dont le canard est le prototype)
tous les animaux que nous qualifions de canard ont-ils quelque chose en
commun? si oui, comment identifier et décrire cette propriété? Le sens de
canard est-il constitue par le concept qui lui est associé dans l'esprit de tous les
locuteurs français, par l'image d'un canard et par une description scientifique
exhaustive de ce palmipède?
Pour les nominalistes, les animaux auxquels nous donnons le nom de
canard n'ont de commun que ce nom que nous avons appris à leur donner aux
termes de certaines conventions. Pour les réalistes, il y a une Idée de canard et
c'est par ressemblance à cette idée que nous identifions les canards qui la
matérialisent. Pour les conceptualistes, nous avons, à partir de l'observation des
animaux, constaté certaines ressemblances essentielles, par-delà les divergences
accidentelles: est canard l'animal qui possède certaines propriétés objectivement
définies.
Le Moyen Âge est aussi l'époque de nombreux traités de modis
significandi qui se consacrent à une réflexion générale sur l'acte de signifier. Le
concept de mode de signification introduit une distinction, toujours utilisée
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(sens lexicale vs. sens grammatical), entre signifié et façon dont ce signifié est
visé, par le type de rapports institué entre mots et choses. Ainsi le mot canard,
non seulement signifie un concept spécifique qui constitue son sens lexical, mais
il le fait selon un certain mode: il dénote une «substance», la chose prise en elle-
même, abstraction faite de ses priorités C'est aussi le temps du catalan Raimon
Lulle, qui propose de réduire les concepts à leurs éléments simples, en unités de
signification plus petites, Cette procédure encore utilisée sous le nom d'analyse
sémique, consiste à expliciter le signifié d'un terme en donnant son genre
prochain et sa différence spécifique: «chat = petit animal domestique / qui a les
poils très doux».

3. Les temps modernes


Au XVIIe siècle «l'aristotélisme est toujours présent: le problème central
est toujours la relation du langage à la pensée, parce que le langage reste conçu
par les philosophes - Bacon, Descartes, Hobbes ou Spinoza, Locke et Leibnitz -
comme le moyen d'expression de la pensée.» (Mounin, p. 133). Pour Arnauld et
Lancelot Grammaire générale et raisonnée, Paris 1660, la langue a pour
fonction la représentations de la pensée - elle comporte une analogie interne
avec le contenu qu'elle véhicule -; le langage est représentation de la pensée
logique «l'art d'analyser la pensée est le premier fondement de l'art de la
grammaire.» (Beauzé Grammaire générale, Paris 1767)
Le début essentiel oppose empiristes et rationalistes à propos de la
possibilité pour la raison humaine de connaître la nature même des choses: la
vérité de notre raison, qui s'exprime par le discours, est-elle aussi la vérité des
choses? «La vérité et l'erreur ont été attachées non au choses, mais aux
discours... Le raisonnement n'est peut-être pas autre chose qu'un assemblage de
noms par le mot EST. D'où il s'ensuivrait que par la raison nous ne concluons
rien du tout touchant la nature des choses, mais seulement touchant leurs
appellations» (Hobbes, cité par Arnaud et Nicole La logique ou l'art de penser
1662).
La «Logique» ne citait Hobbes que pour le réfuter: car il est vrai que le
langage est conventionnel, il a fallu que les hommes soient d'accord «pour
prendre certains sons pour être signes des idées que nous avons dans l'esprit. De
sorte que si outre les noms nous n'avions en nous-mêmes des idées des choses,
cette convention aurait été impossible.» (Arnaud et Nicole, p. 43)
Au XVIIIe siècle, l'intérêt va essentiellement aux problèmes que pose
l'origine naturelle du langage en rapport avec la pensée et avec les réalités
exprimées. Seul Condillac formule nettement, dans son Essai sur l'origine des
connaissances humaines (1746), une théorie de l'arbitraire du signe (à noter
qu'ici «signe» vise le signal, l'expression, la forme, et non le signe «linguistique»
a deux faces): «Les signes des langues sont des signes d'institution, que nous
avons nous-mêmes choisis et qui n'ont qu'un rapport arbitraire avec nos idées»;
» Le langage est l'exemple le plus sensible des liaisons que nous formons
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volontairement» (Mounin, 153). Il annonce, par sa conception de la science


comme «langue bien faite», tout un courant de la pensée contemporaine: «Les
idées abstraites ne sont que des dénominations. Leur clarté et leur précision
dépendent uniquement de l'ordre dans lequel nous avons fait les dénominations
des classes, et par conséquent, pour déterminer cette sorte d'idées, il n'y a qu'un
moyen: c'est de bien faire la langue.» (Logique... ). Tout l'art de raisonner se
réduit à l'art de bien parler. On songe à Leibniz qui, au siècle précédent, voulait
aussi une langue «parfaite», donc universelle, dénuée d'homonymie, de
synonymie et de polysémie, c'est-à-dire de type mathématique.
Les grands philosophes du XIX-e siècle ne s'intéressent pas directement
au langage. Le XIX-e siècle est le siècle de la naissance de la linguistique
comme science autonome, qui étudie le langage pour lui-même et découvre ses
mécanismes propres. Certes, le mot continue à avoir un sens et à «représenter»
quelque chose, mais on découvre que «si le mot peut figurer dans un discours où
il veut dire quelque chose, ce n'est pas par la vertu d'une discursivité immédiate,
mais [...] parce qu'il obéit à un certain nombre de lois strictes qui régissent de
façon semblable tous les autres éléments de la même langue.» (M. Foucault, Les
mots et les choses, 1966). Le langage atteint ainsi à un nouveau statut et les
rapports langue-pensée se modifient: le langage n'est plus la simple expression
d'une pensée toute faite. Il a une existence et des lois propres; certains, comme
Humboldt renversent le rapport: le langage est, pour lui, l'organe qui forme la
pensée.
Cette autonomie du langage va progressivement poser aux philosophes un
problème redoutable: si le langage a des lois complexes, s'il n'a plus la
transparence qu'on lui prêtait, on ne peut plus l'utiliser naïvement; il faut en tenir
compte. Que ce soit pour le formaliser ou pour l'interpréter, la pensée du XXe
siècle est constamment confrontée au langage.

4. Le XX-e siècle
L'un des ouvrages les plus marquants du courant «formalisateur» est le
Tractatus logic-philosophicus de L. Wittgenstein, 1918. Voulant une
philosophie rigoureuse, il considère que son objet n'est pas le monde (objet de
la science), mais le langage. Selon lui, l'unique fonction du langage est de
transmettre un savoir, le problème essentiel étant de distinguer les propositions
vraies des fausses.
Le langage est conçu comme un pur miroir du monde: à tout fait
correspond un énoncé; à tout énoncé doit correspondre un fait. Les choses sont
représentes dans les propositions par des mots qui ont une référence. La
sémantique recouvre une double réalité: il faut distinguer entre sens et vérité. Est
vraie une proposition représentant une image conforme à la réalité: la
proposition «il pleut» est vraie s'il pleut effectivement quand je la prononce. Le
sens est la conformité avec le système logique: la proposition «A et B» a
toujours un sens parce qu'elle est conforme aux règles logiques. Les connecteurs
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logiques (et, ou, parce que, ...) ont un sens mais ils n'ont pas de référence; ce
sens est purement formel: «Les propositions de la logique ne disent rien».
(Wittgenstein Tractatus, 6.11)
Wittgenstein disjoint la référence (relation à la chose) et le sens (valeur
relative d'un signe par rapport aux autres). De son côté, Saussure admet aussi
une dualité: à côté du rapport signifiant-signifié, il pose la notion de valeur, que
l'on peut schématiquement définir comme «une virtualité de sens dépendant du
système». Un élément linguistique ne peut prendre sa pleine signification que
par rapport à l'ensemble de la langue; tout changement local modifie l'équilibre
du système dans son ensemble. On passe ainsi de la référence au système, et le
problème sémantique paraît émigrer du monde (des choses) vers le langage
conçu comme un système autonome dont les mécanismes ne sont nullement
transparents- ils échappent à la conscience immédiate.
Ces distinctions aboutissent à de nouvelles difficultés: en juxtaposant la
notion de système et celle de référence, on n'explique pas leur articulation; il n'y
a plus d'inter-compréhension dans la communication. «Si l'on veut rester fidèle
aux prémisses saussuriennes, deux individus parlent toujours des langues
différentes, car même les mots qui paraissent extérieurement communs [...] sont
en réalité des mots de signifiés différents, puisque insérés dans des réseaux
différents de rapports.» (Tullio de Mauro, Une introduction à la sémantique,
1969).

5. Le scepticisme sémantique
Les différentes voies pour parvenir à expliquer le «sens» dans le premier
quart du XX-e siècle paraissent bloquées. Les éléments simples dont parlait la
définition du signe (corrélation entre le mot et la chose, ou le concept, l'idée)
paraissent se dissoudre. Ni la physique, ni la psychologie ne peuvent fournir de
données simples sur ces notions: la chose n'est pas «donnée», elle est
inséparable des théories physiques (c'est-à-dire une certaine forme de discours);
le concept n'est pas immédiat, il peut se définir, au mieux, par sa genèse où le
langage a sa part.
Ainsi se continue un mouvement de pensée que l'on peut qualifier, avec
Tullio de Mauro, de scepticisme sémantique. Ce courant est double:
- d'une part, le formalisme cherche à étudier la langue sans faire référence au
sens. Des logiciens comme Rudolf Carnap et des linguistes comme Harris
tentent de construire une théorie qui permettrait d'économiser cette notion si
encombrante. Ce courant semble aboutir à une impasse: on ne peut chasser
totalement le sens ni de la description linguistique, ni de la réflexion logique;
- d'autre part, le subjectivisme affirme que si le sens existe, il est donné par le
sujet individuel, pour lui seul. Chacun interprète, avec son propre code, un
discours qui n'a pas un sens mais une pluralité de sens (Pirandello, Camus
L'Étranger ...) Ce subjectivisme débouche sur le thème de l'impossibilité de
toute communication, dont on a fait grand usage.
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6. Le sens comme organisation de l'expérience


Dans une œuvre ultérieure, Investigations philosophiques, 1953,
Wittgenstein explore une autre voie. Le langage a du sens non parce qu'il réfère
aux choses ou parce qu'il est logiquement cohérent, mais parce qu'il est un
instrument de communication. On ne peut pas parler d'éléments premiers,
clairement définis antérieurement au langage; le langage ne sert pas uniquement
à communiquer un savoir.
La langue ne sert pas seulement à transmettre un savoir tout fait qui lui
serait extérieur; elle est partie prenante dans la constitution de ce savoir. Elle
n'est pas une description des faits, mais un moyen de coordonner les actes de
plusieurs sujets coopérants.
Le sens se définit alors par l'usage, en tant que le langage est mis en
correspondance avec des situations. Mais la situation de communication est
celle qui englobe, outre la communication linguistique, vocale-non verbale
(intonation, qualité de la voix, ...) ou non vocale-non-verbale (expression du
visage, geste, attitude, ...) et l'ensemble des sujets participant à ces
communications (dans leur cadre social, culturel, psychologique).
Pour éviter une interprétation subjective de ces situations, on peut noter
deux types d'invariants interindividuels:
- l'un vient de la situation d'apprentissage: l'enfant apprend sa langue de la
communauté linguistique, à travers des pratiques communes (et pas seul, dans
un dictionnaire);
- l'autre vient du caractère systématique de la langue: ni Wittgenstein, ni le
successeurs de Saussure n'abandonnent l'idée de système, mais c'est maintenant
un système qui inclut l'usage.
Il arrive que l'ambiguïté entre deux énoncés soit levée, non par une
différence entre les signifiants, mais par la situation dans laquelle ils sont
employés. Le contexte n'est pas seulement linguistique, il peut être aussi
«contexte de situation». La signification ainsi conçue n'est pas toujours
absolument univoque; on pourrait plutôt la définir comme «ce qui est compris en
moyenne dans telle situation socioculturelle».
«Le signe est inerte, seul l'usage lui donne vie», dit Wittgenstein.
L'alternative n'est pas: la communication est parfaite ou alors elle n'est pas. On
doit proposer une conception plus modeste, mais finalement plus féconde: celle
d'une communication se faisant par approximations, en fonction des habitudes et
des activités commune.
Le sens ne se découvre pas dans un tête-à-tête de l'individu avec l'Absolu,
mais dans la communication toujours partielle de sujets immergés dans une
même culture.
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7. Sens et référence – polémiques récentes

Comme nous l'avons vu, le problème de la référence a été débattu depuis


beaucoup de siècles provoquant de nombreuses controverses depuis l'Antiquité
grecque et le Moyen Âge jusqu'aux temps modernes. Dans la dernière décennie
du siècle passé, on assiste à une tendance de refus de l'existence objective du
référent, position exprimée par Nyckees (1992, 1997, 1998), Levieuge (1994),
Larsson (1997); cette polémique prolonge un débat philosophique ponctué par
Frege, Russell, Strawson, Quine, Davidson, Searle, Donnellan.
Si la référence est la relation qui unit une expression linguistique à
"l'entité extralinguistique" qu'elle exprime, alors le référent est l'objet ou l'état de
fait extérieur au langage.
On discute le problème si le sens doit être conçu en termes référentiels ou
non, c'est à dire si le sens du mot "éléphant" coïncide ou non avec la classe
d'objets auxquels les locuteurs appliquent ce mot. Par exemple, un adulte
accompagnant un enfant au jardin zoologique peut lui «explique» le sens du mot
éléphant en lui montrant l'animal qu'on appelle ainsi. Certains chercheurs
conçoivent le sens en termes référentiels (les "objectivistes"). D'autres (les
"constructivistes") expriment la tendance de refuser l'objectivisme et d'adhésion
à un principe dynamique (les "constructivistes").

7.1. Le point de vue objectiviste


La référence repose sur «l'axiome de l'existence» formule par John Searle:

«Tout à quoi on réfère doit exister» (Searle 1972: 121)

La thèse classique repose sur l'idée que la référence est une relation entre
des expressions linguistiques et l'extralinguistique: les référents (appelés aussi
13 Sémantique – 2003-2004

«dénotations») sont des entités du monde réel, indépendantes du langage et


auxquelles l'individu humain renvoie par l'utilisation des expressions
linguistiques. Une longue tradition logique et philosophique a établi le fait que à
chaque catégorie d'expressions il correspond un certain référent / classe de
référents. Par exemple, le nome propre Napoléon Bonaparte renvoie à un
individu unique (une personne née en 1769 à Ajaccio, en Corse et mort en 1821
en captivité, dans l'île de Sainte Hélène, deuxième fils de Charles Bonaparte et
de Letizia Ramolino, général, premier consul, empereur des Français entre 1804
et 1815, ….). Un substantif tel que chaise, un adjectif comme jaune, un verbe
tel que dormir renvoient à la classe d'objets qui ont la propriété d'être des
chaises, à la classe d'objets ayant la propriété d'être jaunes ou à la classe d'entités
qui ont la propriété de dormir; un verbe tel que voir (dans des énoncés du type x
voit y) renvoie à un ensemble de paires d'entités <x, y> dont le premier élément a
la propriété de voir le deuxième. Cette position "objectiviste" reflète une
certaine position philosophique par rapport à la relation qui existe entre
l'individu humain, le langage et la réalité et elle implique la conviction de
l'existence objective de la réalité:

«Cette conception classique de la référence s'accompagne d'un engagement


ontologique en faveur de l'existence de la réalité d'êtres et de choses
auxquels on peut référer avec les expressions linguistiques. » Kléiber 1999

Ce point de vue, apparemment si clair et si évident, n'arrive pas à expliquer la


référence des entités fictives ou imaginaires; des expressions comme les
licornes, Tarzan, Pégase, le père Noël qui sont employées dans des phrases du
type: Le père Noël a une grande barbe, Tarzan adore les singes, Sherlock
Holmes n'a jamais fumé des cigarettes, Pégase n'existe pas, Dieu existe, je l'ai
rencontré (Kléiber 1999). Si on accepte l'idée que les expressions de ce type ont
un référent, alors il faut élargir la définition initiale à des mondes possibles ou à
des univers imaginaires, ce qu'à fait Jean Dubois et ses collaborateurs:

La référence est «la fonction par laquelle un signe linguistique renvoie à


un objet du monde extra-linguistique, réel ou imaginaire» (J. Dubois et al.
1972:414)

Cette définition, qui introduit un monde extra-linguistique imaginaire a remis


sûrement en question les hypothèses du réalisme objectif sur lequel s'appuie la
conception "objectiviste" de la référence.

7. 2. Le point de vue constructiviste


L'idée que la référence peut envoyer à des objets non existants, construits
par le discours a ramené un certain nombre de sémanticiens à critiquer la
conception objectiviste, vue comme un dogme. Selon cette conception
14 Sémantique – 2003-2004

«[…] le monde ne préexisterait pas au discours, les entités et les choses


que l'on y place n'auraient pas cette existence indépendante, objective que
leur reconnaît la présentation classique de la relation de référence. Il serait
erroné de penser que le monde est constitué d'objets et que ces objets
possèdent des qualités et propriétés intrinsèques, indépendante des
hommes. » (Kléiber, 1999)

Pour soutenir cette thèse, les sémanticiens 'constructivistes' ont fait recours à
divers exemples:
- soit la référence du mot eau. Selon l'hypothèse objectiviste l'eau existe
objectivement dans le monde, c'est à dire son existence et ses propriétés existent
indépendamment des hommes et des autres créatures qui la perçoivent: elle est
inodore, transparente et liquide. Les critiques de ce point de vue (non seulement
des sémanticiens et des philosophes mais aussi un certain nombre de neuro-
biologues) disent qu'une telle thèse n'est pas défendable, parce que pour une
grenouille ou pour un poisson ou pour ver l'eau a, probablement, des propriétés
différentes;
- à propos du référent du mot couleur, F. Varela (1998) se demande qui perçoit
la vraie couleur: les hommes, pigeons (qui voient en pentachronique), ou les
abeilles (qui voient dans l'ultraviolet)?
Pour les constructivistes l'homme n'a pas accès à un monde "objectif" et,
selon la Gestalttheorie nommée aussi Gestaltpsychologie soutient que ce que
nous prenons pour le monde "objectif" c'est seulement une image du monde, un
monde tel que nous le percevons; ce monde est façonné non seulement par notre
perception mais aussi par l'interaction et par la culture à laquelle chaque
personne appartient.

La Gestaltpsychologie (du mot allemand Gestalt signifiant «configuration») est une école
psychologique contemporaine selon laquelle la vie psychique et en particulier la configuration
perceptive est constituée par des procès dynamiques organisés selon des principes structuraux
autonomes, la Gestalt.

Le réalisme objectiviste réduirait les langues à des nomenclatures (= listes de


mots): il existe le monde et ses "objets" déjà constitué(s) et il y a la langue qui
les nomme.
Mais tout ceci n'équivaut pas à l'inexistence du monde.

7. 3 Une position subjectiviste


Certains chercheurs ont poussé trop loin les idées constructivistes. Cette
position, qu'on peut caractériser comme étant trop radicale, se base, selon
Kléiber, sur la thèse suivante:
15 Sémantique – 2003-2004

Toute réalité est conceptualisée. Ce que nous croyons être le monde


"objectif" ou "réel" n'est que le monde tel que nous le percevons. (Kléiber
1999)

Il y a des neuro-bilogues, tel Nyckees 1997, 1998 et Bischolfserger 1998 selon


lesquels la perception n'est pas une opération neutre; la perception (opération
toujours inscrite dans des contextes historiques, politiques, culturels, sociaux et
interpersonnels) est une construction et une interprétation.
Une telle conception, qu'on pourrait considérer extrémiste, a été contestée;
par exemple Hilbert 1987 a montré que les couleurs ne sont pas seulement des
créations dues à notre perception (et, donc, variant d'une espèce à l'autre, d'un
groupe humain à un autre si nous pensons à des personnes avec des anomalies
de la vue comme les daltonistes), mais elles représentent des propriétés
objectives des objets qui correspondent à la propriété physique de reflet spectral
qui appartient aux surfaces.
En ce qui concerne le problème du référent, George Lakoff 1987 a
proposé le terme de réalisme expériencel, tandis que Sperber et Wilson 1989
parlent d'une ontologie du langage qui est distincte de l'ontologie du réel.

L'ontologie (terme introduit en philosophie seulement au XVII-e sec.) est la partie de la


philosophie qui étudie, selon l'expression d'Aristote, l'être en tant qu'être, indépendamment de
ses déterminations particulières.

Le monde perçu et conceptualisé étant le seul monde accessible et constituant ce


que les individus humains estiment être la réalité, ils parlent d'une expression
référentielle comme renvoyant à telle entité du monde réel; ce n'est pas
important que cette entité existe seulement dans notre modèle configurationel du
monde, important est que nous croyons qu'elle existe dans le monde réel, qu'elle
existe vraiment.

7. 4. Stabilité intersubjective
Le sentiment de l'existence de ce que nous estimons être le monde réel est
renforcé par le fait que ce monde apparaît comme objectif dans le sens qu'il n'est
pas soumis aux variations subjectives (fait dû, probablement, au fait que tous les
hommes sont doués de structures physiologiques et mentales similaires). Nous
avons le sentiment que le monde perçu et construit est le monde réel parce que
ce monde manifeste une certaine stabilité intersubjective. Il existe une différence
de stabilité selon les types des entités. Les objets concrets présentent la plus
grande stabilité intersubjective, tandis que les entités abstraites présentent des
variations au niveau du groupe et au niveau de l'individu. Si on pense, par
exemple, au sens du mot amour, nous constatons (1) une grande variation du
sens de ce mot du point de vue historique: le sens du mot a changé beaucoup de
l'Antiquité, au Moyen Âge, à l'époque moderne et contemporaine; (2) l'idée
d'amour a des acceptions très différentes du point de vue géographique, disons
16 Sémantique – 2003-2004

aux États Unis, en Suède ou au Japon; (3) on constate une assez grande variation
de ce concept au niveau individuel, comme chacun de nous a eu l'occasion de
constater. Le sens d'un terme n'est pas préétabli, il résulte d'une continuelle
négociation discursive. L'existence d'une stabilité intersubjective n'exclut pas la
présence de zones d'instabilité: un certain locuteur peut accepter ou refuser
l'attribution d'une certain propriété à une certaine entité.

7. 5. Monde réel et mondes possibles


Le grand logicien, mathématicien et philosophe Gottfried Wilhelm
Leibniz (1646-1716) a créé la notion de monde(s) possible(s), une notion usuelle
dans la sémantique logique. Pour les logiciens un monde possible (appelé aussi
description d'état) est constitué par un ensemble non contradictoire de
propositions (ensemble qui peut être interprété comme description d'un état
possible de l'univers).
Les linguistes, comme Kléiber 1999, ont la tendance d'interpréter cette
notion dans un sens plus métaphorique, comme condition pour pouvoir référer à
des entités fictives ou imaginaires comme le Père Noël, les licornes ou Pégase.
Dans une telle interprétation la notion de monde possible, celle-ci doit être
toujours mise en rapport avec le monde réel, qui continue à avoir un statut
privilégié et prédominant, car l'accès aux entités fictives se fait seulement par
l'intermédiaire de notre expérience du monde réel. Une partie des unités fictives
sont créé de fragments du réel, par exemple Pégase est un animal, à savoir un
cheval avec des ailes, un licorne est un cheval avec un milieu du front, le sphinx
a un corps de lion et une tête d'homme, or dans le monde réel il existe des
chevaux, des lions, des hommes, des animaux qui ont des ailes, le rhinocéros a
une corne au milieu du front, etc. La manière dans laquelle l'individu humain
conçoit le monde et la réalité ainsi que leur codification en termes de
linguistique privilégie le monde réel par rapport aux mondes possibles.

7. 6. Référence externe
La sémantique traditionnelle se caractérise par l'idée d'une référence
externe. Le constructivisme conduit à substituer cette référence externe avec une
référence interne: les expressions référentielles renvoient, selon ce point de vue,
seulement à des entités discursives, ayant une validité et une existence
seulement par et dans le discours. Par exemple A. Berendonner 1994, chercheur
qui propose un modèle pragmatico-cognitif, (a) un discours construit ses propres
référents (b) ces référents ne sont pas des "objets" du monde réel mais des
représentations cognitives partagées par les interlocuteurs. Une telle position
considérée trop radicale, a été combattue par un nombre important de
chercheurs. G. Kléiber a exprimé deux objections contre la position de
Berendonner 1994: (i) le langage, qui constitue un système de signes, est tourné
vers le dehors, vers ce qui et, ou on croit être le réalité, le monde. Le signe
représente autre chose que lui-même; (ii) les constructivistes emploient la
17 Sémantique – 2003-2004

relation "faire référence à" d'une manière logiquement incorrectes. Si nous


considérons la phrase «Le vainqueur d'Austerlitz» réfère à Napoléon, le premier
SN («Le vainqueur d'Austerlitz») représente une mention, dans le sens qu'il se
désigne lui-même, mais Napoléon mire, évidemment, à une entité non
linguistique (à la personne nommé Napoléon Bonaparte née en 1769 à Ajaccio,
… ) Autrement on aboutit à la contradiction que le signe le vainqueur
d'Austerlitz réfère au signe Napoléon. Ces objections justifient l'abandon le
l'hypothèse très commode de l'existence d'une référence purement linguistique.
Beaucoup de sémanticiens, y compris Kléiber, ont adopté l'idée d'une
sémantique référentielle: les expressions référentielles sont employées par le
locuteur pour renvoyer non pas à des constructions mentales ou à des entités
fictives, mais bien à des entités conçues comme existant en dehors du discours.
Si quelqu'un dit Paul est parti il ne parle pas d'une action uniquement
discursive, mais d'une action réalisée dans le monde extralinguistique. On fait
toujours référence à des éléments, réels ou fictifs, envisagés comme existant en
dehors du langage. Les individus humains réalisent une modélisation inter-
subjective qui a deux sources: (i) notre expérience perceptuelle, commune à tous
les hommes et (ii) notre expérience socioculturelle, propre aux groupes sociaux
et aux époques historiques.

Bibliographie

Kléiber, Georges, 1999, Problèmes de sémantique: la polysémie en question,


Presses Universitaires du Septentrion, Villneuve d'Ascq
Lakoff, George 1987 Women, fire and dangerous things. What categories reveal
about the mind, Chicago University Press, Chicago
Sperber, D. et D. Wilson 1989 La Pertinence. Communication et cognition.
Minuit, Paris
18 Sémantique – 2003-2004

Sémantique et logique
1. Logique et langage
«La linguistique a dû se constituer en grande partie, sur le plan
épistémologique [épistémologie (epistême (science) + logos (discours) la
branche de la philosophie de la science qui s'occupe des fondements, de la
nature, des limites et des conditions de la validité de la pensée scientifique. ], par
une lutte acharnée d'un siècle et demi, contre les utilisations inadéquates ou
erronées de la logique, en matière d'explication des mécanismes linguistiques
(Mounin)»
En ce qui concerne le rapport entre la sémantique et la logique, on peut
observer deux attitudes, toutes les deux extrémistes: d'une part un logicisme et
de l'autre une vraie logicophobie.
Pour les logicistes, le langage a fondamentalement une structure logique'
les éléments linguistiques (morphèmes, syntagmes, etc.) sont susceptibles d'une
définition logique simple. Mais la structure logique doit être recherchée très loin
de la structure apparente, qu'on n'aurait plus raison de l'appeler 'linguistique': la
logique est universelle, tandis que les langues naturelles se caractérisent par leur
diversité.
À l'inverse, la logicophobie croit pourvoir établir une structure
fondamentale du langage indépendamment de toute considération logique, ce
qui rend incompréhensible que le langage ait, en fait, parmi d'autres fonctions,
une fonction logique. Cette attitude enlève tout espoir d'arriver à décrire et à
codifier cette fonction.
De fait, le langage n'a pas de «structure fondamentale» ni logique, ni a-
logique, mais seulement une multitude de fonctions, souvent antagonistes. Il lui
arrive couramment de servir de support au raisonnement; il est donc possible
d'expliciter ce fonctionnement par une confrontation entre la logique et la langue
naturelle: recherche d'équivalents français aux expressions du langage logique
19 Sémantique – 2003-2004

et, inversement, recherche de la représentation logique d'énoncés rencontrés


dans le parler et l'écrit. La logique devient un moyen d'élucider ce sens.
La logique et la linguistique sont des disciplines distinctes. la sémantique
linguistique est une «science empirique qui s'occupe du contenu des signes et
des combinaisons de signes qui sont possibles ou qui apparaissent effectivement
dans les langues naturelles.» La sémantique logique «étudie les régularités
nécessaires à l'interprétation du contenu d'un langage formel (c'est-à-dire
artificiel) quelconque. »

2. Langue naturelle et langage formel


Les langue dites «naturelles» ont été considérées des instruments
imparfaits en tant que moyen de communication de connaissance scientifique
parce qu'il n'y a pas, le plus souvent, de relation bi-univoque entre chaque
signifiant et chaque signifié. Tantôt il y a plusieurs signifiants pour le même
signifié - la synonymie (le sommet/ la cime d'un arbre); tantôt on a plusieurs
signifiés pour un même signifiant - polysémie (couverture du lit / du livre /
assurance) ou homonymie (grève «plage de sable» ou «cessation du travail»).
Les énoncés peuvent contenir des ambiguïtés (vends fauteuils pour infirmes) ou
des imprécisions (quelques petits verres; beaucoup de maîtresses). Bien plus,
ces mêmes énoncés peuvent appartenir à des niveaux de langue différents
(dialecte social, jargon de métier, ...), avoir un contenu subjectif, remplir la
fonction d'un métalangage, etc.
L'ensemble de ces propriétés qui s'attachent aux expressions des langues
naturelles fait qu'elles sont largement impropres aux opérations de type formel.
Pour éviter l'imprécision de la langue vulgaire, on construit des langages
artificiels: on exprime chaque discours scientifique général dans un langage
formel, un métalangage explicite, d'origine logico-mathématique. On formule
un niveau syntaxique et un niveau sémantique du langage formel. Le niveau
syntaxique consiste à déterminer les règles permettant, en combinant les
symboles élémentaires, de construire des expressions complexes (phrases ou
formules) correctes. Les questions de syntaxe peuvent être exprimée en ternes
de restrictions aux concaténations (enchaînement et juxtaposition d'unités) des
symboles.
Prenons un exemple. La syntaxe logique a le rôle d'établir le vocabulaire
de langage et les règles de combinaison des éléments du vocabulaire. Le
vocabulaire du langage artificiel L que nous proposons comme exemple, est
formé des éléments suivants:
(1) Catégories Expressions
Constantes individuelles m, r
Constantes prédicatives à une place M, P
Constantes prédicatives à deux places A, C
(2) Règles syntaxiques
20 Sémantique – 2003-2004

(i) Si δ est un prédicat à une place et α est une expression individuelle,


alors δ (α ) est une ebf (expression bien formée) dans le langage L;
(ii) Si Si δ est un prédicat à deux places et α , β sont des expressions
individuelle, alors δ (α ,β ) est une ebf (expression bien formée) dans le
langage L;
(iii) se φ , ϕ sont des ebf dans L, alors ∼ φ «non-φ », φ ϕ «φ et
ϕ », φ ϕ «φ ou ϕ » sont aussi des ebf dans le langage L;
Il est évident que des expressions comme Mr, Arm, Pm, Cm ∧ Amr sont
des ebf dans le langage L.
Pour pouvoir être interprété, le langage L doit se référer à un univers
extra-linguistique. Afin de lui attribuer une sémantique, nous avons besoin des
éléments suivants:
- deux entités individuelle, supposons que ces entités soit l'individu nommé
"Mozart" et l'individu nommé "Raphaël";
- deux ensembles, un ensemble d'entités (personnes) qui sont musiciens (qui ont
donc la propriété d'être musiciens) et un autre ensemble formé d'entités qui ont
la propriété d'être peintres;
- deux ensembles de paires: l'ensemble de deux entités (personnes) dont le
premier admire le second et l'ensemble de deux entité dont la première connaît
la seconde;
- l'ensemble des valeurs de vérité formé de deux élément:  0, 1 où 0 signifie
le «faux» et 1 désigne le «vrai».
La sémantique assigne des valeurs sémantiques aux expressions générées
par la syntaxe. Les règles sémantique attribuent
(i) un référent aux expressions élémentaires qui forment le vocabulaire (selon le
principe que les référents des constantes individuelles sont des entités
individuelles, les référents des prédicats à une place sont des ensemble d'entités
individuelles qui ont une certaine propriété, les référents des prédicats binaires
sont des ensembles de paires (qui se trouvent dans une certaine relation);
(ii) un référent aux expressions complexes, sachant que les référents des
formules sont des valeurs de vérité. Pour les expressions complexes on applique
le principe sémantique essentiel est le principe de Frege, appelé aussi "principe
de la compositionalité". Selon ce principe
Le SENS d'une expression complexe est une fonction (dans le sens
mathématique du terme) du sens de ses parties.
Dans le cas du langage L les fonctions vont attribuer les éléments
suivants:
-ƒ('m') = l'individu nommé "Mozart"
- ƒ('r') = l'individu nommé "Raphaël"
-ƒ('M') = l'ensemble des entités (personnes) qui ont la propriété d'être des
musiciens;
21 Sémantique – 2003-2004

- ƒ('P') = l'ensemble des entités (personnes) qui ont la propriété d'être des
peintres;
- ƒ('A') = l'ensemble des paires d'entités dont le premier élément admire le
second;
- ƒ('C') = l'ensemble des paires d'entités dont le premier élément connaît le
second.
Maintenant il est clair qu'on attribue à la formule Pr le sens «Raphaël est
peintre», à Mm «Mozart est musicien», que Amr signifie «Mozart admire
Raphaël», tandis que Cmr veut dire «Mozart connaît Raphaël», etc. La
sémantique doit attribuer des valeurs de vérités à ces formules, par exemple dans
le monde réel Pr, Mm, Amr ou Cmr sont des formules vraies, tandis que Mr, Pm,
Arm ou Crm sont des formules qui expriment le faux.
Cette méthode caractérise une grammaire comme la grammaire de
Montague, qui fournit des interprétations sémantiques de ce type aux
expressions des langues naturelles.
L'opération qui associe un signe à un référent doit obéir aux conditions
suivantes:
(a) pour associer à un signe un référent, il est nécessaire de connaître au
préalable le langage (le système linguistique) auquel appartient ce signe;
(b) le langage auquel appartient ce signe soit posséder une structure formelle
exactement déterminée;
(c) le métalangage doit être essentiellement plus riche que le langage-objet
contenant la définition de «vérité en L» (ce que signifie que la formule exprime
un état de l'univers).

3. Sémantique logique et sémantique linguistique


Pour A. Tarski (logicien polonais, auteur d'une méthode pour définir la
valeur de vérité dans les langages formels), les principes de la sémantique
logique ne peuvent pas être appliqués aux langues naturelles' les motifs de cette
impossibilité sont au nombre de trois:
(a) la structure syntaxique des langues naturelles n'est pas aussi définie que celle
des langages formels de la logique mathématique: une langue naturelle n'est pas
quelque chose de fini, de clos, de borné par des limites claires.
[Cette objection a été rejetée par Chomsky qui, dans Structures
Syntaxiques , soutient que les règles syntaxiques, indépendantes de toute
considération sémantique, peuvent fournir une suite formalisée que le
sémanticien va interpréter.]
(b) les langues naturelles sont beaucoup plus complexes que les langages
artificiels: tout ce qui peut être dit aussi dans une langue artificielle peut être dit
aussi dans une langue naturelle, mais l'inverse n'est pas vrai. La puissance
sémantique des langues naturelles entraîne l'impossibilité de trouver un
métalangage plus puissant dans lequel on pourrait formuler leur sémantique.
22 Sémantique – 2003-2004

[Harris en 1968 a fourni des règles qui distinguent les phrases


métalinguistiques construites dans une langue naturelle du reste des phrases de
cette même langue].
(c) les langues naturelle contiennent des expression ambiguës ou peu précises,
contrairement aux langages formels où un seul symbole a une seule valeur qui
est toujours la même, quelle que soient les occurrences de ce signe.
[Katz et Fodor ont proposé une méthode pour préciser les différents sens
possibles d'un mot et pour fournir des critères formels pour le choix d'un sens
parmi d'autres.]
La sémantique logique vise à donner le moyen d'interpréter des
expressions bien formées en les mettant en correspondance avec autre chose, la
réalité ou d'autres expressions; elle débouche sur une sémantique référentielle.

Sémantique et psychologie

1. Signification et activité psychologique


La linguistique étudie plutôt le fonctionnement de la langue, la
compétence,
la psychologie s'intéresse à la performance, au fonctionnement concret,
actualisé par un sujet, des unités linguistiques. la psychologie veut étudier le
processus de mise en œuvre, d'actualisation de cette connaissance implicite pour
la production et l'interprétation d'énoncés, dans des conditions réelles de
communication.
La psychologie étudie des activités perceptives, motrices, intellectuelles,
etc. Elle affirme qu'il existe aussi une activité sémantique, qui est une activité
individuelle et inter individuelles (dans la mesure où la situation de
communication est inter individuelle).
Les activités sémantiques ne sont pas directement observables; elle soit
être reconstruites par la psychologue. On cherchera à étudier d'autres activités,
qui sont observables et qui entretiennent avec les activités sémantiques des
relations de détermination. L'objet de l'observation sera donc le signifiant. La
production de signifiant détermine l'activité sémantique, dans le cas de la
compréhension du discours: l'activité sémantique détermine la production de
signifiant. La psychologie étudie surtout l'activité sémantique induite par le
signifiant agissant comme stimulus, provoquant des réactions, linguistiques ou
non, du sujet. La psychologie étudie donc le signifiant défini comme une classe
de stimulus destinés à susciter une activité sémantique et une classe de
comportements destinés à produire le stimulus.

2. Le stockage de l'information sémantique


23 Sémantique – 2003-2004

Pour expliquer la mémorisation des textes, la psychologie admet


l'existence de deux mémoires une mémoire à court terme (celle qui conserve un
numéro de téléphone entre le moment où je l'ai lu dans l'annuaire et le moment
où je le compose sur un cadran) et une mémoire à long terme. Sauf
apprentissage spécifique, seules les caractéristiques sémantiques sont transmises
à la mémoire à long terme.
Lors de la réception d'un discours, le processus paraît être le suivant:
(a) le sujet perçoit le stimulus (mot lu ou entendu)
(b) le mot est reconnu dans son sens, ce qui suppose une confrontation entre ce
mot et les mots mémorisés antérieurement;
(c) l'unité significative minimale (la phrase) est comprise, ce qui suppose la
confrontation avec d'autres structures, syntaxiques en particulier;
(d) la mémoire à court terme transfère à la mémoire à long terme une
information, puis oublie ce qui a été lu ou entendu, mais pas toute l'information:
sont transmises les informations portant sur le contenu sémantique du discours,
mai généralement pas le mot-à-mot.
Cette dualité paraît aussi fonctionner au moment de l'émission du
discours. Le sujet, avant d'énoncer son discours, s'en fait une représentation
sémantique: il a une «intention sémantique» qui précède le choix des moyens
d'expression mis en œuvre pour l'élaboration de la phrase. L'étude des
phénomènes d'hésitation montre que le temps d'élaboration est plus long si le
discours est «personnel», plus court s'il utilise des expressions toutes faites.

3. Signification et conditionnement
Le behaviorisme, théorie psychologique du comportement, a tenté de
décrire la signification en termes de situation, stimulus, réaction (ou réponse).
La genèse de la signification est alors expliquée par le conditionnement. Le
behaviorisme a établi une relation directement observable et mesurable entre des
stimuli émanant du milieu extérieur et les réactions de réponse (spontanées ou
acquises) qu'ils entraînent de la part de l'organisme. Le grand linguiste américain
Leonard Bloomfield, dans son livre Le langage 1933 est très proche des
behavioristes quand il propose le schéma:

S1 extra linguistique -------» r1 --------»s2 ----------»R2 extra linguistique


(linguistique)

S1 est un stimulus extra-linguistique, qui suscite chez l'auditeur une réponse


verbale r1 qui jour le rôle de stimulus s2, lequel détache la réponse R2, qui peut
être verbale ou non.
Skinner dans Verbal Behavior 1957 propose un modèle ayant pour thèse
fondamentale un modèle d'apprentissage qui peut s'énoncer ainsi: si une action
produite par hasard est renforcée à chacune de ces apparitions, alors elle
apparaîtra de plus en plus fréquemment. Ainsi, dans la «boîte de Skinner»,
24 Sémantique – 2003-2004

chaque fois que l'animal appuie, même par hasard, sur un levier, un mécanisme
distribue de la nourriture, on constate que l'animal appuie de plus en plus
fréquemment sur le levier. Skinner envisage un modèle identique pour
l'apprentissage du langage. L'enfant propose des phrases; celles qui déclenchent
dans l'entourage une réponse qui satisfait son besoin seront renforcées, c'est-à-
dire apparaîtront plus fréquemment.
Soit un objet SI stimulus de l'environnement, par exemple une pomme' cet
objet provoque une réponse totale RT ayant plusieurs composantes (tourner les
yeux, tendre la main, saliver, et des associations agréables, liées au coût...). Si à
SI est associé le mot /pom/, celui-ci provoquera non la réponse totale RT mais
une réponse médiationnelle (rm) qui n'est pas directement observable mais elle
peut devenir à son tour un stimulus sm (stimulus médiationnel) qui déclenche
une réponse manifeste (R - mot) différente de RT.
SI →mot →rm →sm →RT
Cette thèse permet d'expliquer les phénomènes de généralisation
sémantique puisque plusieurs stimuli peuvent déclencher une même réponse
médiationnelle et un même stimulus peut provoquer des réponses
médiationneles différentes.

4. L'associationnisme
Il semble que le lexique se trouve organisé dans notre cerveau en classes
logico-grammaticales. Cette organisation du lexique se redistribue dans le
temps, sous l'influence de la structuration de l'intelligence. Ainsi, le lexique des
enfants et des adultes n'est pas organisé de la même façon. Si l'on demande, dans
une épreuve d'association linguistiques, de répondre à des mots inducteurs, on
constate que les enfants font plutôt des réponses syntagmatique, alors que les
adultes font plutôt des associations paradigmatiques:
Mot inducteur Réponses d'enfants Réponses d'adultes
table manger chaise
doux coussin dur
petit petit pain grand ...

5. Théorie cognitive et origine des unités sémantiques


La psychologie génétique créé par Jean Piaget, a montré que toute
activité de type cognitif consiste à extraire du flux des représentations un certain
nombre d'invariants. Ces notions peuvent être gardées en mémoire sous des
formes diverses: images, schèmes moteurs, concepts, etc.
La constitution de ces structures cognitives permet de suivre la genèse de
la fonction sémantique en la reliant aux activités cognitives voisines. L'ensemble
forme ce que Piaget appelle la fonction symbolique ou sémiotique, qui est la
capacité de l'enfant de fabriquer, d'utiliser des signes, c'est-à-dire de se
25 Sémantique – 2003-2004

représenter un signifié (objet, événement, idée) à l'aide d'un signifiant (geste,


image, mot). Certaines de ces représentations sont associées à des mots.
La fonction référentielle est reprochée des autres activités intellectuelles,
ne sera pas conçue comme mettant en correspondance un mot et une chose, mais
un mot et une classe de choses. L'analyse du réel et sa catégorisation se font,
selon Piaget, avant le niveau linguistique, dès le niveau de la perception.
L'analyse du réel aboutit à la formation de grandes catégories. Piaget affirme
que dans la première année de la vie, et donc avant l'apparition du langage,
l'enfant élabore le schème de l'objet permanent: il apprend progressivement que
l'objet ne cesse pas d'exister quand il cesse de le percevoir; par rapport aux
variantes de la perception, il a donc construit un invariant: l'objet. Ce schème,
une fois construit, peut ensuite servir de catégorie sur le plan cognitif. Il peut
servir à distinguer et regrouper certaines représentations à partir des oppositions
permanent vs. non permanent et contigu vs non contigu. ce schème pourrait
aussi servir d'hypercatégorie: la permanence d'un certain fragment de la réalité
produit le schème du nom, tandis que la répétition sans permanence engendrait
une autre hypercatégorie, celle du verbe, qui exprime quelque chose qui advient
à de catégories constantes.

Sémantique et sémiologie
1. Les signes
Utilisation plusieurs systèmes de signes: s. du langage, s. de la politesse, s.
régulateurs des mouvements des véhicules, s. extérieurs indiquant les conditions
sociales, etc. Toute culture = un réseau complexe de systèmes signifiants
permettant divers types de communication.
Le sémiologie = ces systèmes de signes. Définir la notion de signe: il
désigne un élément A qui représente un autre élément B, ou lui sert de substitut.
Le signe implique ou non une intention de communication. Ex: un indice un ciel
d'orage = un «fait immédiatement perceptible qui nous fait connaître quelque
chose à propos d'un autre fait qui ne l'est pas.» (Prieto Sémiologie, Pléiade,
1968, p. 95); un signal - un drapeau rouge sur la plage «fait qui a été produit
artificiellement pour servir d'indice» (Prieto, ibid. p. 96). L-interprétation des
indices - variable avec les récepteurs (sciences de l'observation). Le décodage
des signaux relève de la sémiologie: interprétation univoque pour tous les
récepteurs qui connaissent le code de communication.
Le lien entre A et B - une deuxième distinction. Un Z sur un panneau
routier - un tournant - entre la forme de l'élément A et l'élém. B il y un lien, le
signe est motivé. Le drapeau rouge = baignade dangereuse → il n'y a pas de lien
naturel, signe conventionnel.

Aucune intention Intention de commuinication


Indice (Symptôme) Signal
26 Sémantique – 2003-2004

[kanar]

SYMBOLE SIGNE
Science d’observation Sémiologie Linguistique

Signes non linguistiques: le drapeau rouge, le panneau stop (triangle, pointe en


bas) dans la signalisation routière, la croix verte des pharmaciens. Le signe
linguistique (Saussure): (i) doté d'un contenu sémantique (signifiant); (ii) doté
d'une forme phonétique (le signifié); (iii) la relation entre Sé e Sa est (a)
arbitraire (il n'y a pas de lien naturel entre eux); (b) il est linéaire; (c) il est
conditionné par la position dans le système linguistique (valeur).
(a) La thèse centrale de Saussure sur l'arbitraire du signe peut se
développer d'un double point de vue. Nous suivons ici Benveniste dans
l'interprétation qu'il donne de la pensée de Saussure (Problèmes de linguistique
générale - "Saussure après un demi-siècle" et ""Nature du signe linguistique):
- d'une part, le signifié (par exemple l'idée de bœuf "mammifère artiodactyle (=
reposant sur le sol par nombre pair de doigts) ruminant domestique" est liée avec
la suite de sons qui lui sert de signifiant (ici la suite /bœf/) par un rapport que
Saussure qualifie d'arbitraire: le signifié "bœuf" a pour signifiant /bœuf/ d'un
côté de la frontière, et /oks/ (Ochs) de l'autre. Il n'y a pas de raison pour lier le
signifié "maison" au signifiant /mε z~o/, il peut être lié au signifiants /kaza/,
/domus/, /haus/, etc. Saussure précise que le mot arbitraire ne doit pas donner
l'idée que le signifiant dépend du libre choix du sujet parlant' Saussure veut dire
simplement que le signe linguistique est immotivé, c'est-à-dire arbitraire par
rapport au signifié, avec lequel il n'a aucune attache naturelle dans la réalité.
Le choix du signifiant n'est pas toujours arbitraire. Laissant de côté le
niveau sémiologique, dans la langue, le choix du signifiant des onomatopées et
des exclamations semble ne pas être toujours arbitraire. Il y a aussi des mots qui
présente le soit-disant 'symbolisme phonétique'. En examinant ces cas, Saussure
observe que:
- les onomatopées ne sont jamais des éléments organiques d'un système
linguistique. Des mots comme fouet et glas présentent une sonorité suggestive:
mais en étudiant leur étymologie , on constate que le symbolisme phonétique est
dû au hasard, vue que fouet dérive de fagus «hêtre» et glas de classicum;
- les onomatopées authentiques sont peu nombreuses et leur choix est déjà en
quelque mesure arbitraire, puisqu'elles ne sont que l'imitation approximative et
déjà à demi conventionnelle de certains bruits: (chicchirichě, cocorico, cock-a-
doodle-doo, Kekeriki, кукареку, cucurigu);
- on peut faire des remarques analogues sur les exclamations, qui varient
d'une langue à l'autre: fr. aïe!, allem. roum. au!, it. aia!, rus. ой!, angl. oh!
Il en résulte que les onomatopées et les exclamations sont d'importance
secondaire, et leur caractère motivé est contestable. (Cours, pp. 101-102)
27 Sémantique – 2003-2004

(b) Le caractère linéaire du signifiant


Le signifiant est de nature auditive, il se déroule dans le temps seul et a
des caractères qu'il emprunte au temps: (a) il représente une étendue, et (b) cette
étendue est mesurable dans une seule dimension, le temps: c'est un ligne.
Cette caractéristique du signe linguistique a des conséquences
importantes: par opposition aux signifiants visuels (signaux maritimes, signaux
du code routier) qui peuvent apparaître plusieurs simultanément, les signifiants
acoustiques ne disposent que de la ligne du temps, se déroulant l'un après l'autre
et formant une chaîne. Ce caractère se maintient en quelque sorte quand on
représente les signes linguistiques par écrit, quand on substitue la ligne spatiale
des signe graphiques à la succession dans le temps. (Cours, p. 103)
(c) La théorie de la valeur
La théorie de la valeur représente la contribution essentielle de Saussure.
Elle consiste dans l'affirmation de la primauté des rapports entre les éléments
sur les éléments eux-mêmes, soit au niveau des signifiés qu'au niveau des
signifiants ou des signes dans leur entier. Pour faire comprendre ce concept
extrêmement important, Saussure fait de nouveau appel à l'exemple du jeu
d'échecs:
«[...] la langue est un système qui ne connaît que son propre ordre. Si je
remplace des pièces de bois par des pièces d'ivoire, le changement est
indifférent pour le système. Mais si je diminue ou augmente le nombre des
pièces, ce changement-là atteint profondément la grammaire du jeu [...]» (Cours,
p. 43)
«La valeur respective des pièces dépend de leur position sur l'échiquier,
de même que dans la langue chaque terme a sa valeur par son opposition avec
tous les autres termes.» (Cours, p. 125-126)
«Prenons un cavalier: est-il à lui seul un élément du jeu? Assurément non,
puisque dans sa matérialité pure, puisque, hors de sa case et des autres
combinaisons du jeu, il ne représente rien pour le joueur et ne devient élément
réel et concert qu'une fois revêtu de sa valeur et faisant corps avec elle.
Supposons qu'au cours d'une partie cette pièce vienne à être détruite ou égarée:
peut-on la remplacer par une autre équivalente? Certainement: non seulement un
autre cavalier, mais même une figure dépourvue de toute ressemblance avec
celle-ci sera déclarée identique, pourvu qu'on lui attribue la même valeur. On
voit donc que que dans les systèmes sémiologiques, comme la langue, où les
éléments se tiennent réciproquement en équilibre selon des règles déterminées,
la notion d'identité se confond avec celle de valeur et réciproquement.» (Cours,
p. 156)
- Les signifiés: les concepts sont purement différentiels, définis non pas
positivement par leur contenu, mais négativement par leurs rapports avec les
autres termes du système. Par exemple, , le mot français mouton peut avoir la
même signification que le mot anglais sheep, mais non la même valeur, et cela
parce qu'en parlant d'une pièce de viande servie sur la table, l'anglais dit mutton
28 Sémantique – 2003-2004

et non sheep. La différence de valeur entre sheep et mouton tient à ce que le


premier a à côté de lui un second terme, ce qui n'est par le cas pour le mot
français.
Dans la même langue, tous les mots qui expriment des idées voisines se
limitent réciproquement: des synonymes comme redouter, craindre et avoir
peur n'ont de valeur propre que par leur opposition: si redouter n'existait pas,
tout son contenu irait à ses concurrents. (Cours, p. 160);
- Les signifiés: la partie matérielle de la valeur est constitué, elle aussi, par les
rapports de différences: les mots silva, silvam sont différentes parce que leur
forme est différente; silva présente une certaine valeur parce qu'il s'oppose à
silvae, silvam, silvarum, silvas, etc.
- Les rapports entre les signes: sont basés toujours par les opposition. Un
fragment de la chaîne parlée correspondant à un certain concept, sont, aux deux
niveaux, purement différentiels. Par exemple la formation du pluriel allemand
du type Nacht - Nächte et Gast - Gäste. Chaque terme pris isolément n'est rien.
Ils ont une valeur seulement l'un par rapport à l'autre. Saussure en conclut que la
langue est une forme et non une substance. (Cours, p. 168-169).
Revenant aux rapports linguistique - sémiologie: G. Mounin propose de
réserver le terme de linguistique à l'étude scientifique des langues naturelles, et
le terme de sémiologie à l'étude scientifiques des instruments (ou systèmes, ou
moyens) de communication autres que les langues naturelles. Donc vous pouvez
voir qu'il n'existe pas un accord entre les chercheurs sur le domaine de la
linguistique. La sémiologie → orientations: (i) une théorie générale des signes,
de leur nature, de leurs fonctions et de leurs fonctionnement; (ii) un inventaire et
une description des différents systèmes ou types particuliers de systèmes.
[Critique: le terme parfois employé pour une sorte de stylistique assez
impressionniste, qui consisterait à lire partout des «signes», donnant à ce terme
l'acception la plus élastique]. Pour nous la sémiologie étudies des systèmes de
communication par signaux, symboles, signes non linguistiques.
Deux sémiologies (i) la sémiologie de la communication (= faits qui
manifestent une intention de communication) la science qui étudie la structure et
le fonctionnement des divers systèmes ou moyens de communication ou codes
non linguistiques inventés pas les hommes; (ii) la sémiologie de la signification
(l'étude scientifique des phénomènes quels qu'ils soient): elle interprète les
indices, donc ne postule pas de communication proprement dite.

Sémiologie de la communication Sémiologie de la signification


- Communication: établissement d'un - Signification: relation qu'il y a
rapport social entre deux personnes entre un indice et son indiqué
grâce à un indice que produit l'une lorsque cette relation n'est pas
d'elles et au moyen duquel elle fournit naturelle mais instituée par un
à l'autre une indication concernant ce groupe social.
rapport social Ex: la position relative qu'occupent
29 Sémantique – 2003-2004

a) rapport social: deux personnes marchant ensemble


- information: faire savoir sur un trottoir (côté rue ou côté
- injonction: faire faire immeuble, côté droit ou côté gauche)
- question: requérir une information → indice de la position hiérarchique;
b) indice cette relation n'est pas naturellement
- spontané, naturel: la couleur du ciel, donnée mais socialement instituée.
l'accent étranger
- faussement spontané: l'accent imité - la sémiologie de la signification
par un locuteur désireux de se faire traite des indices qui sont
passer par un étranger; conventionnels, c'est-à-dire de ceux
- intention ou signal: le panneau des indices qui sont acquis, dans une
routier société déterminée, leur capacité
d'être indices. (Prieto)

Rapports entre linguistique et sémiologie - rapports définis de façon différente:


- F. de Saussure: la sémiologie «la science qui étudie la vie des signes au sein de
la vie sociale»; la linguistique - une branche de cette science; Saussure privilégie
la fonction sociale du signe et de la communication;
- Roland Barthes: la sémiologie est une branche de la linguistique, car «tout
système sémiologique se mêle de langage». Tous les autres camps sont
beaucoup plus pauvres (code de la route, sémaphores, etc.) - chaque ensemble
sémiologique important demande à passer par la langue. Barthes s'intéresse
surtout à la signification, aux modes de signifier.
Ducrot - Todorov DESL: La sémiologie reste un ensemble de propositions plus
qu'un corps de connaissances constitué, car elle est, d'une certaine manière,
écrasée par la linguistique.

L'idée implicite dans l'inclusion de la sémiologie dams la linguistique:


isomorphisme des structures sémiologiques avec celle du langage proprement
dit - chose qui n'est pas démontrée. Confusion: l'extension énorme du terme
"système de communication": le cinéma, la peinture, la musique, les
mathématiques, les «langages de programmation», la danse des abeilles → cela
empêche de saisir et de décrire scientifiquement leur spécificité comme
instruments de communication (Mounin). Il faut établir certains faits et certaines
différences (i) différences entre la communication de ce qui n'est pas elle (ii)
différences entre les diverses espèces de communication (iii) établir les traits
spécifiques qui distinguent le langage (l'ensemble des langues naturelles) de tous
les autres systèmes ou moyens de communication.

Le critère de la double articulation: oppose les langues humaines à tous les


autres systèmes de signes.
30 Sémantique – 2003-2004

La signification --» phénomène étudié pour une foule de faits et de phénomènes


(psychologiques, psychopathologiques, sociaux, culturels). La recherche de ces
phénomènes n'a rien de linguistique, même quand elles sont véhiculées par une
langue: signification d'un roman, d'un poème, d'une pièce de théâtre. La
recherche de ces signification se fait aujourd'hui sous le nom de sémiologie ou
de sémiotique.
Sémiologie de la communication: le phénomène donné est considéré un
système de signes, décodables selon un modèle linguistique --» suppose la
possession préalable du code de fonctionnement de ces signes par un
apprentissage social.
Sémiologie de la signification: un phénomène donné a forcément une
signification, cette signification peut être atteinte à partir d'une analyse d'indices
extraits de ce phénomène. On interprète le phénomène à partir d'un choix
d'indices qu'on croit significatifs en fonction d'une hypothèse préalable.
Il est important de retenir le fait que les systèmes d'indices ne sont pas
isomorphes aux systèmes de signes; il faut donc chercher chaque fois leur
structure spécifique.

Sémiologie Sémiotique
Saussure: "étude de la vie des signes au Linguistes d'obéissance américaine:
sein de la vie sociale [...] une partie de synonyme de sémiologie (semiotics)
la psychologie sociale et par consent de
la psychologie générale."
Barthes: une branche de la linguistique; A pour domaine d'étude un code
la science des grandes unités particulier (la mode, les usages
signifiantes du discours; vestimentaires, etc.)
Mounin: étude de tous les systèmes de Étude des formes sociales qui
signes autres que les langues naturelles fonctionnent à la manière d'un langage
(système de parenté, mythes, etc.)
Étude du langage littéraire, des pratiques
signifiantes prenant pour domaine le
texte:
- Derrida: critique du signe et des
présupposés impliqués par cette notion;
Théorie générale des modes de signifier,
refusant de privilégier le langage
(Greimas, Kristeva)

La Sémantique Structurale
1. Le problème du sens
La place de la sémantique ds la description linguistique → dogmes pour
les différentes écoles.
31 Sémantique – 2003-2004

L. Wittgenstein: deux conceptions, une exprimée dans Tractatus logicus-


philosophicus 1918 [la valeur purement référentielle du sens], l'autre -
Investigations pilosophoiques 1953 [le sens comme organisation de l'expérience
- donc une attitude opérationnelle].
Attitude référentielle: la langue = répertoire d'éléments qui reflètent
exactement les éléments de la réalité, une et universelle: correspondance entre le
monde des «choses» et celui des «mots» → nom signifie la chose et la chose est
la signification du nom. Conception aristotélicienne perpétuée dans
l'enseignement du vocabulaire des langues étrangères: on considère le «sens» du
mot ce qui n'est que la description de l'objet désigné. Confusion: structure
lexicale et structure de la réalité, la structure linguistique est ramenée à la
structure «objective» du réel.
Attitude opérationnelle: la languie ses concepts = un instrument. Les
signes linguistiques, en tant que tels, n'ont pas de signifié dans le sens que leur
signifié ne coïncide pas avec quelque chose qui existe en dehors de ce signes
(objet, qualité de l'objet, concept ou idée préexistants comme signifié avant que
le signe le dénote). Les formes linguistiques ont un signifié parce qu'elles sont
utilisées par l'homme et elles ne trouvent que dans cette utilisation la garantie de
leur lien avec un signifié déterminé. Ce ne sont pas les mots, ni les phrases qui
signifient, mais ce sont les hommes qui signifient ai moyen des mots et des
phrases. Le signifié est fonction de l'usage, mais d'un usage socialement réglé et
coordonné.

2. Bloomfield et la sémantique
La sémantique occupe un lieu relativement restreint dans diverses écoles
structuralistes, parce que les linguistes avaient des doutes sur la capacité de leur
science de donner une description rigoureuse du sens, comme celle donnée à la
phonologie, à la morphologie et à la syntaxe.
Bloomfield: la sémantique = le point faible de la linguistique parce que
privée encore de méthode scientifique. Conception behaviouriste de la langue:
l'activité psychique non est objectivement accessible - on étudie chez l'individu
la relation entre les stimuli et le comportement réactionnel. Si la réaction d'un
individu est linguistique, celui-ci devient locuteur et cette réaction sert de
stimulus pour un autre (auditeur), provoquant chez cet auditeur une réaction
(linguistique ou non-linguistique). Le sens d'un message linguistique = la
relation entre la totalité des situations des locuteurs et la totalité des réactions
des auditeurs.
Bloomfield examine la possibilité de Classification des situations sur la
base de leurs traits distinctifs mais:
- le même mot peut renvoyer à des situations tout à fait hétérogènes
(polysémie)'
-le sens inclut non seulement la dénotation (renvoi à des référents) mais
aussi la connotation (jugements de valeur, images associées, ...)
32 Sémantique – 2003-2004

- le langage s'emploie très souvent hors situations.


Mais le sens est indispensable à la linguistique. Postulat fondamental:
«Dans des communautés linguistiques déterminées, certaines expressions
linguistiques sont semblables en forme et sens»: les usagers sont intuitivement
capable de reconnaître cette identité. ==> la phonologie pragoise et sa
commutation: les traits constants de la «forme» (de l'expression, par ex., les
traits pertinents de la phonologie) ne peuvent être identifiés sans un certain
recours au sens (au contenu).
Les postbloomfieldiens (Harris et le distributionnalisme) prétendront
étudier la forme (l'expression) sans aucun recours au sens (au contenu). Pour
eux, l'étude d'une langue signifie réunir un corpus et essayer de faire apparaître
des régularités dans ce recueil d'énoncés.

3. Martinet et la sémantique
André Martinet fonctionnaliste - la description linguistique:

Latitudes linguistiques Servitudes linguistiques


Composants essentiels: Composants théorique. marginaux mais
descriptions des choix offerts par indispensables: indication des conditions
la langue imposées par la langue pour la
manifestation de ces choix.
PHONOLOGIE: étude le la 2e PHONETIQUE: détermination des traits
articulation (leste des phonèmes, non pertinents dont sont accompagnés
détermination des traits les traits pertinents des phonèmes.
pertinents, classement des
phonèmes; règles de leur
combinaison)
SYNTAXE: étude de la 1ère MORPHOLOGIE: réalisation
articulation (liste des monèmes, phonologique des monèmes selon les
des fonctions qu'ils peuvent contextes où ils apparaissent.
remplir, classement des
monèmes)

La sémantique ne figure pas parmi les composants de la description linguistique,


vu les grandes difficultés auxquelles doivent faire face à des recherches visant
à dégager des structures de sens: «En soi, un monème ou un signe plus
complexe ne comporte que des virtualités sémantiques dont certains seulement
se réalisent effectivement dans un acte de parole déterminé» (Martinet Éléments
de Linguistique générale, 1967, p. 36) Martinet: un minimum d'assertions
indispensables: les sons sont subordonnés au sens; le sens appartient aux
monèmes, mais ne se réalise que dans un contexte et une situation donnés. A
chaque différence de sens correspond nécessairement une différence de forme.
33 Sémantique – 2003-2004

4. Glossématique et sémantique
Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du langage combine deux
dichotomies, contenu vs. expression, forme vs. substance. Le linguiste étudie
seulement la forme (forme du contenu et forme de l'expression).
Facteur commun aux diverses langues: le sens (fr. je ne sais pas, angl. I
do not know, finnois en tieddä) ont le même sens mais, dans chaque langue, ce
sens contracte une relation particulière avec l'énoncé linguistique. Recevant une
forme spécifique, il devient une substance du contenu (la substance est la
manifestation de la forme dans la matière).
Alors, si le sens est une substance, la sémantique (étude du sens) ne fait
pas partie de la linguistique (étude des formes). La même forme peut exprimer
des substances diverses (avoir des sens divers). La même substance (le même
sens) peut être exprimée par des formes différentes, linguistiques ou non-
linguistiques (viens ici! - langue parlée, langue écrite, langue gestuelle, dessinée,
système de signaux par pavillons, etc.). La sémantique devrait alors être une
discipline interdiciplinaire.

5. Le modèle phonologique
La phonologie pragoise a dégagé les traits pertinents (phèmes) à titre
d'unités ultimes; un phonème est constitué d'un faisceau de phèmes. On a essayé
d'appliquer cette méthode à l'analyse des signifiés et de les analyser comme un
faisceau de traits élémentaires (séme - sémème): labeur = s1 «effort» + s2
«résultat» + s3 «utilité» + s4 «pénible». Si on ajoute le sème s5 «imposé par
besoin» on obtient un nouveau lexème besogne.
==> sèmes = unités discrètes (discontinues) et les notions opératoires de
la phonologie (variante, neutralisation, commutation) sont applicables à la
sémantique. [Variantes: On peut avoir plusieurs manières de prononcer un
certain phonèmes, mais ces variation n'influence pas sa valeur de phonème.
Ex.: /r/ grasseyé e /r/ vibré - revoir => il s'agit du même phonème (la variation
est une variation libre, ayant une signification sociale, en roumain elle n'a
aucune signification => variantes libres); dans d'autre cas la prononciation des
phonèmes est influencée par le contexte de leur occurrence. Ex.: une consonne
suivie par une voyelle nasale a une prononciation nasale. (fr.: bon - beau, roum.
bomboana - boboc) => variante conditionnée. Commutation: père - mère.
Neutralisation: la suppression, dans certaines situations, d'une certaine
opposition. Par ex. en allemand on assiste au fameux phénomène de la
neutralisation des consonne sourdes à la fin d'un mot. L'allemand connaît
l'opposition /t/ /d/, /f/, /v/, etc. Mais les paroles Rat «conseil» et Rad «roue» se
prononcent toutes les deux /ra:t/; nous avons le même phénomène en russe où
les mots рот rot «bouche» et род rod «genre» sont prononcées /rot/.
L'opposition /t/ vs. /d/ existe dans les deux langues: das Ende «la fin» vs. die
Ente «la cane», та «celle-là» vs. да «oui». Il y a des langues dans lesquelles
cette opposition n'existe pas - le chinois, taôisme - daôisme, Pékin - Beijing. Il
34 Sémantique – 2003-2004

faut donc faire la différence entre l'inexistence d'une opposition et la


neutralisation d'une opposition.]
L'unité fondamentale indécomposable (ce qu'on appelle le sémème) est
décomposable sémantiquement en unités de signification qu'on appelle
sèmes, lesquels sont commutables séparément.
- plan de l'expression: les signifiants (d'inventaire illimité) sont réductibles à
quelques dizaines d'éléments, les phonèmes qui peuvent être ramenés à un
nombre encore moins grand de traits pertinents, décrits par la phonétique
articulatoire (science à base physique);
- plan du contenu: il n'y a aucune évidence de cet ordre. Les sèmes:
certainement plus nombreux que les phonèmes, leur inventaire n'est pas limité
--» l'analyse sémique ne saurait être que partielle.
Le lexique: trop grand, trop ample pour qu'on puisse le représenter sous
l'aspect d'une structure unique. On le fragmente en micro-structures (champs)
qu'on tentera ensuite de relier en macro-structures. --» champ notionnel
(conceptuel) sur une base extra-linguistique (l'ensemble des animaux
domestiques - rapproche onomasiologique (gr. onomastiòs = l'acte de nommer,
de donner un nom): on part des choses, des référents et on analyse les noms
qu'on y donne), ou un champ lexical sur une base linguistique (les mots d'une
même classe grammaticale qui ont une distribution identique ou une structure
paradigmatiquement constituée par des unités lexicales se partageant une zone
de signification commune et se trouvant en opposition immédiate les unes avec
les autres. Ex.: tous les mots désignant une couleur et qui peuvent commuter
avec vert dans le mur est vert.). L'expression champ sémantique suppose une
certaine coïncidence entre un champ lexical et un champ notionnel, mais cette
coïncidence est souvent imparfaite- il y a des 'cases' vides. Ex.: le sème "gardien
spécifique d'un animal" est dérivé par le suffixe -(i)er du nom de l'animal
respectif - muletier, bouvier, chevrier, porcher - pas de mots dérivés de cheval,
de cochon, de âne, etc. (Rapproche sémasiologique - les mots et des moyens
lexicaux aux référents).

6. L'analyse de B. Pottier
B. Pottier Vers une sémantique moderne (TLL 1964)- l'exemple du champ
lexico-notionnel des noms de siège.
Les sèmes sont positifs (+) ou négatifs (-) ou n'entrent pas en compte (∅).
On a un sème commun à l'ensemble: s1 est le sémème de siège et on l'appelle
l'achisémème ou noyau sémique de l'ensemble. [Neutralisation: Tourbetzkoy a
observé que certaines oppositions de phonèmes, possibles dans certains
contextes, ne le sont pas dans d'autres. L'exemple de Troubetzkoy se réfère au
comportement de l'opposition de sonorité en allemand et en russe: en position
finale, les occlusives sonores s'assourdissent: les mots der Rat «conseil» et das
Rad «la roue» se prononcent tous les deux /ra:t/. En russe rot «bouche» et rod
«genre» se prononcent /rot/. On dit que dans cette position l'opposition sourd-
35 Sémantique – 2003-2004

sonore dans les deux langues se neutralise. On peut parler d'une neutralisation,
parce que dans les deux langues l'opposition fonctionne dans d'autres contextes:
das Ende «la fin» - die Ente «la cane», ta «celle-là» - da «oui». Il existe des
langues dans lesquelles les sons [t] et [d] ne représentent pas des phonèmes, par
ex. en chinois (daoisme - taoïsme, Pékin, Bejing). Dans cette langue on ne parle
pas de la neutralisation d'une opposition, mais de l'inexistence de celle-ci. La
neutralisation consiste dans la suppression dans certaines conditions d'une
opposition qui, dans d'autres conditions, conserve sa valabilité. Que représente
du point de vue phonologique les sons qui apparaissent en position de
neutralisation?
Le son de rod étant [t], il parait qu'il représente le phonème /t/. Mais on
observe que si l'occlusive ne se trouve plus en position finale, par ex. au génitif
roda, le son [t] est remplacé par [d], qui correspond au phonème /d/.
Troubetzkoy a considéré que le son final de rot et de rod représente une unité
phonologique distincte des phonèmes /t/ e /d/, ce son est du point de vue
phonologique un archiphonème. L'archiphonème , noté /T/ du point de vue
phonologique n'est ni sonore ni sourd, c'est seulement une occlusive bilabiale -
ce qui explique son incapacité d'avoir une valeur distinctive dans certaines
positions. Il existe des neutralisations dans d'autres langues - par ex. en français
l'opposition entre [e] et [ε ] est une opposition phonologique, ces deux sons
s'opposent en position finale, faisant la distinction entre les mots fait et fée,
parlait et parlé, etc. Mais il y a des contextes où l'opposition est neutralisée
parce que la substitution d'un phonème par l'autre n'introduit pas de différence
de sens. C'est le cas lorsque [e] et [ε ] se trouvent dans des syllabes ouvertes (=
non terminées par une consonne) à l'intérieur d'un mot: on obtient la même
signification «pays» que l'on prononce [pε -i] ou [pe-i]. Les deux sons sont
alors en variation libre. En fin, la neutralisation peut tenir à ce que l'un
seulement des deux éléments est possible: dans une syllabe terminée par le son
[r] on peut trouver [ε ] mais pas [e] (on a [fε r] «fer» mais pas [fer]).
Ce dernier type de neutralisation a donné naissance à la notion de
'marque': on appelle non-marqué l'élément qui apparaît là où un seul des deux
peut apparaître.]
Quand l'archisémème d'un champ est le sémème d'un signe, ce signe est
l'archilexème du champ.

lexème pour s'asseoir sur pied pour une pers. avec dossier avec bras matériau rigide
s1 s2 s3 s4 s5 s6
siège + ∅ ∅ ∅ ∅ ∅
chaise + + + + - +
fauteuil + + + + + +
tabouret + + + - - +
canapé + + - + ∅ +
36 Sémantique – 2003-2004

pouf + - + - - -

Dans d'autres champs, il n'existe par d'archilexème. Une micro-structure


lexicale ne comporte pas automatiquement un lexème pour chaque sémème
possible (ce qui accroît l'incertitude de l'analyse, en lui retirant sa phase
formelle). Un sémème n'appartient à la forme du contenu, d'après Pottier, que si
un signifiant lui correspond; autrement, il n'appartient qu'à la substance du
contenu.
On a donc, pour Pottier, en ce qui concerne le contenu:
sémantème: ensemble des sèmes spécifiques
Substance du contenu classème: ensemble des sèmes génériques
ou sémème virtuème: l'ensemble de sèmes virtuels

Ex. précédent: s1 doit faire partie du classème: un classème définit un


champ. Mais on pourrait ajouter d'autres sémès: «objet fabriqué», «matériel»,
«discontinu»; problème: comment arrêter la liste? Le virtuème: soit l'énoncé
Xavier s'est assis dans un fauteuil de PDG; fauteuil ---» inclut l'idée de
situation sociale élevée, qui sera absente d'autres emplois du signe. Les sèmes
virtuels s'actualisent ou non selon les emplois. cette instabilité laisse une place
trop grande à l'arbitraire dans l'établissement de leur liste. Les autres sèmes font
partie du catégorème (forme du contenu: lexème et grammatème).

7. Les rapports entre signifiés


--» quatre type possibles
- disjonction: aucun sème commun. Ex.: idée vs. chaise
- inclusion: les sèmes d'un des deux font partie des sèmes d'un autre homme
inclus dans être vivant, rose inclus dans fleur, mouche inclus dans insecte, etc.
(hypéronyme)
-équipollence: dans chaque signifié, une partie seulement des sèmes appartient à
l'autre signifié; ex.: equipollence des signifiés , différence des signifiants: chaise
et fauteuil - chaise a en propre le sème -s5, fauteuil - le sème +s5;
- identité: si deux signifiés sont composés des mêmes sèmes, leur dualité
disparaît; synonymes - servile = soumis.
Entre deux signifiants, il suffit de distinguer rapport de différence et rapport
d'identité (honomymie)

8. Critique raisonnée:
- l'analyse sémique étudie la structure du signifié isolé, laissant à d'autres types
d'analyses sémantiques l'étude de la structuration des rapports entre signifiés;
- on ne sait pas si on peut utiliser l'analyse sémique pour toutes les parties du
lexique - les analyses faites si limitent à des champs privilégiés - comme les
couleurs, , les liens de parenté, des grades militaires;
37 Sémantique – 2003-2004

- on ne dispose pas pour l'instant de critères formels pour délimiter les champs
sémantiques (Todorov): on ne sait pas si on doit délimiter les champs
sémantiques à partir de concepts (démarche onomaséologique, qui vise à faire
l'inventaire des dénominations) qui peuvent être attribués au même concept ou
signifié, on ignore le nombre des sèmes et, on se demande si chaque fois qu'on
crée un mot nouveau on doit introduire un nouveau sème' on ne sait pas si les
concepts sont universels ou s'ils dépendent de l'organisation linguistique. Un
autre démarche est celle sémasiologique qui étudie les significations en partant
des mots qui les nomment. Dans ce cas on a des regroupement morphologique
qui ne satisfont pas l'intuition des locuteur si l'objectif est de montrer aussi une
structure des signifiés (on regroupera fin, finalement et finis mais non terminer,
achever ou achèvement).
L'analyse sémique est une méthode séduisante et commode, mais difficile
à généraliser et, parce qu'elle manque de procédure de vérification, encore
subjective. Elle part de la référence des mots et non de leur sens; elle considère
chaque mot comme monosémique, ce qui ne se réalise pratiquement jamais dans
le langage. Cependant:
- elle met en lumière deux principes importants: le sens d'un mot n'est pas une
unité indivisible, mais composée, les mêmes sèmes se retrouvent tout au long du
vocabulaire (Todorov);
- elle est la seule analyse sémantique qui a reçu des applications pédagogiques.

9. Analyse sémique et enseignement du vocabulaire


Pour enseigner le vocabulaire du français langue étrangère on distingue
deux niveaux. Au premier niveau (débutant) - on propose un apprentissage
«situationnel» du vocabulaire, par contact du signifiant avec le référent (Es.:
l'élève entend /kanar/ et voit simultanément l'image d'un canard). Au niveau 2,
l'élucidation des ternes nouveaux s'effectue au moyen d'une explication
linguistique. L'élève se construit progressivement une compétence sémantique
et lexicale en insérant chaque fois les mots nouveaux dans les micro-systèmes
lexicaux dont il dispose.
Cet enseignement se fait en trois temps:
- Plan du discours: contextualisation. On présente en contexte authentique
(extraits descriptifs ou narratifs) les mots à étudier. Ex.: cargo. À l'aide de
l'analyse distributionnelle, on cherche les parasynonymes qui lui sont
substituibles (paquebot, navire, bateau, ...):
- Plan de la langue: analyse sémique. Elle permet l'étude comparée de plusieurs
mots, leur analyse contrastive. Soient les mots cargo et paquebot - il y a des
éléments communs s1 /moyen de transport/, s2 /par mer/, s3 /de fort tonnage/.
Les sèmes différents: s4 /pour les personnes/ vs. s5 /pour les marchandises/.
- Plan du discours actualisation sémique. Le contexte actualise certains sèmes et
neutralise les autres en fonction du message qu'Mil est chargé de transmettre.
Quand un marin dit Paquebot ou cargo, pourvu que je trouve de l'embauche... il
38 Sémantique – 2003-2004

neutralise les sèmes spécifiques pour mettre l'accent sur les sèmes génériques
qui marquent l'analogie entre les deux moyens de transport.

L'isotopie (Rastrier)

Le mot et le concept d'isotopie apparaissent pour la première fois sous la plume


de A.-J. Greimas (Sémantique structurale, 1966:53). Ce terme évoque, d'une
part la notion d'identité et de similarité, d'autre part la notion d'appartenance à un
champ, domaine ou lieu.
A. Dans (Greimas 1966) l'auteur donne plusieurs définition à ce
phénomène, qu'on peut apprécier pour le moment comme un synonyme
approximatif du terme de 'cohérence'.
a. Un premier élément qui caractérise l'isotopie est l'occurrence du même
classème (sèmes génériques, dans la définition de Pottier):
«Par isotopie on entend généralement un faisceau de catégories sémantiques
redondantes, sous-jacentes au discours considéré» (Greimas Du Sens,. 1970)
Ex.: Un classème peut correspondre à une catégorie grammaticale. Par exemple
l'énoncé les enfants mangent un gâteau sera isotope par la catégorie du nombre
redondante dans GN1, V et GN2. On peut dire la même chose pour l'énoncé
l'enfant mange des gâteaux. Il en résulte que tous les énoncés du français qui
mettent en jeu la catégorie du nombre sont isotopes entre eux - la définition est
trop large. Mais le classème peut être de type 'substantiel', c'est-à-dire on peut
avoir un ou plusieurs classèmes qui sont commun à plusieurs sémantèmes -
pensez à «pour s'asseoir», sème commun à chaise, canapé, fauteuil, etc.
Greimas dit que l'isotopie minimale comprend deux sémèmes dont les classèmes
sont au moins en partie identiques. Il explique l'isotopie des séquences comme
mon destin est accablant, Jean pensait que son avenir était radieux par la
présence des classèmes "futur" et "jugement" soit dans le groupe nominal que
dans le groupe verbal: le classème "futur" ouvre le paradigme "déterminé" vs.
"indéterminé", tandis que le classème "jugement" implique l'alternative "bon"
vs. "mauvais" (Greimas 1966: 94).
détermine vs. indéterminé
bon vs. mauvais
Dans ce cas on pense aux sémèmes qui sont regroupés en classes de contenus
commutables entre eux. L'isotopie est donc définie ici comme un phénomène
paradigmatique.
B. Une autre définition présente dans (Greimas 1966: 53) est entièrement
négative: une séquence ne peut être considérée isotope que si elle possède un ou
plusieurs classèmes en commun. Par ex. le chien aboie est représenté ainsi: Sq =
/N1 + Cs1/ + /N2 + Cs1/ où N1 est le sémantème (noyau sémantique) de chien,
N2 celui de aboie, et Cs1 est le classème /animal/ répété dans chien et dans
aboie.
39 Sémantique – 2003-2004

L'établissement de l'isotopie est décrit comme une sélection par


contiguïté: aboie pour se réaliser dans un discours a choisi le sème s1 contenu
dans le contexte chien.
Greimas nous offre donc deux types de définitions pour l'isotopie: une
définition syntagmatique, qui décrit l'itération syntagmatique de plusieurs
classèmes (isotopie syntagmatique) et la présence de plusieurs classèmes dans
des unités paradigmatique qui est vérifiée par l'épreuve de la commutation ou de
la substitution (isotopie paradigmatique). Greimas ne différencie pas assez
nettement ces formes de l'isotopie. (E.U.Grosse 1971: 75).
Les deux définitions demeurent indistinctes dans des travaux récents:
l'isotopie est définie comme «l'itérativité le long d'une chaîne syntagmatique de
classèmes qui assurent au discours-énoncé son homogénéité» (Greimas et
Vourtés 1979: 197) et ensuite on passe sans distinction à l'isotopie entre les
termes d'une structure paradigmatique élémentaire, la catégorie binaire (ou
quaternaire): l'isotopie produite par la catégorie du nombre, du genre, de la
personne, etc.
C. Une autre belle définition donnée par Greimas dépasse le niveau de
l'énoncé et se réfère explicitement au récit:
«Par isotopie, nous entendons un ensemble redondant de catégories
sémantiques qui rend possible la lecture uniforme du récit, telle qu'elle résulte
des lectures partielles des énoncés et de la résolution de leurs ambiguïtés qui est
guidée par la recherche de la lecture unique» (Gremias 1966b: 30 Pour une
théorie du récit mythique)
Les catégories sémantiques mentionnées ici sont les catégories
classématiques. Elle se réfère explicitement à l'isotopie du récit. Greimas la
distingue de l'isotopie discursive: il parle, au niveau du mythe, d'une double
isotopie, l'une au niveau du discours, l'autre sur le plan structurel. L'isotopie au
niveau du discours est constituée par des lexèmes (pour Greimas lexème =
ensemble des contenus possible d'un morphème lexical), et l'isotopie structurale
de sèmes.
Ces trois définitions ont des points qui concordent: l'isotopie est définie
par la redondance des classèmes; les classèmes sont définis comme «les sèmes
contextuels, c'est-à-dire qui sont récurrents dans le discours et en garantissent
l'isotopie».
François Rastrier (Sémantique interprétative, 1987), après avoir étudié les
définitions de Greimas, propose une autre définition:
«On appelle isotopie toute itération d'une unité linguistique». (1987: 91)
Cette définition élargit le concept d'isotopie au plan de l'expression,
puisqu'il s'agit à présent des unités linguistique du même type, quel que soit le
nouveau où elles se situent. Mais sur le plan du contenu l'isotopie n'est pas
définie exclusivement par la récurrence de classèmes, mais par celle de toutes
les unités sémantiques, et donc aussi par celle des sèmes spécifiques.
40 Sémantique – 2003-2004

La position de Rastrier, qui nous semble juste, est celle de considérer


l'isotopie comme un phénomène relevant exclusivement de la dimension
syntagmatique: par définition si l'isotopie est constituée par l'itération d'une
unité linguistique, or cette itération ne se manifeste pas hors de cette dimension.
En développant les idées de Greimas, on tente à présent de créer une
théorie de l'isotopie, ayant les objectifs suivants:
- outrepasser la limite phrastique: la notion d'isotopie est indépendante de
la notion de phrase, on peut donc outrepasser cette limite traditionnelle de la
linguistique et de la sémantique;
- contribuer à définir la «cohérence» textuelle. Pottier (1974: 326
Linguistique générale) a défini l'isotopie en rapport avec la cohérence textuelle.
Même si la notion de cohérence n'est pas strictement définie, on ne peut pas
affirmer a priori que les phénomènes d'isotopie déterminent à l'exclusion
d'autres facteurs la cohérence d'un texte (la grammaticalité, la sémanticité, la
situation pragmantique);
- élaborer la notion de lecture. Dès 1966 Greimas liait le concept
d'isotopie à la notion de lecture: «Par isotopie, nous entendons un ensemble
redondant de catégories sémantiques qui rend possible la lecture uniforme du
récit» (Greimas, 1970: 188)
Pour Greimas l'isotopie est une condition pour une "lecture uniforme";
elle a été assimilée parfois à la lecture (par Lexis) ou à une propriété d'un
«parcours de lecture» (Eco). Abusivement, si l'on convient qu'une isotopie est un
propriété d'un texte et que les lectures relèvent de «la performance des lecteurs».
Rastrier considère que la lecture est un texte, qui entretient des rapports
privilégiés avec un autre texte, dit texte-source. Chacun de ces deux textes peut
présenter des phénomènes d'isotopie, auxquels aucun des deux n'est réductible.
Et l'isotopie du texte-source n'a aucun rapport nécessaire avec la cohésion de
ses lectures.

Typologie des isotopies (Tutescu: 123)


Il existe plusieurs types d'isotopies. Au niveau phonologique, il existe une
itération de certains traits et relations phonématiques, phénomène observé
surtout en poésie.
L'itération des catégories morphologiques apparaît à l'intérieur des unités
syntaxiques, surtout dans les phénomènes d'accord. Par exemple dans le groupe
nominal cette jolie spectatrice en robe noire la marque du "féminin" apparaît
trois fois dans l'accord (-tte, -e, -trice); le marqueur "femme" intervient dans le
déterminant adnominal en robe noire.
Fr. Rastrier postule l'existence
a) d'une isotopie de l'expression. On peut citer comme exemple de ce type
d'isotopie en poésie, par exemple dans la rime où la perception de la récurrence
est accentuée par la contiguïté des éléments phonique. Il existe plusieurs types
de rimes:
41 Sémantique – 2003-2004

- la rime-écho, :
O toi qui dans mes fautes mêmes
m'aimes
Viens vite, si tu te souviens,
viens
T'étendre à ma droite endormie
mie
Car on a froid dans le linceul
seul (V. Hugo)
- la rime interne:
Je promène au hasard mes regards sur la plaine (Lamartine)
- la rime couronnée, un car particulier de la rime interne:
La blanche colombelle belle
Souvent je vais priant criant (Marot)
Que ce remord, Mort, mord!
A! oui, ris-t'en, tant! (H. Morier)
On peut rencontrer des combinaisons de divers types d'allitérations, rimes
concaténées, etc.:
Cerise cuve de candeur
Digitale cristal soyeux
Bergamotte berceau de miel
Pensée immense aux yeux de paon. (Eluard) [Rhétorique
générale - 1970: 57]

b) d'une isotopie du contenu, divisé en


- isotopies classématiques: ce sont des isotopies assurées par les
classèmes ou restrictions sélectives, qui intéressent le niveau syntagmatique du
langage. Le phénomènes est encore plus évident dans le cas des mots
polysémiques, où le contexte aide à résoudre l'ambiguïté grâce au classème: le
sens du mot cuisinière peut être précisé par le contexte - la cuisinière est
enrhumée sélectionne le classème «animé», alors que la cuisinière est émaillée
choisit le classème «non animé». Ou encore, on peut substituer l'adjectif clair
dans le même contexte, selon deux types d'isotopie: l'isotopie «concret, intensité
de couleur» vs. «abstrait, sentiment»:
Il a des yeux clairs
clairs clairs
pâles vs. francs
délavés sincères
L'isotopie permet de déceler les différentes sens d'une unité lexicale. Les
isotopies classématiques sont des isotopies, par excellence, dénotatives, qui
contribuent à assurer la cohérence d'un syntagme, d'une phrase, d'un discours.
42 Sémantique – 2003-2004

- isotopie sémiologiques structurent les unités discursives supérieures à la


phrase - le texte littéraire, le récit. Cette isotopie peut être sémémique, ou
horizontale, ou métaphorique, ou verticale.
a) des isotopie sémémiques définit le champ sémémique, ensemble de
sémèmes en classe. M. Arrivé parle de textes poly-isotopiques, qui portent
plusieurs isotopies, une isotopie d'expression et une isotopie de contenu en
mêmes temps (la poésie);
b) les isotopies métaphoriques ou verticales sont des isotopies
connotatives - la métaphore représente une isotopie élémentaire, ou un
faisceau isotopique: style haché («style formé de phrases brèves. disparates»),
rires brisés («rires brusquement interrompus»).
Bien de textes littéraires mettent à profit, dans le même discours, plusieurs
isotopies simultanés. À cet égard, on cite souvent une fameuse analyse faite par
F. Rastrier d'un sonnet de Mallarmé. Le sonnet Salut est un texte riche de
lectures et Rastrier met en évidence trois axes sémiques:
Rien, cette écume, vierge vers
A ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l'envers

Nous naviguons ô mes divers


Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l'avant fastueux qui coupe
Le flot des foudres et d'hivers;

Une ivresse belle m'engage


Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile


À n'importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

Ratrier y découvre trois isotopies sémématiques: «le banquet», «la navigation»


et «l'écriture». Chacune de ces isotopies représente un champ sémématique
groupant des unités lexicales:
- «le banquet»:
Salut geste de courtoise
Rien connote la modestie prescrite aux présidents
écume celle du champagne
vierge jamais prononcé
vers toast
ne désigne que la
43 Sémantique – 2003-2004

coupe texte constatif, du type "je lève mon verre"


la coupe verre à champagne
nous les convives
moi le président
poupe extrémité de la table, place du président
ivresse manifestation de l'ivresse
debout position du président
souci but du banquet
toile nappe, ... etc.
- «la navigation»
salut sauvetage
écume de la mer
sirènes des bateaux
se noie le bateau
nous marins
moi timonier (sur la poupe)
naviguons sur la mer
poupe arrière d'un navire
avant du bateau
solitude sur la mer
tangage mouvement alternatif d'un navire dont l'avant et
l'arrière plongent successivement
récif rocher ou groupe de rochers à fleur d'eau , dans la mer
étoile indiquant une direction
toile voile
blanc couleur de la voile
Certains sémèmes sont lisibles simultanément sur les deux isotopies (salut,
écume, poupe, tangage, toile ...). D'autres sémèmes ne sont lisibles que sur une
isotopie: vers n'est lu que sur la première, solitude n'est lu que sur la seconde.
- «l'écriture»
salut rédemption
rien le texte
vierge idéal
vers de la littérature
ne désigner absence de référence
coupe encrier
sirènes chimères, idéalité niée
naviguons écrivons
moi écrivain
ivresse manifestation de la pensée
tangage mouvement de la plume
solitude situation de l'écrivain
récif échec de l'écriture
44 Sémantique – 2003-2004

étoile réussite de l'écriture


blanc couleur du papier
toile papier.

Le texte de Mallarmé est tri-isotopique, le même discours se prête à trois


lectures possibles.
L'isotopie illustre le jeu sémantique par lequel la langue structure des
unités supérieures au mot. La création du concept d'isotopie est une tentative de
dépasser, dans l'étude de la sémantique, le niveau du syntagme ou de la phrase et
d'arriver au texte ou au discours.