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L’INTÉGRITÉ ISLAMIQUE

NI INTÉGRISME, NI INTÉGRATION.

Charles-André Gilis.

I. L’Islam face au monde moderne.

Une religion comme les autres ?

La question du rôle de l’islâm dans le monde contemporain se pose avec


une acuité croissante ; le monde contemporain, c’est-à-dire le monde de
ce temps, non le monde moderne, car à l’égard de celui-ci la réponse est
simple : il y a entre lui et la tradition islamique une incompatibilité
radicale.

La notion de tradition est le critère décisif qui marque le fossé séparant ce


monde de l’univers qui demeure fidèle aux alliances que Dieu a conclues
avec les hommes depuis l’origine des temps. Ce qu’il est convenu
d’appeler la « civilisation moderne » est fondé sur le rejet de tout principe
transcendant et de toute alliance sacrée de nature à lui conférer une
légitimité qui la rattacherait à l’ordre principiel. L’islâm n’est donc pas seul
concerné par l’envahissement du monde moderne, que l’on peut appeler
aussi le monde occidental car c’est en Occident qu’il a pris naissance, et à
partir de lui qu’il s’est répandu avec une vigueur et une insolence sans
cesse croissantes. Pourtant, c’est l’islâm qui est devenu, au fil des ans, la
cible privilégiée de ce nouvel impérialisme. Il y a là une situation
singulière, imprévisible il y a quelques années encore, et qui appelle une
réflexion.

Les musulmans ont une conscience aiguë de l’excellence de leur religion.


La révélation muhammadienne est pour eux d’une réelle évidence qu’ils
comprennent mal que celle-ci ne s’impose pas à tous. Leur conviction est
conforme à la réalité et au rôle cyclique que Dieu a assigné à l’islâm ;
néanmoins, elle apparaît comme une croyance naïve à ceux qui ignorent
le Droit sacré ainsi que la raison d’être des alliances et des formes
traditionnelles ; qui s’imaginent qu’elles se valent toutes et que chacune a
des motifs légitimes de se croire supérieure aux autres. Le scepticisme et
le relativisme engendrent l’idéologie antitraditionnelle de la tolérance en
matière de religion, application annexe des droits de l’homme. Fondée sur
l’ignorance, elle est constamment contredite par la pratique actuelle :
l’islâm n’est pas traité comme les autres religions pour la raison simple
qu’effectivement il n’est pas une religion comme les autres. Ce ne sont ni
la naïveté ni la complaisance de l’âme qui dominent dans l’image que les
Occidentaux se font des musulmans, mais bien le fanatisme et
l’intolérance.

L’excellence de l’islâm ne découle pas seulement du Droit sacré ; elle n’est


pas davantage une affirmation théorique ou passionnée ; elle est avant
tout la manifestation visible d’une élection spirituelle que le Coran formule
en ces termes : « Vous êtes (ô musulmans) la meilleure communauté qui
ait jamais été existenciée en faveur des hommes ; vous ordonnez ce qui
convient, vous interdisez ce qui est répréhensible et vous croyez en Allâh.
Si les Gens du Livre (c’est-à-dire tous ceux qui suivent les révélations
antérieures) avaient cru (en Allâh), cela aurait été meilleur pour eux (car
ils auraient participé à une excellence communautaire, alors que dans
l’état actuel) des croyants sont parmi eux, mais la plupart d’entre eux
sont corrompus » (Cor.3.110). Il ne s’agit pas, dans ce verset, d’une
excellence des croyants, puisqu’il subsiste encore des croyants dans les
autres formes traditionnelles, mais de l’excellence d’une communauté
spécifique de croyants, puisqu’il subsiste encore de croyants, excellence
qui constitue pour eux un privilège auquel ceux qui appartiennent aux
communautés antérieures n’ont pas accès. La faveur divine accordée à
cette condition communautaire explique et justifie l’importance que revêt
en islâm la pratique en commun des rites, aussi bien dans le domaine «
exotérique » pour les prières quotidiennes, la prière du vendredi et le
pèlerinage, que dans les voies initiatiques où il s’agit plutôt de l’invocation
des noms divins, de la récitation coranique et des formules du wird.

L’accusation de fanatisme.

L’excellence et la vitalité de la communauté islamique, sujets d’inquiétude


et d’envie pour ceux qui pratiquent les autres religions, sont alarmantes
pour l’occident moderne qui ne comprend ni ne maîtrise un phénomène
dont la signification lui échappe. L’accusation de fanatisme qu’il porte
contre les musulmans vise un aspect plus spécial de cette excellence, qui
est évoqué dans un autre verset : « Il est des hommes qui prennent à
côté (littéralement en dessous) d’Allâh (ce qu’ils considèrent comme) des
« égaux » ; ils les aiment comme s’il s’agissait d’Allâh, alors que ceux qui
croient (en Lui et en Son Prophète) ont pour Allâh un amour plus intense
(ashadd) » (Cor.2.165) ; ce qui signifie selon Ibn Arabî : « Les croyants
ont une force de conviction (sidq) plus intense dans leur amour pour Allâh
que les associateurs dans leur amour pour ce qu’ils considèrent comme
des associés (1) ». En doctrine akbarienne, l’ « association » est
impossible car Allâh n’a pas d’ « égal » : « Il n’engendre pas et n’est pas
engendré ; il n’y a pour Lui aucun égal (concevable) » (Cor. 112.4). Dans
la perspective indiquée par ce commentaire akbarien, les termes «
associateurs » et « associés » doivent être plutôt compris dans le sens
d’une association formelle à la proclamation de la pure Unité divine qui est
celle d’Allâh envisagé en tant que Nom Suprême. C’est pourquoi il a été
ordonné au Prophète de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils disent : «
Il n’est d’autre divinité qu’Allâh ». La communauté islamique est perçue
comme « fanatique » parce que l’amour des musulmans pour Allâh, pour
Son Prophète et pour leur religion est plus intense que l’amour envers
Dieu ou l’Etre principiel tel qu’il se manifeste encore dans les
communautés traditionnelles dont la fondation a précédé celle de l’islâm.
Du moins en est-il ainsi aujourd’hui, car une telle comparaison n’était pas
possible naguère. Dans le monde contemporain, les religions et autres
formes traditionnelles sont confrontées pour la première fois les unes aux
autres. Cette situation sans précédent est à l’origine du scepticisme et du
relativisme qui prévalent en Occident, mais c’est elle aussi qui, par un
effet providentiel et compensatoire, montre à tous l’excellence de l’islâm,
demeurée cachée jusqu’alors.

Selon Ibn Arabî, l’intensité dans l’amour de Dieu et la pratique de la


religion découle de la force inhérente à la sincérité de la foi et à la
conviction inébranlable des croyants exprimée dans le tasawwuf par le
terme sidq. Le sidq est défini traditionnellement comme étant l’ « épée
d’Allâh » (sayf Allâh) sur la terre. Cette notion est liée à celle de « grande
guerre sainte » (al-jihâd al-akbar), la guerre intérieure que l’homme doit
mener « contre les ennemis qu’il porte en lui-même » (2). Cette épée
invisible symbolise la force de l’Islâm. Elle est pour le monde moderne,
l’ennemi le plus redoutable, car aucune force matérielle, aucune contrainte
psychique ne peut prévaloir contre elle. Les musulmans sont dans une
situation de guerre par le simple fait qu’ils existent. Ils sont considérés
comme des fanatiques parce qu’ils sont musulmans et que leur foi en
Allâh est plus forte que toutes les autres croyances, que celles-ci soient
véridiques et traditionnelles ou bien mensongères et profanes. Ce qu’on
leur reproche en réalité, c’est leur sincérité et leur fidélité à l’alliance
divine contre laquelle le modernisme s’est érigé et insurgé.

(1) Cf. Futûhât, chap. 136.


(2) Cf. René Guénon, Sayf al-Islâm, chap. XXVII des Symboles
fondamentaux de la Science sacrée.

L’accusation d’intolérance.

A l’accusation de fanatisme s’ajoute celle, peut-être plus grave encore,


d’intolérance, qui s’explique également par des raisons traditionnelles. En
effet, l’islâm est investi d’une mission spéciale, liée à sa qualité d’être la «
Religion auprès d’Allâh » (Cor.3.19), celle qui a pour support « la
meilleure communauté existenciée pour les hommes », celle dont les
croyants ont la conviction la plus forte et l’amour de Dieu le plus intense.
Cette mission l’oblige à porter un témoignage public en faveur de la Vérité
une et immuable ainsi que du Droit sacré qui fonde les alliances que Dieu
a conclues avec les hommes ; ce sont les versets : « C’est Lui qui a
envoyé Son messager avec la guidance et la Religion de la Vérité pour la
rendre manifeste à l’égard de la religion tout entière, n’en déplaise aux
associateurs » (Cor.61.9) ; et surtout : « Dis : l’Orient et l’Occident
appartiennent à Allâh ; Il guide qui Il veut vers une Voie droite. De la
même manière, Nous avons fait de vous une communauté médiane
(wasatan) afin que vous soyez témoins (de la Religion véritable) chargés
de surveiller les hommes (3) et que l’Envoyé soit un témoin (de la Vérité
métaphysique) en veillant sur vous (4)… Et tourne to visage en direction
de la Mosquée sacrée (de La Mekke) » (Cor. 2.142-143). C’est parce qu’ils
ont été investis par Dieu de cette charge que les musulmans sont
considérés comme « intolérants » au sein du monde moderne.

Dans le passage coranique cité, le terme wasatan comporte plusieurs


sens. Le plus extérieur est géographique : la communauté islamique est
tournée vers La Mekke qui, selon les données traditionnelles, est le point
d’origine et le centre de notre état d’existence. Par là, elle se situe en son
milieu, entre l’est et l’ouest, le nord et le sud. Cette situation privilégiée la
relie symboliquement au Centre initiatique du monde, ce qui correspond à
un sens plus intérieur. A ce point de vue, l’islâm apparaît comme
l’intermédiaire naturel, le « trait d’union » entre l’Orient et l’Occident, et
entre les traditions venues du nord et celles qui, plus tardivement, se sont
fixées au sud. La communauté islamique apparaît, quant à elle, comme le
support et l’instrument de ce Centre durant la phase finale du cycle
humain, ce qui est une autre façon d’expliquer son excellence. La fonction
polaire conférée à cette communauté est attestée par une tradition
prophétique selon laquelle le terme wast (milieu) a ici le sens de ‘adl ; il
désigne la « justice » qui est un attribut fondamental du Roi du Monde
(5).

La mission communautaire de porter témoignage est rendue possible


parce que le Coran renferme la « preuve décisive » (al-hujjat al-bâligha)
(6). Tous les Livres révélés sont la Parole d’Allâh, mais la révélation
coranique contient seule les « trésors de la preuve » (khazâ’in al-hujja)
(7) en vue d’un « saint combat » qui comporte une manifestation terrestre
de la Sakîna : « C’est Lui qui a fait descendre la Sakîna dans les cœurs
des croyants afin qu’ils ajoutent une foi à leur foi. Allâh possède les
armées des Cieux de la Terre et Allâh est Savant, Sage » (Cor.48.4). Il ne
s’agit plus seulement ici de la « foi intense » qui accompagne l’état
contingent du sidq (8) dont il a été question plus haut, mais bien du «
secours incomparable » (Cor.48.3) qui procède de la Station initiatique
correspondante ; et celle-ci n’appartient qu’à Dieu seul. La Sakîna est la
force qui impose la paix d’Allâh. La communauté islamique a la charge et
la capacité d’imposer cette paix. Les croyants véritables sont ceux à qui le
Très-haut a octroyé « une foi s’ajoutant à leur foi », qui est aussi «
lumière sur lumière » (Cor.24.35). La mission que Dieu leur a confiée se
rattache à la fonction de l’Envoyé d’Allâh : « Vous êtes des témoins
chargés de surveiller les hommes et l’Envoyé est un témoin (qui veille) sur
vous ». La Sakîna exprime ici un aspect de la « réalisation descendante ».
L’investiture correspondante est conférée à la communauté islamique au
moyen du rite de l’ifâda (9), accompli et renouvelé chaque année par les
pèlerins après la « Station divine » qui les a rassemblés à Arafa. A ce
point de vue, cette communauté apparaît, non seulement comme «
intermédiaire », mais comme « médiatrice » entre Dieu et les hommes,
car elle a vocation d’intercéder pour l’humanité tout entière ; et c’est là un
troisième sens du terme wasatan.

(3) L’expression shuhadâ’ ‘alâ-n-nâs n’a aucunement le sens d’un


témoignage porté contre les hommes en vue de leur jugement.
(4) Dans l’expression ‘alaykum shahîdan, les termes sont inversés pour
indiquer qu’il s’agit de la sollicitude du Prophète à l’égard d’une
communauté élue par le Très-Haut. Initiatiquement, ces deux expressions
se rapportent respectivement aux « petits » et aux « grands » mystères.
(5) Sur ce point, cf. Les sept Etendards du califat, p.254-258.
(6) Cf. Cor.6.149.
(7) Cf. Futûhât, chap.73, la Question 152 du Questionnaire de Tirmidhî.
(8) Ce terme a la même origine que l’hébreu Tsedek qui signifie : « justice
».
(9) Cf. La doctrine initiatique du pèlerinage, chap.XVI.

Droits de Dieu et droits de l’homme.

Dans la perspective ésotérique évoquée par la notion de témoignage telle


qu’elle a été envisagée plus haut (10), le terme nâs (hommes) retient, lui
aussi, l’attention, car il montre que la fonction préservatrice de l’islâm
s’étend à l’humanité tout entière. Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit
pas simplement ici d’agrandir le dâr al-islâm ; c’est-à-dire le « pays de
l’islâm » qui inclut les pays effectivement régis par la sharî’a, au détriment
du dâr al-harb, le « pays de la guerre », celui qu’il convient de combattre
en vue de l’établissement de la religion. Ce témoignage n’est pas rendu au
nom d’une religion particulière et à son seul bénéfice, mais bien en vue de
préserver la Tradition universelle dans sa pureté et son intégrité. Le
commentaire de Qâchânî est explicite sur ce point : « La raison d’être de
ce témoignage et du témoignage porté par l’Envoyé est de montrer, à la
lumière de la doctrine de l’Unité divine (tawhîd), les droits de toutes les
religions » (11). Telle est la mission divine assignée à l’islâm et la raison
profonde de son « intolérance ». C’est un combat mené contre le monde
moderne, non au moyen d’armes de guerre, mais avec l’ « épée
tranchante » de la parole, qui est invincible par nature.

Le terme nâs comporte aussi une signification restrictive, car il peut


désigner l’état humain par opposition aux états supra-individuels ou
angéliques, et surtout l’ordre principiel qui est celui de la réalisation
métaphysique. Comme toute forme traditionnelle, l’islâm exerce une
action bénéfique dans le domaine individuel, mais ce n’est pas de ce
dernier qu’il tire son excellence. L’humanité en tant que telle est incapable
d’assurer la fonction de préservation et d’union traditionnelles dévolues à
l’islâm, du fait de la diversité formelle des dogmes et des croyances qui
s’affrontent en son sein. L’impuissance de la Franc-Maçonnerie,
organisation initiatique limitée au degré de l’homme, est à cet égard
révélatrice (12). L’idéologie « humaniste » du monde moderne reflète
cette incapacité sous une modalité hypocrite et profane prétendant
intégrer la religion sous toutes ses formes dans la doctrine
antitraditionnelle des « droits de l’homme ». le témoignage que le Très-
Haut enjoint aux musulmans de porter parmi les hommes a pour but
principal de veiller au respect du Droit sacré, mais il va de soi que, dans
les diverses alliances qui fondent les législations traditionnelles, les deux «
parties » ne sont pas égales. Allâh est la seule réalité véritable et rien
n’existe en dehors de Lui. Comment pourrait-Il conclure un pacte ? Tout le
Droit sacré est en Dieu et pour Dieu. Dieu détient par principe tout le
droit, et n’a nul besoin des hommes pour le faire respecter. En revanche,
l’homme n’a d’autres droits que ceux que Dieu lui accorde. Il n’y a pas, et
il ne saurait y avoir de « droits de l’homme » en dehors du Droit de Dieu.
Les Droits que Dieu accorde à l’homme sont une pure expression de Sa
miséricorde. Un bon exemple est donné à partir du verset : « Allâh vous a
créés, ainsi que ce que vous faites » (Cor.37.96). Selon l’interprétation
métaphysique, ce passage signifie qu’il n’est nul agent véritable en dehors
d’Allâh : c’est Lui qui accomplit en réalité ce qui apparaît comme l’acte de
Son serviteur. Pourtant c’est aussi Lui-même qui, dans de nombreux
passages coraniques, attribue l’acte à Sa créature et lui promet un «
salaire » pour le récompenser du bien qu’il a accompli. Le Très-Haut
s’engage à l’égard de Son serviteur et lui confère un droit sur Lui car « Sa
promesse est droit » (Cor.4.122). Dans d’autres versets (13), « Allâh Se
prescrit à Lui-même la miséricorde », ce qui est également une façon
d’accorder un droit à Ses créatures. Tels sont les « droits de l’homme »
véritables, les seuls que reconnaissent la tradition et le droit islamiques.

La conception moderne des droits de l’homme est un déni du Droit de


Dieu et des pactes sacrés. Dans ces conditions, que peut bien signifier le
droit reconnu à tout homme de pratiquer la religion de son choix, sinon
que les hommes d’aujourd’hui ignorent ce qu’est véritablement une
religion, et qu’ils ne peuvent envisager les formes traditionnelles
autrement qu’en les réduisant au degré des préférences individuelles. De
là vient l’illusion de ceux qui s’imaginent que la religion est une option
d’adulte et qui veulent interdire toute forme d’enseignement traditionnel à
l’enfant incapable de juger par lui-même, sous prétexte que ce serait
abuser de sa faiblesse. Cette aberration découle de l’erreur fondamentale
qui consiste à considérer la religion comme une affaire individuelle
subordonnée à l’usage de la raison. Elle témoigne d’une méconnaissance
totale de la nature divine des formes révélées. La science sacrée dépasse
immensément les lignes étroites de la connaissance rationnelle et c’est en
vérité abuser de la faiblesse de l’enfant que vouloir, dès son plus jeune
âge, lui imposer ces limites. On retrouve, sur cette question particulière,
l’hypocrisie habituelle du monde moderne. Pour autant, cette science n’est
pas « irrationnelle », car ce vocable désigne aussi ce qui relève du
psychisme inférieur et son emploi comporte une confusion dangereuse
entre le domaine psychique et la spiritualité : cette science est « intuitive
», au sens initiatique du terme, et supra-individuelle. Le nouveau-né est
demeuré plus proche de son Seigneur que ne l’est l’adulte. L’enfance qui
est de nature primordiale comme la pluie, comporte une bénédiction qui
lui est propre. C’est ce qui justifie et explique le symbolisme de la « Sainte
Enfance » (14) et la parole du Christ : « si vous n’êtes pas comme les
petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ».

Les droits de l’homme en général, le droit de pratiquer la religion de son


choix en particulier, sont des machines de guerre utilisées contre l’ordre
traditionnel. C’est pour les combattre que la communauté islamique doit
porter témoignage et mener la « grande guerre sainte », celle où l’homme
sacrifie son âme pour dire la vérité, la justice et le droit. L’usage fait en
France de la notion de laïcité illustre de manière typique l’agressivité et
l’ignorance moderniste à l’égard de toute manifestation de piété et de foi.
Le fait que cette intolérance vise avant tout l’islâm et la communauté
islamique confirme encore le rôle spécial qui incombe à ce dernier de
veiller au respect de la vérité et de l’ordre traditionnel, et de les défendre
en toutes circonstances contre la rancœur de ceux dont elle met à nu la
mesquinerie et les contradictions.

(10) Cf. p.19-20.


(11) Il ajoute : « La voie de la Vérité (ou du Droit sacré) est unique. Le
droit des autres religions ne doit pas être méconnu, mais surtout (le droit
de) la religion de l’islâm, qui contient la vérité la plus immense et la plus
manifeste. L’Envoyé a connaissance, au moyen de la lumière divine, du
degré de tous ceux qui sont guidés dans leur religion par leur religion, et
sa communauté connaît les autres communautés traditionnelles au moyen
de sa lumière à lui – sur lui la Grâce et la Paix ! –«
(12) Cf. notre étude sur La Franc-Maçonnerie dans la Lumière du
Prophète.
(13) Cf. Cor.6, 12 et 54.
(14) Sur ce sujet, cf. L’esprit universel de l’Islam, p.111.

Deus, Homo, Natura.

Dans La Grande Triade, René Guénon mentionne « un ternaire qui


appartient originairement aux conceptions traditionnelles occidentales,
telles qu’elles existaient au moyen âge, et qui est d’ailleurs connu même
dans l’ordre exotérique ». Ce ternaire qui « s’énonce habituellement par la
formule Deus, Homo, Natura » appelle, pour compléter ce qui précède, les
considérations suivantes. Le Droit sacré qui régit les différentes formes
traditionnelles est une affirmation du Droit éternel et principiel d’Allâh, et
une application de celui-ci à l’état d’existence qui définit le monde de
l’homme et des « esprits humains ». La proclamation des droits de
l’homme apparaît comme une tentative de substituer l’homme à Dieu de
manière à faire de lui l’unique détenteur du droit, le seul régisseur du
monde qui est le sien. Selon un verset coranique, Dieu « a créé les
hommes et les jinns uniquement pour qu’ils L’adorent » (Cor.51.56).
L’adoration de Dieu est inhérente à la condition humaine. Si l’homme
méconnaît sa raison d’être et manque à son devoir, il entraîne
inévitablement sa déchéance. Séparé de Dieu, démuni de la force qu’il
tirait de sa soumission au Droit sacré et de la légitimité que celui-ci lui
conférait, il est désormais incapable d’ordonner dans la paix et la justice
l’état d’existence qu’il est censé régir. Il ne peut accomplir la mission qu’il
s’est assigné en vertu d’une prétention illusoire. N’ayant plus foi en Dieu,
il cesse d’être crédible et doute de lui-même. Il se définit comme un
animal raisonnable, mais, sans une inspiration divine, la raison est
impuissante. La morale dont il se réclame n’a plus de garantie
métaphysique ou spirituelle. L’homme « raisonnable » ne peut pas plus se
gouverner qu’il ne peut gouverner le monde ; en vérité, c’est un homme
dangereux. Ne croyant plus en Dieu ni en lui-même, il se tourne vers la
nature qui est demeurée plus préservée que lui. En effet, tous les êtres de
l’univers, à la seule exception des jinns et des hommes « célèbrent la
transcendance de leur Seigneur par Sa propre louange » (Cor.17.44) en
vertu du « pacte primordial » qui les relie à Dieu (15) ; ils demeurent
dans l’adoration et l’obéissance, en dépit de la déchéance de l’homme. Le
seul danger pour eux vient de lui, qui corrompt désormais tout ce qu’il
touche. Ignorant complètement la métaphysique traditionnelle, L’homme
ne peut plus contempler Dieu tel qu’Il est, et il a aussi cessé de Le voir en
lui-même. La nature est la seule divinité qui lui soit encore accessible. Il
se tourne donc vers elle, magnifie la beauté des montagnes et des mers,
et cherche, principalement dans le monde animal, la vertu spirituelle qu’il
ne trouve plus dans son âme, celle d’être l’adorateur de Dieu. Toutefois,
son ignorance l’empêche de reconnaître cette vocation spirituelle de la
nature, et de respecter sa qualité divine : tantôt, il l’exploite sans scrupule
; tantôt, il la souille par un « tourisme » profanateur. Après avoir nié le
Droit sacré et s’être montré indigne des droits de l’homme, il s’efforce de
proclamer aujourd’hui les « droits de la nature », dans une tentative
désespérée de la protéger contre les effets de sa propre déchéance. C’est
là le terme final d’une dégradation cyclique de la notion de droit, qui ne
peut conduire qu’à l’anarchie et au chaos. Tel est le monde des hommes
au sein duquel les musulmans doivent porter témoignage en vertu de la
mission providentielle assignée par Dieu à l’islâm.

(15) Sur cette doctrine, voir L’Esprit universel de l’Islam, p.167-169.


II. Intégration et intégrisme.

La Grande peur de l’Occident.

Les accusations de fanatisme et d’intolérance portées contre les


musulmans trahissent, par leur outrance, un sentiment de crainte. Le
monde moderne s’acharne contre l’islâm parce qu’il en a peur. On a trop
tendance à expliquer celle-ci par des raisons subalternes, accompagnées
d’amalgames commodes. On évoque le terrorisme et l’ « arme du pétrole
» qui visent avant tout le monde arabe. Rappelons au passage que la
tradition islamique ne peut être assimilée à ce dernier. Assurément arabe
par la langue de la révélation et la constitution humaine du Prophète, elle
n’est nullement solidaire de ce que l’on appelle communément la
civilisation « arabo-islamique ». Sa vocation universelle implique une
certaine indépendance à l’égard des limitations inhérentes à son milieu
ethnique originel, comme Ibn Arabî l’indique à l’occasion de manière
discrète (16). Si les craintes de l’Occident n’avaient pas de causes
autrement plus profondes, il aurait tôt fait de se rassurer et non sans
raison. Les moyens visibles d’une guerre qui se prétend « sainte », mais
qui a peu en commun avec le « jihâd » véritable, peuvent toujours être
combattus par des moyens du même ordre. L’Occident dispose de la force
et d’une organisation suffisante pour circonscrire ce qui s’oppose à lui, à
défaut de pouvoir l’éradiquer complètement. S’il a peur, c’est parce qu’il
commence à comprendre, même s’il refuse encore à l’admettre (17), que
la voie du modernisme et du « progrès » proclamé l’a mené à une
impasse ; c’est-à-dire : parce qu’il est fondé, tout entier et dès l’origine,
sur une erreur, le monde moderne a peur de la vérité ; parce qu’il se
nourrit d’illusions, il a peur d’une réalité dont l’essence est divine ; parce
qu’il a négligé le Dépôt de confiance (amâna) (18) que Dieu a confié à
l’homme, il a peur de voir que celui-ci ne maîtrise plus son destin ; parce
qu’il a trahi les alliances traditionnelles, il a peur d’être sanctionné et
châtié. Telles sont les raisons profondes, en grande partie mal perçues,
qui explique sa peur de l’islâm.

(16) Cf. notre étude sur La petite fille de neuf ans.


(17) Par exemple en promouvant l’idée, typiquement antéchristique d’une
« conquête de l’espace ».
(18) Cf. Cor.33.72.
L’affaiblissement des formes traditionnelles.

Le premier, René Guénon a montré que la civilisation moderne était


condamnée à périr. En 1927, dans La Crise du Monde Moderne, il écrivait
: « Il serait assez logique que les idées que les Occidentaux ont répandues
se retournent contre eux, car elles ne peuvent être que des facteurs de
division et de ruine ; c’est par là que la civilisation moderne périra d’une
façon ou d’une autre ; peu importe que ce soit par l’effet des dissensions
entre les Occidentaux, dissensions entre nations ou entre classes sociales,
ou, comme certains le prétendent, par les attaques des Orientaux «
occidentalisés », ou encore à la suite d'un cataclysme provoqué par les «
progrès de la science »; dans tous les cas, le monde occidental ne court
de dangers que par sa propre faute et par ce qui sort de lui-même. »
Depuis, trois quart de siècles ont passé. A cette époque, l’illusion du
progrès s’étendait à tous les domaines : scientifique, économique, et
même politique grâce aux fameux « droits de l’homme ». La marche vers
un avenir radieux justifiait le pire, mais nourrissait l’espoir. A présent, le
doute s’est insinué. On a peur car on devine que l’on s’est trompé ;
pourtant, il faut continuer, car rien ne peut plus arrêter la machine
infernale. C’est la fuite en avant dont les justifications, de plus en plus
hasardeuses, ont cessé d’être crédibles. Pour remédier aux déséquilibres,
il faut en créer d’autres, toujours plus grands, jusqu’à la catastrophe finale
dont les enseignements traditionnels affirment qu’elle sera soudaine et
brutale. Sa venue est certaine, mais nul ne sait quand et comment elle se
produira. Certes l’islâm demeure inébranlable au sein de ce chaos ; mais
pourquoi seulement l’islâm ? Que sont devenues les autres religions ?
D’où viennent cette démission, cette incapacité apparente des formes
traditionnelles ? Et d’où, par contraste, la tradition islamique tire-t-elle
aujourd’hui sa force ?

Elle la tire de son intégrité, c’est-à-dire de son ésotérisme, sans lequel les
formes traditionnelles ne sont que des coquilles vides. Le tasawwuf
dispose seul des moyens nécessaires pour mener la « grande guerre
sainte » (al-jihâd al-akbar) qui s’impose face au monde moderne. C’est là
ce qui explique la crise générale que connaît aujourd’hui l’univers
traditionnel dans son ensemble, et qui atteint l’islâm lui-même dans
certaines de ses manifestations extérieures et réductrices. Le judaïsme
demeure vivant, mais il est étouffé, et même contrefait par la profanation
sioniste. Sa situation est la pire de toutes car, bien loin de combattre le
monde moderne, les représentants actuels de la religion judaïque
manipulent celui-ci et en tirent parti pour accomplir leurs propres
desseins. L’autre religion monothéiste est le christianisme, qui occupe une
place à part car c’est la forme traditionnelle qui avait en charge l’Occident
quand la déviation moderne s’est produite. On peut donc penser qu’une
certaine responsabilité incombe à cet égard au Catholicisme puisque c’est
le Saint-Siège romain qui a vocation à régir l’Église universelle. Nous
pensons avant tout à l’interdiction du prêt à intérêt, commune aux trois
religions monothéistes, mais selon des modalités très différentes. Dans le
judaïsme, elle s’applique uniquement aux juifs entre eux. Le peuple élu
est le seul bénéficiaire de la préservation incluse dans cet interdit. Les
juifs peuvent prêter à des non-juifs sans avoir à se préoccuper des
conséquences néfastes que la stipulation d’un intérêt peut entrainer pour
leurs emprunteurs. L’image de l’ « usurier juif », à qui le « noble chrétien
» emprunte pour pouvoir payer ses dettes est familière dans la littérature
occidentale. En revanche, dans le droit islamique dont la compétence est
universelle, puisque le message divin est adressé à l’humanité entière
(19), l’interdiction du prêt à intérêt est totale. Le cas du christianisme est
plus complexe, car son statut particulier est plus complexe. L’Église est
régie par le Saint-Esprit, non par une loi que Jésus lui aurait apportée
(20). Il résulte de cette particularité que le droit appliqué découle
uniquement de l’intuition spirituelle de ceux qui dirigent l’Église ; or cette
intuition peut varier car elle dépend de leur qualification et de leur
réalisation effective. Ceci explique pourquoi, sur une question aussi
essentielle que celle que nous évoquons ici, il y a une différence et même
une incompatibilité entre la doctrine catholique qui prévalait au moyen
âge et celle qui est enseignée aujourd’hui ; ce qui peut paraître
incompréhensible pour ceux qui suivent les législations sacrées. Au moyen
âge, le simple que d’envisager que le prêt à intérêt puisse être légitime
entraînait l’excommunication, alors qu’aujourd’hui c’est uniquement
l’usure qui est interdite, non le prêt à intérêt en lui-même. Cette évolution
est significative, car elle implique qu’un enseignement fondé sur une
connaissance ésotérique véritable a fait place à un point de vue purement
moral. L’intuition intellectuelle s’étant affaiblie au point de devenir
inopérante, les raisons profondes et l’interdiction ont cessé d’être perçues.
Or, ces raisons présentent un lien direct avec la naissance et le
développement de la déviation antitraditionnelle de l’Occident, car le prêt
à intérêt a été le moteur financier du monde moderne. René Guénon a
montré le caractère néfaste de l’altération des monnaies par Philippe le
Bel (21) et les conséquences désastreuses que celle-ci avaient eu pour
l’Occident. Le prêt à intérêt est une autre modalité de cette altération
puisqu’il a pour effet de soumettre la valeur de la monnaie à l’écoulement
du temps, qui est celui du prêt, alors que la fonction première de celle-ci
est de garantir la stabilité des échanges par référence à un principe
immuable que la monnaie représente dans le domaine temporel. Pour
avoir fait preuve d’ignorance et de faiblesse, l’Église catholique a été
sanctionnée et a perdu progressivement son propre crédit, qui s’est
effondré au cours des dernières années. Que peut-on attendre d’une
institution sacrée qui méconnaît le Droit divin au point d’avoir reconnu
l’État sioniste au mépris de toute justice, et qui en est réduite à mendier
auprès de l’Union européenne la reconnaissance de son rôle historique et
providentiel en Occident ? Seule subsiste encore la protection divine au
Saint-Siège romain, qui permet au moins de sauver les apparences.

Du côté des traditions de l’Orient et de l’Extrême-Orient, c’est le même


constat d’impuissance, la même soumission au modernisme sous toutes
ses formes. La tradition chinoise, qui est essentiellement destinée aux
peuples de race jaune, ne manifeste ailleurs sa présence que dans le
domaine des sciences traditionnelles appliquées, comme la médecine et
les arts martiaux. Le bouddhisme séduit par son absence de théologie et
son accessibilité apparente et trompeuse, mais il ne dispose d’aucun
moyen pour instaurer et pour défendre un ordre universel car, tout
comme le christianisme, il ne comporte pas un droit sacré qui lui serait
propre : sa légitimité repose, elle aussi, sur un statut d’exception. Seule
subsiste aujourd’hui la tradition pérenne du Sanâthana Dharmâ (la Loi
constitutive du cycle total de l’humanité actuelle), (22) habituellement
désignée par le terme « hindouisme ». En dépit des vicissitudes d’ordre
cyclique, sa puissance opérative et son rayonnement spirituel demeurent
incomparables. Par l’intermédiaire de René Guénon et du courant
intellectuel qui prolonge son œuvre, les doctrines hindoues ont joué un
rôle majeur dans l’intérêt suscité chez les Occidentaux pour l’ésotérisme
et dans l’implantation en Occident du tasawwuf en général et de l’œuvre
d’Ibn Arabî en particulier. Le complémentarisme de l’hindouisme et de
l’islâm n’est plus à démontrer, tant il s’est imposé par son évidence.
L’apport doctrinal issu du Sanâtana Dharma n’a cessé de s’enrichir jusqu’à
nos jours et a permis de dégager toute l’ampleur de la révélation
muhammadienne, le plus souvent insoupçonnée par les musulmans eux-
mêmes. L’hindouisme contient notamment un enseignement
eschatologique qui lui est propre, exprimée dans la doctrine des avâtaras,
et qui est loi d’avoir livré tous ses secrets. La faiblesse relative de cette
forme traditionnelle tient plutôt à l’anachronisme de ses structures, qui est
comme la rançon de son excellence primordiale. Son rayonnement est
parfois contrarié par les particularités d’un symbolisme qui requiert une
transposition pour acquérir sa dimension universelle. Ce n’est certes pas
nous qui nierons l’intérêt que présente la « petite fille de neuf ans » et le
« dieu au cou de cheval », mais on reconnaîtra que ce sont là des
enseignements étranges que l’on ne peut présenter comme tels en dehors
de leur contexte originel.

(19) Cf. La profanation d’Israël selon le Droit sacré, p.19-25.


(20) Cf. Introduction à l’enseignement et au mystère de René Guénon,
chap.XI.
(21) Cf. Autorité spirituelle et pouvoir temporel, chap.VII.
(22) Cf. Michel Vâlsan, Le Triangle de l’Androgyne.

La duperie de l’intégration.

Ce qui précède montre bien qu’aucune autre forme traditionnelle ne peut


prétendre exercer la fonction eschatologique que Dieu a assignée à
l’islâm. Il n’y a, et il ne saurait y avoir aucune contradiction avec le plan
divin. Toutefois, il ne s’agit pas de n’importe quel islâm, de n’importe
quelle manière de comprendre et d’interpréter la révélation faite au Sceau
des Prophètes. Il s’agit, répétons-le de l’intégrité islamique, qui comprend
tous les aspects extérieurs et intérieurs de l’enseignement traditionnel.
Face aux prétentions infondées et agressives du monde moderne, une
grande pureté est nécessaire, aussi bien dans l’intention que dans les
moyens utilisés, ainsi qu’une vue claire de ce qui est en jeu. Avant
d’étudier cette notion d’ « intégrité » il nous faut examiner sommairement
deux positions considérées comme incompatibles : celle qui vise
l’intégration de la communauté islamique à l’intérieur de l’idéologie
moderniste, et celle de l’intégrisme.

La première reflète une vision progressiste où la démocratie et les droits


de l’homme sont présentés comme des conquêtes sans précédent qu’il
faut protéger contre l’islam traditionnel, assimilé à un système
obscurantiste et rétrograde. Le progrès scientifique est là pour justifier et
renforcer cette vision dans laquelle une question comme la légitimité du
prêt à intérêt n’a même plus à se poser puisqu’il s’agit, pour les partisans
de l’intégration, d’une conception religieuse d’un autre âge. L’islâm est
fermement prié de renoncer au Droit de Dieu et aux droits qu’il tient de
Dieu. Son enseignement doit être conforme à l’idéologie des droits de
l’homme tandis que sa pratique rituelle est tolérée dans la mesure où elle
n’est pas gênante, ni pour la « vie ordinaire » (23), ni pour les non-
musulmans. Les exigences de la loi islamique à l’égard des autres religions
(par exemple, l’interdiction qui leur est faite de construire des lieux de
cultes en terre d’islâm) sont ignorées et combattues au nom d’un
égalitarisme qui impose, par ailleurs, le calendrier chrétien comme une
référence mondiale. L’intégration, c’est-à-dire l’adhésion à un tel crédo,
censé être conforme aux normes de la raison humaine, est de toute
évidence incompatible avec la religion. On peut dire sans exagération que
celui qui le professe est « banni de l’islâm », car Ibn Arabî emploie cette
expression à propos de celui qui, disposant de moyens matériels pour
accomplir le pèlerinage, le néglige néanmoins. Or, nous l’avons vu, c’est
par ce rite annuel que la communauté islamique est investie de la charge
de témoigner « en surveillant les hommes » (24). Accepter l’intégration,
c’est renoncer à porter ce témoignage et s’exposer à la même sanction.
On peut voir par là le caractère équivoque de cette notion et des
politiques fondées sur elle. L’Occident moderne prétendument « ouvert à
l’autre » (25) n’a jamais voulu ou pu intégrer que ce qui lui ressemble.
Hormis la satisfaction d’ambitions personnelles, on voit mal ce que les
musulmans peuvent gagner en acceptant ce jeu de dupes.

(23) Sur ce sujet, cf. René Guénon, L’illusion de la « vie ordinaire »,


chap.XV du Règne de la Quantité.
(24) Cf. supra, p.20.
(25) Il y aurait beaucoup à dire sur le caractère antitraditionnel de ce lieu
commun. Les affinités spirituelles sont fondées sur ce qui est semblable
et, métaphysiquement, sur ce qui est « un ».

Les illusions de l’intégrisme.

Face au monde moderne, l’intégrisme adopte une position apparemment


opposée. Partant de l’idée que la communauté islamique ne peut être
régie que par des musulmans, il cherche à conquérir le pouvoir par des
moyens politiques (26). Les partisans de cette idéologie espèrent ainsi
promouvoir l’islâm : d’une part, en assurant la pratique de la religion dans
les pays qu’ils contrôlent ; de l’autre, en établissant dans le monde une
sorte de « tête de pont » en vue de défendre les intérêts des musulmans
où qu’ils se trouvent et de préparer l’expansion progressive de l’islâm.
Face aux équivoques et aux dérives des politiques d’intégration, l’idée
intégriste a de quoi séduire de bons musulmans par l’indépendance qu’elle
leur assure, puisqu’ils sont gouvernés par eux-mêmes, et non plus par
d’autres. Un examen plus attentif montre le caractère illusoire de cet
avantage apparent. Pour que l’intégrisme corresponde à son but
proclamé, il faudrait que ses défenseurs ne soient pas eux-mêmes
corrompus, plus ou moins consciemment, par les conceptions
antitraditionnelles du monde moderne.

Pour commencer, la conquête du pouvoir implique de nos jours que l’on


s’organise en parti et que l’on adopte les méthodes profanes de la vie
partisane, qui sont aux antipodes de l’universalité islamique. En cas de
victoire, c’est pire encore. Comment préserver l’intégrité de l’islâm dans la
gestion d’un État moderne, qu’il se proclame lui-même « islamique » ou
non ? En tous domaines, c’est l’impasse et les contradictions. Tout
d’abord, il n’y a pas d’État sans territoire. Un des dogmes du modernisme
politique est le maintien de l’ « intégrité territoriale » génératrice
d’innombrables conflits, aussi puérils que dangereux. Ce ne sont plus les
« droits du Ciel » qu’il faut préserver, ni même ceux de la Terre, mais
ceux qui découlent des divisions territoriales absurdes et arbitraires, ce
qui est particulièrement flagrant quand celles-ci ont été établies par la
colonisation. Un État islamique est, par essence un État universel, c’est-à-
dire un État sans frontières. A l’inverse, un État dont le territoire est défini
par des frontières ne peut prétendre être un État islamique. Que dire, en
outre de l’idée de nation qui, par les séparations et les passions qu’elle
engendre, demeure un des pires instruments de la subversion
contemporaine. Citons ici simplement la parole d’un sage de notre temps
qui disait : « A l’instant même où le Mahdi sera confirmé dans sa mission
devant la Kaaba de la Mekke, les États et les régimes du monde islamique
s’écrouleront comme des châteaux de cartes ».

Dans le domaine économique, on retrouve la question incontournable du


prêt à intérêt. S’agit-il de l’épargne privée ? Récoltée sans intérêt par les
banques, elle ne serait rien d’autre que de l’argent bon marché qui, par le
jeu des compensations financières, pourrait être mis à la disposition des
pires ennemis de l’islâm ; ce serait un comble ! S’agit-il, au contraire, de
la puissance publique ? Quel est l’État moderne qui, hormis dans des
circonstances exceptionnelles et aléatoires, peut se passer de l’emprunt ?
Dans le domaine militaire, la seule loi est celle du plus fort, et la force
matérielle n’est sûrement pas du côté islamique, comme les musulmans
en font partout l’amère expérience. Dans le domaine dit « culturel », les
hésitations des dirigeants intégristes sont parfois bien amusantes. Tantôt,
ils décident d’interdire la musique que l’on appelle classique, et qui est en
réalité éminemment moderne ; en quoi ils ont raison, car cet art tant
vanté fait partie des pseudo-religions occidentales : les chrétiens
d’aujourd’hui se réunissent plus volontiers dans les églises pour écouter
des concerts que pour suivre les offices ; tantôt, ils l’autorisent en se
plaçant, à leur tour, au point de vue réducteur de la morale, ce qui donne
le charmant spectacle de jeunes femmes en tchador jouant du
violoncelle !

Ces quelques exemples montrent l’impossibilité de gouverner un État


moderne de manière traditionnelle. Les intégristes qui acceptent des
compromis dans tous ses domaines ne sont pas qualifiés pour représenter
l’intégrité islamique. En définitive, les positions apparemment
incompatibles de l’intégration et de l’intégrisme sont plus proches qu’il n’y
paraît : la première accepte la domination du monde moderne de manière
directe, la seconde de manière indirecte, c’est-à-dire par l’intermédiaire de
musulmans dont la mentalité est affectée par le modernisme et qui,
contrairement à ce qu’ils prétendent, ne peuvent parler au nom de l’islâm.
L’instauration d’un ordre traditionnel inspiré par l’intégrité islamique le
rétablissement du califat extérieur ; et c’est d’ailleurs pourquoi le Mahdi
est appelé « le dernier des califes » (27). Son investiture ne sera pas le
résultat d’une politique humaine, mais bien d’une intervention et d’une
élection divines.

(26) Les aspects religieux de l’intégrisme seront examinés plus loin ; cf.
infra, p. 67, 73-74.
(27) Cf. Les sept Etendards du Califat, chap.XXXVI.

Sauvegarder l’essentiel.

L’affinité profonde de l’intégration et de l’intégrisme – deux noms jumeaux


pour deux politiques jumelles – se marque dans leur acceptation
commune de la division du monde en nations et États. D’un côté, les
musulmans au pouvoir se préoccupent davantage de l’intégrité des
frontières que de celle de l’islâm ; de l’autre, les partisans de l’intégration
considèrent comme un fait acquis le morcellement de la communauté
islamique puisqu’ils acceptent les conditions et les statuts définis pour eux
par chaque État. Dans l’attente de jours meilleurs, la préoccupation
essentielle nous paraît être de perpétuer les rites de l’islâm et du
tasawwuf de la façon la plus complète et la plus traditionnelle possibles, et
de s’efforcer d’échapper aux contraintes imposées par les puissants.
S’agissant de l’islâm en général, l’intégrisme peut apparaître comme la
meilleure alternative, en dépit des objections que nous avons formulées,
mais il n’en va pas nécessairement ainsi pour la pratique du tasawwuf,
souvent plus menacée par les musulmans au pouvoir que dans les États
« laïques » ou « neutres » en matière de religion. Quant aux musulmans
qui vivent dans les pays occidentaux, ils doivent nécessairement accepter
des compromis. Le Prophète lui-même n’a-t-il pas dit qu’un temps
viendrait ou nul ne pourrait échapper à la « poussière de la riba », c’est-à-
dire du prêt à intérêt, de manière au moins indirecte ? L’essentiel pour les
croyants, est qu’il n’y ait pas d’ « intégration des cœurs » (28) et que ces
compromis soient acceptés dans un esprit de patience et de sagesse, car il
n’y a « ni puissance, ni force, si ce n’est par Allâh, l’Elevé, l’Immense »
(29).

Mentionnons enfin une position qui ne correspond à aucune politique


reconnue, celle de la marginalité pure et simple, dans l’anonymat et la
discrétion la plus grande. Elle demeure possible pour des petites
communautés décidées à maintenir l’ « intégrité islamique » en toutes
circonstances afin de rendre ces communautés « insaisissables au monde
profane » (30). C’est à elles que s’applique le verset : « Combien de fois
un petit groupe ne l’a-t-il pas emporté sur un (autre) plus nombreux, avec
la permission d’Allâh ! »(Cor.2.249).

(28) la notion d’intégration contient l’idée fausse que l’islâm est une
religion étrangère. Seul Ordre révélé destiné à l’ensemble des hommes,
l’islâm est chez lui partout. Affirmer le contraire revient à considérer les
musulmans d’origine occidentale comme étant des étrangers dans leur
propre pays. C’est plutôt l’essence de la religion traditionnelle qui a cessé
d’avoir droit de cité en Occident. Ce que les Occidentaux veulent à tout
prix « intégrer », c’est-à-dire domestiquer, ce n’est pas l’islâm, c’est la
religion.
(29) Sur le sens de cette formule, cf. Les sept Etendards du Califat,
chap.XII.

III. L’intégrité islamique.

Nécessité de l’ésotérisme.

Le terme « intégrité » désigne ce qui est intact. Il qualifie ce qui est


complet, ce qui n’a pas été amputé d’une de ses parties, et d’autre part ce
qui est sain, droit et juste. Avec ce second sens, « intègre » s’oppose à «
corrompu » et correspond à l’arabe sâlih. L’expression coranique « sâlih
al-mu’minîn » (Cor.66.4) désigne l’Élite initiatique des croyants et figure
dans un passage où il revêt un sens initiatique et opératif précis. Le terme
sâlih comporte aussi les idées de paix et de réconciliation. La notion d’«
intégrité islamique» renferme, pour nous, l’ensemble de ces significations.
L’intégrisme se rapporte uniquement, et dans le meilleur des cas, à une
plénitude extérieure incluant l’exercice du pouvoir politique, ce qui
correspond à un symbolisme horizontal et à une limitation au domaine
individuel. L’intégrité islamique est d’un tout autre ordre, car elle
comprend à la fois l’ « extérieur » et l’ « intérieur » de la révélation
islamique, et donc aussi le tasawwuf, c’est-à-dire la doctrine ésotérique
sous ses deux aspects principaux : l’enseignement métaphysique et celui
qui se rapporte à la réalisation initiatique ainsi qu’aux fonctions qui en
découlent.

Les termes « ésotérisme » et « tasawwuf » peuvent donner lieu à des


malentendus. Le premier est impropre lorsqu’il contribue à établir une
opposition entre la « science intérieure » et la « religion extérieure », ce
qui entraine une conception limitative de l’intériorité, semblable à celle de
la « transcendance » qu’Ibn Arabî combat avec vigueur quand elle
opposée à l’ « immanence » (31). Selon la réalité véritable, il n’y a aucune
opposition entre les vérités métaphysiques (haqâ’iq) et la loi sacrée
(sharî’a), ni même un simple complémentarisme, mais bien une unité
profonde. Non seulement la loi de l’islâm est l’expression d’une vérité
essentielle, mais, à un autre point de vue, elle inclut, dans sa totalité et
dans sa perfection formelles, l’ensemble des vérités métaphysiques et
initiatiques (32). En aucun cas, on ne peut dire que l’ésotérisme implique
l’abandon de la Loi.

(31) Sur ce sujet, cf. les Fusûs al-Hikâm à propos du Verbe de Nûh.
(32) Ce mystère est lié au hadîth qudsî où le Très-Haut déclare : « Le
Cœur de Mon serviteur croyant Me contient ».

Erreurs et vérités sur le tasawwuf.

Le terme tasawwuf revêt des significations très différentes et donne lieu à


bien des idées fausses. Une première consiste à l’identifier avec les «
confréries », c’est-à-dire avec les turuq organisées autour de la lignée
spirituelle, et parfois familiale d’un Cheikh fondateur. Comme ces
confréries ont vu le jour plusieurs siècles après la naissance de l’islâm, il
est facile et commode de les considérer comme des innovations (bida’) et
des corruptions de la pureté islamique originelle. Il faut donc préciser que
les turuq ne sont qu’une des modalités historiques de l’ésotérisme
islamique. Celui-ci est le cœur même de la révélation. Présent dès
l’origine, il subsistera, sous une modalité ou sous une autre, jusqu’à la fin
du monde.
D’autres critiques, aussi mal inspirées, accusent le tasawwuf de pratiquer
le « culte des saints » d’ « associer » ceux-ci à Dieu et de porter atteinte
au tawhîd, l’affirmation et l’adoration de l’unité divine. Cette manière de
présenter les choses, typique de l’intégrisme religieux, est éminemment
contestable car elle ignore une autre doctrine fondamentale de l’islâm,
celle qui se rapporte à la fonction du Prophète – sur lui la Grâce unitive et
la Paix d’Allâh ! – Celui-ci n’est pas associé à l’adoration que l’on doit à
Dieu, puisqu’il est lui-même l’adorateur par excellence ; mais il est associé
à l’expression suprême du tawhîd, car au premier témoignage de foi : Lâ
ilâha illa Allâh fait suite la formule du second témoignage : Muhammadun
rasûl Allâh (33). D’autre part l’Envoyé est la source et le modèle de toute
spiritualité islamique : « En vérité, il y a pour vous dans l’Envoyé d’Allâh
un modèle excellent ; pour celui qui met son espoir en Allâh et dans le
dernier jour et qui pratique intensément le dhikr » (Cor.33.21). Ce verset
est un des fondements du tasawwuf. La mention de l’ « invocation intense
» montre que le Prophète est le maître suprême de la Voie. Les saints sont
ceux qui, à un degré ou à un autre, ont effectivement réalisé le modèle
prophétique. Celui-ci peut-être défini comme la Forme d’Allâh selon
laquelle l’Homme parfait (al-insân al-kâmil) a été manifesté en ce monde
(34). De là, les saints sont l’objet d’une vénération légitime, aussi bien de
leur vivant – comme c’est le cas lorsqu’il s’agit de maîtres spirituels
véritables – qu’après leur mort, ce qui amène les croyants à visiter leur
tombeau.

La fonction muhammadienne comporte le privilège de l’intercession


universelle, qui sera manifestée dans sa plénitude le Jour de la
Résurrection. Selon l’enseignement traditionnel, la totalité de
l’intercession reviendra en ce jour au Prophète, mais il ne sera pas le seul
qui intercèdera ; d’autres le feront avec sa permission, notamment les
prophètes fondateurs des formes traditionnelles qui ont précédé l’islâm.
Leurs communautés ne connaissent la lumière muhammadienne que par
leur intermédiaire, et c’est eux qui intercéderont tout d’abord pour elles.
De même, les saints musulmans peuvent intercéder dans la mesure où ils
ont réalisé initiatiquement le modèle prophétique, car leur fonction propre
implique une participation à celle de l’Envoyé d’Allâh. Condamner cet
aspect du tasawwuf, c’est s’opposer à la sagesse divine sur une question
essentielle. Il ne faut pas oublier que l’intercession universelle du Prophète
est une manifestation du Califat suprême qui fonde les privilèges cycliques
de l’islâm (35). Ceux qui s’acharnent contre le « culte des saints » feraient
bien d’y réfléchir, car leur souci de préserver la pureté du tawhîd
s’accompagne d’une ignorance préjudiciable à l’excellence et à l’intégrité
islamiques qu’ils sont censés défendre.

(33) Le Très-Haut a prescrit aux musulmans de se prosterner en direction


d’une « maison » de pierre qui appartient, comme eux, au monde
corporel. Si l’adoration s’adresse à Dieu seul, la prosternation s’effectue
vers un lieu élu pour être le support de la présence divine. Sous ce
rapport, il y a donc aussi une apparence d’ « association », liée à la
question des « préférences divines » et des différenciations qualitatives de
l’espace-temps.
(34) C’est une des significations ésotériques de la parole : « Allâh a créé
Adam selon la Forme » qui fonde la doctrine du Califat ésotérique.
(35) Cf. Les sept Etendards du califat, chap.XXXV à XL.

La doctrine du Centre Suprême.

Les mises au point qui précèdent montrent que le tasawwuf est une partie
essentielle de l’intégrité islamique. Il nous faut entrevoir à présent toute
l’étendue que celle-ci comporte et préciser tout d’abord que les notions de
« réalisation spirituelle » et même de « cheminement initiatique » (36)
sont insuffisantes pour en déterminer le contenu. Il faut prendre en
compte également les fonctions qui relèvent du tasarruf, c’est-à-dire du «
gouvernement ésotérique du monde ». Les plus connues sont celle du Pôle
(qutb), des deux Imâms, des quatre Awtâd et des sept Abdâl. A cet aspect
se rattache aussi l’ « assemblée des saints » (diwân al-awliyâ),
spécialement étudiée par Michel Vâlsan (37). Une difficulté peut survenir
du fait que ces fonctions représentent, au cœur de la tradition islamique,
une hiérarchie plus centrale à laquelle se rapportent des expressions
comme « Centre du monde », « Roi du monde », « Pôle suprême » ou «
Califat suprême ». Cette hiérarchie a pour mission de régir, non pas
seulement l’islâm « historique » tel qu’il est apparu à un moment donné
du cycle humain, mais bien l’ensemble de celui-ci, depuis Adam jusqu’au
Jour de la Résurrection, ce qui correspond à un autre aspect, moins connu
de la fonction du Prophète. La hiérarchie du Centre suprême doit être
prise en compte, car elle rend seule possible la réalisation par l’islâm de sa
vocation universelle, inhérente à la révélation divine faite au Sceau des
Envoyés. Les moyens opératifs de ce Centre sont ceux d’un langage
primordial qui permet de comprendre et d’interpréter, selon leur
signification véritable, l’ensemble des révélations aux « fils d’Adam ». Ce
langage est désigné dans l’enseignement ésotérique par l’expression «
langue solaire » ou « syriaque » (sûriânî). Le point délicat est que la
doctrine du Centre du Monde et la notion d’une langue primordiale autre
que l’arabe pourraient faire apparaître l’islâm comme une forme
traditionnelle semblable aux autres, ce qui entraînerait le déni de ses
privilèges cycliques. Or, c’est là une idée fausse et dangereuse, qui
alimente à la fois la rhétorique des partisans de l’intégration et celle des
intégristes. Les premiers utilisent cette doctrine pour assimiler celle de Loi
sacrée à celle d’ « exotérisme » dans une perspective marquée par les
conceptions « humanistes » et égalitaristes de la Franc-Maçonnerie
moderne. Qu’ils se réfèrent au « Roi du Monde » lorsqu’ils s’adressent à
des non-musulmans, ou au « Qutb az-zamân » (38) lorsqu’ils empruntent
le langage du tasawwuf, c’est toujours afin d’occulter la lumière
universelle du Prophète et de porter atteinte à une intégrité islamique qui
les gêne. Cette conception tendancieuse et intéressée a pour effet de
compromettre la doctrine ésotérique du Pôle suprême d’une façon qui fait,
par ailleurs, le jeu des intégristes, car ceux-ci peuvent s’en servir à leur
tour pour rejeter l’ensemble des enseignements relatifs au tasarruf, et
pour réduire l’ésotérisme islamique à la notion vague de « vie spirituelle »
de manière à la rendre compatible avec leurs visées politiques. Par là, leur
attitude rejoint, en fait, celle des partisans de l’intégration, ce qui
confirme une nouvelle fois l’affinité profonde de ces deux positions
apparemment contraires. Les intégristes s’imaginent naïvement qu’il suffit
de proclamer que Muhammad est le meilleur des prophètes, que le Coran
est le Livre révélé le plus excellent, que la religion islamique est préférable
à toute autre pour entraîner la conviction et l’adhésion des non-
musulmans. Pour être crédible, ces affirmations doivent s’accompagner de
preuves et celles-ci ne peuvent être données que par la doctrine du Centre
suprême et de la Tradition primordiale, seules à même de montrer que la
révélation contient l’ensemble des vérités présentes dans les traditions
antérieures. Selon sa signification véritable, cette doctrine n’a rien qui
puisse, ni favoriser l’intégration, ni entraîner l’opprobre des intégristes car
les fonctions qui constituent la hiérarchie de ce Centre sont des aspects de
la fonction essentielle du Prophète, des reflets et des réverbérations de sa
lumière ; c’est lui qui, depuis l’origine des temps, manifeste la présence
du Verbe divin au cœur de notre monde. L’ « Adam primordial » et le «
Pôle universel » dont la fonction est rapportée typologiquement à
Sayyidnâ Idrîs, ne sont rien d’autres que ses représentants. Par ailleurs,
comme nous l’avons vu, l’islâm « historique » a pour mission de « clore »
le cycle humain et la tradition adamique. Il constitue la communauté
médiane et médiatrice pour être le support et l’instrument du Centre
suprême à la fin des temps. A ce propos, il convient de mettre en lumière
un point qui n’a pas retenu jusqu’ici l’attention qu’il mérite, à savoir que
les saints qui font partie du Plérôme suprême (diwân al-awliyâ) cessent
d’utiliser la langue sacrée primordiale quand l’Envoyé d’Allâh est présent
parmi eux, ce qui correspond à une situation d’excellence (39). Lorsqu’ils
parlent en sa présence, ils emploient la langue arabe, afin de respecter les
convenances qui lui sont dues. En effet, l’excellence du Prophète
manifeste l’excellence de la révélation faite par le « Seigneur des mondes
» (40) et cette révélation est exprimée en langue arabe. On peut conclure,
non seulement que la doctrine du Centre suprême ne porte nullement
atteinte aux prérogatives de l’islâm, mais qu’elle est seule capable
d’assurer son rayonnement en conférant aux musulmans les clés d’une
science ésotérique et d’une connaissance universelle.

(36) Sur le sens de cette expression, cf. René Guénon, L’écorce et le


noyau.
(37) Cf. ses études sur les Hauts grades de l’Ecossisme et sur Jeanne
d’Arc.
(38) C’est-à-dire le « Pôle du temps », autrement dit de l’ensemble du
cycle humain dont le temps est une condition constitutive, par opposition
au Pôle islamique au sens propre.
(39) Cf. Kitâb al-Ibrîz, p.218 et 328.
(40) Cf. Cor.1.2.

Ibn Arabî

La notion de « clôture du cycle » évoque les « trois Sceaux » qui


constituent l’aspect eschatologique de cette doctrine. Muhammad est le
Sceau des prophètes légiférants (khâtam an-nabiyyîn) (41). Aucune loi ne
sera révélée après la sienne. Le Centre suprême va exercer son influence
providentielle à l’intérieur de la tradition islamique notamment par la
manifestation des deux autres Sceaux chargés d’opérer les adaptations
nécessaires durant l’ultime phase du cycle. Tout d’abord, le Sceau de la
Sainteté muhammadienne, Muhyi-d-Din Ibn Arabî, connu, sinon toujours
reconnu, comme étant le « plus grand des maîtres » (ash-shaykh al-
akbar) du tasawwuf. Héritier de la science muhammadienne totale, il
apparaît à un moment où la forme islamique est profondément modifiée
dans ses structures : d’une part par l’abolition effective du califat, de sorte
que la communauté islamique cesse d’être représentée extérieurement ;
d’autre part, par la constitution des grandes confréries initiatiques qui
prennent en charge la fonction de guidance spirituelle. Ensuite viendra le
Sceau de la Sainteté générale, autrement dit le Christ de la seconde
Venue. C’est lui qui inspirera le Mahdi et qui parachèvera sa fonction. Le
califat extérieur sera rétabli, la loi islamique retrouvera sa pureté
première, occultée par les limitations et les incompréhensions de
l’exotérisme. C’est sur elle que le Sceau des Saints prendra appui afin
d’opérer l’ultime manifestation en ce monde de la Tradition universelle.

Ibn Arabî est le représentant par excellence de l’intégrité islamique. La


doctrine akbarienne est l’interprète de la révélation muhammadienne dans
sa totalité. Elle répand, à tous les degrés, les lumières de l’islâm et est
détentrice de ses secrets. Elle seule peut inspirer la communauté
islamique et la guider, directement ou indirectement, dans la période
troublée qu’elle traverse et parmi les périls auxquels elle est confrontée.
Bien qu’elle s’adresse avant tout à une élite « intellectuelle », au sens
traditionnel et non spéculatif du terme, sa bénédiction s’étend à tous les
aspects de la pratique rituelle et de la spiritualité qu’elle éclaire de
manière incomparable à la lumière du Prophète. L’œuvre d’Ibn Arabî est
un trésor qui demeure en partie cachée, car son contenu est loin d’avoir
été publiquement révélé. Cependant, en dépit du travail considérable
entrepris au cours des dernières années pour la faire mieux connaître, elle
continue de susciter la suspicion et l’hostilité, en particulier dans les pays
marqués par l’idéologie intégriste. Elle est toujours considérée comme
dangereuse, c’est-à-dire contraire à une interprétation unilatérale, mais
censée être orthodoxe, du Coran et la Sunna du Prophète, et aussi comme
une source de divisions au sein de la communauté islamique. Or, ces
divisions sont uniquement le fait de ceux qui, par ignorance ou par intérêt,
refusent d’accepter la révélation dans son intégralité, qui réduisent la «
Religion auprès d’Allâh » (Cor.3.19) à sa seule modalité historique et qui
compromettent ainsi la vocation universelle de l’islâm. C’est de ceux-là, et
non des « akbariens », qu’il est dit dans le Coran : « Ceux qui ne croient
pas en Allâh et Ses envoyés, qui veulent établir une division entre Allâh et
Ses envoyés, qui disent : « Nous croyons dans une part (de la Tradition
universelle) et non dans d’autres »… ceux là sont les incroyants véritables
» (Cor.4.150-151).

L’intégrité islamique constitue l’excellence de l’islâm, tant dans sa loi


commune que dans son ésotérisme. Seul l’enseignement d’Ibn Arabî en
détient la doctrine complète, et c’est pourquoi on ne peut pas s’y opposer
impunément. L’islâm est aujourd’hui humilié. Les épreuves qui frappent la
communauté islamique sont sans doute les pires qu’elle ait jamais
connues ; mais il n’y a pas de hasard et Allâh « n’est pas injuste envers
Ses serviteurs » (Cor.50.29). Les serviteurs véritables de Dieu seront
toujours secourus, « ceux qui croient en Allâh et en ses envoyés et qui
n’établissent pas de différence entre ces derniers » (Cor.4.152). Les
musulmans sont éprouvés uniquement à la mesure de leurs
incompréhensions et de leurs trahisons. Ils le seront tant qu’ils ne
reconnaîtront pas leurs erreurs ; tant qu’ils n’accepteront pas, directement
ou par l’intermédiaire d’une élite initiatique, la guidance du « plus grand
des maîtres » qui a dit : « Moi et le Coran, nous sommes des frères », de
sorte qu’on a pu lui appliquer les versets : « Que leur arrive-t-il ? Ils ne
croient plus et lorsqu’on récite le Coran en leur présence, ils ne se
prosternent pas… Annonce leur un châtient douloureux ! » (Cor.84.20-22).
L’islâm retrouvera sa force et son éclat lorsqu’il sera ramené, grâce à ce
« repentir », à sa pureté originelle.

(41) Cf. Cor.33.40.

René Guénon

La déclaration d’Ibn Arabî établissant une « fraternité » entre lui et le


« Coran » entendu dans son sens initiatique est complétée par cette
autre : « Le Mahdi et l’épée sont des frères », qui se rapporte à la fonction
du « troisième Sceau », le Christ de la seconde Venue. Alors que le Coran
symbolise le degré de l’Homme Universel, l’épée apparaît plutôt comme
un attribut caractéristique du « Pôle des esprits humains », ce qui évoque
la fonction cyclique de l’ « homme primordial » qui est le législateur
suprême de notre monde. L’épée du Mahdî est celle de la vérité. Il
l’utilisera pour restaurer la Tradition universelle en s’appuyant sur la Loi
totalisatrice de l’islâm. C’est aussi l’épée de la Grande guerre sainte et du
combat eschatologique. Les troubles actuels préparent une manifestation
finale de la paix et de la justice divines. Pour ce combat, la première tâche
était de dénoncer les illusions et les duperies du monde moderne,
d’affirmer les prérogatives de la Tradition et du Droit divin, de mettre en
évidence les trahisons de l’Occident et son ignorance de la science sacrée.
Ce travail ne pouvait être accompli que par un occidental œuvrant à la
lumière de l’Orient traditionnel : occidental par sa naissance, oriental par
son esprit, akbarien par son lignage spirituel, rattaché à la Baraka du
Prophète, détenteur des secrets de la « langue syriaque », tel fut René
Guénon, le vivificateur de la Tradition universelle, le précurseur du
redressement qui sera opéré par le Mahdi sous l’égide du troisième Sceau.
Sa vie et son œuvre furent une guerre sainte de tous les instants,
dissimulée en partie par l’apparence sereine et hiératique de ses
ouvrages. La dénonciation des erreurs modernes est constante dans ses
premiers écrits, en particulier dans Orient et Occident et dans La Crise du
Monde moderne. Les conséquences funestes de ces erreurs, pour
l’homme et pour le monde dévoyé dans lequel il vit, sont étudiées dans Le
Règne de la Quantité et les Signes des Temps en des termes précis et
prémonitoires. Seul un occidental pouvait démonter, en quelque sorte
« de l’intérieur », les rouages de cette machine infernale. L’antidote devait
venir de là où étaient nés les poisons du monde moderne. Il faut y
insister, car les orientaux en général, les musulmans d’origine orientale en
particulier, sont peu avertis des dangers du modernisme, avec ses
multiples facettes, et succombent, souvent par mégarde, à l’attrait qu’il
exerce. Cet aspect de l’œuvre guénonienne s’impose à eux de manière
plus nécessaire qu’ils ne l’imaginent. Le négliger, c’est s’exposer
inévitablement aux risques de l’intégration et aux méfaits de l’intégrisme.

Une raison plus profonde encore explique le lien entre la fonction de René
Guénon et l’intégrité islamique. Grâce à la connaissance intuitive qu’il
avait de la langue syriaque, son œuvre prolonge celle d’Ibn Arabî en
illustrant, par des études sur l’ésotérisme des révélations antérieures,
l’universalité de la science islamique. Par là, elle a contribué à mettre en
lumière la signification de cette « Religion auprès d’Allâh » qui est la
qualification coranique de l’ « islâm ». Toutefois, comme elle ne se
présentait pas explicitement au nom de la tradition islamique, beaucoup
en Occident se sont trompés, même parmi ceux qui étaient devenus
musulmans grâce à elle. Ils n’ont pas vu en quoi la fonction de René
Guénon était, aussi bien par son inspiration que par sa finalité,
éminemment islamique. Ils se sont égarés eux-mêmes et ont menés ceux
qui les suivaient dans des impasses (43). Le premier, Michel Vâlsan a
dénoncé cette erreur. Il a montré, tant dans son enseignement oral que
dans ses écrits, d’une densité et d’une élévation exceptionnelles, comment
cette fonction se reliait à celle d’Ibn Arabî ; il a opéré la synthèse entre
deux enseignements qui pouvaient, par incompréhension de leur sens réel
et de leur complémentarisme, apparaître comme divergents ; mais il n’a
pu le faire, lui aussi, qu’en menant une guerre sainte constante au sein
d’un milieu occidental hostile. En effet, la doctrine de l’intégrité islamique
n’est acceptée, ni par ceux qui utilisent René Guénon contre l’islâm, ni par
ceux qui excluent de l’enseignement d’Ibn Arabî la notion de Droit sacré.
Les uns et les autres favorisent une récupération de l’ésotérisme par
l’Occident moderne ; et ceci nous ramène à la question initiale de notre
étude, celle du rôle de l’islâm dans le monde contemporain.
(43) L’attitude de Frithjof Schuon est caractéristique de cette tendance.

Proclame !

L'envahissement du modernisme, les moyens puissants dont il dispose,


rendent vaine toute tentative de restaurer extérieurement la grandeur de
l'islâm. En particulier, le rétablissement du califat n’est pas possible avant
l’heure fixée par Dieu. Parmi les noms d'Allâh, al-Haqq présente la
particularité de désigner Dieu Lui-même ; or, ce nom signifie à la fois « la
vérité » et « le droit ». La force de l'islâm n'est pas dans sa puissance
extérieure, qui appartient au domaine des réalités contingentes, elle est
dans sa vérité et dans son droit qui sont universels et indépendants de
toute manifestation visible de la puissance divine : Allâh est
l’ « Indépendant à l’égard des mondes » (ghanî 'an al-'âlamîn). Il importe
d’affirmer aujourd’hui l’essence unique et incomparable de la lumière
prophétique dont procède l’islâm dans sa pureté et son intégrité. Encore
faut-il comprendre en quoi celle-ci consiste, et c’est pourquoi nous nous
sommes efforcés de la définir dans la présente étude. Les trois maîtres
que nous avons cités sont ceux dont les écrits renferment les repères
doctrinaux utiles à cette compréhension. Ibn Arabî, René Guénon, Michel
Vâlsan sont les auteurs dont nous reconnaissons la pleine autorité
doctrinale pour la proclamation, à la face du monde moderne, de l’identité
islamique véritable en conformité avec l’ordre divin donné au Prophète à
l’origine de la révélation : « Iqra’ », c’est-à-dire : « Proclame ! » C’est là
ce qui est requis de la communauté islamique dans la phase actuelle, qui
correspond à une situation de guerre sainte. L’épée utilisée pour mener
celle-ci n’est pas une arme au sens ordinaire du terme ; elle ne sert qu’à
combattre l’erreur, l’illusion et la mauvaise foi. C’est l’épée d’as-sidq,
terme auquel Michel Vâlsan donnait des équivalents multiples :
« sincérité, fidélité, conviction, force de décision », tout en précisant qu’il
fallait « avoir toujours à l’esprit toutes les significations indiquées ici ». La
présence d’as-sidq dans le cœur des croyants s’accompagne d’une
descente de la Sakîna, selon l’indication du verset : « C’est Lui qui a fait
descendre la Sakîna dans le cœur des croyants afin qu’ils ajoutent une foi
à leur foi ; et c’est à Allâh qu’appartiennent les armées des Cieux et de la
Terre… » (Cor.48.4). As-sidq est précisément cette « foi ajoutée », tandis
que la mention des « armées des Cieux et de la Terre » confirme qu’il
s’agit bien ici d’une guerre sainte : la « petite » guerre sainte est menée
avec les « armées visibles de la Terre » ; la « grande » guerre sainte est
menée avec les armées invisibles des Cieux. Celle-ci est aujourd’hui la
seule possible, mais c’est aussi la plus efficace à condition qu’elle soit
menée avec science et sagesse ; d’ailleurs le verset se termine par les
mots : « … et Allâh est le Savant, le Sage ».

A propos de nos trois maîtres, nous avons parlé de « repères doctrinaux »


car nul ne peut se permettre de les juger, ou de juger tel ou tel d’entre
eux de manière superficielle ou désinvolte. Leur autorité est indiscutable
et leurs degrés de réalisation effective assurent à leurs fonctions le
privilège de l’infaillibilité (44). Ils sont des conseillers, des « annonciateurs
de bonne nouvelle » (45) qui savent que tout désordre fait partie d’un
Ordre divin total, que la domination des forces antitraditionnelles est
éphémère et que c’est toujours la vérité qui a le dernier mot. Ils sont des
témoins qui « appellent à l’ordre », en ce sens qu’ils rappellent l’existence
de l’Ordre divin et de ses prérogatives. Celui-ci se réalisera de toute façon
selon les dispositions éternelles du décret d’Allâh, au moment choisi par
Sa puissance existenciatrice. La Sakîna est immuable dans la gloire de
Dieu et demeurera sur la terre jusqu’à la fin du cycle. L’intégrité islamique
est hors d’atteinte au centre secret du monde, en attendant le jour où elle
sera manifestée au dehors pour la dernière fois.

(44) Sur la notion d’infaillibilité traditionnelle, cf. René Guénon, Aperçus


sur l’Initiation, chap.XLV ainsi que L’Esprit universel de l’Islam, chap.20.
(45) Au sens de l’arabe bashîr.

Celui qui prend pour protecteurs Allâh, Son Envoyé et ceux qui croient…
En vérité, ceux qui se réclament d’Allâh seront, eux, les vainqueurs !
Ô vous qui croyez, ne prenez pas pour protecteurs ceux qui prennent
votre religion pour une chose légère et un jeu, parmi ceux qui ont reçu le
Livre avant vous et ceux qui couvrent la vérité d’un voile. Gardez la
crainte d’Allâh si vous êtes croyants !
(Cor.5.56-57)

Allâh a fixé par écrit : « En vérité, Moi et Mes envoyés, nous serons
vainqueurs ! » En vérité Allâh est fort, hors d’atteinte !
Tu ne trouveras jamais de gens se lier d’amitié avec ceux qui s’opposent à
Allâh et à Son Envoyé, s’ils croient en Allâh et au Jour dernier !
(Cor.58.21-22)

C’est avec al-Haqq que Nous avons fait descendre (le Coran), et c’est avec
al-Haqq qu’il est descendu !
(Cor.17.105)
Allâhumma, répands Ta grâce unitive, Ta paix et Ta bénédiction sur notre
Seigneur Muhammad qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui a
précédé, qui a secouru al-Haqq au moyen d’al-Haqq, qui a guidé vers Ta
Voie droite, ainsi que Famille, selon la Vérité et le Droit (haqqa) inhérents
à Son pouvoir (éternel) et à Sa mesure immense (dans l’ordre manifesté).

Gloire à la transcendance de ton Seigneur, le Seigneur de l’élévation hors


de l’atteinte de ce qu’ils attribuent !

Que la paix soit des les envoyés !


Et louange à Allâh, le Seigneur des mondes !

***