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Novembre 2008

La guerre russo-géorgienne et ses


enseignements
Une approche stratégique et géopolitique
Entretien avec Michel GUENEC, chercheur à l’Institut Français de Géopolitique (Paris
VIII)

Le lendemain même de l’élection de Barack Obama à la Maison


Blanche, le président russe, Dmitri Medvedev, annonçait le
possible déploiement de nouveaux missiles (SS-26) dans l’enclave
de Kaliningrad, l’ancienne Königsberg, entre la Pologne et la
Lituanie, deux pays membres de l’Union européenne et de
l’OTAN. Vue depuis Moscou, l’élection présidentielle américaine
est perçue comme un symptôme de déclin et le duumvirat
Poutine-Medvedev entend bien tester la détermination des Etats-
Unis à demeurer une « puissance européenne », capable
d’animer l’Alliance atlantique. L’aire mer Noire-Caucase-Caspienne
est l’un des théâtres géopolitiques sur lesquels se joue l’avenir
des relations entre la Russie et l’Occident. Après l’affrontement
militaire russo-géorgien d’août 2008, le Musée des Forces armées
russes a ainsi organisé une exposition (« Caucase : cinq jours en août »), pour glorifier les faits d’armes de l’été dernier.
Cette guerre marquerait-elle effectivement la renaissance d’un art de la guerre spécifiquement russe ? Quels sont les points
forts et les points faibles de l’armée russe ? Qu’en est-il de l’armée géorgienne, modernisée et reconfigurée selon les
standards de l’OTAN ?
Docteur en géopolitique, chercheur à l’Institut Français de Géopolitique (Paris VIII), spécialiste des questions de défense et
de sécurité en Russie et dans l’espace ex-soviétique, collaborateur régulier de la revue Hérodote et homme de terrain,
Michel Guénec apporte des éléments de réponse.
Propos recueillis par Jean-Sylvestre Mongrenier, Chercheur Associé à l’Institut Thomas More, 7 novembre 2008.

A la veille de la « guerre des cinq jours », quel était l’état général des forces armées
russes, en termes quantitatifs et qualitatifs (équipements et opérationnalité) ?

La disproportion des forces est énorme. La Géorgie est entièrement bordée, dans sa moitié nord, par
l’immense région militaire russe du Nord-Caucase. Celle-ci comprend une armée (la 58ème de Vladikavkaz en
Ossétie du Nord), 3 divisions de fusiliers motorisés, une division aéroportée, des brigades d’artillerie sol-sol et
sol-air, etc. Soit plus de 120 000 hommes, 600 chars, 2 200 transports de troupes blindés, 850 pièces
d’artillerie, les moyens héliportés, anti-aériens, auxquels il faut ajouter les forces de la marine à Sébastopol et
en Caspienne (navires, aéronavale, troupes de marine, etc.). Le soutien aérien de la région militaire est
assurée par la 4ème armée aérienne et de défense aérienne de Rostov-sur-le-Don (4ème AA VVS/PVO), qui
dispose, sur le pourtour de la Tchétchénie, d’au moins 5 régiments de bombardement équipés de Su-24 et de
Su-25, de régiments d’intercepteurs (Mig-29 et Su-27) et de 3 ou 4 régiments d’hélicoptères de transport de
troupes, représentant plusieurs centaines d’appareils.
De surcroît, les moyens matériels et humains du ministère de la Défense sont renforcés par des troupes du
ministère de l’intérieur (au moins 30 000 hommes), les commandos spécialisés du FSB, les 2 bataillons
tchétchènes du GRU, le service de renseignement des armées, dont un au moins ( Vostok) a envoyé des
soldats en Ossétie du Sud au moment du conflit. Si l’on additionne l’ensemble de ces forces, la région militaire
du Nord-Caucase accueille au bas mot 200 à 250 000 hommes, issus de tous les ministères et structures de
force, en incluant les unités déployées depuis les autres régions militaires. L’ensemble outrepasse les quotas
alloués à la Russie par le régime des flancs du traité FCE (Traité sur les Forces conventionnelles en Europe).

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En Ossétie du Nord, à moins de 50 km de Tskhinvali, la capitale sud-ossète (1), la 19ème division de fusiliers
motorisés de Mozdok (dépendant de la 58ème armée) est à elle seule presque équivalente à l’armée
géorgienne, avec 3 régiments de fusiliers motorisés, 1 régiment d’artillerie, 1 régiment de défense anti-
aérienne, 1 régiment de chars autonome, ses éléments organiques et de soutien, etc. soit 12.000 hommes,
120 chars T-72, quelque 330 transports de troupes blindés, une centaine de pièces d’artillerie autotractées,
des missiles sol-sol SS-21 Tochka et des lance-roquettes multiples. Plongée dans la guerre depuis le début des
opérations en Tchétchénie (1994-1996 ; 1999/…), la région militaire du Nord-Caucase est de loin la plus
opérationnelle des régions militaires russes. Les soldats qui y servent, quel que soit leur corps d’appartenance,
sont dans leur grande majorité des professionnels.
Aux forces régulières russes du Nord-Caucase, il convient également d’ajouter les troupes déployées au Sud-
Caucase (Groupe de forces russe en Transcaucasie, dépendant de la 58ème armée), c’est à dire en Abkhazie (3
bataillons, soit près de 2 000 hommes), en Ossétie du Sud (1 bataillon de 580 hommes) (2) et en Arménie (3).
Ce dispositif a été renforcé, officiellement et officieusement, tout au long de l’année 2008. Selon diverses
sources, 5 bataillons (dont ceux du 503ème régiment de Vladikavkaz) de cette 19ème division de fusiliers
motorisés de Mozdok ont ainsi été positionnés devant le tunnel de Roki, côté nord-ossète, dans la journée du
4 août, soit trois jours avant le déclenchement de l’offensive géorgienne. Dans les semaines qui précèdent, en
Abkhazie, au moins 400 hommes de la 7ème division aéroportée de Novorossiysk et 400 autres des troupes de
chemin de fer étaient envoyés à grand renfort de publicité (mai 2008). Dans le cadre du conflit abkhazo-
géorgien, les forces russes ne sont pas seulement implantées « côté abkhaze », mais également « côté
géorgien », à Zougdidi, c’est à dire à moins de 170km du théâtre sud-ossète. Ces troupes ne sont pas de
simples forces d’interposition et elles sont bien équipées en artillerie et en défense aérienne (entre autres
moyens). Ces troupes ont d’ailleurs participé à l’offensive russe dès le début du conflit d’août 2008. Enfin, la
construction d’une base russe à Java, dans la partie septentrionale de l’Ossétie du Sud, a débuté dès
septembre 2007, selon le président sud-ossète Kokoity.
Alliées des Russes, les forces armées abkhazes alignent quant à elles quelque 5 000 hommes d’active
(principalement des appelés) et peut-être 18 000 à 20 000 réservistes ; les forces sud-ossètes s’élèvent à
5 000 hommes également, selon les estimations les plus courantes. Les uns et les autres sont très bien armés
par la Russie. Russes, Abkhazes et Sud-Ossètes utilisent aussi, si besoin est, les milliers de « volontaires »
nord-caucasiens (peuples du Nord-Caucase, Cosaques, anciens combattants d’Afghanistan, etc.), plus ou
moins manipulés par les services russes et toujours prêts à faire le coup de feu à toute occasion.

Et quant aux forces militaires géorgiennes ? D’aucuns ont eu recours à l’image de David
contre Goliath …

Oui, sauf qu’en l’occurrence David a ici perdu. Face aux forces russes, l’armée géorgienne fait effectivement
figure de naine puisque les effectifs réels de son armée de terre ne dépassent probablement pas les 19 à
20 000 hommes (4). Avant le conflit d’août 2008, 2 000 hommes étaient déployés en Irak et quelques
centaines d’autres en Afghanistan. Sur les 5 brigades d’infanterie que compte l’armée, une seule, la première,
basée à Gori, aurait été entraînée selon les standards de l’OTAN. C’est celle qui servait en Irak. Quant aux
réservistes, ils sont mal entraînés et mal encadrés. La montée au front de quelque 10 000 d’entre eux, le 9
août, a d’ailleurs montré la piètre organisation de la mobilisation (effectuée par la Garde nationale) et le
manque de préparation des réservistes au combat.
Depuis 2005, les effectifs ne cessent de croître – mais après avoir fortement diminué entre 2 000 (38 000
hommes) et 2004 (20 000) (5) – parallèlement à un rééquipement en armements modernes opéré dans le
cadre de la politique de coopération et de rapprochement avec l’OTAN. Ce rééquipement a été rendu possible
grâce à l’aide apportée par plusieurs pays amis : divers pays européens (Ukraine, Pologne, Pays-Bas, France),
les Etats-Unis, Israël et la Turquie. Aussi le parc de chars de combat était-il de très bonne qualité (T-72
ukrainiens et tchèques, certains dotés de blindages réactifs), probablement supérieurs aux chars russes de
même génération. En trois ans, entre 2005 et 2008, le nombre de chars est, selon certaines sources, passé
d’environ 100 à 180 unités tandis que 150 blindés transport de troupes, d’origine soviétique et turque, étaient
acquis. De même le nombre de pièces d’artillerie d’un calibre supérieur à 100 mm a-t-il doublé pour atteindre
quelque 200 à 230 pièces d’origine soviétique et tchèque.
Les principales lacunes de cette armée sont bien connues. Elles résident dans son manque d’avions d’appui
feu et de supériorité aérienne (elle ne possédait avant les combats que 7 ou 8 Su-25, certains équipés
d’électronique israélienne), d’hélicoptères de combat et de soutien, de défense anti-aérienne (malgré quelques

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succès initiaux peut-être dus aux missiles SA-11/Buk-M1 ukrainien et, peut-être, Spyder israéliens) et dans les
transmissions. Autre lacune, peut-être plus grave, celle liée à la formation des officiers. Cette armée jeune, en
pleine restructuration, a besoin de cadres. Ce n’est pas un problème nouveau. La formation des officiers pose
en fait problème puisqu’à la chute de l’URSS la Géorgie n’avait sur son sol aucune école d’officiers, à
l’exception de l’école supérieur d’artillerie de Tbilissi (6). Des accords de formation d’officiers ont été passés
avec les Etats-Unis, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Russie et avec l’Otan via le Partenariat pour la Paix.
A côté d’une brigade professionnalisée, entraînée dans le cadre des programmes américains GTEP et SSOP (en
vue d’un déploiement en Irak), cette armée demeure une armée d’appelés, pas vraiment préparés à
combattre les professionnels russes. Ce n’est pas non plus une armée tournée vers l’offensive, mais plutôt
vers des opérations sécuritaires ou anti-terroristes. Pour autant, la description caricaturale parfois faite des
forces géorgiennes, une armée patronnée par une classe politique qui y trouverait « une rente », est très
caricaturale (7) et ne fait que reprendre des clichés trop souvent véhiculés par la logomachie russe. L’armée
géorgienne de 2008 n’a plus rien à voir avec les bandes armées de Kitovani, de Iosselani ou de
Gamsakhourdia (Mkhedrioni, Tetri Giorgi, Chevardini, etc.) qui, en 1991 et 1992, écumaient le pays.

Et cette hausse des budgets militaires, qui, selon certains, serait un signe de la volonté
de Tbilissi de reprendre les régions séparatistes par la force ?

La hausse des budgets militaires géorgiens a, c’est vrai, été considérable ces quatre à cinq dernières années
(8). Mais plutôt que d’y voir, comme certains le font un peu rapidement, une volonté de préparer une attaque
contre l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, cette hausse reflète avant tout la volonté du pouvoir politique de
remplacer le matériel soviétique, peu opérationnel, difficile et coûteux à entretenir, non interopérable avec les
standards de l’OTAN. Ajoutons-y le souci d’améliorer les conditions de vie des soldats. Toutes les
infrastructures de l’armée (écoles, bases, aéroports, ports, centres d’entraînement, etc.) étaient à reconstruire,
tant elles avaient été laissées à l’abandon depuis l’indépendance du pays.

Les deux parties se sont réciproquement accusées d’avoir mené des opérations
préemptives. Le gouvernement géorgien met en avant les provocations répétées, au fil
des mois, des séparatistes abkhazes et ossètes ainsi que l’irruption de forces russes par
le tunnel de Roki dans les heures qui précèdent la guerre ; les dirigeants russes affirment
n’avoir fait que repousser une offensive-éclair des armées géorgiennes. En sait-on plus
aujourd’hui ?

Deux enquêtes sont aujourd’hui en cours, une nationale et une autre qui pourrait être confiée à la diplomate
suisse, Mme Heidi Tagliavini, l’ancien chef de la MONUG, pour déterminer pourquoi l’armée géorgienne est
entrée en Ossétie du Sud dans la nuit du 7 au 8 août. On peut avancer certains éléments d’analyse – avec la
plus grande précaution toutefois. Un point clé tout d’abord qu’il convient de souligner tant ceux qui découvrent
aujourd’hui cette région, à la lueur du conflit d’août, ont tendance à l’occulter : la Russie a de fait annexé
l’Abkhazie, et l’Ossétie du Sud, depuis le début des années 1990 et n’a jamais eu l’intention de quitter ces
régions. Bien au contraire, elle a toujours contrôlé les politiques locales, la nomination des hommes politiques
locaux, phagocyté leurs économies. Dès 1994, le général Gratchev, le premier ministre russe de la Défense,
déclarait que perdre l’Abkhazie, c’était perdre la mer Noire. En octobre 2004, Alexandre Fomenko, le délégué
russe auprès du Conseil de l’Europe, dévoile la vraie politique russe vis-à-vis des conflits gelés en affirmant
que l’Abkhazie ne fait « historiquement » pas partie de la Géorgie, qu’elle a été un « cadeau » fait par Staline
à cette dernière. Une rhétorique similaire est désormais développée vis-à-vis de la Crimée, partie intégrante de
l’Ukraine, et ce révisionnisme frontalier n’est pas de bon augure.
Le 16 avril, soit trois jours après le plan du président Saakachvili qui propose à l’Abkhazie une très large
autonomie au sein de la Géorgie, le premier ministre russe, V. Poutine, autorise les relations diplomatiques
officielles entre les régions sécessionnistes et Moscou. Le 21 avril 2008, un drone géorgien est abattu par un
Mig-29 russe au-dessus de l’Abkhazie, et le 8 juillet, pour la première fois, après des dizaines d’autres cas non
reconnus, la Russie admet officiellement que ses avions ont violé l’espace aérien géorgien. L’Abkhazie (comme
l’Ossétie du Sud) est en zone rouble, son réseau bancaire et son économie, en général, sont insérés dans
l’économie russe, son administration est une copie conforme de l’administration russe, la citoyenneté russe a
été accordée à une large partie de la population, et des Russes peuplent les rouages du pouvoir, des
entreprises, de l’armée, des services spéciaux... Les municipalités du sud de la Russie y ont acheté à tour de

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bras d’importants actifs immobiliers et industriels, tout comme de nombreux oligarques, des généraux de
l’armée et des services secrets. Ces Russes, pour certains proches du pouvoir, n’auraient jamais investi des
millions de dollars en Abkhazie s’ils pensaient que la région pouvait un jour échapper à l’emprise russe. Des
centaines de milliers de touristes russes débarquent chaque année sur les plages et dans les hôtels abkhazes,
les matières premières naturelles (charbon, bois, …), les réserves halieutiques, les produits agricoles (raisin,
noisettes, mandarines…) sont exploités en premier lieu par des sociétés russes. Les forces armées locales sont
rééquipées en matériel de seconde main, prélevés sur les stocks de l’armée russe, des officiers sont affectés
aux états-majors abkhaze et sud-ossètes, tandis que leurs soldats sont formés dans les écoles militaires en
Russie. On notera que dans le même temps, la diplomatie russe n’a cyniquement jamais cessé de clamer son
attachement à l’intégrité territoriale de la Géorgie.
Dans les jours qui ont précédé le conflit, enfin, Moscou ne s’est jamais opposé à l’envoi de « volontaires »
nord-caucasiens en Ossétie du Sud – il était pourtant facile de le faire étant donné la configuration
géographique du théâtre –, pas plus que le pouvoir russe n’a cherché à faire pression sur les autorités de
Tskhinvali pour qu’elles fassent cesser les tirs contre les villages géorgiens. Recevant le négociateur géorgien
Timour Iakobachvili le 7 août dans l’après-midi, Marat Koulakhmetov, le commandant russe de la "force de
paix" mixte, lui dit son ras-le-bol des séparatistes ossètes, devenus, dit-il, « incontrôlables ». La Russie peut
donc balayer d’un revers de main les dizaines de milliers d’hommes de l’armée géorgienne, ses centaines de
blindés, mais n’est pas capable de « contrôler » quelques miliciens sud-ossètes dont les postes d’artillerie
tirent à quelques pas des casernements des forces russes de maintien de la paix !

La Russie aurait donc voulu cette guerre et tendu un piège à Tbilissi ?

Je ne dis pas que la Russie a voulu cette guerre mais elle s’est résolue à la mener pour consolider ses
positions stratégiques au Caucase, potentiellement bousculées par l’internationalisation du conflit (voir
notamment l’implication des Occidentaux dans le soutien au plan Saakachvili et les propositions formulées par
la diplomatie allemande). Pour la Russie, on peut parler de trois grands enjeux stratégiques régionaux :
1) Conserver les ports en eaux profondes abkhazes, seuls substituts en mer Noire à la base navale de
Sébastopol dont le bail arrive à échéance en 2017 ;
2) Garder le contrôle du Nord-Caucase en déliquescence rapide en contrôlant son arrière cours :
l’Ossétie du Sud ;
3) Empêcher l’accord d’un MAP à Tbilissi.
Pour les deux premiers points, il n’est pas nécessaire que l’Abkhazie et l’Ossétie demandent leur adhésion à la
Fédération russe (même si elles l’ont déjà fait dans le passé), il suffit qu’elles deviennent des protectorats
russes. Le parallèle avec le Kosovo fait par les diplomates russes ne justifie en rien l’annexion de l’Abkhazie et
de l’Ossétie du Sud, ni la reconnaissance, le 26 août, de leur indépendance, surtout de la part d’un pays
membre du Conseil de sécurité, un pays qui a refusé l’indépendance aux républiques de son Nord-Caucase,
pour des raisons identiques à celles avancées par Soukhoumi et Tskhinvali, et après avoir mené contre elles
une guerre sanglante qui dure toujours depuis quinze ans. Dès lors, j’en viens presque à penser, devant la
rapidité et la légèreté avec laquelle Moscou a reconnu l’indépendance des deux régions sécessionnistes
géorgiennes, que l’opposition russe à l’indépendance du Kosovo n’aura été qu’un jeu de dupes dont le but réel
n’était autre que de trouver une justification à l’annexion de l’Abkhazie et de l’Ossétie.

Si l’histoire militaire de ce conflit reste à écrire, quels sont les éléments de certitude, à ce
jour, quant au déclenchement ?

Ce qui est certain, c’est que les Russes se préparaient à la guerre depuis longtemps. Ils avaient prépositionné
des forces dans la région, c’est à dire dans un premier temps en Abkhazie et en Ossétie du Nord, et répété le
scénario de l’attaque au début juillet, pendant l’exercice annuel Kavkaz-2008 et, un peu plus tard, pendant
l’exercice d’état-major Rubej-2008, mené fin juillet dans le cadre de l’OTSC (9). Les Russes ont également
laissé entrer des milliers de « volontaires » nord-caucasiens, transnistriens, abkhazes, etc. au moins dès la fin
juillet. Alors que les tensions en Ossétie du Sud n’étaient pas plus élevées que celles des années précédentes,
surtout 2004 et 2006, un facteur nouveau a, cette année, transformé les habituels échanges de tirs en
véritable guerre. Ce facteur, c’est la situation internationale défavorable aux intérêts russes que je viens
d’évoquer.

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Autre certitude : l’armée géorgienne n’a pas préparé la guerre. Ce n’est d’ailleurs a priori pas l’armée qui
intervient au tout début des opérations (l’entrée dans Tskhinvali), mais les troupes du ministère de l’Intérieur.
Aucune position défensive n’a été mise en place autour de Gori, aucune opération commando planifiée pour
s’emparer du tunnel de Roki, qu’il aurait pourtant été facile de condamner pour empêcher les blindés russes
d’en sortir. De même des coups de main auraient pu être préparés tout au long des itinéraires menant de Roki
à Tskhinvali, les routes minées, etc. afin de freiner et désorganiser l’avancée russe. Les troupes géorgiennes,
les plus opérationnelles, celles de la 1ère brigade déployée en Irak, n’ont pas non plus été rapatriées.
Saakachvili aurait pourtant pu utiliser comme prétexte le déploiement de troupes russes en Abkhazie, début
mai, pour initier ce rapatriement. Aucune source n’indique non plus que les troupes géorgiennes de la région
de Sénaki, qui font face à l’Abkhazie, et qui sont, sur place, au contact direct des troupes russes de « maintien
de la paix » de Zougdidi, n’ont adopté des dispositions de combat avant l’attaque sur Tskhinvali.
Au vrai, les déclarations faites fin octobre par les principaux responsables géorgiens devant le Parlement
laissent entrevoir d’abord une grande naïveté de la part des responsables géorgiens, puis un effet d’engrenage
militaire initié par les échanges de tirs, incessants à partir du début août entre les forces géorgiennes et sud-
ossètes, par la volonté géorgienne de détruire les positions d’artillerie sud-ossètes qui bombardent les villages
géorgiens et par l’attentat dont est victime le 3 juillet 2008 le chef de l’administration sud-ossète pro-
géorgienne, Dimitri Sanakoev.

Le déroulement des opérations a donné le sentiment d’une victoire-éclair des forces


armées russes, l’irruption de la diplomatie française permettant in extremis de sauver la
souveraineté géorgienne. Pourtant, certains experts insistent sur le fait que seul le
nombre a permis à la Russie de l’emporter, les matériels et les moyens de communication
faisant largement défaut. Quel est le retour d’expérience de ce conflit quant aux qualités
et défaut des forces armées russes ?

L’offensive russe est venue de 4 directions : de la mer, avec la mise à terre d’une compagnie de troupe de
marine depuis le bâtiment de débarquement Tsezar Kounikov, probablement le 9 août, qui détruit les navires
géorgiens du port de Poti ; d’Abkhazie, avec l’attaque du 9 août contre la Haute-Kodori par l’armée abkhaze
soutenue par plusieurs centaines de parachutistes russes ; d’Abkhazie et de la région de Zougdidi par les
troupes russes implantées dans ces zones (10), et, bien sûr, de Russie/Ossétie du Nord (15 000 hommes, 150
chars et de l’artillerie).
Je n’ai pas d’informations particulières sur le déroulement du conflit autres que celles qui ont été diffusées par
les médias. Sur place les explications les plus contradictoires courent. Il est vrai que le conflit a été si rapide
que peu d’observateurs avertis ont pu le suivre. L’OSCE était aveugle en Ossétie, tout comme l’ONU en
Abkhazie. Les forces géorgiennes, malgré la qualité de leurs équipements, souvent supérieure à celle des
armements russes, je pense entre autres aux chars T-72 et aux missiles anti-chars Spike israéliens, ont
cependant cédé rapidement face à la puissance de feu de l’armée russe et de leurs supplétifs « sud-ossètes ».
Les Géorgiens ont réussi dans un premier temps à considérablement gêner l’action des hélicoptères de combat
et des avions russes, tandis que les blindages réactifs des chars russes ne résistaient pas aux missiles Spike. Il
semble aussi que la proposition de cessez-le-feu formulée dès le 9 août par le président Saakachvili à son
homologue russe a fortement démobilisé sur le terrain les soldats géorgiens alors même que l’armée russe ne
cessait face à eux de se renforcer.
La rapidité de la défaite géorgienne est bien évidemment une preuve du professionnalisme des troupes russes,
bien entraînées par quinze années de guerre au Nord-Caucase, mais aussi, une nouvelle fois, du caractère
improvisé de l’attaque géorgienne. Toutefois, la nécessité pressante de moderniser l’armée russe soulignée au
lendemain de la guerre par tous les hommes politiques russes, relayés par les médias, est sans aucun doute le
contrecoup des mauvaises surprises rencontrées par les soldats russes lors des combats. La guerre aura, pour
les spécialistes, servi de nouveau révélateur de la vétusté des armements russes et de leurs tactiques de
combat héritées de l’armée soviétique, très lourdes, donnant peu d’initiatives aux commandants des troupes
sur le terrain, et finalement très vulnérables aux coups d’une armée mobile de type occidental. Pour autant,
les réformes annoncées ces dernières semaines ont un goût de déjà vu. Il est à nouveau question, comme
dans le projet de réforme initié par le général Gratchev au milieu des années 1990, de mettre en place des
forces professionnelles projetables de niveau brigade. Les réformes de l’armée russe ne semblent être qu’un
éternel recommencement.

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En regroupant les forces armées géorgiennes autour de Tbilissi puis en acceptant l’accord
de cessez-le-feu négocié par les présidents français et russe, Mikheïl Saakachvili serait
parvenu à préserver l’essentiel du système militaire national. La presse internationale a
pourtant rapporté l’importance des pillages et destructions des installations militaires
géorgiennes. Qu’en est-il aujourd’hui de l’armée géorgienne ? Sur un plan strictement
militaire, peut-on imaginer cette armée reprendre le combat ?

Les images diffusées tant par la presse géorgienne que russe et occidentale laissent entrevoir un désastre
militaire, pendant du désastre politique. Beaucoup de blindés, de pièces d’artillerie ont été détruits, les Russes
ont récupéré sur place des chars, des blindés, de l’artillerie intacts, des armes portatives ... Les infrastructures
modernes, construites grâce aux fonds occidentaux, comme Sénaki et Gori, par exemple, ont été pillées avant
d’être détruites à l’explosif, les bases aériennes de Marneuli, de Kopitnari, les bases des forces spéciales sur
les hauteurs de Tbilissi à Kojori ont été bombardées. Tous les navires de Poti ont été coulés ou emportés dans
les bagages des soldats russes, une partie des appontements détruits également. Les positions de la Haute-
Kodori, gagnées pendant l’été 2006 ont été abandonnées face à l’offensive russo-abkhaze du 9 août. La
marine géorgienne, enfin, s’est montrée tout à fait incapable de forcer le blocus naval russe.
La reconstruction de l’armée géorgienne prendra du temps et il n’est pas sûr que les alliés occidentaux de
Tbilissi autorisent cette reconstruction pour éviter un nouveau dérapage. L’économie géorgienne sera comme
par le passé fortement aidée, ainsi que la police, le système juridique, les douanes, les gardes-frontières, etc.,
mais peut-être pas l’armée, même si Tbilissi, cas improbable, obtient un MAP en fin d’année. Barack Obama,
et les déclarations qu’il a faites pendant le conflit semblent le montrer, n’a pas l’approche radicale vis-à-vis de
la Russie de son concurrent, John McCain. Il devrait être plus enclin à l’apaisement avec Moscou et pourrait
s’opposer en conséquence au réarmement de la Géorgie et, peut-être, au MAP. On verra. Le candidat va
devenir président, sa vision de la situation au Sud-Caucase, pour peu qu’il en ait une, peut donc évoluer. Le
cas ukrainien, qui me paraît plus lourd de menaces pour l’équilibre géopolitique européen que le cas géorgien,
devrait influencer fortement les décisions des uns et des autres.
Cette défaite est aussi la troisième subie par l’armée géorgienne après celle contre l’Ossétie du Sud, déjà, en
1992, contre l’Abkhazie, en 1994, sans compter l’opération ratée de mai 1998 dans la région de Gali et celle
de la fin de 2001 dans la vallée de la Kodori, pendant laquelle des groupes tchétchènes ont été utilisés par les
Géorgiens. Dans ces conditions, il est probable qu’une nouvelle offensive géorgienne est impossible dans un
proche avenir, matériellement et encore moins politiquement, car l’offensive d’août a fortement ébranlé la
stature présidentielle de M. Saakachvili. Les prochaines législatives pourraient lui être fatales et l’anniversaire
de la répression de la manifestation du 7 novembre 2007 servir à jauger ce qu’il reste de sa popularité.
Deuxième facteur : les soldats russes sont dorénavant définitivement installés en Abkhazie et en Ossétie du
Sud où ils ont remplacé les prétendues « troupes de maintien de la paix ». Les frontières de facto, mises en
place en 1992 (accords de Dagomys) et en 1994 (accords de Moscou) deviennent ainsi frontières « dures », à
savoir des lignes de front avec la Russie.
Seuls deux pays, la Russie et le Nicaragua, ont à ce jour, je crois, avec le Hamas, reconnu l’indépendance des
régions sécessionnistes. C’est très certainement un revers pour la Russie. Mais l’important est ailleurs : les
débats, dans les prochaines années, vont désormais porter sur leur rattachement à la Fédération russe en tant
que sujets de droit. Avant le conflit d’août, la Géorgie prenait le risque de s’attaquer aux « citoyens russes »
vivant en Abkhazie et en Ossétie. Demain la Géorgie s’attaquera directement à une partie du territoire russe,
même si la Russie est seule à reconnaître le rattachement de ces deux régions à la fédération russe. Je crains
que celles-ci ne soient perdues pour Tbilissi mais il est vrai que l’histoire est fertile en bifurcations.

Quelle est l’importance des forces militaires russes, aujourd’hui, dans les territoires
séparatistes ? Doit-on considérer que le traité FCE (Forces conventionnelles en Europe)
est mort et enterré ?

Selon le ministre russe de la Défense, Moscou devrait construire deux bases en Abkhazie (à Ochamtchira et à
Goudaouata), et deux autres en Ossétie du Sud (à Java et à Tskhinvali). Ses bases abriteront chacune quelque
2000 hommes, soit l’équivalent d’un régiment de fusiliers motorisés, et leur matériel. Des sources abkhazes
évoquent également une base dans la Haute-Kodori. A Goudaouta la base existe déjà. Elle dispose d’un
aéroport et n’a jamais cessé, en fait, d’être utilisée par les forces russes de maintien de la paix. La base
d’Ochamtchira accueillera vraisemblablement des bâtiments de combat. Dans les prochaines années, je ne
serais pas non plus étonné si les navires de Sébastopol venaient à délaisser peu à peu le port ukrainien pour
venir s’ancrer à Soukhoumi, Gagra, Pitsunda…

La guerre russo-géorgienne et ses enseignements 6


Institut Thomas More Novembre 2008

Quant au traité FCE de 1990, il est mort et enterré depuis longtemps, nul ne semblant se soucier de son sort,
à l’exception des Russes, victimes de leur incompréhensible complexe obsidional. La décision russe de mise en
place d’un moratoire le 26 avril 2007 n’aura été qu’une saute d’humeur parmi une série de gesticulations
militaro-politiques, tout aussi spectaculaires les unes que les autres (affaire du monument aux morts en
Estonie (avril-mai 2007), médiatisation des essais du nouveau missile sol-sol SS-26 Iskander (mai 2007),
expédition scientifique en Arctique (août 2007), reprise des vols d’alerte de l’aviation stratégique (août 2007),
deuxième grand exercice russo-chinois (août 2007), interdiction des émissions en langue russe de la BBC
(août), proposition d’un candidat de la Russie au poste de directeur du FMI (août 2007), essai de la « plus
puissante bombe » thermobarique du monde (septembre 2007), menace d’installation de missiles SS-26 en
Biélorussie et à Kaliningrad (novembre 2007), etc. Peut-être, après tout, est-ce aussi parce qu’on ne l’écoutait
pas que la Russie a décidé de frapper cet été la Géorgie, maillon faible du dispositif euro-atlantique. Quoi qu’il
en soit, il est patent que Moscou cherche aujourd’hui à « reformater » de fond en comble le paysage
géopolitique européen en tâchant d’en écarter l’OTAN, autant que faire se pourra, et en prenant toute
l’influence que les Alliés lui concèderont. C’est aujourd’hui la priorité de Medvedev qui, semble-t-il, ne cherche
même plus à obtenir une ratification du traité FCE adapté de 1999 pour focaliser désormais sa politique sur les
infrastructures ABM américaines en République tchèque et en Pologne. Toujours cette vieille politique russe de
découplage des Européens de leurs alliés américains…

Que peut et doit faire l’OTAN pour remettre sur pied le système militaire géorgien ?

A mon sens, la question se pose autrement : l’OTAN a-t-elle intérêt à remettre sur pied le système militaire
géorgien, c’est à dire à créer une nouvelle crise avec Moscou ? La tâche prioritaire des démocraties
occidentales devrait être plutôt de remettre debout l’économie géorgienne de façon à la transformer en pôle
d’attraction pour les économies abkhaze et, surtout, sud-ossète. Il y a peut-être ici une certaine forme de
revanche à prendre pour Tbilissi. Les Alliés, Européens en tout premier lieu, doivent également mettre en
place dans la région une stratégie claire, dans les domaines énergétique ( quid du Nabucco ?) et politique
(renforcement de la démocratisation des régimes en place, stabilisation des économies régionales). Cette
absence de politique claire, unifiée, voire la pusillanimité des Européens sur leurs confins, font le jeu des
Russes.
Les dérives autoritaires et nationalistes russes doivent être réfrénées, contenues, car elles mettent en péril les
équilibres géopolitiques continentaux ; elles vont à l’encontre de tous les principes, politiques et moraux, qui
régissent la « construction européenne » depuis l’après-guerre. La Russie ne peut décider, selon ses intérêts,
qui a droit ou pas à l’indépendance, où passent les frontières des pays de l’ex-URSS ; il n’est pas acceptable
qu’elle pose des bornes à la souveraineté de ses voisins. Certes, l’héritage soviétique, avant tout humain (la
diaspora russophone en ex-URSS compte quelque 25 millions d’âmes) pèse de tout son poids dans les
relations entre Etats ex-soviétiques, mais la Russie doit admettre enfin que leur indépendance est tout aussi
légitime que la sienne. La Géorgie de Saakachvili n’est plus, loin s’en faut, la Géorgie de Gamsakhourdia et
c’est la peur de la Russie qui la pousse vers l’OTAN, comme les pays d’Europe centrale et orientale, Ukraine
comprise. L’OTAN ne s’étend pas par la coercition ou la menace ; elle s’étend par libre adhésion des Etats,
après un vote des parlements. Ce n’est pas un crime ni une honte que de coopérer avec les Etats-Unis, l’UE et
l’OTAN. La Géorgie est une démocratie, certes encore jeune et imparfaite, et elle doit être soutenue par les
démocraties occidentales.
L’Europe (l’UE) et les Etats-Unis doivent donc, à mon sens, clairement indiquer à Moscou les lignes à ne plus
franchir car la question de la flotte russe de Crimée et, dans une moindre mesure, celle de Transnistrie, sont
lourdes de conflits ; elles pourraient mener à de nouvelles guerres. L’Europe et les Etats-Unis doivent s’investir
plus encore dans la résolution des « conflits gelés » du Haut-Karabakh et de Transnistrie ; ils doivent repenser
leurs politiques énergétiques au Sud-Caucase et ne pas laisser Moscou décider seul de l’avenir d’une région
aussi stratégique pour leurs intérêts. La sécurité de l’Arménie doit être garantie par les Etats-Unis, l’Europe et,
s’il le faut, par l’OTAN, non pas par la guerre, mais par la négociation entre tous les acteurs. Cette politique
permettra la fermeture des bases russes sur place qui sont un des freins au « dégel » des conflits et des
tensions dans cette région. La Russie doit, bien entendu, jouer un rôle dans la résolution de ces questions,
mais plus le rôle actif et ambigu qu’elle a joué jusqu’à présent.
L’inaction mènera immanquablement à l’érection d’un « nouveau mur de Berlin », pour reprendre une
expression de Vladimir Poutine, invisible, moins net, mais bien réel car les pays du Sud-Caucase et d’Asie
centrale, qui tous jouent un rôle primordial pour notre sécurité énergétique (Azerbaïdjan, Kazakhstan,
Turkménistan, Ouzbékistan) n’auront pas d’autre choix que de s’aligner sur la politique russe, sauf à aller

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Institut Thomas More Novembre 2008

chercher l’aide chinoise. L’inaction pèsera également lourd sur l’avenir de l’OTAN et de l’UE en tant que
pourvoyeurs crédibles de sécurité. In fine, la complaisance ne ferait que précipiter le retour à une forme de
guerre froide, où Etats-Unis et de la Russie deviendraient à nouveau les deux seuls véritables acteurs de la
scène politico-sécuritaire européenne, et ce au prétexte de l’éviter. Ce serait là une illustration du classique
paradoxe des conséquences.

Entretien réalisé le 7 novembre 2008

Notes
(1) Le fameux tunnel de Roki qui sépare les deux républiques d’Ossétie ne mesure que 3 km.
(2) Composante russe de la force tripartite de maintien de paix.
(3) 8000 hommes, 70 chars, 238 véhicules blindés, 84 pièces d’artillerie, des missiles AA S-300 et 15 à 18 Mig-29.
(4) Par décret présidentiel du 5 février 1997, les effectifs des forces armées géorgiennes sont fixés à 42.678 hommes. Elles sont ramenées
à 26.000 hommes en août 1999, dont 14.000 appelés. En 2008, les effectifs totaux autorisés des forces armées géorgiennes étaient
de 32.650 hommes : 18 993 pour l’armée de terre, 2091 pour l’armée de l’air, 1350 pour la marine, et 9196 pour les services de soutien
logistique et l’administration centrale. Les réservistes sont estimés à 100 à 150 000 hommes. Début 2008, le Parlement a autorisé un
accroissement des effectifs à 37 000 hommes.
(5) Par décret présidentiel du 5 février 1997, les effectifs des forces armées géorgiennes sont fixés à 42 678 hommes. En août 1999, celles-
ci étaient ramenées à 26 000 hommes dont 14 000 appelés.
(6) En 1991 sur les 300 officiers géorgiens qui servaient dans les forces armées soviétiques, plus de 80% appartenait à la logistique. En
1991, aucun officier géorgien n’était plus sorti d’une école soviétique depuis 1985.
(7) Cf. Jacques Sapir, La Guerre d’Ossétie du Sud et ses conséquences, Réflexions sur une crise du XXIe siècle , septembre 2008, disponible
sur le site Internet de l’IRIS.
(8) Le budget géorgien de la Défense était de 79 millions de laris en 2004 et de 989,3 en 2008 (272 millions d’euros). En juillet 2008, le
Parlement a voté une nouvelle hausse de 26,8%.
(9) Organisation du Traité de Sécurité Collective de la CEI.
(10) De source russe, Moscou a déployé en Abkhazie quelque 9.000 militaires et 350 blindés russes pendant les opérations.

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